N.u.l.l.e.

Nouvel Univers Lunatique et Lacunaire d'Erzébeth

vendredi 18 mai 2007

Zut, j'ai encore oublié de réfléchir à un titre

Pension allemande
de Katherine Mansfield (1911)
traduction de Charles Mauron

En général, quand je termine un livre, j'écris quelques mots dessus le jour même, ou le lendemain. Pension allemande attend depuis lundi, c'est une honte. Mon inspiration est au niveau zéro, ce qui ne m'arrange pas, d'ailleurs, pour mon petit travail universitaire, mais chut. Je me devais de faire un effort parce que Pension allemande le mérite vraiment, dont acte.
Katherine Mansfield a écrit ce recueil de nouvelles après avoir fait un petit séjour en Bavière. Dire qu'elle s'inspire de ce qu'elle a pu y vivre pour le transformer en matière littéraire serait une lapalissade absolue.
Pension allemande est un recueil beau et modeste, qui ne réjouira pas les amateurs d'action, c'est certain. Katherine Mansfield s'attache aux petits détails du quotidien, à des discussions si réalistes qu'on les imagine se dérouler devant nos yeux. Le "je"-narrateur (quand il existe) est toujours celui d'une jeune anglaise qui découvre les coutumes et autres préjugés d'un peuple allemand déconcertant.

" - Je suis résolu à ne pas mourir avant d'avoir lu Shakespeare dans sa langue maternelle, mais que vous, Frau Professor, soyez déjà plongée dans ces puits de la pensée anglaise !
- D'après ce que j'ai pu lire, dit-elle, je ne crois pas que ce soient des puits très profonds. "
(in La Dame avancée)

L'extrait dit tout. Les nouvelles sont délicates, elles contiennent un humour très particulier, respectueux et en même temps dénonciateur de situations banales dans le sens où elles sont proches de nous, concrètes. L'écriture de Mansfield capte ses petits riens, et nous les met devant yeux. Elle nous taquine, avec le sourire.
Ce recueil contient aussi des nouvelles plus fictionnelles, où le "je" disparaît pour laisser place à de bas destins. La vie est injuste, cruelle avec les pauvres. Il y a des textes poignants, vraiment, comme celui de cette petite fille, L'Enfant-qui-était-fatiguée (titre magnifique !), qui est au service d'une famille du peuple, et qui doit s'occuper de tous les enfants que fait sa maîtresse, sans jamais avoir pour eux un geste de tendresse. On sent la crasse, les mauvaises odeurs, les robes grises de saleté. Il y a encore, dans L'oscillation du pendule, cet époux qui attend, anxieux, que sa femme accouche. Il patiente dans son salon, trop sensible pour assister à la "délivrance".
Dans ses très beaux textes, on trouve une certaine forme d'ironie, mais aussi beaucoup de tendresse pour ces personnages inventés ou sublimés. Katherine Mansfield n'accuse pas, elle se contente de montrer. Les personnages de fiction pure sont tous très attachants dans leur détresse intime.
Le tout me laisse une impression très agréable, j'aime cette écriture simple, proche du quotidien, cette littérature de la vie. Et parce qu'une amie formidable (je te cite ? je ne te cite pas ?) m'a fait l'immense cadeau de m'offrir l'ENORME volume des nouvelles de K. Mansfield, je sais que je recroiserai très bientôt (et avec plaisir) cette femme qui avait quand même obtenu l'admiration d'une certaine Virginia W. On a connu pire.

Et je termine sur un clin d'œil :

"I want to be all I am capable of being"

Posté par erzebeth à 16:23 - lecture - Commentaires [2] - Permalien [#]

Commentaires

    Il y a bien longtemps que je ne l'ai pas lue.
    Je l'avais un peu oubliée dans un coin de ma mémoire et son visage m'était étranger.
    Je me sens injuste. Je vais fouiller dans mes bibliothèques pour retrouver sa trace. Merci, Mademoiselle mon amie.

    Posté par Holly G., vendredi 25 mai 2007 à 10:56
  • Injuste ? Je ne pense pas ! On est parfois plus proche de certains auteurs que d'autres... mais ça ne veut pas dire qu'on délaisse les seconds. Ils restent là, tapis... ils savent qu'on reviendra vers eux, à un moment donné. Les livres sont patients !

    Posté par erzébeth, samedi 26 mai 2007 à 10:36

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