N.u.l.l.e.

Nouvel Univers Lunatique et Lacunaire d'Erzébeth

jeudi 20 mars 2008

De l'inconvénient d'aimer

Vingt-quatre heures d'une femme sensible
Constance de Salm (1824)
(Phébus, 2007)

"Une femme vraiment délicate et sensible éprouve une foule de sensations qui sont inconnues à la plupart des hommes."

femmesensible Au début, il y a une légère appréhension, à cause du sujet (les femmes sont rarement modérées dans les romans d'amour) et à cause de la forme (je déteste l'épistolaire, alors que le mot en lui-même sonne délicieusement à mon oreille). Mais il serait très mal élevé de ne pas lire les livres qu'on nous offre, et puis cette couverture est très belle (le modèle a été vu et revu, certes...), et puis le texte est court et puis...
Et puis au début, il y a l'ennui. Ah ! Mon amour ! Mon bien aimé ! Je me consume de douleur de ne pas pouvoir en cet instant brûler sous ton regard de braise ! (c'est moi qui invente, admirez le talent). Autant dire que les exclamations à outrance, les soupirs exagérés, les sentiments exacerbés me donnent plutôt envie de fuir, et vite. J'avais décidé de ne pas aimer.
Et puis je me suis surprise à chercher un crayon du regard parce que je voulais retenir une phrase (oui, j'écris dans mes livres). Je me suis surprise à oublier un peu la forme (mais comment fait-elle pour écrire autant ? un homme ne survivrait pas à la réception d'autant de lettres), à me concentrer sur ce qui se passait. Il est peut-être d'ailleurs temps de le lire : Madame de *** a vu l'homme de sa vie (qu'elle va épouser, bientôt - ils le souhaitent tous les deux) partir d'un bal en compagnie d'une autre femme. Sans un regard pour elle. La rumeur dit que l'homme s'est échappé à la campagne, en pleine nuit - avec cette autre femme. Sans prévenir Madame de ***. Devant l'angoisse, l'incertitude, la peur de perdre celui qu'elle aime par-dessus tout, Madame de *** va écrire, inlassablement, des lettres adressées à son amant; des lettres de plus en plus désespérées au fil des heures. De rebondissements en rebondissements, ces vingt-quatre heures de crainte et d'ignorance trouveront une issue - heureuse ou malheureuse ?
C'est touchant d'assister aux épanchements amoureux d'une femme perdue, qui doute d'être capable de survivre à cette perte. Bien sûr, tout ça est enrobé du style de l'époque, et d'une emphase qui a tendance à m'ennuyer; et pourtant, malgré moi, le charme a opéré. Vingt-quatre heures d'une femme sensible est un roman délicieux, entraînant et assez juste - (celle qui dirait ne s'être jamais inquiétée alors qu'elle était sans nouvelle d'une personne chère est une menteuse). Bien sûr, on n'est pas obligé de tomber dans l'excès comme Madame de ***... et pourtant, quelque part, on la comprend. Me voilà donc au final doucement séduite par ce roman très agréable...

"Mais on donne à tout la teinte de son âme, et la soirée d'hier a rempli la mienne d'amertume. Ah ! les hommes !..."

Clarabel, Lilly et Laure l'ont lu (et aimé !)

Posté par erzebeth à 20:20 - lecture - Commentaires [14] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
« Accueil  1