N.u.l.l.e.

Nouvel Univers Lunatique et Lacunaire d'Erzébeth

samedi 21 juillet

Message personnel

Quand j'ai fait ce test, le résultat m'a appris que j'étais un phénix. Quelque part, ça me semble assez juste, du moins en ce qui concerne la première propriété de cette troublante créature : un voile noir s'est emparé de [moi] et je n'attends désormais que la renaissance. Quelque chose peut-il réellement surgir de mes cendres ? Je n'y arriverai pas seule, c'est certain, mais un espoir stupide, une folie, me fait tenir, et tant pis si c'est sans mes plumes de feu. Déplumée, grise, j'attends. "The phoenix can also be a symbol for faith and for hope", précise le commentaire du test. Je souris jaune.
Introduction maladroite pour annoncer mon départ imminent, vers des contrées reculées... La première phase de ce voyage se déroulera sans ordinateur (et sans rien d'autre d'ailleurs - la personne que je vais rejoindre est adepte des lieux dépeuplés, à en croire ses dernières destinations de vacances), mais je devrais retrouver en fin de semaine prochaine connexion et civilisation (même si là encore, le mot est grand). J'aurais pu programmer quelques billets pour tromper l'absence, mais je n'aime pas tricher (ou alors, uniquement aux cartes). Ensuite, ma présence sera fluctuante, mon entourage ignorant bien entendu l'existence de ce petit univers personnel... il faudra jongler pour ne pas être vue. J'aurais aimé préparer quelques billets à l'avance, mais le temps me manque.
J'avais prévu initialement de fêter la fin de mon travail maraîcher (qui ne me manque pas-une-seconde !) avec une chanson joyeuse et futile mais cela ne colle pas à mon humeur, et je n'aime pas mentir. Alors, enfonçons-nous dans la mélancolie avec une chanson qui résonnait déjà en moi pour diverses raisons, mais qui est bien plus importante encore depuis qu'elle a été reprise dans un film qui m'est cher (Huit femmes de François Ozon). Son titre est celui de ce billet et l'interprète est, bien sûr, Isabelle Huppert.

On crie dans le vide, mais ce n'est pas grave.
Quelques rangements et bagages m'attendent, il me reste aussi quelques heures pour mimer la joie de partir, ce n'est pas gagné. Je voudrais me lover dans une crevasse, un endroit sombre, où il n'y aurait ni voix, ni corps, mais ce n'est pas ce qu'ils ont prévu pour moi. Je vais devoir inventer des chimères pour me tenir compagnie, peut-être même que j'arriverai à faire apparaître, un de ces jours, un patronus qui me protègera dans les heures trop sombres... La magie est là, à nous d'y croire.

A bientôt !

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jeudi 19 juillet

Sans lever la main -

Comme tout le monde, il y a des peintres que je n'aime pas (je fais un concours de lieux communs, et je gagne à chaque billet). Le premier qui me vient à l'esprit est Picasso. Mon oeil n'est sans doute pas assez exercé pour "capter" ses oeuvres. Même son physique m'est antipathique (ce qui est stupide). Pourtant, il sera question de lui dans ce billet, de lui et de quelques-unes de ses oeuvres, que j'ai découvertes par hasard. Ici, pas de peinture, pas de visages tordus dans tous les sens.
Pablo Picasso s'est exercé aux dessins en un trait. Sans lever son crayon (- stylo - pinceau...) du papier, il dessine des hommes, des animaux... Il joue et son amusement se répercute sur celui qui regarde, observe... voire, s'émerveille.

Picasso_01        Picasso_02
Arlequin et Arlequin avec bâton, (1918)

"Dans chaque enfant, il y a un artiste. Le problème est de savoir comment rester un artiste en grandissant."

Picasso_03
Cheval et dompteur-jongleur, (1920)

"Un tableau ne vit que par celui qui le regarde."

Picasso_04      Picasso_05
Coq, (1918) et Têtes de taureaux, (1956)

"J'ai mis toute ma vie à savoir dessiner comme un enfant."

