N.u.l.l.e.

Nouvel Univers Lunatique et Lacunaire d'Erzébeth

dimanche 30 mars

Qu'est-ce que tu lis ?

Le problème est que j'étais bien embêtée.
Je ne sais pas écrire sur un livre s'il n'est pas à côté de moi (et je suis partie en week-end sans l'un de ceux qui attendent mon petit avis).
Et je ne sais pas quoi raconter.
Mais comme il fallait un billet aujourd'hui (je teste le rythme d'un tous les deux jours, c'est qui me va le mieux) et que je n'en avais aucun en réserve, j'ai pensé à réunir quelques citations sur la lecture (tirées de livres que j'ai lus, sinon ce serait bien trop facile).
C'est vite préparé, ce n'est pas contraignant, ce qui fait que je peux rapidement retourner au soleil pour manger des bonbons. Ce billet est donc la meilleure idée que j'ai eue cette semaine.

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« Vollard n’avait jamais conçu la littérature comme un apaisement, ni la lecture comme une consolation. Au contraire. Lire follement, comme il avait toujours lu, consistait plutôt à découvrir la blessure d’un autre. Blessure d’un type seul, désarroi d’une femme seule. Lire consistait à descendre en cette blessure, à la parcourir. Derrière les phrases, même les plus belles, les mieux maîtrisées, toujours entendre des cris. »
(La Petite Chartreuse, de Pierre Péju - livre d'un pessimisme inouï)

« Je n’aime pas écrire. Il faudrait que je trouve autre chose. Peut-être que j’aime trop lire. Les livres, ceux que j’aime vraiment, la première fois que je les lis, j’ai l’impression que c’est comme si je les relisais, comme si je les avais déjà lus. Un peu comme certains êtres que vous rencontrez avec la certitude qu’en fait vous les retrouvez. Aujourd’hui, je suis tombée sur cette phrase de Kafka : « Le capitalisme n’est pas seulement un état de la société, c’est un état de l’âme. » Les livres, je ne les termine pas. Je n’aime pas les dernières pages. Les derniers mots. Les dernières prises. Les dernières séances. »
(Marilyn, dernières séances, de Michel Schneider; ici, extrait d'un bloc-notes de Marilyn)

« J’allais partir lorsque Gabriel me rattrapa.
- Fais attention, dit-il, si on a lu la première phrase d’un livre, il paraît qu’on peut être capté, on lit la deuxième, et après, c’est foutu. »

(Longtemps je me suis couché de bonne heure, de Jean-Pierre Gattégno - livre peu charismatique)

« Je n’avais qu’une passion, les livres, mes seuls alliés dans ma lutte contre le temps. Je préfère les livres aux humains : ils sont déjà écrits, on les ouvre, on les ferme à volonté. Un être humain, on ne sait jamais comment le prendre, on ne peut le ranger ou le déranger à loisir. »
(Les voleurs de beauté, de Pascal Bruckner - peu de souvenirs, mais c'était bien. Vraiment.)

« Une fois au moins dans sa carrière, tout pompier ressent une démangeaison. Qu’est-ce que racontent les livres, se demande-t-il. Ah, cette envie de se gratter, hein ? Eh bien, Montag, croyez-moi sur parole, il m’a fallu en lire quelques-uns dans le temps, pour savoir de quoi il retournait : ils ne racontent rien ! Rien que l’on puisse enseigner ou croire. Ils parlent d’êtres qui n’existent pas, de produits de l’imagination, si ce sont des romans. Et dans le cas contraire, c’est pire, chaque professeur traite l’autre d’imbécile, chaque philosophe essaie de faire ravaler ses paroles à l’autre en braillant plus fort que lui. Ils courent dans tous les sens, mouchant les étoiles et éteignant le soleil. On en sort complètement déboussolé. »
(Fahrenheit 451, de Ray Bradbury - intéressant).

« Une chose que l’on peut admettre, c’est que fréquenter des grandes œuvres, se servir de son esprit, lire les ouvrages de génies, si cela ne rend pas intelligent à coup sûr, cela rend le risque plus probable. »
(Comment je suis devenu stupide, de Martin Page - une déception)

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vendredi 28 mars

Let's play !

