N.u.l.l.e.

Nouvel Univers Lunatique et Lacunaire d'Erzébeth

mardi 10 juillet 2007

Déjà diffusé (1)

Je l'avais annoncé précédemment, je suis interdite de commentaires de lecture pour le moment. Mais comme je lis très lentement (manque de motivation et de temps, livre(s) nul(s)), ça risque de me prendre un peu plus de temps que prévu. Alors, histoire d'alimenter ce maigre endroit et de montrer ma fibre écolo, j'ai pensé au recyclage.
Oui, incroyable, je lisais avant d'être N.u.l.l.e., et il m'est même arrivé d'écrire quelques avis, ailleurs, dans une vie antérieure. Voilà pourquoi je vais rediffuser ici mes humbles avis à propos de certains coups de coeur. J'ouvre le bal avec

Mirbeau

Céline la Renarde avait évoqué son Journal d'une femme de chambre, et histoire de l'inciter (ainsi que d'autres !) à emprunter encore le chemin du vice tracé par ce grand écrivain, voici quelques mots sur :

Les 21 jours d'un neurasthénique
(1901)

Entre Octave Mirbeau et moi, tout commençait bien. Et pourtant, on s'est rencontrés un lundi. Un simple lundi, une simple bibliothèque, et moi qui regardais avec envie les rayons. Et il y a eu ce titre, Les 21 jours d'un neurasthénique. Je me suis sentie inévitablement concernée.
Et il y a eu cette première phrase, "L'été, la mode, ou le soin de sa santé, qui est aussi une mode, veut que l'on voyage." Première phrase qui m'a donné envie de lire les suivantes.
L'histoire d'amour devint évidente lorsque je découvris que ce livre avait été publié le jour de mon anniversaire (j'ai dit le jour - pas l'année - merci). Puis...

... Puis comme cette fausse intro est un peu longue, je propose maintenant d'entrer dans le vif du sujet.

Octave Mirbeau nous narre les 21 jours (en fait au nombre de 23) d'un homme parti en cure dans les Pyrénées. Il s'ennuie. Mais par chance, chaque jour, il croise des personnages qui lui racontent des tas d'histoires - souvent absolument horribles.
C'est là que la déception arrive : je m'attendais à lire un roman génial, avec une véritable trame narrative - que nenni. Mirbeau compile ici ses Contes cruels parus dans la presse entre 1887 et 1901, et il ne fait pas énormément d'efforts pour livrer autre chose qu'une succession de petits contes réunis par un narrateur aussi fade qu'inexistant (c'est dire).

Voilà les reproches, maintenant je peux enfin dire à quel point ce livre a encore des odeurs de soufre, d'ironie, de dénonciation (politique), de cynisme. L'écriture est étonnante dans le sens où je n'ai jamais vu autant de points de suspension dans un récit - ça fait vingt ans qu'on me dit que non, les points de suspension, dans la narration, c'est mal. Qu'il faut oser aller jusqu'au bout de son idée, que ces trois petits points prennent des airs de "excusez-moi mais j'ai quelque chose à dire", et que c'est à proscrire. J'ai été ravie de voir le contraire...!
Il y a des contes excessivement choquants. Des histoires amorales, où on vole, on viole, on tue. Des histoires où il faut être riche et puissant pour s'en sortir. Il y a notamment ce pauvre clochard qui se retrouve derrière les barreaux parce qu'il a ramené dans un commissariat un portefeuille rempli de billets, et qu'il a commis le crime de ne pas avoir de logement (et c'est pour ça qu'il est enfermé). Bref ! Je ne vais pas essayer de raconter quelques contes, ça perd toute sa saveur. Octave Mirbeau met en scène la tragédie de l'existence, la cruauté et la perfidie de l'homme, et aucune issue ne semble possible. Corrompu, pourri, machiavélique, l'homme est irrécupérable.
Je me permets de citer un passage d'un conte qui m'a donné la nausée :

"Je ne connais qu'un moyen de civiliser les gens, c'est de les tuer... Quel que soit le régime auquel on soumette les peuples conquis... protection, annexion, etc., etc., on en a toujours des ennuis, ces bougres-là ne voulant jamais rester tranquilles... En les massacrant en bloc, je supprime les difficultés ultérieures... Est-ce clair ? Seulement, voilà... tant de cadavres... c'est encombrant et malsain... Ca peut donner des épidémies... Eh bien ! moi, je les tanne... j'en fais du cuir... Et vous voyez par vous-même quel cuir on obtient avec les nègres. C'est superbe !..."

Je vous l'avais dit, Mirbeau va loin. Très loin. Malheureusement, ce n'est pas une oeuvre majeure de cet auteur, et je n'ai pas trouvé de documents qui pourraient me renseigner sur la réception de l'oeuvre... parce que j'imagine qu'il y a certainement eu quelques remous.
Pour vous donner une idée, j'ai trouvé un extrait en ligne,
justement le conte avec un maire monstrueux, et un curieux personnage qui pourrait vous rappeler un certain cambrioleur (qui, je le précise, n'avait pas encore été créé à l'époque).

Je pense qu'il aurait été plus honnête de se contenter d'un recueil de contes (recueil qui existe d'ailleurs aujourd'hui), au lieu de faire du narrateur un réceptacle d'histoires incroyables (je ne sais d'ailleurs pas comment il survit à toutes ces confidences). Mais les portraits tellement acerbes des hommes n'ont rien perdu de leur saveur, et compensent cette petite faiblesse narrative.

(lu en juin 2006)

Posté par erzebeth à 16:39 - lecture - Commentaires [2] - Permalien [#]

Commentaires

    commentaire très stimulant Aurzébeth, ça me donne envie de relire du Octave Mirbeau (meme si j'ai ma dose d'horreur en ce moment avec Capote...)!
    Ca a l'air autrement plus gore que mon journal d'une femme de chambre dis donc!
    j'en redemande du recyclage!!

    Posté par celine, jeudi 12 juillet 2007 à 12:59
  • Oui, n'enchaîne pas Mirbeau après Capote, ou tu vas devenir une blasée de la violence
    (mais note quand même ce livre !!!)
    Sinon je confirme, c'est bien plus sulfureux que le "Journal d'une femme de chambre", qui m'avait donc presque déçue puisque je l'ai lu après les "21 jours".

    Et d'autres recyclages sont prévus

    Posté par erzébeth, jeudi 12 juillet 2007 à 14:39

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