Picasso_06
Centaure, (1920)

"Si l'on sait exactement ce qu'on va faire, à quoi bon le faire ?"

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Croquis au crayon pour "Mercure", (1924)

- les dessins et citations sont extraits de Picasso en un trait, éditions Palette, 2004

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mardi 17 juillet

A bicyclette...

kandinsky_comp_9
Kandisky, Composition IX

Ca devait être frais et léger comme une chanson de Montand.
Un vélo, moi, une route déserte le matin.
Mais l'actrice qui dort (profondément) en moi a décidé hier soir de répéter, d'apprivoiser la route, de voir si je tenais encore sur un vélo. Depuis le temps.
Alors, verdict : je tiens.
Sauf quand il y a : du vent, une descente, et une fille pas sûre d'elle qui doit diriger le guidon. Heu-reu-se-ment, je me suis souvenue de mes cours d'équitation. Oui, comme de nombreuses adolescentes, j'ai eu ma période équestre (mais par chance, elle a été brève). Le haras est un endroit où on nous apprend à bien tomber - sortir les pieds des étriers, se basculer d'un côté (le gauche, dans mon esprit), et éviter ensuite de se faire piétiner.
J'ai donc pensé à ça, sauf que j'en ai seulement retenu : gauche, côté gauche. Alors c'est le côté gauche qui a payé, et plutôt bien d'ailleurs. Ca pique, ça saigne, on se sent con sur cette route, en face d'un cimetière. Heureusement, pas de témoin oculaire. Ramasser le vélo, se dire qu'on va arrêter là pour aujourd'hui et tant pis pour la destination prévue, faire demi-tour et avoir honte de son bras correctement éraflé, parce qu'il sonne comme un "je viens de tomber à vélo". Supplier intérieurement pour que les jeunes aient quitté l'abribus du village, au risque de mourir de honte en passant devant eux. Supplier intérieurement pour que la voisine (celle qui a prêté le vélo !) ne soit pas dehors, dans son jardin, monter en vitesse et préférer laisser le truc s'infecter plutôt que d'aller voir la susdite voisine et demander un produit.
Ca correspond bien au nouvel adjectif que j'avais trouvé, assez justement, pour me qualifier (indice : c'est un substantif dans un titre de Victor Hugo).
Dans des moments pareils, je me dis que je porte bien le nom de mon blog. Moi qui cherchais un truc pour me remonter le moral (ahah), c'est pas encore aujourd'hui que j'y réussirai.

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dimanche 15 juillet

Il revient, et il est pas content du tout

(les mots qui suivent n'auront aucun respect pour ceux qui ignoreraient les divers événéments du 5e tome)

HP___VoldyComme lui, vous ne seriez pas content non plus si vous aviez passé treize ans à être un simple esprit, sans corps, tout ça parce qu'un soir d'Halloween, un petit morveux vous a défait de tous vos pouvoirs, et en survivant en plus. Il y a des enfants qui ne manquent pas d'audace. Mais Lord Voldemort is back, et croyez-moi, il n'a pas l'air commode. Il a même recontacté quelques vieux copains, histoire de faire une grande fête où ils souhaitent sacrifier quelques quidams, comme Dumbledore, Harry Potter... mais l'heure de la victoire n'a pas encore sonné, pour aucun des deux camps, parce qu'avant de gagner, il faut se battre.
Parce que je suis une inconditionnelle du sorcier à cicatrice (si vous saviez le nombre d'heures que j'ai pu passer, sur internet, à chercher infos, indices, explications...), je ne pouvais pas passer à côté du cinquième film, Harry Potter et l'Ordre du Phénix (signé David Yates).

