N.u.l.l.e.

Nouvel Univers Lunatique et Lacunaire d'Erzébeth

dimanche 15 avril 2007

Du fond de ma tanière

Oui, il y a encore un peu de lumière par ici, il y a cette lumière que j'ai laissée, cette nuit, parce que les microbes me font peur dans le noir. Ils me laissent en tête-à-tête avec moi-même, et mes yeux restent grands ouverts, scrutant les ombres hostiles. Je suis fatiguée, je voudrais tout envoyer promener. Débrouillez-vous avec ce que j'oublie derrière moi, triez, jetez, partez. Je voudrais dormir. Je voudrais trouver une clé qui m'ouvrirait la bonne porte.
Ma petite maladie et mon voyage ont eu raison de mon moral. Ces quelques jours loin de tout sont une chance, et je m'en veux de cracher dans la soupe. Pourtant il y a eu le froid, les galères, la pluie, l'ennui, la rencontre avec un pays qui n'était pas pour moi. Ces rues pleines de poussière, ces hommes à l'affût, ces hôtels qui nous faisaient toujours croire qu'on touchait le fond alors que le pire était encore pour le lendemain, et ces repas, toujours les mêmes... ne me parlez plus de tajines ni de couscous. Ne tentez pas de me faire avaler le moindre thé à la menthe, ou un jus d'oranges pressées. L'écœurement m'a rapidement tenu compagnie. Fille indigne que je suis...
Mais il y a eu aussi quelques beaux éclats. Des rencontres improbables, des détours qui nous réservaient des petits trésors. J'essaierai plutôt de raconter cela, si j'y arrive. Je me sens vide de mots.

La veille du départ, j'ai eu une petite surprise, qui m'a fait penser à Mr Bouch'. On m'a offert un appareil photo numérique. Je déteste les cadeaux, surtout quand ils sont chers - un jour, peut-être, j'apprendrai à accepter. Ce n'est pas encore au programme. Alors, tout le long de mon séjour, je ressemblais à une Chinoise à Paris, immortalisant tout et n'importe quoi. Surtout que ça occupe.
Une des folies de ce voyage a été de partir en voiture. C'est certes beaucoup plus simple sur place (surtout que dans notre cas, puisqu'on a logé dans différentes villes), mais traverser l'Espagne dans de telles conditions, c'est insupportable. Puis il faut bien traverser cette Méditerranée.

Espagne
Tarifa (Espagne)

Maroc
Tanger (Maroc)

Trente-cinq minutes en mer, et nous sommes sur un autre continent. La différence saute aux yeux dès le pied gauche posé sur le sol marocain. Ce qui a été frappant, surtout, a été notre première escale dans une petite ville. J'avais l'impression d'être un loup blanc. Regards braqués sur nous, premiers compliments. Qu'un homme que je ne connais pas accoste ma mère pour lui dire que ma soeur et moi sommes magnifiques, bizarrement, ça me dérange. Oui, c'est le mot : pendant tout ce séjour, j'ai été dérangée. J'ai eu le projet d'inscrire une petite croix sur un carnet dès qu'un homme nous complimentait, ma soeur ou moi. Je n'ai pas réussi à tenir le compte - pas que nous soyons des beautés divines, mais les Marocains rêvent de la France, et par conséquent veulent épouser une Française pour quitter leur pays. J'ai même eu droit à une demande en mariage, la première de ma vie. Elle était triste, parce que sincère. Puis, le dernier soir, un homme pas très net s'est mis devant moi, dans la rue, et m'a déblatéré des choses peu clémentes; je n'en ai pas compris un traître mot, mais le ton et son regard ne laissaient aucun doute. Il était fou, un homme l'a fait partir. Mais je devais être provocante aussi, avec mes longs cheveux blonds, détachés. Ils n'ont pas ça chez eux et cette chevelure a plu à deux enfants que j'ai croisés. J'en souris.

Je ne vais pas faire un compte-rendu au jour le jour, ça ne servirait à rien. Je vais me concentrer sur certains moments.
Nous avons visité un ancien cite romain, Volubilis. C'était le deuxième jour, il pleuvait déjà. Ca m'avait tellement plu sur le moment que je pensais déjà en consacrer un petit billet, mais j'ai depuis oublié la quasi totalité des renseignements donnés par notre guide, et je ne sais pas s'il serait réellement intéressant de mettre des dizaines de photos de ruines.
Malgré tout :

Moulay_Idriss

Moulay Idriss, ville sainte marocaine, qu'on aperçoit depuis le site de Volubilis. C'est un peu l'équivalent de notre Lourdes. Moulay signifie "saint". La ville est construite en forme de dromadaire.

