N.u.l.l.e.

Nouvel Univers Lunatique et Lacunaire d'Erzébeth

jeudi 29 novembre 2007

Miam miam, c'est bon *

Pourquoi j'ai mangé mon père
de Roy Lewis (1960)
traduction de Vercors et Rita Barisse

Si je peux me permettre un jeu de mots à la Ruquier, j'ai dévoré Pourquoi j'ai mangé mon père (hé, j'avais prévenu que ce n'était pas drôle).
C'était en réalité une relecture, et on connaît le risque des relectures : certains romans qu'on appréciait baissent en flèche dans notre estime. Etant donné que ma première lecture remonte à des années, ça limitait les dégâts : je me souvenais juste que ça m'avait plu.
Pourquoi le relire, et pourquoi le relire maintenant ? respectivement parce que Suny me l'a offert dans le cadre du swap LiThérature, et parce qu'après ma dernière lecture un peu lourde, j'avais étrangement besoin de me divertir.
Quoi de mieux qu'une plongée dans le pléistocène (il y a donc 2 millions d'années) ?

"Retenez la leçon : à savoir que la nature n'est pas nécessairement du côté des gros bataillons. La nature est avec l'espèce qui possède sur les autres une avance technologique. Pour le moment, c'est nous."

C'est le père d'une grande famille, Édouard, qui tient ses propos après avoir bravement volé une caverne à une famille ours, en les chassant avec une découverte miraculeuse : le feu. Effectivement, Édouard n'est pas du genre à se contenter de ce qui est déjà acquis; c'est bien beau d'être descendu de l'arbre, mais il ne faut pas s'en arrêter là. La clé, c'est le progrès. Il est entouré d'une famille délicieusement loufoque, où l'on trouve notamment : Mathilde, la mère, douée en cuisine, Oswald (l'un des fils), excellent tailleur de silex, l'oncle Vania, merveilleusement réac' (qui n'en oublie pas pour autant de profiter des découvertes de son frère), et le narrateur, Ernest, qui ne paraît doué pour rien (le pauvre).
On suit donc leurs aventures en terre africaine, où les rebondissements sont légion; et, bien sûr, l'humour est aussi de la partie. (cette fin de phrase est délicatement rétro, non ?)
Comme le dit si bien la postface (d'une certaine Annie Collognat), les situations humoristiques proviennent particulièrement d'anachronismes : les réels pithécanthropes (ou si vous préférez, les hommes qui vivaient à cette époque-là) avaient un langage plus que limité; or, ici, les personnages s'expriment dans un langage précis, soutenu, et un charmant décalage s'installe. Par exemple, le père est tout à fait conscient de vivre pendant le pléistocène, sait qu'auparavant, c'était le pliocène... bref : les personnages détiennent un savoir amusant et en décalage par rapport à leur époque.
L'évolution de la petite tribu est un plaisir à lire; on assiste à leurs découvertes, à leurs premiers pas vers la domestication du feu (et ce ne sera pas facile-facile, croyez-moi !), à leur rapprochement avec une autre famille... Tout va très vite; on se doute bien que ça a pris plus de temps dans la réalité, mais on serait mort d'ennui à lire un récit plus réaliste (ça n'en est pas moins un roman assez justement documenté).
Pourquoi j'ai mangé mon père est un livre intelligent, inventif et divertissant. Merci Suny

* véritable nom d'une boulangerie toulousaine

Posté par erzebeth à 08:30 - lecture - Commentaires [4] - Permalien [#]

Commentaires

    bien contente que la relecture ne t'ait pas déçue!
    allez, j'espère que les deux autres plairont aussi! ^^
    bises

    Posté par Suny, lundi 3 décembre 2007 à 21:15
  • Tout me plaît, jusqu'à maintenant, merci encore ! Je me garde "Fleurs de neige" pour début 2008, mais je sais déjà que je serai charmée !

    Posté par erzébeth, vendredi 7 décembre 2007 à 13:13
  • ah! j'ai un excellent souvenir de lecture avec ce livre, mais je ne l'ai pas relu...
    Je me souviens avoir été vraiment enthousiasmée par ce récit très drôle, très enlevé et en même temps qui nous donne l'impression de devenir plus intelligent!

    Posté par sylvie, vendredi 5 décembre 2008 à 19:01
  • Sylvie, je l'ai trouvé encore meilleur à la relecture, peut-être que ça sera ton cas aussi quand tu te lanceras ?

    Posté par erzébeth, samedi 6 décembre 2008 à 19:29

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