Cette semaine, j'ai rencontré Anne Perry. Mais comme j'imagine que ça n'intéresse strictement personne, je préfère passer directement à autre chose... d'accord, j'avoue tout, la vraie raison est que la semaine a été légèrement maussade, et qu'en plus je m'en veux terriblement parce que je n'avais ni mon appareil photo, ni le moindre livre à faire autographier (mon précieux exemplaire n'étant pas avec moi à Toulouse). De fait, déçue et très fatiguée, je me réserve le récit de cette rencontre pour plus tard (si je le raconte vraiment); et, pour fêter dignement l'arrivée du week-end, je vous propose aujourd'hui de jouer.

Mon naturel curieux m'a poussé à tester ma culture générale. J'ai emprunté ce livre-ci:

QCM

et j'ai sagement pris le temps de répondre à toutes les questions (ou presque), liées à des domaines très variés : Français (orthographe, grammaire, vocabulaire), Economie & Politique, Monde actuel (regroupant des terrains aussi vastes que géographie, religions, environnement, relations internationales...), Arts, Sciences - et j'en passe.
J'ai fait de gros efforts pour répondre aux questions qui ne m'intéressaient absolument pas (j'ai peu d'affinités avec les institutions politiques, les syndicats, le calcul pratique ou encore le sport (infâme, n'est-ce pas !)), et d'une manière globale, j'ai fait très peu d'impasses.
Le constat final est terrifiant : je ne vaux pas un clou en culture générale. Ceci dit, leurs questions dépassent souvent les connaissances de base... j'ai battu tous mes records en histoire moderne, où j'ai eu 49 bonnes réponses... sur 135 questions. D'un seul coup, je comprends que je n'aie pas eu la moyenne en histoire, au bac. Le reste est "mitigé à tendance négative", sauf en français, et en littérature (je respire).
Ce livre de QCM est loin d'être parfait (les réponses ne sont par exemple quasiment jamais expliquées, alors que ça peut être intéressant d'avoir des détails; et il y a même des erreurs !) mais c'est un exercice très amusant (à petites doses, quand même).

Mais comme il est encore plus amusant de jouer à plusieurs, j'ai fait une petite sélection de questions, afin que vous puissiez vous tester aussi (même si le résultat ne voudra rien dire, l'échantillon est trop faible).
Je vous propose ça en deux parties :

- la première est un patchwork de tout ce qu'on peut trouver dans le livre (aucune question de médecine, désolée : ma nature hypocondriaque a déjà attrapé toutes les maladies listées en répondant aux questions, je ne veux pas m'infliger ça à nouveau)
Deux fichiers :
Les questions (notez sur une feuille le numéro de la question, et la lettre correspondant à votre choix final)
Les réponses

- la seconde partie est probablement la plus intéressante pour vous, puisqu'elle ne contient que des questions artistiques littéraires. Même principe :
Questions  & Réponses

Je n'ai plus qu'à vous laisser jouer... avouez que je n'ai pas été trop méchante dans les questions !

PS : j'ai beau avoir passer un temps fou sur ce billet, des erreurs ont pu m'échapper dans les questions/réponses alors si vous remarquez la moindre anomalie, prévenez-moi !

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mercredi 26 mars

Amor dolorosa

Anna, soror...
de Marguerite Yourcenar (1925)

947908_graveyard_statue_series_3Courte nouvelle qui aurait dû devenir un roman étoffé, Anna, soror... est le récit amoureux d'un frère et d'une sœur; on tient là le nœud de la nouvelle et pourtant, ce qui est plus intéressant est ce qui se passe avant la conscience réelle de cet amour, et ce qui se passe après sa concrétisation...
Italie, fin XVIe siècle; nous y faisons la connaissance de Don Alvaro, marquis et gouverneur du Fort Saint-Elme; son épouse, la douce Valentine, meurt au cours d'un voyage. Leurs enfants, Anna et Don Miguel, ébranlés par cette perte, vont découvrir qu'ils nourrissent des sentiments troublants l'un pour l'autre.
Miguel est le premier à vraiment "accepter" ce qu'il ressent, même si ça ne rend pas la chose plus facile.