HP___affiche

Harry est désagréable, mais il a deux bonnes raisons à cela : le plus grand mage noir du monde des sorciers veut sa mort et en plus il entre dans l'âge épineux de l'adolescence. Ca fait beaucoup pour une seule personne; comme cela ferait beaucoup aussi pour un seul film, le caractère particulièrement renfrogné du jeune sorcier est un peu mis de côté sur grand écran. C'est qu'il faut aller à l'essentiel, organiser la résistance contre : Lord Voldemort, le Ministère de la Magie (qui nie son come-back), Dolores Ombrage (professeur de défense contre les forces du mal, accessoirement acharnée contre ses élèves, voulant réformer Poudlard et taire les rumeurs de guerre potentielle). Les adultes d'un côté (l'Ordre du Phénix, dirigé par l'immense et toujours aussi merveilleux Dumbledore), les adolescents de l'autre (l'Armée de Dumbledore est leur nom), tous s'unissent contre le mal. Bien qu'étant le plus gros tome de la saga (1031 pages en poche), ce 5e roman est moins dans l'action que les précédents, prenant le temps d'installer tous les éléments que nous retrouverons dans les opus suivants. L'humeur est sombre, les sorciers inquiets. Il n'est plus temps de rigoler, de jouer au Quidditch et de s'empiffrer de tarte à la mélasse. Non : on apprend à se défendre, à se méfier, à interpréter les rêves d'Harry (qui sont généralement de mauvais présages), à s'impliquer dans les prémisses d'une guerre qu'on estime terrible.

HP____clats

Puisqu'il faut bien parler du film à un moment donné, sachez que les acteurs sont extrêmement bien campés. Les jeunes grandissent et cela leur réussit plutôt bien (petit bémol : mais qui a décidé de la coiffure de Neville ?). De nouveaux personnages apparaissent, nous en retiendrons trois :

- Luna Lovegood, incarnée par une certaine Evanna Lynch. Que les choses soient claires : Luna est l'un de mes personnages préférés, dans les livres du moins. Sa folie, sa différence, sa gentillesse et ses croyances farfelues me séduisent totalement. A chaque fois qu'elle apparaissait sur l'écran, je grimaçais. La jeune fille paraît trop propre sur elle, trop... normale... Et pourtant, dès qu'elle ouvrait la bouche, j'oubliais mes doutes, trouvant ce brin de folie si délicieux. Luna Lovegood, même si je l'imaginais un peu différemment du point de vue physique est bien représentée.
- Bellatrix Lestrange est interprétée par une actrice de choix : Helena Bonham Carter. Je ne sais pas qui a eu l'idée de contacter cette femme atypique, mais ce quelqu'un a eu diablement raison. Même si sa courte présence était légèrement hystérique, cela promet le meilleur pour la suite.

- Dolores Ombrage, jouée par Imelda Staunton, est délicieuse de perfidie et de niaiserie. Des assiettes décorées de chatons ornent les murs de son bureau et, coincée dans des tailleurs rose bonbon, elle est détestablement mielleuse. Ambiguë, perverse, tête-à-claque, en trois mots : identique au livre. Parfait.

HP___Luna HP___Bellatrix HP___Ombrage

Et puisqu'il est l'un des grands personnages de ce 5e volet, parlons de Sirius Black (Gary Oldman). Au 12, square Grimmaurd, il a dû faire la découverte d'un produit aux bienfaits thérapeutiques : le shampooing. Oui, je sais, c'est très bas d'en arriver là (et j'en ai honte, croyez-moi) mais il faut que les choses soient claires - Sirius Black est sexy. Autant Harry Potter a eu les cheveux coupés court comme un york-shire après une séance de toilettage, autant Sirius Black est exempt de tout reproche. Oui, je suis ridicule.

HP___Sirius

Je ne vais pas m'étendre sur sa mort (ils ont osé !), mais... oh, si, je vais m'étendre là-dessus, ou plutôt sur toute la scène finale, au Département des Mystères. Comme le reste du film, c'est esthétiquement réussi (et donc très agréable) mais j'ai eu l'impression que les choses allaient trop vite. De fait, l'intensité de la séquence s'amoindrit, on n'a même pas le temps de verser une larme quand Sirius passe de l'autre côté du rideau... je critique, mais il reste un point culminant où l'on a la gorge nouée pour Harry Potter (je vous laisse découvrir ça par vous-mêmes).

