N.u.l.l.e.

Nouvel Univers Lunatique et Lacunaire d'Erzébeth

lundi 13 août 2007

Billet à l'eau de rose

L'arche dans la tempête
d'Elizabeth Goudge (1934)
traduit de l'anglais par Madeleine T. Gueritte

Aujourd'hui, j'aurais dû écrire ici mon ressenti par rapport au livre sus-mentionné, que j'ai terminé exactement vendredi (j'ai du retard, je sais). J'avais même réfléchi à la manière de commencer mon billet, expliquant que, quelques jours auparavant, réveillée plus tôt que d'habitude par une maman-chat qui souhaitait avidement mettre bas, j'avais commencé L'arche dans la tempête tout en jetant un œil aux créatures humides et déjà bruyantes qui me rejoignaient au fil des minutes. Je pensais même vous gratifier d'une magnifique photo, où les cinq monstres sont sagement alignés contre leur mère. Mais finalement, non. Je n'ai pas envie de commencer mon billet de la sorte, et je n'ai même pas envie de parler de ce roman. Manque d'inspiration et de motivation. C'est donc en toute illogique que je m'y attelle.

Comme je ne suis pas forte pour faire attention aux époques, j'ai un peu fureté pour pouvoir écrire que l'action se situe à la fin du XIXe siècle, sur l'île de Guernesey. Au bord d'une falaise, à cette époque-là, dans la ferme Bon-Repos, on trouve la famille du Frocq qui vit comme elle peut, c'est-à-dire très modestement. André et Rachel sont des parents aimants, un couple soudé. Lui est rêveur, poète, et donc très mal à l'aise dans ses travaux quotidiens à la ferme - mais il n'a pas le choix, son esprit purement intellectuel ne pouvant subvenir aux besoins de toute sa famille... Autour de lui et de sa femme, si belle, si gracieuse, si forte, papillonnent cinq enfants débordant de vitalité - Michelle, l'aînée à l'intelligence vive, Péronnelle qui se conduit comme une petite maman, Jacqueline la solitaire angoissée, Colin le petit rebelle et Colette, la poupée grassouillette de la maison. On suit donc toute cette famille au quotidien, chacun avec des aspirations différentes mais liés par un sentiment fraternel très fort, un amour certain qui les rend proches même s'ils ne se comprennent pas toujours. Alors que l'argent manque cruellement, ils accueillent chez eux un naufragé, Ranulph (quel prénom !), un homme mystérieux qui va bouleverser leurs vies...

Ça a peut-être l'air plein de suspense, énoncé comme ça, mais c'est plus un roman familial qu'une œuvre palpitante... Le charme du texte vient de la simplicité de l'histoire, de sa "proximité" avec le lecteur. Très vite, on entre dans la famille du Frocq, on fait la connaissance des différentes personnes, et on se sent l'un des leurs. Leur vie est bercée de deuils, de craintes, de religion, de petits bonheurs, et racontée d'une façon qui paraît un peu désuète aujourd'hui - mais Elizabeth Goudge a des talents de conteuse, elle charme avec douceur, livre un roman tendre et dépaysant. Pour faire un raccourci facile, et donc inexact, j'aurais tendance à rapprocher L'arche dans la tempête des Quatre filles du Dr March, parce que dans les deux cas, on se trouve face à une famille gentille, aimante, pieuse, où les bonnes actions sont plus nombreuses que les actes égoïstes ou mesquins.
Pourtant, ce roman-ci n'est pas non plus totalement rose. Les personnages ne sont pas dénués de profondeur, leurs questionnements sont même parfois étonnants. La petite Jacqueline, qui a douze ans, est celle qui m'a sans conteste le plus touchée, par sa peur de vivre, son hypocondrie (elle s'écorche le genou - elle a le tétanos - elle va mourir), sa maladresse, son manque de confiance en elle... personne ne la comprend dans sa famille, parce que ses peurs sont trop profondes pour être compréhensibles, limpides. Ranulph aussi est une figure intéressante, déjà par cette aura de mystère qui ne le quittera jamais tout à fait, mais aussi par sa complexité, ses secrets...
On se laisse emporter dans le tourbillon des petites aventures de cette famille, dont le récit ne manque décidément pas d'intérêt. Mais, parce que je suis une lectrice d'aujourd'hui, c'est-à-dire négativement moderne, j'esquissais un petit sourire légèrement ennuyé dès qu'il était question de nature et de religion - ce n'est absolument pas dominant dans le roman, mais c'est présent malgré tout et, ajouté au style, tout à fait charmant mais un peu désuet à mes yeux, cela me fait quelques raisons de ne pas succomber totalement. L'arche dans la tempête est, toutefois, un joli roman, fort réussi.

"- Sophie prétend qu'il y a toujours des fées dans la sente d'eau, dit Péronnelle, en trempant ses doigts dans le frais ruisseau.
- Jamais de la vie ! répondit Jacqueline d'un ton lugubre; ce sont des histoires ! Toutes les jolies choses sont des histoires."

(je vous avais dit que j'étais pas inspirée. encore pire que d'habitude, ce que je ne pensais pas possible.)