« Il dit :
- J'espère que vos dévotions sont finies.
Elle attendait qu'il continuât. Il reprit :
- N'y-a-t-il pas d'autres églises, plus solitaires ? Vous a-t-on admirée assez longtemps ? Est-il bien nécessaire d'apprendre au peuple la façon de vos baisers ?
- Mon frère, dit Anna, vous êtes très malade.
- Vous vous en apercevez ? dit-il.
Et il lui demanda pourquoi elle n'était pas allée faire au couvent d'Ischia la retraite de la Semaine Sainte. Elle n'osa lui dire qu'elle n'avait pas voulu le quitter. »

Parce que les amours platoniques n'ont cours que dans les romans (et que nous sommes ici dans une nouvelle), la situation se complique. Don Alvaro découvre que ses enfants entretiennent une relation incestueuse. Et, quoi de pire que de vivre un amour impossible, condamné ? Comment supporter, comment taire ces sentiments qui nous brûlent ? (je suis sûre que j'ai un avenir dans l'écriture de romans à l'eau de rose) - ce qui n'était pas le cas de Marguerite Yourcenar, que je lisais pour la première fois et qui montre, pendant cette centaine de pages, un style littéraire d'une pureté et d'une beauté incroyables. C'en est même l'atout principal de ce petit ouvrage; c'est si joliment écrit que ça nous fait accepter la situation légèrement délicate qui unit le frère et la sœur. Les mots de Yourcenar enveloppent une histoire qui m'a personnellement bien plu, ce bref amour étant à la fois heureux et condamné, évident et caché, triste et beau...
Un premier pas dans l'univers de Yourcenar; je sais que je ne m'arrêterai pas là.

Laurence a été un peu moins charmée.

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lundi 24 mars

Le vent le portera

Le fils du vent
d'Henning Mankell (2000)
traduit du suédois par Agneta Ségol et Pascale Brick-Aïda (2004)

1875. Homme moyen, Hans Bengler quitterait bien la Suède, où rien le retient vraiment, pour accomplir de grandes choses. C'est ainsi qu'il embarque pour l'Afrique, où il espère découvrir un insecte inconnu - il pourra ainsi lui donner son nom, devenir quelqu'un. Pourtant, dans le désert de Kalahari où il frôlera la mort (ils sont fous, ces Suédois !), une toute autre rencontre l'attend...

« Derrière la porte, il y avait par terre un box comme ceux dans lesquels on met les veaux. Bengler se pencha et découvrit un garçon. Il était couché là et le regardait fixement. »

Il prend alors la décision de ramener ce petit enfant noir dans son pays; c'est une opportunité à ne pas rater - qui sait combien ça peut rapporter, d'exhiber un sauvage noir dans son pays glacial ?
Baptisé Daniel, l'enfant est alors arraché de son milieu d'origine. Petit à petit, il supportera les sabots qu'on lui impose; il apprendra le suédois. « Je m’appelle Daniel. Je crois en Dieu. » deviendra sa phrase officielle de présentation.
Mais, évidemment, les conséquences de ce déracinement seront terribles. L'entomologiste Bengler a apparemment oublié qu'on ne dispose pas comme on le souhaite d'une vie humaine...

