N.u.l.l.e.

Nouvel Univers Lunatique et Lacunaire d'Erzébeth

vendredi 10 octobre 2008

Surtout, ne deviens pas comme moi

Un jour, Cuné a conseillé un roman visiblement passionnant.

Un autre jour, alors que je déambulais dans les rayons de la médiathèque, je me suis autorisée une petite folie : emprunter un roman qui, ô mon dieu, allait me donner un bon prétexte pour ne pas travailler (je suis très forte à ce jeu-là). Je sais qu'il est très subversif de se rendre dans une bibliothèque pour emprunter un livre, mais je n'ai peur de rien.
J'étais toute contente, grâce au hasard, de tomber sur le livre que Cuné avait fortement encensé.

En rentrant chez moi, je me suis rendu compte qu'elle n'avait jamais lu ce bouquin.

Wisconsin
de Mary Relindes Ellis
(The Turtle Warrior, 2004)
traduction d'Isabelle Maillet, Buchet-Chastel, 2007

http://image.evene.fr/img/livres/g/9782283021626.jpg

 

Les Lucas forment une famille blessée; il y a le père, John Lucas, un ivrogne invétéré qui n'est que violence pour son entourage. Il y a Claire Lucas, la mère, une femme considérée comme folle (elle n'a plus quitté ses bigoudis depuis des décennies), qui se protège en réalité du mieux qu'elle peut de cette vie qu'elle exècre et qui a éteint en elle tout désir de rire.
Ils ont eu deux fils - James, l'aîné, espère bien écraser un jour la figure paternelle, et c'est justement pour le défier (et quitter le domicile familial) qu'il s'engage et part faire la guerre du Vietnam. Bill, lui, est plus petit, plus timide. Il joue au héros avec son épée en carton et sa tortue-bouclier. Il a besoin qu'on le protège, mais James parti, il doit apprendre à dormir seul.
Il y a bien les voisins (Ernie et Rosemarie), un couple aimant qui supporte mal l'absence de descendance, mais même les voisins les plus gentils du monde ne peuvent remplacer un frère. Encore moins quand celui-ci meurt au combat.

Wisconsin est construit en plusieurs parties, qui se déploient dans le temps - on navigue de 1967 à 2000, les personnages prenant tour à tour la parole pour nous exprimer leur version des faits. On s'y repère facilement, d'autant plus que la narration n'est pas toujours basée sur la première personne du singulier.
Ce roman n'est pas là pour servir une intrigue rebondissante et captivante, c'est un condensé de vie américaine dans un État où les habitants cohabitent avec la nature, certains parvenant à s'en faire une alliée... au moins, dans les bois, on est tranquille. Tous les personnages se trimballent des blessures profondes, des non-dit qui les dévorent, des regrets qui les éteignent... cette souffrance quotidienne est excessivement touchante, dans le sens où ils tentent tous, malgré tout, de survivre. On pourrait qualifier Wisconsin de fresque américaine, mais ça ne suffirait pas pour dire à quel point ce roman est maîtrisé, profond, merveilleux. Le récit est totalement envoûtant; suivre ces personnages pendant des décennies permet de s'y attacher, de voir quelles armes (pacifiques) ils emploient pour s'en sortir. La guerre est une chienne qui détruit tout, mais il ne faut pas la laisser gagner. Cette lutte journalière contre les démons, et contre les plaies non cicatrisées finit par payer. Pour paraphraser un passage du roman, on peut se demander : les personnages guérissent-ils ? Non, ils apprennent juste à faire face.
Et c'est colossal.

« Il se cache le visage derrière ses mains et, penché en avant, il laisse échapper un long sanglot. Je sens mon cœur se déchirer.
Quand Ernie a-t-il pleuré pour la dernière fois ? Ça doit remonter à des années. Moi, j'ai beaucoup pleuré, comme bien des femmes ici. Mais même au plus fort de la douleur, nous gardons toujours espoir. Nous, les femmes, nous manifestons notre chagrin à la manière des loups et des coyotes, hurlant à l'adresse de nos partenaires et de toute la meute. Quand les hommes pleurent, ils expriment une telle vulnérabilité, une telle angoisse, qu'ils semblent presque à l'agonie. »

Ce billet a été écrit en quatrième vitesse, un soir de fatigue intense; merci d'être encore plus indulgent que d'habitude. Je ne me sentais pas de faire mieux.
Si la couverture du roman me rappelait vaguement quelque chose, c'est parce que j'en avais entendu parler chez
Tamara, Fashion et Lily.
Le roman que j'avais en fait noté chez Cuné était celui-ci.

