N.u.l.l.e.

Nouvel Univers Lunatique et Lacunaire d'Erzébeth

mardi 22 mai 2007

Le magicien du bizarre

L’éléphant s’évapore

de Haruki Murakami
traduit du japonais par Corinne Atlan

(je ne peux pas donner une date de parution fiable ; apparemment, ce recueil n’existe pas au Japon, il aurait été composé de différentes nouvelles tirées de différents recueils. Cette sélection précise a d’abord été publiée aux Etats-Unis, en 1993, et la traduction française (depuis le japonais donc, et pas depuis l’américain) date de 1998. A propos, je commence ma critique par une parenthèse inutile si je veux !)

Mes (pré)occupations universitaires et autres m’empêchent d’être aussi présente que je le voudrais par ici. Je pourrais bien trouver le temps d’écrire deux-trois choses inutiles, mais après avoir passé la majeure partie de la journée devant mon ordinateur, à tenter de cracher des phrases qui ne veulent pas venir, j’avoue que j’aspire à me détendre loin de mon matériel informatique.

Et, ce week-end, je me suis changée les idées avec ce recueil de nouvelles. J’ai découvert Murakami cette année avec ce livre-ci, grâce aux conseils avisés d’une personne qui m’est (très) chère. L’exercice de la nouvelle est complètement différent de celui du roman, alors ça m’intéressait de goûter aux deux facettes de cet écrivain japonais. Et je dois dire que, si j’ai passé de bons moments ce week-end, c’était bien quand je lisais.

Les univers développés dans ces textes sont extrêmement variés : on y trouve du fantastique (comment réagiriez-vous si un monstre vert surgissait de votre jardin pour vous déclarer sa flamme ?), de l’onirique, du bizarre, de la vie quotidienne, de la folie, de l’amour. Dix-sept textes, tous différents, mais trois d’entre eux sont liés par un même personnage qui revient, il n’est parfois que mentionné, et est-on sûr qu’il s’agit du même personnage ? Non, mais c’est justement là une des grandes clés de Murakami : la plupart de ses nouvelles ne respectent pas les règles de ce genre littéraire. Une nouvelle normalement a une chute et qui plus est, généralement étonnante. Ici, il faut accepter d’être laissé tomber sans explication ; la première nouvelle, L’oiseau à ressort et les femmes du mardi, réussit tellement bien dans ce domaine que toutes les questions posées restent sans réponse. Parfois, une nouvelle qui commence « normalement », comme Sommeil, dévie tout à coup au dernier moment et laisse une impression de malaise. Il y aurait des choses à dire sur chacune des nouvelles ; une seule m’a déplu, c’est TV People, une histoire abracadabrantesque où des hommes de taille réduite (mais pas des nains !) se promènent chez un homme et sur son lieu de travail pour installer deux télévisions qui ne marchent pas (!).

Je ne sais vraiment pas de quelle manière parler des nouvelles. Puis, subitement, je me rends compte de la vacuité de la chose. Alors je vais juste dire que si vous aimez les rencontres manquées, les lettres qu’on envoie aux femmes, les insomnies passées à lire, les éléphants (fabriqués, vivants ou évaporés), si vous aimez qu’on vous parle de cuisine (attention, ce livre donne vraiment faim), de bière et de destins ordinaires, si vous acceptez d’être dérouté, alors ce recueil est pour vous. J’attends de mieux découvrir l’auteur, mais Haruki Murakami est en passe de devenir l’un de mes auteurs fétiches. Comment résister à un homme qui titre une de ces nouvelles : A propos de ma rencontre avec la fille cent pour cent parfaite par un beau matin d’avril ? C’est simple, on ne peut pas.

« Je vagabonde à travers la Chine. Mais je n’ai pas besoin de prendre l’avion pour ça. Cette errance se déroule dans un wagon du métro de Tôkyô, sur la banquette arrière d’un taxi. Cette aventure a lieu dans la salle d’attente du dentiste, au guichet de la banque. Je peux aller où je veux, et je ne peux aller nulle part. » (Un cargo pour la Chine)

Posté par erzebeth à 17:31 - lecture - Commentaires [2] - Permalien [#]

Commentaires

    Je le lirai très certainement, car je ne le connais pas. Et tes mots sont une très belle passerelle.

    Posté par Holly G., vendredi 25 mai 2007 à 10:58
  • Oh, merci Holly. Je connais très peu, je compte le lire encore prochainement, peut-être que ça te plairait, oui...

    Posté par erzébeth, samedi 26 mai 2007 à 10:38

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