Ce roman part d'une thématique qui m'intéressait beaucoup - le bon sauvage qu'on veut "éduquer" (parce que forcément, il était un barbare avant de connaître l'homme blanc...) et la complexité de la tâche. Pendant toute la première partie, on suit les pensées d'Hans Bengler, qui ne paraît pas si mauvais; pire, il croit bien faire en adoptant cet enfant, dont la famille a été massacrée. Quelle vie aurait-il eu dans le désert, seul ? Il veut lui offrir une seconde chance. Mais cette bonne volonté initiale a forcément des répercussions traumatisantes sur le petit Daniel - dès la deuxième partie, c'est lui qu'on va apprendre à connaître, à écouter. En réalité, il s'appelle Molo. Ses parents ne le quittent jamais; ils le guident dans ses rêves, ils lui parlent dans la journée. Sa vie est là-bas, dans le désert. Dans un pays où on sculpte des antilopes dans la roche. Sa vie est là où on ne porte pas de chaussures; dès lors, son objectif premier, dès qu'il arrive en Suède, est de trouver un moyen de rentrer chez lui.
Rassurez-vous, j'ai l'air d'en dire beaucoup mais il y a énormément d'événements, de rencontres que je tais, parce que ce ne serait pas amusant de tout dévoiler.
Le rythme narratif est assez lent, sans pour autant être ennuyeux; on suit l'adaptation de Daniel/Molo, on comprend toute l'incongruité de la situation, on le plaint. Et même si Bengler espère ensuite gagner de quoi vivre grâce à l'enfant du désert, ce nouveau "père" le traite du mieux possible, et s'interroge même sur ce que ressent le petit garçon. En effet, ce dernier a un univers intérieur d'une richesse incroyable, mais il ne se confie à personne. Craignant d'être incompris, il se mure dans le silence; ça en devient poignant car s'il osait s'exprimer, cela faciliterait bon nombre de relations avec les Suédois. Son parcours en Scandinavie est loin d'être serein, et ce décalage entre deux cultures diamétralement opposées est habilement raconté par l'auteur. A l'époque, rencontrer un Noir était aussi spectaculaire qu'observer une femme barbue - Daniel est presque monstrueux, dans le sens où il représente l'inconnu, le monde sauvage. Qui est-ce ? Y-a-t-il une âme là-dedans ?
Par chance, l'enfant finira par rencontrer une petite fille, totalement folle (elle entend des voix dans la terre, et passe ses journées à creuser pour libérer les gens). Ces deux marginaux vont devenir des alliés, bien qu'il reste toujours une barrière d'incompréhension entre eux.
Le fils du vent se passe sur un temps relativement court, mais assez dense au vu des événements. A la fois captivant et terrifiant, ce roman fort bien mené suscite de nombreuses questions jusqu'à ce qu'il culmine à un degré absolument cruel de tragédie.
Mon seul bémol viendrait de l'épilogue, totalement inutile et décalé. Fermons les yeux sur ses six dernières pages, et écoutons ce que le vent nous dit...

Ce livre m'a été offert par Marie lors du swap scandinave, et je l'en remercie : elle a drôlement bien choisi...

Et même si tout ça commence à être un peu long, je ne résiste pas à l'envie de recopier le passage suivant, un dialogue entre Sanna (la petite fille folle) et Daniel :

«  - En fait, je n’ai pas le droit d’être ici, déclara-t-elle soudain.
- Pourquoi ?
- Je peux me perdre.
- Je ne comprends pas ce que ça veut dire.
De nouveau, elle éclata de rire.
- Tu es encore plus bête que moi. Quand on se perd, on ne retrouve pas son chemin. On est dans le noir et on appelle au secours mais personne ne vous entend. On meurt de froid. Quand on vous retrouve, on est tout raide et il faut vous casser les bras et les jambes pour vous mettre dans le cercueil.
Daniel réfléchit à ce qu’elle venait de dire. Pour la première fois, quelqu’un employait des mots qui exprimaient ce qu’il ressentait. C’était exactement ça, il ne retrouvait pas son chemin. Il ne faisait pas froid et il n’était pas mort. Il s’était perdu. »

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samedi 22 mars

Oui, alors - bon

S'il y a bien un domaine où je suis légèrement instable et indécise, c'est dans ma capacité à choisir une bannière. Je déteste ça - tout comme je déteste trouver des titres pour les billets. Celui qui a inventé les bannières et les titres est un tortionnaire de l'imagination (car je n'en ai aucune; du moins pour ces choses-là).
Trois choses :
1. A peine installée, je me lasse déjà de cette nouvelle bannière; autant dire que, comme les précédentes, elle ne va pas faire long feu.
2. La fleur, représentée par trois fois, n'est évidemment pas de mon cru; c'est une calligraphie qu'on trouve sur le site
Terre Adélie. La fleur originale ressemble à ceci :

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Avouez que c'est très joli.
En général, j'ai l'habitude d'utiliser les images virtuelles comme si elles étaient en libre service, mais là, allez comprendre, ça me gêne un peu. C'est pourquoi j'en cite la source (et si l'artiste n'aime pas mon emprunt, il n'y a pas de souci : une bannière, ça s'enlève en moins de trois secondes).
3. La citation. Elle porte des guillemets car : a) elle n'est pas de moi, b) elle ne parle pas de moi. En effet, je n'ai personnellement absolument rien contre les notaires et pharmaciens. Il s'agit ici d'une célébrissime héroïne littéraire, dont je vous laisse retrouver le délicieux prénom. (cette fausse petite annonce vient du Magazine Littéraire où, dans le numéro de l'été dernier, il y avait des jeux... dont deviner l'identité de certains personnages célèbres. On sait s'amuser, dans le monde des lettres).