Mosa_que

Les plus vieux vestiges du lieu datent du IIIe siècle avant JC. Tout a été enseveli au moment du tremblement de terre de Lisbonne, en 1755. Aujourd'hui, 25 hectares du site ont été remis en état, il en reste encore 15 à fouiller, déterrer, pour que l'endroit soit complet. C'est incroyable le nombre de mosaïques qui ont été conservées, et dans un état parfois d'une netteté surprenante. Aujourd'hui, parce que les toits n'ont pas tenu, elles sont fragilisées par la pluie, le soleil, le vent.

Arc_de_Triomphe

Erigé en l'honneur de l'empereur Caracalla, cet arc de triomphe clôture une immense allée où les voitures circulaient entre les citadins qui se perdaient dans les boutiques, qui longeaient l'allée. L'ancêtre des Champs-Elysées, en somme. L'avenue est superbe, imposante.

Vue_du_Capitole

Une vue depuis le Capitole, qui doit être l'endroit le plus haut du site. Je ne fais pas plus de commentaire, je trouvais juste cela joli.
Ma soeur a eu un faible pour les cigognes

Cigogne

et m'a obligée à les prendre en photo. Ce nid-là était énorme. Notre guide a expliqué que la cigogne, quand elle migrait, revenait toujours au même endroit, et étoffait son nid qui pouvait au final peser près de 200 kilos. L'oiseau vit en couple, la maman restant avec les petits pendant que le papa se promène, et vice-versa.

Voilà pour la petite visite.
Je vous conseille
ce site ou encore celui-ci si vous avez envie d'en (sa)voir un peu plus.

Le nom du site archéologique vient d'une fleur qui pousse dans la région, la volubilis. En fait, c'est une plante qu'on croise souvent, en ignorant son nom la plupart du temps. Notre guide, Hassan, en a cueilli une longue tige, et a façonné une couronne qu'il m'a offerte. Non, vous n'aurez pas droit à une photo de moi en reine, vous n'avez rien fait de mal pour mériter un tel supplice. Mais la couronne, elle, était vraiment jolie :

Couronne

J'étais stupidement fière de me promener avec ces fleurs sur la tête.

La non-visite se termine ici. Avec une photo inutile, où on voit notre guide, de dos.

Fin

La suite au prochain billet !

Posté par erzebeth à 11:21 - égocentrisme - Commentaires [4] - Permalien [#]

Commentaires

    Je prends un peu de temps pour répondre à ce billet que j'avais dégusté hier.
    Je crois que je comprends très bien tes réticences. Personnellement, je sais d'emblée que je ne suis pas faite pour ce pays. C'est inexplicable mais je n'ai pas envie de le découvrir ; à la limite, je crois qu'il me fait peur. Mais tes photos sont très belles et j'aime bien voyager par procuration.

    Posté par Holly G., lundi 16 avril 2007 à 14:29
  • Tu sais, je ne t'imagine pas non plus dans un tel pays. Ce n'est pas du tout méchant de ma part de te dire ça, mais le Maroc ne correspond pas à ton univers, ni au mien d'ailleurs. Je suis peut-être maladroite en disant ça.
    Merci pour tes gentilles remarques...

    Posté par erzébeth, lundi 16 avril 2007 à 16:45
  • Non, non, pas maladroite du tout. Très réaliste. Tu commences à me connaître.
    De toute façon, j'aime des choses très limitées et précises. Je n'ai pas le goût de l'aventure. Je n'aime pas la poussière, le soleil, les odeurs fortes. Je ne serai jamais une grande voyageuse.
    Je passe sûrement à côté de belles choses, mais je ne vais pas forcer ma nature.

    Posté par Holly G., mardi 17 avril 2007 à 08:18
  • Je suis un peu comme toi. Quant à savoir si tu passes à côté de belles choses, oui et non, car tout ça est tellement subjectif... je pense au contraire que tu as su cerner à merveille ce qui te convient, et tes belles choses à toi sont dans cet univers-là.

    Et je n'aime pas non plus le soleil !

    Posté par erzébeth, mardi 17 avril 2007 à 18:06

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