Posté par erzebeth à 15:17 - lecture - Commentaires [8] - Permalien [#]

Commentaires

    Tiens donc, cinq chatons, et cinq enfants dans le livre, si ça c'est pas une coïncidence !
    Moi j'aime bien ce genre d'histoire. Ah, le XIXème siècle et ses préoccupations...
    Les peurs de Jacqueline, le mystérieux Ranulph (rien que le prénom est une mise en abyme du personnage >_< ; c'est vrai que ça ne se rencontre pas tous les jours !), le contexte géographique..., tout cela m'intéresse fort ! Je note ce livre ! Même sans l'avoir lu, tu as réussi à me rendre intéressée . Ça prouve que tu es égale à toi-même dans tes critiques !

    Comme j'aime les histoires se déroulant au XIXème siècle, j'aime le côté religieux des personnages. Ce que je n'aime pas c'est, comme tu l'as décrit, le côté bien-pensant de la chose : faire des bonnes actions pour aller au Paradis, bref, ces petits trucs. J'aime quand les personnages sont pieux mais tourmentés, un peu comme Chateaubriand.
    Quand ils remettent en doute leurs croyances, quand pour eux la foi est bien plus profonde et tourmentée que de celle qui pousse à être "gentil", à être une bonne famille qui croit fort en la bonne nature de Dieu, une bonne famille qui est en proie à des préjugés sur les païens et les hérétiques, par exemple. C'est ce côté que je n'aime pas dans la religion chrétienne.

    "Les 4 filles du Docteur March", c'est sympathique à lire, mais ça devient un peu trop répétitif au bout d'un moment, je trouve.

    Merci pour ta critique, qui m'a plu : je pense au livre, à présent (même si je ne vais pas l'acheter tout de suite) !

    Posté par Esis, mardi 14 août 2007 à 14:01
  • heu esis!!!???!!!! non mais c'est pas bientôt fini ces commentaires!!! après la petite elle va croire que des gens aiment bien la lire pffffffffff nimportnawak!!!! )))))

    Posté par lamousmé, mardi 14 août 2007 à 18:53
  • Que j'aime te lire ! Après une longue journée de travail, j'ai l'impression d'être bercée par ta prose. D'autant plus que tu parles d'un livre que j'adore et d'un auteur que je vénère. Et Guernesey est une de mes îles, ne serait-ce que pour Victor Hugo, mais pas seulement... Il y a aussi toutes ces légendes qui hantent les îles anglo-normandes... E. Goudge sait merveilleusement créer le merveilleux à partir du concret le plus prosaïque qui soit.
    Encore une très belle chronique, mon amie !

    Posté par Holly G., mardi 14 août 2007 à 19:01
  • * Esis, je vais être désagréable en disant que, certes, il y a cinq enfants dans le roman, mais ils ont aussi trois frères et soeur décédés... donc le schéma diffère de celui des chatons !
    D'après ce que tu me dis sur tes goûts, je pense que ce roman peut te plaire. En tout cas, si tu veux tenter E. Goudge un jour, je te conseille les bouquineries et le site livrenpoche.com, ses textes sont difficilement trouvables neufs, même si Phébus s'y (re)met doucement...
    Je ne vais pas m'étendre sur le caractère religieux, mais je ne résiste pas à te raconter une anecdote : la petite Colette aime être gentille, ce qui lui donne des chances d'aller au Paradis et d'avoir enfin la clé de cette énigme : comment les anges font-ils pour passer leurs ailes dans leurs habits ?
    Enfin, merci de ton intérêt, Esis...

    * Lamousmé, je... tu m'as fait rire !!! Merci ! )) Heureusement que tu es là pour m'aider à ne pas prendre la grosse tête !

    * Holly, merci... pour tout. J'aimerais m'imprégner plus de l'atmosphère des îles anglo-normandes, de leurs légendes... j'ai tant de choses à découvrir ! J'ai pensé à toi, en lisant ce roman, parce que je connaissais ton attachement à l'auteur...
    Tes mots me font du bien.

    Posté par erzébeth, mardi 14 août 2007 à 22:17
  • Merci à toi.
    Tu ne te rends pas compte...
    Prends soin de toi.

    Posté par Holly G., mercredi 15 août 2007 à 09:41
  • Merci, ma chère amie !
    Je pense fort à toi, et à ce travail que tu accomplis... Alors, toi aussi, prends soin de toi...

    Posté par erzébeth, mercredi 15 août 2007 à 11:22
  • Je ne connaissais pas du tout cet auteur, je note! Car j'adorais les "4 filles du Dr March" quand j'étais petite...
    Sinon j'espère que les chatons se portent bien, que la maman s'en remet et que tout le monde est content.
    (mais tout de même, n'est-ce pas traumatisant d'assister à l'éclosion de CINQ chatons?)

    Posté par céline, mercredi 15 août 2007 à 11:57
  • J'ai un autre livre de cet auteur en attente ("La colline aux gentiane"), peut-être que, quand je l'aurai lu, ça te confirmera ton envie de découvrir E. Goudge...

    Pour les chatons, j'ai tellement l'habitude d'en voir naître que j'en deviens blasée

    Posté par erzébeth, mercredi 15 août 2007 à 15:54

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