Voilà tout...!

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vendredi 21 mars

« … du bruit qui pense » (V. Hugo)

Je n'écoute jamais de musique, mais il y a des jours comme ça où on n'a pas envie d'écrire, et où on se dit, tiens, j'aimerais écouter un morceau de piano mélancolique.
J'ai cherché attentivement pour tomber sur un morceau qui me convient bien. Il est de Philip Glass (musicien et compositeur américain, il a - entre mille choses - écrit la musique du superbe film The Hours). Ce qui suit est un extrait de Glassworks.

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jeudi 20 mars

De l'inconvénient d'aimer

Vingt-quatre heures d'une femme sensible
Constance de Salm (1824)
(Phébus, 2007)

"Une femme vraiment délicate et sensible éprouve une foule de sensations qui sont inconnues à la plupart des hommes."

femmesensible Au début, il y a une légère appréhension, à cause du sujet (les femmes sont rarement modérées dans les romans d'amour) et à cause de la forme (je déteste l'épistolaire, alors que le mot en lui-même sonne délicieusement à mon oreille). Mais il serait très mal élevé de ne pas lire les livres qu'on nous offre, et puis cette couverture est très belle (le modèle a été vu et revu, certes...), et puis le texte est court et puis...
Et puis au début, il y a l'ennui. Ah ! Mon amour ! Mon bien aimé ! Je me consume de douleur de ne pas pouvoir en cet instant brûler sous ton regard de braise ! (c'est moi qui invente, admirez le talent). Autant dire que les exclamations à outrance, les soupirs exagérés, les sentiments exacerbés me donnent plutôt envie de fuir, et vite. J'avais décidé de ne pas aimer.
Et puis je me suis surprise à chercher un crayon du regard parce que je voulais retenir une phrase (oui, j'écris dans mes livres). Je me suis surprise à oublier un peu la forme (mais comment fait-elle pour écrire autant ? un homme ne survivrait pas à la réception d'autant de lettres), à me concentrer sur ce qui se passait. Il est peut-être d'ailleurs temps de le lire : Madame de *** a vu l'homme de sa vie (qu'elle va épouser, bientôt - ils le souhaitent tous les deux) partir d'un bal en compagnie d'une autre femme. Sans un regard pour elle. La rumeur dit que l'homme s'est échappé à la campagne, en pleine nuit - avec cette autre femme. Sans prévenir Madame de ***. Devant l'angoisse, l'incertitude, la peur de perdre celui qu'elle aime par-dessus tout, Madame de *** va écrire, inlassablement, des lettres adressées à son amant; des lettres de plus en plus désespérées au fil des heures. De rebondissements en rebondissements, ces vingt-quatre heures de crainte et d'ignorance trouveront une issue - heureuse ou malheureuse ?
C'est touchant d'assister aux épanchements amoureux d'une femme perdue, qui doute d'être capable de survivre à cette perte. Bien sûr, tout ça est enrobé du style de l'époque, et d'une emphase qui a tendance à m'ennuyer; et pourtant, malgré moi, le charme a opéré. Vingt-quatre heures d'une femme sensible est un roman délicieux, entraînant et assez juste - (celle qui dirait ne s'être jamais inquiétée alors qu'elle était sans nouvelle d'une personne chère est une menteuse). Bien sûr, on n'est pas obligé de tomber dans l'excès comme Madame de ***... et pourtant, quelque part, on la comprend. Me voilà donc au final doucement séduite par ce roman très agréable...

"Mais on donne à tout la teinte de son âme, et la soirée d'hier a rempli la mienne d'amertume. Ah ! les hommes !..."

Clarabel, Lilly et Laure l'ont lu (et aimé !)