Si je peux me permettre un minuscule reproche vestimentaire, il est un chouia décevant de voir Dudley porter du Nike et Luna Lovegood propriétaire de Converse (et encore, d'autres détails ont dû m'échapper). Bien que cette adaptation soit curieuse et superficielle, elle détient de nombreux atouts (dont Rogue, Dumbledore, Lupin, tous présents de manière éphémère, mais on ne s'en lasse pas !). Une excellente mise en bouche pour le grand événement de l'année : la sortie du septième et dernier roman...

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vendredi 13 juillet

Déjà diffusé (2)

Cette critique n'est pas bonne en soi. Tant pis, je passe outre et la dépose quand même ici, un poids dans la gorge. C'est l'un des romans qui m'a le plus marquée dans ma courte vie de lectrice. Un roman que je serais incapable de relire aujourd'hui, un roman dont il suffit d'évoquer le nom pour... pour que tout me revienne.

La Cloche de détresse
de Sylvia Plath (1963)

Nous sommes en Amérique, dans les années 50. Esther Greenwood a dix-neuf ans, elle aime les bains chauds et le caviar, elle veut être écrivain, et elle ne supporte pas l'idée de passer plus d'une semaine dans la maison de sa mère. Alors, quand elle rentre de son voyage d'un mois à New-York, et qu'elle apprend qu'elle n'est pas prise à son cours de littérature pour l'été, quelque chose de fissuré en elle explose enfin.
La Cloche de détresse, c'est juste l'histoire d'une jeune fille qui est trop intelligente pour être dupe face aux réflexes sociaux des hommes.

"Puis il s'adosserait à son fauteuil, il joindrait le bout de ses doigts pour faire une petite colline et il me dirait pourquoi je ne pouvais pas dormir, pourquoi je ne pouvais pas lire, pourquoi je ne pouvais pas manger et pourquoi tout ce que faisaient les gens me semblait tellement vain puisqu'au fond, ils allaient tous mourir."

Pour être explicite une fois dans ma vie, je me suis pris une claque avec ce livre.
Je l'ai commencé naïvement, croyant juste lire un excellent roman, j'étais dès le départ conditionnée pour aimer (je n'ai jamais envisagé l'hypothèse inverse), et au début, oui... on peut croire que c'est un "simple" roman qui parle de ces personnes qui se sentent inadaptées au monde, on peut croire que c'est juste l'histoire d'une demoiselle dont les idées ne collent plus avec son époque. Oui mais non.

"Quand les gens se rendraient compte que j'étais folle à lier - et cela ne manquerait pas de se produire malgré les silences de ma mère - ils la persuaderaient de m'enfermer dans un asile où l'on saurait me guérir.
Seulement voilà, mon cas était incurable."

Il y a un moment, dans ma lecture, où j'ai compris que ça basculait, et que je ne pouvais pas rester au bord, lire les mots et faire comme si c'était normal, il y a un moment où quelque chose s'est ouvert (ou fermé ?) en moi, et je savais que je n'allais pas en sortir indemne. Mais comment l'expliquer ? J'ai compris la douleur du personnage, et je me disais que c'est tellement dommage, c'est le monde qui est moche, et c'est à une jeune fille de porter tout ça.

"J'écoutais avec attention, le plancher avait l'air merveilleusement stable. C'était réconfortant de savoir que j'étais arrivée au terme de ma chute, et que je ne pouvais pas tomber plus bas."

La violence qu'il y a dans ce livre... la violence de la solitude, des gestes qu'on fait contre soi... J'ai l'impression que personne n'est à la hauteur d'Esther, tout le monde passe à côté d'elle sans la voir réellement... Il y a la violence des hospitalisations, des électrochocs... rien que le mot, déjà, "électrochoc"...

