jeudi 25 septembre 2008
« Sacrebleu, tu ne peux donc pas faire attention à ta tête ? »
Le destin miraculeux d'Edgar Mint
de Brady Udall (2001)
traduction de Michel Lederer
Il y a des livres dont on entend parler, qu'on garde dans un coin de la mémoire, tout en ayant la conviction qu'ils nous plairont, le jour où on se décidera enfin à les ouvrir. Edgar Mint fait partie de ceux-là (je suis fainéante, et ne citerai pas le titre intégral dans mon billet).
« Après tout ce que j'avais vu et connu dans ma courte vie, je ne pouvais arriver qu'à une seule conclusion : Dieu était soit fou à lier, soit tout simplement méchant. »
C'est à l'âge de sept ans qu'Edgar a la tête écrasée par la jeep du facteur - que faisait sa tête en-dessous de la roue, voilà une bonne question, mais Edgar ne se souvient pas; quand il sort du coma (par pur miracle), quelques semaines plus tard, il ne se souvient de rien de ses sept premières années. La convalescence est longue, et nécessite de rester plusieurs mois à l'hôpital où il partage sa chambre avec (entre autres) un dénommé Art, triste rescapé d'un accident. Mais parce qu'Edgar est désormais incapable de tenir un stylo, son voisin de lit lui offre une Hermès Jubilé 2000, une machine à écrire qui va suivre le petit Edgar pendant toute son existence. Taper à la machine le fascine; il passe des heures, chaque jour, à noircir des feuilles. Il raconte sa vie, qui n'a rien de miraculeux.
Le souci du pauvre Edgar, c'est qu'à cause de l'accident, il garde constamment un air innocent; on le dit attardé, alors qu'il n'en est rien. Mais il est petit, chétif, métisse (sa mère, une Indienne alcoolique, est tombée enceinte d'un Blanc); il se retrouve orphelin, car personne ne se soucie de lui après son accident. Après sa convalescence, il est envoyé chez un oncle obscur, qui vit et travaille dans un collège où l'on ne récupère que les rebuts de la société. Mais, bien entendu, comme un destin miraculeux attend Edgar, on n'est pas au bout de nos surprises...
Le titre n'est pas sans nous rappeler une certaine Amélie P., et dans les deux cas, l'accroche est un peu mensongère. Est-ce miraculeux d'avoir survécu à l'accident de jeep ? Médicalement, oui, bien sûr. Mais le sort s'acharne tellement sur ce pauvre Edgar qu'il est parfois difficile d'y trouver la moindre lueur d'espoir; pourtant, lui, ne se laisse pas démonter. Sa candeur absolue le sauve du désespoir. Il paraît toujours curieux de vivre, bien que sa situation soit terrible. J'avoue que j'ai même failli interrompre ma lecture; tout ce qui se passe à Willie Sherman (le collège pour délinquants) est sordide; il y a un garçon, plus âgé que lui, qui lui fait subir des horreurs, et c'en était trop pour moi. Je ne voyais pas l'intérêt d'écrire de pareilles choses - je ne le vois toujours pas d'ailleurs. J'ai quand même persisté, et ai été fort soulagée quand Edgar a enfin pu quitter cette saloperie d'établissement (j'ai un sens aigu de la compassion, je sais).
Ceci dit, ce roman n'a rien d'extraordinaire. Le style est banal - c'est certes écrit par le petit Edgar, mais enfin, il grandit au fur et à mesure, et quand je vois que l'auteur, Udall, est comparé au "Dickens des années 2000", je souris jaune :
1. Ce n'est pas parce qu'on a un pauvre petit enfant orphelin qui subit des tas de misères, qu'il faut immédiatement penser à Dickens
2. Charles, lui, a une écriture légèrement plus puissante que Brady. Légèrement.
Il fallait que les choses soient claires. (quant à la comparaison avec John Irving, je ne dis rien, je n'ai encore jamais lu ce romancier-là).
En plus de cela, Edgar Mint souffre de quelques longueurs; j'en reviens encore et toujours à la partie consacrée au collège, mais vraiment, ça devient vite rébarbatif (notamment aussi avec la présence des deux hommes qui viennent sans cesse voir Edgar, je n'entre pas dans les détails, mais le personnage du docteur était largement dispensable).
Un regain d'intérêt arrive en même temps que l'avant-dernière partie, parce qu'il y a déjà plus d'humour et que l'histoire devient plus entraînante - mais chut, je ne raconte rien.
Edgar Mint est un sympathique moment de lecture, mais ce n'est pas le grand et bon roman auquel je m'attendais après avoir lu des avis positifs sur la toile (mais chez qui ? et quand ? j'étais persuadée que tout le monde l'avait lu, que nenni, je l'ai peut-être rêvé). Brady Udall a certainement un grand potentiel, j'ai l'impression qu'il aurait pu bien améliorer ce roman-ci. Pourtant, je l'ai dit - ça reste agréable.
Quelques heures après avoir terminé ma lecture, je me suis même surprise à chercher Edgar; j'aurais aimé que l'aventure continue, encore.
Lilly est plus dithyrambique que moi, et elle a raison !
Emeraude, elle, n'a pas non plus aimé Barry Pinkley (le docteur, suivez un peu !), tant de bon goût m'exalte !




