N.u.l.l.e.

Nouvel Univers Lunatique et Lacunaire d'Erzébeth

samedi 23 août 2008

Cette horreur !...

(Complètement oublié de mettre en ligne ce billet, pourtant écrit fin juillet... allez comprendre. Ça vous fera patienter un petit peu, j'espère)

Au coeur des ténèbres
de Joseph Conrad
publié pour la première fois (dans une revue) en 1899
traduction de Catherine Pappo-Musard

http://image.evene.fr/img/livres/g/2842053915.jpg

« Ce serait intéressant pour la science d’observer les transformations mentales des individus, sur place. »

Londres, fin du XIXe siècle. Le crépuscule gagne le pays quand Marlow, officier de la marine, prend la parole pour raconter à des marins attentifs son incroyable voyage au coeur de l'Afrique Noire, où il avait pour mission de récupérer Kurtz, un agent devenu chef dans une contrée reculée, moite, sauvage...

Kurtz intrigue énormément Marlow; une aura admirative semble entourer le solitaire, les personnes qu'il croise pendant la remontée du fleuve Congo craignent autant qu'elles encensent ce Kurtz si énigmatique, insaisissable. Il change la vie de ceux qui l'écoutent. Il s'adonne au commerce de l'ivoire, entouré d'indigènes. Mais aucun homme ne pourrait survivre dans un lieu aussi hostile, et Marlowe va devenir le témoin de cette vie hors-normes, tout en essayant de se protéger.

Dès le début de cette nouvelle, le lecteur ne peut que s'interroger sur Kurtz : qui est-il vraiment, que fait-il, seul, dans cette jungle, qu'a-t-il fuit et qu'a-t-il trouvé ? Tout comme Marlowe, on a envie de le connaître, tout en craignant de découvrir l'indicible. Car, finalement, c'est de cela dont il est question : d'une longue quête initiatique, éprouvante, écrasante, qu'on entreprend sans savoir ce qui nous attend au bout du voyage. Plus on s'éloigne de la civilisation, plus on risque d'ignorer les nouvelles règles du jeu. En l'occurrence, la jungle est totalement déshumanisée; s'y engager est une décision inconsidérée. La mort et la folie guettent l'homme trop curieux.
La plume de Conrad a une force inouïe; qu'importe si la thématique initiale du livre ne vous tente pas : ce n'est qu'un prétexte pour écrire sur la condition de l'homme, la colonisation, la barbarie. C'est une nouvelle avec une portée incroyable. Ne comptez pas sur moi pour évoquer l'éventuel racisme de Conrad, déjà parce que je suis une lectrice naïve (à mes yeux, ce ne sont pas forcément les idées du romancier qu'on retrouve dans ses textes) et ensuite parce que
Céline en parle mieux que moi.
J'ai été peu attentive pendant ma lecture (d'où ce faux billet qui ne ressemble à rien), mais je sais néanmoins qu'Au coeur des ténèbres mérite d'être lu et relu, parce que sa richesse ne permet pas de tout discerner lors d'une première approche...
Je ne trouve pas les mots pour parler de Marlowe (dont le lecteur est très proche, ne serait-ce que grâce à ce récit à la première personne), de Kurtz (qui attise la curiosité jusqu'au moment de la rencontre...), de la nature sauvage qui ne permet plus de mentir, de ce voyage en enfer qu'on est soulagé de n'avoir pas entrepris soi-même, même si, pendant quelques heures, on accompagne Marlowe, et qu'on a tremblé avec lui... Au coeur des ténèbres, il est difficile de garder les yeux ouverts.

« La conquête de la terre, qui signifie le plus souvent qu’on en dépouille ceux qui n’ont pas la même couleur ou qui ont le nez un peu plus aplati que nous, n’a rien de très joli quand on y regarde de trop près. »

Si vous voulez lire de vrais billets sur ce grand texte, dirigez-vous chez Céline, ou encore chez Sentinelle

Il est apparemment inimaginable d'évoquer cette nouvelle sans dire qu'elle a été adaptée (notamment) par Coppola, en 1979, sous le titre d'Apocalypse now, fabuleux film pourtant bien différent d'Au coeur des ténèbres. (comprenez : il faut regarder l'un et lire l'autre).

Posté par erzebeth à 11:06 - lecture - Commentaires [6] - Permalien [#]

Commentaires

    Bon, je le redis : il faut lire Conrad, c'est un auteur fabuleux. Voilà. ))

    Posté par fashion, samedi 23 août 2008 à 11:20
  • Bon... ça a l'air que je n'aurai pas le choix... et que je vais lire ce texte!!!!!

    Posté par Karine, samedi 23 août 2008 à 14:39
  • Il y a bien longtemps que j'ai envie de lire ce texte, mais je pense plutôt qu'il faut oublier le film pour lui laisser toute son ampleur

    Posté par Ys, samedi 23 août 2008 à 22:22
  • Conrad est dans mes projets depuis... longtemps, mais je n'ai jamais rien lu de lui pfff... pas le temps, pas le temps !!!!

    Posté par yueyin, samedi 23 août 2008 à 23:56
  • Alors qu'Apocalypse Now figure dans mes chefs d'oeuvre à moi que j'ai perso moi-même, j'ai un peu de mal avec le livre de Conrad. Pas réussi à le terminer. Question de bon timing, peut-être...

    Posté par LVE, lundi 25 août 2008 à 08:38
  • * Fashion, dis-moi, n'es-tu justement pas une fan de Conrad sans avoir lu "Au cœur des ténèbres", hum ? C'est ce que tu avouais chez Céline... What a shame !

    * Karine, tu as tout compris ! Cette nouvelle mérite vraiment d'être lue (et relue). Je suis sûre que ça peut te plaire !

    * Yue Yin, mauvaise excuse, ce texte est vraiment court... puis, surtout, tu ne regretteras pas le voyage ! Convaincue ?

    * LVE, bienvenue par ici ! Je trouve que le film de Coppola est vraiment autre chose que la nouvelle, alors je comprends très bien qu'on puisse aimer l'un, et pas l'autre... Je te pardonne ta réticence conradienne, parce que tu as le bon goût d'aimer "Apocalypse now". Oui, je suis généreuse.

    Posté par erzébeth, lundi 25 août 2008 à 09:53

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