N.u.l.l.e.

Nouvel Univers Lunatique et Lacunaire d'Erzébeth

lundi 29 septembre 2008

Table rase

Le fait du prince
d'Amélie Nothomb
Albin Michel, 2008

http://www.europe1.fr/var/europe1/storage/images/decouverte/talents-et-personnalite/litterature/le-fait-du-prince-d-amelie-nothomb/1321459-1-fre-FR/Le-fait-du-prince-d-Amelie-Nothomb_img_234_199.jpg

Ça commence sur les chapeaux de roue - que feriez-vous, vous, si un inconnu choisissait votre domicile pour mourir ? Peut-être que vous vous rappelleriez justement ce que vous avez entendu au dîner de la veille : il ne faut surtout pas appeler la police, mais plutôt un taxi, et foncer à l'hôpital. Il s'agit de faire croire que l'ami comateux est décédé sur le trajet. Seulement, Baptiste Bordave dérape, et opte pour une troisième solution : usurper l'identité du défunt.
Et le roman de continuer comme il avait commencé; c'est-à-dire de manière loufoque et entraînante.

Amélie Nothomb a dit dans une interview qu'écrire ce roman avait été une récréation pour elle; et ça tombe bien, ça en devient une aussi pour le lecteur. Cela faisait quelques années (quatre - depuis Biographie de la faim, un de mes préférés) que la romancière ne m'avait pas séduite à ce point.
L'intrigue est insensée (parce que Baptiste atterrit chez le défunt suédois, et la femme de ce dernier l'accueille sans poser aucune question, ce qui perturbe autant le protagoniste que le lecteur), on peut même reprocher à l'auteur de ne rien approfondir, se contentant comme souvent d'effleurer la surface des choses sans aller plus loin... pour que le lecteur invente son propre roman ? Quoi qu'il en soit, Nothomb a toujours été comme ça, on ne la changera pas. Ce n'est pas avec ce roman qu'elle va conquérir un nouveau public (elle n'en a certes plus besoin...), mais peut-être qu'elle parviendra à charmer ses nombreux fidèles... Le fait du prince regorge d'humour, de phrases piquantes, de réflexions délicieuses, de reproches amusants (ah, ces musées qui sentent la poussière, ces filles qui grignotent au lieu de manger !). La preuve :

« J'éclatai d'un rire narquois quand je vis la villa. J'ai horreur des villas. La villa, c'est l'idée que les âmes simples se font du luxe. L'instant complète « Villa mon rêve ». Toute villa s'appelle ainsi. Une villa n'a pas de fenêtres, mais des baies vitrées. J'en déteste la fonction. La fenêtre sert aux habitants d'une maison à voir l'extérieur, tandis que la baie vitrée sert aux habitants d'une villa à être vus de l'extérieur. La preuve, c'est que la baie vitrée va jusqu'à terre : or les pieds ne regardent pas. Cela permet de montrer aux voisins qu'on porte de belles chaussures, même quand on reste chez soi. »

Le roman relate donc cette étrange rencontre entre un quidam qui n'intéresse personne et sa nouvelle identité mystérieuse. Quitte à changer de vie, autant prendre celle d'un homme riche, marié à une femme superbe, propriétaire d'une voiture de rêve, et collectionneur de grandes bouteilles de champagne. Car si la femme ne mange pas, dans Le fait du prince, elle boit. A outrance. Tous les soirs, Sigrid (c'est ainsi que Baptiste nomme la veuve (qui ignore l'être, d'ailleurs)) se délecte de champagne. C'est son repas favori; à ce propos, une petite bouteille devrait être offerte avec le livre. Le lecteur a inévitablement envie de juger par lui-même s'il devient réellement aristocrate après la quinzième gorgée de champagne...

Que dire ? Je ne convaincrai pas ceux qui n'aiment pas Amélie Nothomb; et ceux qui la suivent scrupuleusement ne m'ont pas attendu pour avoir envie de lire ce roman. Et parmi ces derniers, il y aura inévitablement des déçus. Qu'importe - je n'en fais pas partie (on sent poindre un zeste d'égocentrisme, non ?). Je n'ai même pas de reproche à formuler sur la fin, elle me satisfait entièrement. J'ai terminé ma lecture comme je l'avais commencée : un sourire aux lèvres.

