samedi 27 septembre 2008
La vie devant soi
Diana est jeune femme épanouie; elle a tout pour être heureuse : une maison avec véranda, un mari attentionné, une petite fille qui adore se cacher. Oui, Diana n'est pas loin du bonheur - si ce n'était ce terrible souvenir qui la hante depuis quinze ans.
Car Diana est une survivante traumatisée d'une tuerie dans un lycée; depuis, elle tente de vivre sans sa meilleure amie, Maureen, qui n'a pas eu la même chance qu'elle...
Et parce qu'on célèbre les quinze ans de ce tragique événement, Diana ne dort plus, et repense à ses instants d'insouciance qui ont précédé le grand massacre.
Ainsi, Diana est à la fois interprétée par Uma Thurman (pour l'époque présente) et par Evan Rachel Wood (pour la joyeuse époque du lycée). Le film est construit sur d'incessants flash-back, mais ce n'est gênant en rien; au contraire, cela permet de voir l'évolution de Diana, une adolescente rebelle et malheureuse, qui trouve un semblant d'équilibre le jour où elle rencontre son futur mari (un prof qu'elle a rencontré au lycée).
Les deux actrices sont sans cesse sur la corde raide - l'adolescente parce qu'elle cherche un sens à sa vie, et l'adulte parce qu'elle a vécu l'un des événements les plus traumatisants qui soient (d'autant plus qu'on sent clairement qu'elle nous cache quelque chose là-dessus).
La meilleure amie de Diana-jeune, Maureen (Eva Amurri), est une jeune fille adorable, pleine de vie, totalement pieuse, qui contraste énormément avec la fougueuse Diana, mais les demoiselles sont finalement complémentaires et trouvent chacune du réconfort dans la présence de l'autre.
Le point culminant du film est l'épisode de la tuerie, évidemment, puisque tout est basé dessus. Et mon avis là-dessus est assez contradictoire : le réalisateur insiste trop dessus, en revenant inlassablement sur la même scène (où l'on voit un professeur agoniser dans le couloir, charmant), et d'un autre côté, on ne comprend pas ce qui a déclenché cette horreur. Pourquoi Michaël décide brusquement d'exterminer tout le monde ? Mystère.
Mais petit à petit, une certaine tension dramatique monte et on sait qu'on ne sera pas épargné, en tant que spectateur (dans la dernière partie, j'étais terrifiée sur mon siège); la caméra revient sans cesse dans ses toilettes, où étaient réfugiées Diana et Maureen quand les coups de feu ont commencé à retentir. Malheureusement, Michaël les trouve... et leur dit qu'une des deux va mourir. Et même si on sait ce qui se passe, on appréhende, on ne veut pas voir, on ne veut pas savoir.
Tout s'emballe, on ne contrôle plus rien, et les lumières surgissent à nouveau dans la salle.
Il m'a fallu du temps pour comprendre. Puis, tous les éléments se sont mis en place, et alors que je trouvais jusque-là le film de bonne facture bien qu'un peu bizarre, j'ai réalisé à quel point il était maîtrisé, et réussi. La vie devant ses yeux fait froid dans le dos (rien que pour son thème - qu'est-ce qui pousse un jeune à commettre de tels meurtres ?), et on ne sait pas trop si on frissonne de peur ou d'émotion.
Les acteurs sont excellents (j'ai bien réfléchi, et j'ai décidé d'accepter Uma Thurman dans ma liste des grandes actrices); on sent à quel point les personnages sont tous fébriles, il leur en faudrait peu pour se relever ou au contraire tomber. Oui, tout est fragile.
C'est un film marquant, qui nous retourne. J'espère qu'il rencontrera un bon public, il le mérite atrocement.
A noter que c'est une adaptation de La vie devant ses yeux, de Laura Kasischke. Cuné l'a lu, et j'ai l'impression que le réalisateur a été bien fidèle au roman. Tant mieux.
La vie devant ses yeux, de Vadim Perelman - actuellement en salles, donc