"Nous recommencerons au point où nous nous étions arrêtées Esther, avait-elle [la mère] dit avec son doux sourire de martyre, nous ferons comme si tout cela n'était qu'un mauvais rêve.
Un mauvais rêve.

Pour celui qui se trouve sous la cloche de verre, vide et figé comme un bébé mort, le monde lui-même n'est qu'un mauvais rêve.

Un mauvais rêve.

Je me souvenais de tout."

Et il y a la violence de la fin. Parce que ça doit être une souffrance, pour l'écrivaine dépressive, de finir en laissant une porte ouverte. La porte est ouverte, d'accord, mais elle ne nous montre pas ce qu'il y a derrière, de cette fin en demi-teinte, le lecteur pourrait se concentrer sur la lumière, il pourrait se dire c'est bon, mais moi j'y crois pas, elle peut pas s'en sortir comme ça, Esther, elle est trop toute seule.
Mais quand on traverse des heures sombres, dans notre vie, on peut vite lasser notre entourage, alors on se retrouve obligé à sourire et à dire que tout ira bien, alors l'entourage entend cette phrase, et décide de fermer les yeux sur les apparences qui lui prouveraient que, non, tout ne va pas bien.

C'est ça, qu'elle fait, Sylvia Plath - elle rassure ceux qui pourraient être assez stupides pour croire que la guérison est là, pas loin (alors qu'Esther, à mes yeux, a bien plus de raisons d'aller mal à la fin du roman qu'au début... quand on voit ce qu'elle traverse...).

J'en parle mal, vraiment mal. Mais cette lecture, bien plus que m'avoir touchée, m'a blessée. Et je n'écris même pas le quart de tout ce que je pourrais dire, parce que je ne sais pas comment l'exprimer, et parce que... c'est peut-être juste inexprimable. Un genre de coup de coeur, et de coup au coeur. En tout cas, grâce à Sylvia Plath, j'aurais appris que mon mascara, que je croyais waterproof, ne l'est absolument pas.

"J'ai respiré un grand coup et j'ai écouté le vieux battement de mon coeur.
Je vis, je vis, je vis."

(lu en mars 2006)


Bonus

Ryan Adams a écrit une chanson en l'honneur de cette romancière, chanson qu'il a sobrement intitulée Sylvia Plath. C'est beau et triste à la fois, et comme mon billet n'est déjà pas d'une gaieté folle, je ne me sens pas de taille d'y insérer directement la chanson. Vous pouvez l'écouter ici - et les paroles sont .

...

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mercredi 11 juillet

Humeur

J'ai le coeur plein de boue -

Rebekah Del Rio - Llorando
scène tirée de Mulholland Drive (D. Lynch)

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mardi 10 juillet

Déjà diffusé (1)

Je l'avais annoncé précédemment, je suis interdite de commentaires de lecture pour le moment. Mais comme je lis très lentement (manque de motivation et de temps, livre(s) nul(s)), ça risque de me prendre un peu plus de temps que prévu. Alors, histoire d'alimenter ce maigre endroit et de montrer ma fibre écolo, j'ai pensé au recyclage.
Oui, incroyable, je lisais avant d'être N.u.l.l.e., et il m'est même arrivé d'écrire quelques avis, ailleurs, dans une vie antérieure. Voilà pourquoi je vais rediffuser ici mes humbles avis à propos de certains coups de coeur. J'ouvre le bal avec

Mirbeau

Céline la Renarde avait évoqué son Journal d'une femme de chambre, et histoire de l'inciter (ainsi que d'autres !) à emprunter encore le chemin du vice tracé par ce grand écrivain, voici quelques mots sur :

Les 21 jours d'un neurasthénique
(1901)

Entre Octave Mirbeau et moi, tout commençait bien. Et pourtant, on s'est rencontrés un lundi. Un simple lundi, une simple bibliothèque, et moi qui regardais avec envie les rayons. Et il y a eu ce titre, Les 21 jours d'un neurasthénique. Je me suis sentie inévitablement concernée.
Et il y a eu cette première phrase, "L'été, la mode, ou le soin de sa santé, qui est aussi une mode, veut que l'on voyage." Première phrase qui m'a donné envie de lire les suivantes.
L'histoire d'amour devint évidente lorsque je découvris que ce livre avait été publié le jour de mon anniversaire (j'ai dit le jour - pas l'année - merci). Puis...

