N.u.l.l.e.

Nouvel Univers Lunatique et Lacunaire d'Erzébeth

vendredi 30 mars 2007

A l'ombre des bien-pensants

Je n'ai rien à raconter, si ce n'est un bout de fatigue qui reste collé à ma peau, et cet abonnement que j'ai pris pour un manège qui me fait tourner, tourner, même quand je ne le veux pas (plus).
Il y a des journées qu'on n'a pas envie de vivre, pas parce qu'elles seront particulièrement désagréables, mais plutôt parce qu'on se sent seulement capable de rester en boule au fond de son lit, un thé et un livre à portée de mains, des consolateurs de premier ordre. Mais il faut se lever, se pincer les joues pour qu'elles rosissent un peu, et se préparer - mais se préparer à quoi ? peut-être à sortir, à marcher, discuter, rester concentrée, se préparer à retrouver ce tour de manège interminable dès qu'un pied sera posé sur le sol. Alors, ce matin, j'ai sorti mes gris-gris. Je ne suis pas superstitieuse pourtant, même si j'ai passé certains examens du baccalauréat avec la même chemise parce que je n'aurais pas supporté porter autre chose, mais il y a des petits objets, des petits gestes, qui me protègent ou plutôt qui me font du bien, qui me plaisent, tout simplement. Alors, ce matin, j'ai sorti l'attirail, j'ai tout mélangé, des vêtements dans lesquels je me sens bien, un collier un peu trop princesse pour moi, des bagues, et ces chaussures d'un rose très... rose. Aujourd'hui, je ne voulais pas être jolie, je voulais juste me faire plaisir et tant pis si j'avais l'air d'un enfant qui aurait traîné dans la chambre de sa mère pour essayer son rouge à lèvre, il faut bien parfois être le plus conforme possible à ses propres envies.
Je n'ai rien à raconter, si ce n'est ces bagages que je n'ai pas commencés, ce roman qui me happe (mais aurais-je le temps d'écrire deux mots à son sujet avant mon départ ? je ne sais pas). Je n'ai rien à dire, si ce n'est ces vacances qui se profilent, qui m'inquiètent, moi la casanière, comment vais-je me débrouiller ? Mais tout sera beau, je le sais. Je suis juste peureuse.
Je voudrais dire que les bien-pensants me fatiguent, je les ai snobés toute la semaine et je suis prête à recommencer dès que l'occasion se présentera, quel intérêt de vivre sans s'offrir des bonheurs possibles et respectueux du reste du monde, mais méprisés par ces regards jugeurs ? Je pourrais vous raconter cette peur que j'abrite en mon sein depuis (tel jour) et que je vais doucement nourrir pendant mon absence. Elle crèvera à mon retour, elle laissera sa place à autre chose, un mieux ? un pire ? J'ai mon idée sur la question mais je ferme les yeux, encore un peu, voilà, je porte des chaussures roses et je ferme les yeux, mon épaule droite frissonne et je suis prête à éclater de rire dans une église pour défier cette peur qui est la mienne, après tout, en fermant les yeux, peut-être que...
Peut-être que le navire reviendra.

Posté par erzebeth à 20:37 - égocentrisme - Commentaires [2] - Permalien [#]

Commentaires

    Très beau texte, mon amie.
    J'ai songé qu'il n'y a qu'une lettre de décalage entre heureuse et peureuse.

    Posté par Holly G., lundi 2 avril 2007 à 16:02
  • Merci, Holly.
    Pour l'instant, je reste dans la peur. C'est plus sûr.

    Posté par erzébeth, vendredi 13 avril 2007 à 16:24

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