N.u.l.l.e.

Nouvel Univers Lunatique et Lacunaire d'Erzébeth

samedi 15 décembre 2007

Me, myself and I

Moi. Histoires de ma vie
de Katharine Hepburn
traduction de Françoise Cartano

Katharine_Hepburn Outrepassons le titre légèrement égocentrique de cette autobiographie, et concentrons-nous plutôt sur le contenu. Je ne vais surprendre personne en écrivant qu'il est question ici de la vie de Katharine Hepburn - j'adore enfoncer des portes ouvertes, surtout quand ça remplit une critique, parce qu'à vrai dire, je ne trouve rien à commenter sur ce livre. Ou plutôt devrais-je dire : c'est un recueil d'anecdotes délicieux, qui dévoilent au fur et à mesure le tempérament de l'intrépide Katharine. La grande actrice a été élevée dans un milieu aisé, original (son père coinçait une corde au niveau du coffre de la voiture, Katharine s'y tenait, à plat ventre sur la route, et en avant dans les rues enneigées), un milieu engagé (sa mère s'est énormément impliquée dans les droits des femmes, soutenue par son mari - ce qui était très rare pour l'époque). Bref, il y avait de l'amour, de la bonne humeur, une éducation peu ordinaire. Katharine pourra se fier à ses repères toute sa vie.
Ce qui étonne dans cette autobiographie, c'est l'absence de plaintes. L'actrice se fait très pudique sur certains événements tristes de sa vie (comme la mort mystérieuse de son frère), et en tire toujours une note positive. Les disparus continuent de vivre en elle, et elle est heureuse d'avoir pu les connaître. Définitivement optimiste, têtue, fidèle dans ses sentiments, Katharine Hepburn est une femme entière, qui ne rêve que d'une chose : devenir actrice. Par tous les moyens. S'il faut commencer dans de minuscules rôles, s'il faut essuyer des commentaires moqueurs de la presse (une journaliste, à ses débuts, écrira "Courez au Martin Beck, Katharine Hepburn y décline le registre complet de l'émotion, de A à B"), s'il faut investir son propre argent pour qu'un producteur ne perde pas d'argent à cause de son jeu tâtonnant, Katharine acquiescera et continuera. Obstinée, elle ne semble jamais baisser les bras. Son parcours cinématographique prouve qu'elle a eu raison...
Elle vante la joie de vivre de Cary Grant, l'intense amitié qui la lie à George Cukor, le charisme de Spencer Tracy (son seul coup de foudre - son grand amour), le plaisir qu'elle a à jouer, pour le théâtre ou pour le cinéma. Certains de ses souvenirs peuvent paraître dérisoires, réellement anecdotiques; mais c'est aussi le charme de ce livre. La chronologie n'est pas totalement respectée, des périodes sont brièvement évoquées; l'ensemble, finalement, met en lumière deux aspects de la vie de Katharine Hepburn :
- sa ténacité à toute épreuve, son envie d'avancer, constamment
- la place qu'elle donne à ses proches. Elle a beau se dire timide et totalement égocentrique, elle a aussi un grand coeur, et son entourage lui est indispensable.
En somme, c'est une autobiographie très vivante, qui devient émouvante sur les dernières pages, quand elle parle de son amour pour Spencer Tracy. Je ne saurais pas vous dire pourquoi (de plus, je n'en ai pas envie), mais les mots de l'actrice, à ce sujet, m'ont vraiment touchée.
Je la connais vraiment mal, Katharine Hepburn, et je ne suis pas sûre de beaucoup mieux la connaître maintenant; j'ai néammoins passé un excellent moment en lisant cette autobiographie, à la fois espiègle et attachante. L'actrice a gardé, j'en suis sûre, beaucoup de secrets pour elle, et elle a eu raison. 

"Une des premières fois où je suis allée chez George [Cukor], la première fois, en fait, il a servi du cheese cake comme dessert. J'ai trouvé ça répugnant mais, bien sûr, je l'ai avalé. Une bouchée pour Papa - une bouchée pour Maman - une bouchée pour - vite - sans respirer entre les deux. "Oh ! Kate, on dirait que vous aimez ! Parfait ! Myrtle, je vous prie, resservez un morceau à Miss Hepburn. - Non, non... merci !" Mais on m'a donné une autre part, que j'ai mangée. A la suite de quoi, pendant des années - oui, des années, chaque fois que je suis venue dîner : "Nous avons prévu votre dessert préféré." J'ai fini par avouer la vérité."

Posté par erzebeth à 08:30 - lecture - Commentaires [2] - Permalien [#]

Commentaires

    Je connais le livre en VO. Et je crois que je lis à travers tes lignes. Katharine Hepburn était une femme exubérante et pudique.

    Posté par Holly G., lundi 24 décembre 2007 à 07:24
  • Oh oui, je sais que tu lis entre les lignes...
    Tu définis très bien Katharine Hepburn. Il faut beaucoup de classe pour être à la fois exubérante et pudique - savoir doser... Elle m'intrigue, énormément.

    Posté par erzébeth, mercredi 26 décembre 2007 à 12:04

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