... Puis comme cette fausse intro est un peu longue, je propose maintenant d'entrer dans le vif du sujet.

Octave Mirbeau nous narre les 21 jours (en fait au nombre de 23) d'un homme parti en cure dans les Pyrénées. Il s'ennuie. Mais par chance, chaque jour, il croise des personnages qui lui racontent des tas d'histoires - souvent absolument horribles.
C'est là que la déception arrive : je m'attendais à lire un roman génial, avec une véritable trame narrative - que nenni. Mirbeau compile ici ses Contes cruels parus dans la presse entre 1887 et 1901, et il ne fait pas énormément d'efforts pour livrer autre chose qu'une succession de petits contes réunis par un narrateur aussi fade qu'inexistant (c'est dire).

Voilà les reproches, maintenant je peux enfin dire à quel point ce livre a encore des odeurs de soufre, d'ironie, de dénonciation (politique), de cynisme. L'écriture est étonnante dans le sens où je n'ai jamais vu autant de points de suspension dans un récit - ça fait vingt ans qu'on me dit que non, les points de suspension, dans la narration, c'est mal. Qu'il faut oser aller jusqu'au bout de son idée, que ces trois petits points prennent des airs de "excusez-moi mais j'ai quelque chose à dire", et que c'est à proscrire. J'ai été ravie de voir le contraire...!
Il y a des contes excessivement choquants. Des histoires amorales, où on vole, on viole, on tue. Des histoires où il faut être riche et puissant pour s'en sortir. Il y a notamment ce pauvre clochard qui se retrouve derrière les barreaux parce qu'il a ramené dans un commissariat un portefeuille rempli de billets, et qu'il a commis le crime de ne pas avoir de logement (et c'est pour ça qu'il est enfermé). Bref ! Je ne vais pas essayer de raconter quelques contes, ça perd toute sa saveur. Octave Mirbeau met en scène la tragédie de l'existence, la cruauté et la perfidie de l'homme, et aucune issue ne semble possible. Corrompu, pourri, machiavélique, l'homme est irrécupérable.
Je me permets de citer un passage d'un conte qui m'a donné la nausée :

"Je ne connais qu'un moyen de civiliser les gens, c'est de les tuer... Quel que soit le régime auquel on soumette les peuples conquis... protection, annexion, etc., etc., on en a toujours des ennuis, ces bougres-là ne voulant jamais rester tranquilles... En les massacrant en bloc, je supprime les difficultés ultérieures... Est-ce clair ? Seulement, voilà... tant de cadavres... c'est encombrant et malsain... Ca peut donner des épidémies... Eh bien ! moi, je les tanne... j'en fais du cuir... Et vous voyez par vous-même quel cuir on obtient avec les nègres. C'est superbe !..."

Je vous l'avais dit, Mirbeau va loin. Très loin. Malheureusement, ce n'est pas une oeuvre majeure de cet auteur, et je n'ai pas trouvé de documents qui pourraient me renseigner sur la réception de l'oeuvre... parce que j'imagine qu'il y a certainement eu quelques remous.
Pour vous donner une idée, j'ai trouvé un extrait en ligne,
justement le conte avec un maire monstrueux, et un curieux personnage qui pourrait vous rappeler un certain cambrioleur (qui, je le précise, n'avait pas encore été créé à l'époque).

Je pense qu'il aurait été plus honnête de se contenter d'un recueil de contes (recueil qui existe d'ailleurs aujourd'hui), au lieu de faire du narrateur un réceptacle d'histoires incroyables (je ne sais d'ailleurs pas comment il survit à toutes ces confidences). Mais les portraits tellement acerbes des hommes n'ont rien perdu de leur saveur, et compensent cette petite faiblesse narrative.

