lundi 29 septembre 2008
Table rase
Le fait du prince
d'Amélie Nothomb
Albin Michel, 2008

Ça commence sur les chapeaux de roue - que feriez-vous, vous, si un inconnu choisissait votre domicile pour mourir ? Peut-être que vous vous rappelleriez justement ce que vous avez entendu au dîner de la veille : il ne faut surtout pas appeler la police, mais plutôt un taxi, et foncer à l'hôpital. Il s'agit de faire croire que l'ami comateux est décédé sur le trajet. Seulement, Baptiste Bordave dérape, et opte pour une troisième solution : usurper l'identité du défunt.
Et le roman de continuer comme il avait commencé; c'est-à-dire de manière loufoque et entraînante.
Amélie Nothomb a dit dans une interview qu'écrire ce roman avait été une récréation pour elle; et ça tombe bien, ça en devient une aussi pour le lecteur. Cela faisait quelques années (quatre - depuis Biographie de la faim, un de mes préférés) que la romancière ne m'avait pas séduite à ce point.
L'intrigue est insensée (parce que Baptiste atterrit chez le défunt suédois, et la femme de ce dernier l'accueille sans poser aucune question, ce qui perturbe autant le protagoniste que le lecteur), on peut même reprocher à l'auteur de ne rien approfondir, se contentant comme souvent d'effleurer la surface des choses sans aller plus loin... pour que le lecteur invente son propre roman ? Quoi qu'il en soit, Nothomb a toujours été comme ça, on ne la changera pas. Ce n'est pas avec ce roman qu'elle va conquérir un nouveau public (elle n'en a certes plus besoin...), mais peut-être qu'elle parviendra à charmer ses nombreux fidèles... Le fait du prince regorge d'humour, de phrases piquantes, de réflexions délicieuses, de reproches amusants (ah, ces musées qui sentent la poussière, ces filles qui grignotent au lieu de manger !). La preuve :
« J'éclatai d'un rire narquois quand je vis la villa. J'ai horreur des villas. La villa, c'est l'idée que les âmes simples se font du luxe. L'instant complète « Villa mon rêve ». Toute villa s'appelle ainsi. Une villa n'a pas de fenêtres, mais des baies vitrées. J'en déteste la fonction. La fenêtre sert aux habitants d'une maison à voir l'extérieur, tandis que la baie vitrée sert aux habitants d'une villa à être vus de l'extérieur. La preuve, c'est que la baie vitrée va jusqu'à terre : or les pieds ne regardent pas. Cela permet de montrer aux voisins qu'on porte de belles chaussures, même quand on reste chez soi. »
Le roman relate donc cette étrange rencontre entre un quidam qui n'intéresse personne et sa nouvelle identité mystérieuse. Quitte à changer de vie, autant prendre celle d'un homme riche, marié à une femme superbe, propriétaire d'une voiture de rêve, et collectionneur de grandes bouteilles de champagne. Car si la femme ne mange pas, dans Le fait du prince, elle boit. A outrance. Tous les soirs, Sigrid (c'est ainsi que Baptiste nomme la veuve (qui ignore l'être, d'ailleurs)) se délecte de champagne. C'est son repas favori; à ce propos, une petite bouteille devrait être offerte avec le livre. Le lecteur a inévitablement envie de juger par lui-même s'il devient réellement aristocrate après la quinzième gorgée de champagne...
Que dire ? Je ne convaincrai pas ceux qui n'aiment pas Amélie Nothomb; et ceux qui la suivent scrupuleusement ne m'ont pas attendu pour avoir envie de lire ce roman. Et parmi ces derniers, il y aura inévitablement des déçus. Qu'importe - je n'en fais pas partie (on sent poindre un zeste d'égocentrisme, non ?). Je n'ai même pas de reproche à formuler sur la fin, elle me satisfait entièrement. J'ai terminé ma lecture comme je l'avais commencée : un sourire aux lèvres.
Merci infiniment à Cuné - qui l'a lu et apprécié aussi, la preuve par ici
Challenge du 1% littéraire

Admirez comme ce titre brille d'intelligence et d'ingéniosité, ça me renverse moi-même.
Je manque certes d'imagination, mais pas de motivation (certains diront : "ça dépend pour quoi". Ils ont raison).
Tout a démarré chez Levraoueg qui a eu une excellente idée. Chaque année, en cette saison, on nous bassine avec la rentrée littéraire, curieuse période où on publie le plus de livres possibles en un court laps de temps, créant ainsi la noyade de nombreux romans qui auraient peut-être eu plus de chances en voyant le jour, je ne sais pas, en mai par exemple. Mais non. Il faut respecter cette tradition littéraire, même si elle fait du tort à certains auteurs.
Cette année, 676 romans vont rejoindre en masse les librairies.
A la fois pour les sauver (?) et pour malgré tout s'intéresser à l'actualité littéraire, Levraoueg a décidé de lire 1% de ces nouveautés - calcul qui a été arrondi à 7 livres.
Romans, essais, poésie, nouvelles.
La seule contrainte ?
Lire ces sept romans d'ici septembre 2009.
Et, comme vous devez vous en douter (autrement, je ne ferais pas de billet à ce sujet, logique imparable), j'ai décidé de l'accompagner dans ce défi amusant.
Je n'établis aucune liste préalable. Je ferai en fonction de mes envies et de mes trouvailles (même si j'ai déjà quelques idées en tête sur l'identité de certains futurs élus, évidemment) (la tournure de ma parenthèse est assez lourde, non ? j'en suis confuse).
En tout cas, c'est dans ce billet-ci que je vais répertorier mes sept lectures, au fur et à mesure.
A l'heure actuelle, nous y trouvons :
- De Niro's Game, de Rawi Hage
(en réalité, le second billet paraîtra dans quelques heures. Avouez que le suspense est insoutenable, non ?)
(et ne répondez pas à cette fausse question - parce que quand le billet sera publié, ces deux parenthèses inutiles seront évidemment supprimées)
(comme Levraoueg a joué dans les commentaires à "Mais de quel livre va-t-il être question ?", je laisse les parenthèses et reprends en-dessous :)
- Le fait du prince, d'Amélie Nothomb
- La gueule du loup, de Nadia Gosselin
- La relieuse du gué, d'Anne Delaflotte Mehdevi
- Ritournelle de la faim, de J.-M.G. Le Clézio
- Notre petite vie cernée de rêves, de Barbara Wersba
- Appelez-moi par mon prénom, de Nina Bouraoui
Retrouvez chez Levraoueg la liste des participants (que vous pouvez rejoindre) et sa propre participation...



