N.u.l.l.e.

Nouvel Univers Lunatique et Lacunaire d'Erzébeth

mardi 1 juillet 2008

Sous le voile

Nedjma
de Kateb Yacine (1956, Editions du Seuil)

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Dans mon envie de découvrir la littérature algérienne, j'ai décidé de commencer par ce roman qui semble avoir tant d'importance pour les Algériens...
Ce titre, Nedjma, ne pouvait que me renvoyer à Nadja (d'André Breton) et à cette phrase, que je trouve si belle :
« Elle ne dit son nom, celui qu’elle s’est choisi : Nadja, parce qu’en russe c’est le commencement du mot espérance et parce que ce n’en est que le commencement. »
Oui, je partais confiante, et Nedjma devenait dans mon esprit le commencement de l'espérance algérienne...

Seulement, je n'ai pas compris; et cette incompréhension est une véritable déception pour moi.
Quatre jeunes hommes perdus (à cause de leurs origines floues, à cause de cette France qui veut s'imposer par la violence dans leur pays) gravitent autour de Nedjma, cousine de deux d'entre eux; la jeune femme un peu sauvage incarne leurs rêves et fantasmes, alors qu'elle est elle-même en proie à un destin assez lourd (sa mère était française, son père plus ou moins inconnu, elle est recueillie par une femme qui la mariera de force - mais cela, c'est monnaie courante...).
Je ne peux pas évoquer, comme j'en ai généralement l'habitude, ma lecture personnelle de l'œuvre, parce que je ne l'ai sincèrement pas comprise. La forme est d'une complexité désarmante (les sites parlent d'une structure circulaire), tout se brouillait : est-ce qu'on est dans le passé ? est-ce qu'on est revenu au présent ? et ce dernier, ne fait-il pas non plus partie des flash-back ? Les quatre Algériens se sont fondus dans mon esprit, ne formant qu'un seul homme, fatalement hermétique.
Une seconde fois, j'ai pensé à Nadja : la première fois que j'avais lu ce texte, je n'avais rien compris, si ce n'est quelques éclats de beauté, ici et là. Ce fut le même ressenti avec Nedjma : certains passages retenaient mon attention par leur poésie, leur tragédie, leur profondeur. Cela m'encourageait à continuer ma lecture; en vain, parce que quelques pages plus loin, j'étais à nouveau noyée. Il me semble que c'est un texte qui se relit, plus qu'il ne se lit (je ne dis ça que pour me consoler, en réalité).
J'ai vraiment peiné pour achever ma lecture, me disant que ce texte le méritait. C'est d'ailleurs indéniable : c'est un grand roman. Juste, il ne se laisse pas facile apprivoiser.

Nedjma serait le prénom d'une cousine de Kateb Yacine, avec qui il aurait vécu quelque temps, alors qu'elle était déjà mariée. Nedjma signifie étoile; elle est d'ailleurs qualifiée plusieurs fois de « mauvaise étoile » dans le roman. Etonnant quand on sait que ce dernier (et son héroïne) symbolise une Algérie en quête de ses origines, loin de la colonisation française. Nedjma, c'est à la fois l'espoir et l'inquiétude (dès que l'on cherche d'où l'on vient, que peut-on trouver ?).
Nejdma est une quête des origines, d'une identité perdue qu'il faut à tout prix connaître pour retrouver ce qu'on était avant les colons.
Il est alors intéressant de se demander pourquoi Kateb Yacine a écrit son roman en français; il a une jolie formule pour expliquer ça : le français est le « butin de guerre » des Algériens. Ils ont au moins gagné ça; pourquoi ne pas se servir de cette langue ?

Je suis désolée, même en essayant de lire quelques sites pour tenter de percevoir quelque chose, je reste limitée.
Je ne suis qu'une petite lectrice, qui s'est attaquée à plus grand qu'elle.
Nedjma est un texte difficile, mais qui mérite l'effort de lecture. Pour vous prouver que cela vaut le coup, je vous renvoie au billet de
Laurence, qui explique clairement (et positivement) de quoi il s'agit.

[PS : en réalité, Kateb est le nom de famille de l'écrivain; puisqu'il a lui-même décidé d'inverser ses nom et prénom, je suivrai sa logique dans l'index des livres]

Posté par erzebeth à 11:28 - lecture - Commentaires [12] - Permalien [#]

Commentaires

    Ce qui est marrant ce sont les commentaires qui suivent le billet de Laurence que tu mets en lien : manifestement c'est un roman très étudié au lycée et à la fac mais peu compris par les élèves... ))
    Et que dire sinon que je n'ai pas vraiment envie de le lire : bizarrement, j'aime bien comprendre ce que je lis, call me old fashioned... )

    Posté par fashion, mardi 1 juillet 2008 à 17:28
  • Je suis également passée complètement à côté de ce roman estampillé "chef d'oeuvre" étudié à la fac. Je m'en souviens d'ailleurs très peu...