(lu en juin 2006)

Posté par erzebeth à 16:39 - lecture - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

samedi 07 juillet

Révélations choc (ou pas)

Quand un personnage de dessin animé (en l'occurence, Pocahontas) vous sollicite pour répondre à un questionnaire où vous devez vous dévoiler en sept anecdotes, vous acquiescez. Même si vous n'aimiez pas trop ce dessin animé (Pocahontas. Vous suivez ?) quand vous étiez petite, parce que John Smith repart tout seul dans son bateau, et c'est trop naze. Allons-y, mais avant tout - soyez indulgents. Merci.

* J'ai eu la même prof d'histoire, au collège, que Fabien Barthez. Non, nous n'étions pas dans la même classe (je suis jeune, moi) et nous n'avons pas fréquenté le même collège. Mais c'était la même prof. La seule, dans sa discipline, qui ait réussi à me plaire, d'ailleurs.

* Je ne cuisine pas très bien. Ou très mal. La révélation en soi n'a que peu de valeur, sauf que ça a dérapé un jour pour se terminer à la gendarmerie : j'avais treize ans, vacances dans un camp avec plein de petits adolescents de mon âge, les corvées s'effectuaient à tour de rôle. Ce jour-là, avec deux autres filles, j'étais désignée pour la cuisine. A vrai dire, je ne me souviens plus du tout du menu puisque, dès l'entrée (des betteraves, très bonnes d'ailleurs), un des monos a décelé un goût curieux et nous a hurlé d'arrêter de manger. Il avait senti un relent de crésyl (produit désinfectant) dans l'assaisonnement. J'avais jamais entendu ce mot-là de ma vie, alors j'ai continué à manger, même si je sentais un léger vent de panique s'installer autour de la table. Ca a fini avec des analyses d'urine pour tout le monde à l'hôpital, le jour même et le lendemain. Et bien entendu, comme j'avais préparé le repas (avec d'autres), j'ai aussi eu droit à une superbe séance de déposition avec un gendarme qui faisait d'horribles fautes d'orthographe, ce que je lui ai fait remarqué avec le plus de tact possible.

* Je suis très souple, mais que d'une jambe (ne riez pas, merci). Avec mon pied gauche, je touche mon front, sans souci. Par contre, la jambe droite est totalement rouillée. Cette révélation est passionnante.

* Je n'ai pas mon brevet. En réalité, c'est même pire : je ne suis pas allée le passer. Oui, c'est mal, alors message aux nombreux collégiens qui me lisent (...) : présentez-vous au brevet, quand même. Ne me demandez pas pourquoi j'ai honteusement contourné l'examen, les raisons sont devenues floues avec le temps. Je me rappelle qu'en seconde, un gentil courrier m'a été adressé, me disant que je n'étais pas venue au brevet, que c'était pas poli, et qu'on était d'accord pour me ré-inviter une fois. J'ai encore oublié d'y aller, dites donc.