Merci infiniment à Cuné - qui l'a lu et apprécié aussi, la preuve par ici

Posté par erzebeth à 13:30 - lecture - Commentaires [15] - Permalien [#]

Commentaires

    Tu sais que ça me rassure que des gens bien comme toi apprécient Nothomb ? Elle est tellement critiquée que je me demande parfois si ce n'est pas moi qui a un problème.
    Pour ce cru 2008, la couverture me plaît beaucoup, mais j'attendrai le poche quand même.

    Posté par Lilly, lundi 29 septembre 2008 à 15:47
  • Je ne devrai pas commenter : je n'aime pas du tout Nothomb. Mais toi, par contre, je t'aime beaucoup Miss E., alors je dirais juste que je n'ai rien à dire mais que ce billet est très bon, comme d'habitude (même si je ne lirai jamais ce roman, soyons honnête). Parfois, vraiment, mes commentaires ne servent à rien. Désolée. )

    Posté par fashion, lundi 29 septembre 2008 à 16:30
  • Vous vous êtes liguées pour me remonter le moral, c'est ça ?

    Lilly, tu prends un grand risque : en poche, la couverture risque de changer.
    Quant au reste, c'est très, très gentil, et je veux te confirmer à tout prix : non, ce n'est pas un problème d'aimer Nothomb. Je peux même te dire que je l'ai rencontrée plusieurs fois, que j'ai même osé faire signer quelques livres, et qu'à chaque fois je sors des rencontres avec le sourire. Et j'assume totalement.

    Fashion, je voulais justement te prévenir : cette semaine, je ne vais poster que des billets qui ne vont pas t'intéresser.
    Par contre, il est formellement interdit de considérer comme inutile un commentaire où on me dit des choses aussi gentilles. Okay ?
    Merci, beaucoup.

    Posté par erzébeth, lundi 29 septembre 2008 à 20:46
  • Eh bien moi ça me fait bien envie, d'autant plus qu'il y a longtemps que je n'ai pas lu de Nothomb (sans raison d'ailleurs, si ce n'est qu'elle produit beaucoup). Celui-ci a l'air pétillant comme sa boisson préférée, c'est donc très tentant.
    Mais qu'est-ce que c'est que ce programme que tu te donnes ? Un billet tous les 2 ou 3 jours en sachant à l'avance de quoi tu vas parler cette semaine ? Attention, quand on commence comme ça, le stress du blogueur n'est plus très loin...

    Posté par levraoueg, lundi 29 septembre 2008 à 22:59
  • Contrairement aux dernières années, je n'ai pas couru vers la librairie la plus proche quand le "Nothomb de la rentrée" est sorti. J'ai lu des critiques plus ou moins bonnes. Je vais finir par le lire, mais pour le moment, je résiste. Alors, s'il te plait, ne tente pas les pauvres âmes qui fréquentent ton charmant salon !

    Posté par praline, lundi 29 septembre 2008 à 23:25
  • Comme la plupart des Nothomb que j'ai lus (et je n'en ai pas lu tant que ça!) ça a l'air complètement bizarre! Je ne suis pas méga fan - bon, en fait, pas vraiment fan - mais il demeure que j'ai laaargement le temps d'attendre en poche pour décider si je le lis ou non. J'aime la couverture par contre, c'est joli!! Have a nice day!

    Posté par Karine :), mardi 30 septembre 2008 à 02:19
  • Ca fait très plaisir de lire des billets comme ça, dans ces temps où il faudrait presque s'excuser de prendre du plaisir à lire Amélie Nothomb ;o)

    Posté par Cuné, mardi 30 septembre 2008 à 05:43
  • * Levraoueg, oui, je te conseille ce nouveau cru, si tu aimes un peu l'univers de Nothomb, ça devrait aller...
    Quant au blog, tu sais, j'ai déjà un rythme d'un billet tous les deux jours... et je sais toujours un peu avance ce dont je vais parler. Ça ne me stresse pas plus que ça (au contraire : ne rien prévoir m'inquiéterait).

    * Praline, mais bien sûr que si, je veux vous tenter ! Sinon, ce n'est pas drôle !
    Pourquoi résistes-tu *justement* cette année ? La couverture est jolie, l'histoire attrayante et réussie !

    * Karine, tu as raison de ne pas te précipiter... c'est bizarre, oui, mais beaucoup moins, je trouve, que certains de ses autres romans...

    * Cuné, je ne suis pas prête de m'excuser de lire et d'aimer (ohlala !) Nothomb, crois-moi !
    Et encore merci...!