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mardi 18 mars

Fi des livres !

Aujourd'hui, on va parler films, parce que les Français qui n'ont pas de carte illimitée (non, je ne suis pas jalouse !)pouvaient fêter dans la joie et l'allégresse le Printemps du Cinéma, profitant du prix modique des places pour s'enfermer trois jours dans des salles obscures. En général, j'aime bien ça, je me débrouille pour voir plusieurs films, mais cette année un grand manque de motivation s'est emparé de moi (il faut dire aussi que les programmations ne m'attiraient pas vraiment), alors je me suis contentée de deux films, histoire de dire que j'ai quand même participé.

Commençons par Les femmes de l'ombre (de Jean-Paul Salomé), qui développe un sujet légèrement consensuel au cinéma, à savoir : le courage extraordinaire des femmes engagées dans la Résistance. Tout commence ici avec une première mission, sauver un agent britannique arrêté par les Allemands, ce qui peut être très gênant parce que l'homme préparait le débarquement en Normandie, et qu'il ne doit surtout pas parler. Cette première mission, donc, est orchestrée par Louise (Sophie Marceau) et quelques autres filles recrutées pour leurs talents divers. Seulement, un colonel allemand (Moritz Bleibtreu) nourrit quelques soupçons sur le projet de débarquement, et la mission se complique : cet homme doit mourir...
FemmesLa résistance est traitée avec beaucoup d'académisme, cela reste conventionnel tant par le traitement de l'image que par les thèmes évoqués - trahisons, sacrifice, culpabilité certaine à commettre quelques actes peu catholiques, etc... Et pourtant, tout a très bien fonctionné avec moi. Je me suis laissée prendre au jeu, en m'identifiant à ces cinq femmes et à leurs destins tragiques. L'une s'engage entièrement après la mort de son mari, l'autre a fui la France parce qu'elle était tombée amoureuse d'un Allemand... Une troisième, emprisonnée pour meurtre, trouve dans cette mission un espoir de s'en sortir (bien que la mort n'est pas impossible sur le terrain), une quatrième ne supportera pas le premier geste de torture... J'ai compati, me demandant comment j'aurais agi à leur place, tout en sachant qu'elles ont toutes perdu beaucoup dans cette guerre, et qu'elles s'acharnent pourtant encore à sauver ce qui peut l'être.
Quant aux actrices, on se délecte de la beauté de Sophie Marceau (bien qu'elle semble moyennement habitée par son rôle), du jeu énergique et efficace de Julie Depardieu, de l'émotion provoquée par Marie Gillain (que je n'aime vraiment pas - mais là, on dirait presque qu'elle joue bien !)... Deborah François incarne son personnage avec maladresse, mais cela reste touchant. Je pourrais aussi parler de la cinquième femme (Maya Sansa) mais on la voit très peu et le spectateur la connaît mal, donc je passe. En somme, ce n'est pas un chef-d'œuvre, mais j'ai personnellement bien aimé.

Choupynette n'a pas été convaincue.