* Ce qui suit n'est pas vraiment une révélation, mais une confession. J'en ai besoin. Jusqu'à la fin du mois, je passe d'heureuses matinées dans les cultures d'un maraîcher, où je ris en compagnie des fruits et légumes. Sauf que voilà, je suis très mauvaise.
- je dois enlever de l'arbre tous les bébés pommes qui ne grandiront pas d'ici la période des récoltes. Ca demande de l'attention, de l'observation, et du tact puisque les bébés pommes se trouvent souvent à proximité des pommes plus grandes, qu'il ne faut évidemment pas faire tomber au risque de se faire gronder. Mais ça arrive. Forcément. Une grosse pomme par terre, un immense sentiment de solitude. Parfois, quand je suis seule, je prends la pomme et la jette au pied d'un arbre sur une autre rangée, pour faire croire que c'est quelqu'un d'autre qui l'a faite tomber. Oui, j'ai honte.
- les tomates, c'est pas pareil. Faut pas que je touche aux fruits, juste aux feuilles. C'est assez facile. Mais mercredi matin, une tomate est tombée. Une grosse. Je ne sais pas comment elle a fait son compte, cette garce. Impossible de la jeter plus loin car 1. ça se voit (on-ne-touche-pas-aux-tomates-en-elles-mêmes, alors une par terre, forcément...), 2. j'étais absolument seule à y travailler, alors même plus loin, j'en restais la fautive. J'ai pris le fruit, fait un trou dans la terre, et l'ai enterré. Les larmes aux yeux, bien sûr. Un petit moment de solitude comme je ne m'en souhaite pas d'autre. Surtout que je serai forcément découverte (c'est pas comme si je l'avais enterré profondément). Ce jour-là, je le sais déjà, j'entendrai La Phrase Qui Fait Peur (et que j'ai déjà trop entendue) : "... Aurzebeth, viens voir". Ca n'augure jamais rien de bon.

* Que serait le jeu des révélations sans une petite anecdote animalière, hein ? La valeur n'attend peut-être pas le nombre des années, mais le bon sens, si. J'avais huit ou neuf ans lorsque je fus dénoncée comme coupable d'homicide involontaire sur la personne de notre hamster familial, Basil. Faut dire que ma mère avait été particulièrement stupide ce jour-là : il faisait beau, et elle a cru avoir une bonne idée en voulant faire prendre l'air au petit Basil. Qu'on a mis, pour l'occasion, dans un seau (imaginez comme la bestiole devait être contente !). Le téléphone a sonné, et ma mère est comme toutes les femmes du monde : quand elle est avec sa meilleure amie au téléphone, ça peut durer des heures (sans exagérer). Je me suis donc retrouvée seule dehors, avec un hamster dans un seau. Au bout d'un moment, je suis rentrée, j'ai essayé de bredouiller à ma mère un mignon "Maman... Basil a chaud...", mais rien ne la déconcentrait de son coup de fil. Alors je suis repartie dehors jusqu'à ce qu'on me dise de rentrer (oui, j'étais pas fûtée, et alors ?). Le hamster est mort d'une insolation dans la soirée.

* J'ai été bien bavarde, alors compensons ça par une image. Mieux : par une photo. Incroyable mais vrai, j'ai décidé de vous dévoiler mon adorable visage :

ohlamignonnepetitefille__
Aurzébeth, à 4 ans

J'ai malheureusement perdu mes lunettes depuis.

Et je ne passe le relais à personne, parce que tout le monde a déjà répondu. Ouf, hein !

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jeudi 05 juillet

Parfois

Parfois, le jeudi soir, on se retrouve à table avec une fille qui demande :
"Quand tu te rends compte que tu nages à contre-courant, qu'est-ce que tu fais ?"
Puis la fille explose en larmes, et on ne sait plus quoi dire.
"Quand tu attends quelque chose, alors que tu sais que ça n'arrivera jamais, qu'est-ce que tu fais ?"
Là, j'ai réussi à répondre. J'ai dit :
"J'attends quand même."
Parce qu'on ne sait jamais. Parce que les problèmes sont faits pour être résolus. Parce qu'on est là pour rêver et espérer un peu.
Nos cas sont tellement différents. Mais avec son désespoir, elle a réussi à m'encourager dans mes illusions. Je nage à contre-courant alors que je sais que c'est perdu d'avance, que ce que j'essaie de rejoindre me crie que c'est impossible.
Puis la conversation a continué, longtemps.
Parfois, le jeudi soir, il se passe des choses bizarres. Même si rien ne change.

(le prochain billet sera léger. Je vous jure que c'est possible)

Posté par erzebeth à 22:09 - égocentrisme - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

mardi 03 juillet

Naked

au_pont_neuf

[Annulé]

Posté par erzebeth à 15:25 - égocentrisme - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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