    Posté par erzébeth, mardi 30 septembre 2008 à 20:08
  • Je n'ai pas encore lu ce dernier livre d'Amélie Nothomb, bien qu'il soit dans ma pal depuis quelques semaines déjà, parce que j'attends le moment adéquat pour le lire !! En ce moment, j'ai beaucoup, beaucoup de choses à faire et donc j'attends d'avoir une après-midi ou une soirée complète rien qu'à moi pour me lire. D'habitude je me jette sur le Nothomb dès sa parution, surtout quand elle raconte ses aventures japonaises, mais là j'attends le bon moment. Comme toi, j'ai adoré la "biographie de la faim", qui m'a fait mourir de rire. Je l'ai lu alors que je me faisais "ch..." comme un rat mort au ski (mais qu'est-ce que je faisais là ??!!!) et honnêtement, ça a sauvé mes vacances !

    Posté par virginie, mardi 30 septembre 2008 à 20:20
  • J'ai un gros problème avec Amélie Nothomb. Je ne déteste pas ce qu'elle écrit, ça se lit en une heure, ça fait sourire et ça s'oublie. Je suis d'accord pour dire qu'on passe un bon moment. Mais pourquoi diable faut-il alors qu'on entende parler d'elle à chaque rentrée comme si elle venait d'écrire "La recherche..." (à coup de 150 pages par an, il reste du boulot), comme si elle était quelqu'un de rare ? OK, c'est une fille qui écrit un peu, mais sait surtout très très bien communiquer (en plus elle connait de chouettes photographes ! ).

    Posté par Fantômette, mardi 30 septembre 2008 à 21:08
  • Peut être parce que c'est trop facile de retenter sa chance chaque année et de pousser un long soupir genre "non, ce n'est pas encore ça".

    Posté par praline, mardi 30 septembre 2008 à 21:15
  • Après une première expérience très agréable ("métaphysique des tubes") quand j'étais au lycée, j'ai tenté de lire deux Nothomb mais je n'ai pas pu les terminer. Cela dit, ce dernier roman me tente plus que d'habitude et je le lirai peut-être. Quant à Amélie Nothomb, personnellement j'aime bien le genre qu'elle se donne, le personnage m'amuse et me plaît bien.

    Posté par Lou, mardi 30 septembre 2008 à 22:55
  • * Virginie, comme je te comprends, j'ai fonctionné pareil, à attendre une soirée pour lire le roman en intégral... c'est encore mieux comme ça !
    "Biographie de la faim" t'a fait rire ? Il y a de quoi, comme toujours chez Nothomb, mais personnellement il m'a plutôt beaucoup touchée. Mais il faut dire que je n'ai jamais skié de ma vie - peut-être que ça a un lien de cause à effet ?!

    * Fantômette, je ne sais pas te répondre. Elle a quitté la case des auteurs, pour devenir star littéraire. Son côté loufoque (ah ! les fruits pourris, ses chapeaux, son litre et demi de thé froid bu tous les matins !) doit correspondre à l'attente des médias, et des spectateurs (/lecteurs de revue). Personnellement, elle n'entre pas dans mon panthéon littéraire, mais je l'apprécie beaucoup. En fait, je ne sais toujours pas comment te répondre - alors j'arrête là...

    * Praline, je comprends. As-tu un préféré, parmi ceux que tu as lus ?

    * Lou, il faut dénoncer ces deux titres que tu n'as pas pu terminer ! (soit, tu ne t'en souviens peut-être pas...).
    Quant au personnage, je trouve qu'elle a pas mal d'humour, j'ai assisté à une rencontre un jour où elle m'avait totalement fascinée, je la trouve intéressante. Mais elle reste spéciale, et divisera toujours !

    Posté par erzébeth, mercredi 1 octobre 2008 à 22:06
  • En fait, c'est un passage en particulier qui m'a fait rire, celui où Amélie Nothomb se trouve dans un camp de vacances aux Etats-Unis et qu'il y a un gros malentendu entre elle et le moniteur du camp sur sa nationalité. Mais peut-être qu'il y a comme tu dis un lien de cause à effet, puisque j'étais en Suisse au moment où je l'ai lu et que j'avais encore un peu de mal avec le swiss-deutsch !!

    Posté par virginie, mercredi 1 octobre 2008 à 22:45
  • Fichtre, je ne me souviens absolument pas de ce passage... et évidemment, je n'ai pas le livre chez moi. C'est cruel !

    Posté par erzébeth, jeudi 2 octobre 2008 à 18:30

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