MR73Le second film que j'ai vu est encore plus drôle que le premier : il s'agit d'MR73, d'Olivier Marchal. On y trouve un Daniel Auteuil sale, puant, alcoolique et un chouïa dépressif mais il a une bonne excuse pour ça : il a perdu sa petite fille dans un accident de voiture et sa femme, bien qu'elle s'en soit sortie vivante, est un légume. Ça fait beaucoup pour un seul homme, surtout qu'il fait déjà un métier très difficile : il est flic au SRPJ, et il se trouve accaparé par deux affaires, celle d'un tueur en série qui agit actuellement dans la jolie ville de Marseille et qui ne s'en prend qu'à des femmes (je vous laisse imaginer ce qu'elles subissent), la seconde (affaire) l'emmenant 25 ans en arrière, époque où un grand malade mental torturait affreusement ses victimes (parce qu'il aimait "les regarder mourir"). Seulement voilà, cet homme condamné à perpétuité fait preuve d'une conduite exemplaire en prison, et il va être relâché sous peu. Comment Justine (Olivia Bonamy...), dont les parents ont été massacrés par ce fou, appréhende-t-elle cette bonne nouvelle ?
Je suis très fière d'avoir réussi à résumer ce film, alors que le scénario est d'un confus absolu et que tout s'emmêle sans jamais être captivant... Autant être claire, c'est loin d'être une réussite. On sent pourtant que le réalisateur était plein de bonnes intentions, filmant dans des lieux glauques, sombres, sales, créant des personnages torturés... mais ça ne fonctionne pas. Toute cette noirceur n'est pas expliquée, tout est dramatisé à outrance alors qu'au final, ça ne met même pas mal à l'aise. Ca manque de profondeur, rien n'est justifié, on attend pendant 1h40 que l'autre sorte de prison, créant ainsi un faux suspense - moi qui croyais avoir peur pendant ce film, je suis ressortie aussi tranquille que si j'avais vu un Walt Disney.
Cela n'enlève rien au talent de Daniel Auteuil, bien qu'on l'ait connu plus convaincant... il reste quand même le grand point fort du film (dont la scène d'ouverture, dans le bus, m'a beaucoup plu, je dois l'avouer), même si sa déchéance ne touche pas. Olivia Bonamy est égale à elle-même, c'est-à-dire qu'elle ne réussit toujours pas à être charismatique, c'est peine perdue désormais. Je me rends compte que je suis bien plus méchante que je n'aurais cru l'être, ça doit tenir à ma déception... un scénario plus travaillé et un peu plus de tact dans le traitement du noir auraient pu donner quelque chose de bon, dommage.

Chiffonnette a encore plus aimé que moi...

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lundi 17 mars

Le charme japonais

Lumière pâle sur les collines
de Kazuo Ishiguro (1982)
traduction de l’anglais par Sophie Mayoux (1984)

Ce n'est pas toujours facile d'écrire un compte-rendu de lecture, ça l'est encore moins quand la lecture remonte un peu - croyez-moi... Je pourrais renoncer (je me le permets avec quelques titres), mais s'agissant d'un beau et troublant premier roman, j'avais envie de faire un petit effort.

IshiguroKazuo0Tout commence en Angleterre, là où vit désormais Etsuko; sa première fille s'est suicidée. Niki, la cadette, vient rendre visite quelques jours à sa mère. Cette dernière, pendant ce court laps de temps, va laisser son esprit vagabonder, retournant ainsi au Japon où elle a vécu la majeure partie de sa vie.
Là-bas (dans les années 50), elle était mariée à Jiro et enceinte de Keiko (la défunte, pour ceux qui ont déjà du mal à me suivre). Là-bas, elle a fait la connaissance de Sachiko, une femme mystérieuse qui vit seule avec sa petite fille, Mariko. Le temps d'un été, ces quelques destins vont se croiser, s'emmêler, se confondre...

Lumière pâle sur les collines ressemble à son titre : mystérieux, envoûtant, poétique. Les rares lectures japonaises que j'ai pu faire contenaient toutes un charme indéniable, qui me paraît typique de l'île. Ce roman-ci avait tout pour séduire. Petit à petit, le lecteur reconstitue le passé d'Etusko et se rend compte à quel point cette femme est seule, sous son apparence sereine.
Sachiko est un des personnages intrigants de ce roman, puisqu'elle ne ressemble absolument pas à ce qu'on peut attendre d'une femme japonaise de l'époque et parce qu'elle entretient une relation assez trouble avec sa petite fille. Il y a quelque chose qui me fascinera toujours : le pouvoir d'angoisse des enfants - pire : des petites filles. C'est mal dit, donc j'explique : je trouve que les fillettes, dans les romans et films, peuvent très vite mettre mal à l'aise, dès que leur comportement sort un peu des sentiers battus, et que l'atmosphère s'y prête. Là, Mariko n'adresse la parole à personne, elle ne va pas à l'école. Elle aime se promener au bord de l'eau, la nuit, et d'ailleurs elle y rencontre une femme qui n'existe pas. Personnellement, ça suffit pour me sentir gênée.
Dans ce roman, j'avais la constante impression que quelque chose allait arriver, comme quand le ciel est lourd de pluie. L'eau tombera, ce n'est qu'une question de temps. L'équilibre est fragile, tellement instable...
Je le vends très mal, ce roman, mais j'essaie aussi de ne pas tout dévoiler. Si vous êtes réceptif à la sensibilité japonaise, si vous n'avez pas peur de perdre pied (car vous perdrez pied. Inévitablement), je vous le conseille vivement. C'est une petite œuvre délicate, sensible et troublante; il serait dommage de s'en priver...