    Posté par Levraoueg, mardi 1 juillet 2008 à 18:18
  • je suis en train de faire le plein de livres d'après ma LAL pour mon prochain départ en vacances, mais je ne crois pas que je vais m'arrêter sur ce titre. J'ai plus besoin de léger...

    Posté par Ys, mardi 1 juillet 2008 à 20:13
  • * Fashion, oui, effectivement, c'est mignon ce rassemblement de lycéens/étudiants ! Et ce n'est pas bête; il y aurait beaucoup de choses à dire sur ce roman (et beaucoup à comprendre, certes) - le voir en cours peut être un plus...
    Et Laurence a parfaitement compris le livre, donc ton excuse ne tient pas, tu pourrais très bien faire partie de Ceux Qui Comprennent

    * Levraoueg, c'est fort dommage ! Les cours auraient pu apporter un éclairage... Mais je comprends entièrement, puisque je suis passée à côté aussi...

    * Ys, bienvenue par ici ! Le propos de ce livre n'est pas pessimiste, mais je comprends que tu veuilles te lancer dans un livre "compréhensible" pendant tes vacances... Mais comment peux-tu être à la recherche de nouvelles lectures, alors que tu as "De grandes espérances" chez toi ?! C'est un roman magnifique. (et je t'envie d'avoir le livre de Brandreth, ça, c'est sûrement une excellente lecture de vacances !)

    Posté par erzébeth, mardi 1 juillet 2008 à 20:46
  • moi aussi je hais l'été.
    Comment ça, rien à voir avec le billet? Il ne fait pas chaud à Alger, peut-être? En tous cas,ce livre n'est pas pour moi. Du moins certainement pas en ce moment. Je n'ai aucune envie de peiner sur ce que je lis!

    Posté par Mo, mardi 1 juillet 2008 à 22:57
  • ah... Nedjma... Il est vrai que ce roman reste pour moi un souvenir très émouvant. Je l'avais lu à 19 ans et j'avais été très marquée par cette écriture. Mais cela tient peut-être également au fait que mes racines étaient dans ce pays et que je désirais comprendre l'Autre. Toujours est-il que je l'avais présenté quelques années plus tard à un oral de maîtrise, et qu'il m'avait permis d'obtenir la meilleure note de ma scolarité.
    J'avais oublié le commentaire que j'en avais fait sur le blog, et en le relisant, je me dis que j'ai vraiment été très brève. Il y aurait tant à dire sur ce roman...
    Désolée que tu n'aies pas "accrochée", même si je crois que je peux le comprendre.

    Posté par Laurence, mercredi 2 juillet 2008 à 09:18
  • Mo, ton commentaire me donne envie de pleurer de joie. Enfin quelqu'un qui pense comme moi ! Vivement l'automne, hein.
    Il me paraît assez normal de ne pas vouloir "souffrir" pour une lecture, mais je suis sûre qu'on peut le comprendre plus que je ne l'ai compris, aussi.

    Posté par erzébeth, mercredi 2 juillet 2008 à 09:27
  • Oups, Laurence, je n'avais pas vu ton commentaire... (bienvenue par ici !).
    L'écriture est belle et forte, c'est indéniable, elle m'a portée parfois pendant de longues pages... J'aurais dû me laisser bercer la poésie, sans chercher à comprendre à tout prix. Après, il y a tellement de détails qui influent, consciemment ou non, sur nos lectures... Le fait que tu aies été touchée par ce roman me "motive" presque, je sais que je le relirai un jour, parce que c'était beau et que ça mérite cet effort de lecture, oui.
    Et évidemment, on garde un bon souvenir des livres qui nous réussissent à l'oral (pour moi, c'était l' "Antigone" de Bauchau ) !

    Posté par erzébeth, mercredi 2 juillet 2008 à 09:33
  • J'ai réussi à n'en acheter que 8 ! Mais dis-moi, tu fais comment pour résister ? Parce qu'évidemment, dans ma PAL, il n'y a que d'excellents livres (les aurais pas achetés sinon...), mais c'est plus fort que moi. En plus, je suis allée à la librairie avec ma "petite" liste inspirée des blogs, alors attention les dégats niveau porte-monnaie !

    Posté par Ys, mercredi 2 juillet 2008 à 14:09
  • "Que" huit, ça me fait sourire...! Mais tu as bien raison d'avoir fait une provision de livres, ça fait toujours du bien !
    Comment je fais pour résister ? Je ne fréquente pas les librairies. C'est assez efficace !

    Posté par erzébeth, mercredi 2 juillet 2008 à 20:04
  • Je ne connais pas cette littérature! Comme tu arrives souvent à me convaincre, je pense que je ne vais pas forcément apprécier cette lecture non plus... Un jour peut-être en défi... et en billet "galère" sur mon blog?

    Posté par Célinevixen, vendredi 4 juillet 2008 à 22:45
  • Un défi... je suis sûre que c'est plus lisible que Joyce, en tout cas ! Mais il ne faut vraiment pas se forcer; au contraire, cette découverte doit être un plaisir... ou on se braque, fatalement.

    Posté par erzébeth, samedi 5 juillet 2008 à 23:52

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