N.u.l.l.e.

Nouvel Univers Lunatique et Lacunaire d'Erzébeth

mercredi 18 avril 2007

Les moustachus belges ont tout mon respect

Sumo sur brin d'herbe
d'Alexandre Millon (2006)

J'ai des critiques de livres en retard, et plus j'attends moins j'ai envie de m'y mettre. A quoi bon gerber quelques mots qui ne serviront à rien. A quoi bon tenter d'écrire quelques lignes sur des classiques que tout le monde connaît. Je verrai. J'ai trop conscience, en ce moment, de la vacuité de mon entreprise. Je présente d'avance mes excuses, mais depuis mon départ d'un certain forum littéraire, je ne sais plus parler des livres.

Mais il y a quand même ce roman.
On ne rit pas forcément tous les jours, et pourtant on rencontre de belles personnes. Mes dernières lectures ont été influencées par ces personnes-là, et elles ont été réjouissantes.
Sumo sur brin d'herbe est un cadeau. Un cadeau très précieux. Le jour où on me l'a offert restera l'un des plus beaux de ma vie. Vous avez bien lu : je suis chiante à mourir sur cette page, incapable d'être légère, et pourtant mon jardin secret brille. Il est encore minuscule, je le garde au creux de mes mains, je l'y enferme comme s'il était une coccinelle que je ne veux pas voir s'envoler.

Ce roman est une caresse mélancolique.
On pourrait croire que Constantin est un homme comme un autre, qu'on peut croiser dans la rue lors de l'une de ses immenses promenades. Parce que Constantin marche, il aime ça. Il rêve, pense, évacue. "On sort ses idées noires comme on promène son chien." Constantin a une drôle de soeur, Laura, une jolie fille insaisissable et décidée. Leur père vient de mourir, de rejoindre leur mère. Et, dans cet espace de flottement, Constantin tombe amoureux de Blanche.

"Constantin stressait parce qu'il sentait bien que, pour lui, ce petit bout de femme pouvait devenir l'île et le trésor à elle toute seule."

Dans ce court roman, on croise un orgue de barbarie, un chocolatier infidèle, un voisin fou et malheureux, une plante verte qui boit comme une alcoolique, et deux petits êtres qui essaient de trouver leur place dans la vie. C'est une histoire toute simple, une histoire de tous les jours. Si elle réussit à faire mouche, c'est notamment grâce au style de l'auteur, qui a su me toucher dès les premiers mots. Une écriture pure, simple, mais cette simplicité-là a dû demander un grand travail. Alexandre Millon aurait pu opter pour une atmosphère lourde de tristesse, mais le brin d'herbe soutient l'ensemble et le rend touchant.
Quelque part, j'ai retrouvé l'ambiance du Chameau sauvage de Philippe Jaenada, ce qui est stupide puisque ça n'y ressemble pas vraiment, et surtout, je ne l'ai pas lu. Mais j'ai vu l'adaptation cinématographique, A + Pollux, de Luc Pagès. Et on remarque la même loufoquerie, la même sensibilité, la même tendresse. Le même pincement au coeur, au final.

L'humanité de ce roman vient aussi du lien entre le personnage principal et l'auteur, parce qu'il est évident que ce dernier est attaché à sa créature, et quoi de plus beau qu'un écrivain qui aime ses personnages et qui nous les fait aimer ?
Tout est réussi - le traitement de l'histoire, l'écriture, le ton, l'intrigue, la fin ouverte. J'ai décidé celle que je voulais choisir, une petite lumière dans l'impasse.

Je ne suis pas sûre qu'A. Millon soit particulièrement connu en dehors d'un petit lectorat belge (car telle est la nationalité de monsieur l'écrivain), mais il le mériterait, c'est certain.

"Il était gardien de salle. Il avait arrêté tôt l'école. Ca valait mieux. Il n'était pas bon pour les études. Le paternel l'avait matraquée, cette idée. Il sapait, méthodique. Le père était un briseur d'élans. Mais les élans ont survécu. Car il est dans la nature des élans de survivre."

Posté par erzebeth à 10:18 - lecture - Commentaires [5] - Permalien [#]

Commentaires

    Je me suis fait une promesse : réduire mes achats divers, mais ce livre-ci, dont j'ignore tout, me tente vraiment à la folie. Tu en parles d'une manière qui me titille. Si tu ne sais plus parler des livres, je me fais nonne.

    Posté par Holly G., lundi 23 avril 2007 à 08:50
  • "pourtant mon jardin secret brille. Il est encore minuscule, je le garde au creux de mes mains, je l'y enferme comme s'il était une coccinelle que je ne veux pas voir s'envoler."

    Je note ce passage, en particulier, qui me plaît beaucoup. Je crois que la coccinelle n'a aucune envie de s'en aller. Si j'étais elle, je m'installerais sur ton épaule.

    Posté par Holly G., lundi 23 avril 2007 à 08:52
  • Ton premier commentaire me fait rire !
    Et peur, aussi, car j'appréhende toujours de conseiller un livre à quelqu'un. Celui-là est simple et touchant.
    As-tu vu "A + Pollux" ? C'est avec Cécile de France et Gad Elmaleh. Très spécial, mais il y a une poésie qui accroche le spectateur. Ce livre n'y ressemble pas, et pourtant, je ne peux m'empêcher de réunir ces deux oeuvres.

    Ton second commentaire est un trésor. Tu as raison, la coccinelle ne veut pas partir. Mais il suffit d'un coup d'ailes...
    ... Merci pour tout, Holly.

    Posté par erzébeth, lundi 23 avril 2007 à 18:25
  • "Une caresse mélancolique", quelle jolie expression, ça plus la référence à jaenada,je note !!

    Posté par cathulu, mercredi 9 mai 2007 à 06:36
  • Aïe, j'ai l'impression d'avoir triché, parce que je ne sais même pas à quoi ressemble le style littéraire de Jaenada !
    Mais ça me fait plaisir de potentiels lecteurs pour ce livre, il est simple et beau ! Une petite réussite.
    Merci de ta visite

    Posté par erzébeth, mercredi 9 mai 2007 à 11:17

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