Vous trouverez ici l'avis de Sibylline, plus clair que le mien et au final un peu plus mitigé.
(par contre, ne lisez pas la première critique ! non seulement on y trouve la fin du roman, mais en plus vous n'y comprendrez rien, hors contexte)

Un extrait ?

« Mme Fujiwara m’observa attentivement pendant un moment. Puis elle me dit : « Vous avez maintenant toutes les raisons d’espérer, Etsuko. Qu’est-ce qui vous rend si malheureuse ?
- Malheureuse ? Mais je ne suis absolument pas malheureuse. »
Elle me regardait toujours ; je ris nerveusement.
« Lorsque l’enfant sera là, dit-elle enfin, vous serez ravie, croyez-moi. Et vous allez être une mère admirable, Etsuko.
- Je l’espère.
- J’en suis sûre.
- Très bien. » Je levai les yeux en souriant.
Mme Fujiwara hocha la tête, puis elle se leva à nouveau. »

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dimanche 16 mars

Un peu de moi

La joyeuse et optimiste Fashion m'ayant gentiment invité à répondre à un questionnaire qui circule sur les blogs en ce moment, je ne peux que m'y soustraire... (surtout que c'est un exercice qui m'amusera toujours, mais je ne peux pas vous confier ça, puisqu'en général, il faut faire semblant d'être ennuyé(e) par le tag qu'on nous colle...) La règle étant comme toujours de répondre soi-même et d'inviter d'autres personnes à subir le même sort...

1. Le trait principal de mon caractère : je crois être arrangeante (ce n'est pas mon seul trait principal de caractère, mais il fallait bien choisir quelque chose !). C'est à la fois une façon d'éviter les conflits (que je déteste, bizarrement) et de rendre service (parce que je suis terriblement gentille (je sais, c'est horrible ! mais je n'arrive pas à changer).

2. La qualité que je désire chez les hommes : l'indulgence.

3. La qualité que je préfère chez les femmes : c'est une question que je me pose assez rarement... la compréhension, peut-être ?

4. Mon principal défaut : je ne vais surprendre personne en disant que mon principal défaut (du moins, celui qui me dérange le plus) est mon léger manque de confiance en moi. Et comme j'ai envie d'en rajouter un, je dirais que je suis rancunière, et que ça n'apporte pas toujours du bon.

5. Ma principale qualité : la gentillesse ? Je suis une fille gentille. Rien que de l'écrire, je frissonne d'horreur.

6. Mon occupation préférée : me couper les cuticules. Non mais, à votre avis ?

7. Un plat qui me met l'eau à la bouche : en général, je réponds le porc au caramel, c'est une réponse toute faite qui me permet de ne pas réfléchir. Très pratique.

8. Mes mots favoris : "je t'offre un livre, choisis celui que tu veux", "bonbons", "c'est vrai, tu as raison", "salaire", "vous êtes trop intelligente pour rester encore longtemps ici", "littérature", "j'aime beaucoup travailler avec toi", "hippopotame", "..."
[les phrases m'étaient adressées donc j'ai un peu triché : ce n'est pas moi qui aime dire ces mots-là, mais j'aime les entendre, curieusement]

9. Ce que je déteste par dessus tout : le métro. C'est-à-dire : avoir 20cm² d'espace vital aux heures de pointe, les mauvaises odeurs, les pannes. Essentiellement.

10. Un rêve : je rêve de vivre dans un appartement où il y aurait assez de place pour avoir un fauteuil, une petite bibliothèque et un chat.

Je suis sûre que Rose et Esis livreraient de jolies réponses, et que Chiffonnette et Praline aussi... J'ajouterais bien Lou et Céline mais la première est occupée ces temps-ci, et la deuxième prétexte une année à Boston pour se faire (très) discrète sur son blog... Que chacun fasse donc ce qui lui plaît !

Posté par erzebeth à 11:42 - égocentrisme - Commentaires [17] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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