Posté par erzebeth à 08:30 - lecture - Commentaires [13] - Permalien [#]

Commentaires

    Nous pouvons peut-être échapper au destin des personnages de Wisconsin mais pas à la malédiction qui consiste à se plonger dans un livre en oubliant tout le travail autour (c'est une réponse à ton titre, sinon tu parles fort bien de ce roman qui semble avoir fait l'unanimité)

    Posté par rose, vendredi 10 octobre 2008 à 09:43
  • J'ai beaucoup ri de ta méprise mais, pour te rassurer, sache que Cuné l'a lu en fait, mais elle n'en a pas parlé. Tu es voyante en fait : rassurée ? ))
    Je suis ravie qu'il t'ait plu et il vient de sortir en poche : on va pouvoir l'offrir à tout le monde!

    Posté par fashion, vendredi 10 octobre 2008 à 09:58
  • C'est vrai que les couvertures se ressemblent vachement ! ;o)
    En tout cas, méprise heureuse, qui me donne très envie de me plonger dans ce roman.

    Posté par Lilly, vendredi 10 octobre 2008 à 10:11
  • C'est atroce de me faire des choses comme ça! Maintenant j'ai encore plus envie de le lire!!

    Posté par chiffonnette, vendredi 10 octobre 2008 à 12:13
  • J'avais noté la sortie en poche de ce roman. Vivement que ma PAL baisse un peu que je puisse l'acheter !

    Posté par kathel, vendredi 10 octobre 2008 à 12:27
  • Ce sublime roman fut mon coup de coeur de l'hiver dernier... C'est une bonne idée de le remettre à l'honneur, maintenant qu'il sort en poche !

    Posté par Tamara, vendredi 10 octobre 2008 à 12:47
  • Il est sorti en poche, vous dites?? Géééénial!!! Je n'aurais pas eu l'idée de le lire sinon mais avec tous ces avis positifs, impossible de faire autrement!

    Posté par Karine :), vendredi 10 octobre 2008 à 13:49
  • Ha ha, je ris, parce que ça m'arrive aussi, d'acheter un livre que je crois avoir été lu (et recommandé) par quelqu'un, et n'en trouver aucune trace sur son blog ;o)

    Ce roman m'a été offert deux fois, en plus, pour te dire qu'il a été aimé

    Moi par contre, toute honteuse, je n'ai pas accroché, alors je me suis fait discrète.... :/

    Posté par Cuné, samedi 11 octobre 2008 à 06:55
  • * Rose, ton commentaire est fort juste (et le titre est une phrase que James dit à son petit frère... un des premiers passages du livre qui m'a touchée).

    * Fab'shion, c'est incroyable ! Mon intuition féminine a été presque bonne, sur ce coup. Je ne savais pas qu'il venait de sortir en poche, ah, quelle merveilleuse lectrice je fais, je tombe pile dans l'actualité !

    * Lilly, quitte moi donc cet air moqueur ! Je suis bizarre, mais je trouvais que les couvertures avaient des points communs, oui (deux personnes, de l'eau, un nom américain, hop...
    Mais ma confusion n'est pas si confuse (...), je savais bien que j'avais lu du positif sur ce roman ! Je te le conseille, oui.

    * Chiffonnette, tu sais bien que les bloggueurs n'ont pas de cœur ! Ils invitent inlassablement à la tentation...

    * Kathel, baisse de PAL ou non, je suis sûre que tu finiras par craquer quand tu le croiseras en librairie...

    * Tamara, oui, quand je suis rentrée chez moi et que j'ai lu ton avis si enthousiaste, je savais que j'avais fait un bon choix ! C'est vraiment un bon, grand, fort roman.

    * Karine, c'est une conspiration absolue, effectivement, comment résister à un pauvre petit roman en poche ?

    * Cuné, je crois que dans la Loi des Lecteurs, on a le droit de ne pas aimer un roman qu'on nous offre, non ? J'aurais bien aimé que tu en parles, c'est justement intéressant d'avoir différents sons de cloches...
    (euh, l'expression est douteuse; ce n'est pas toi que je traite de cloche ;-P)
    Je sais que Laure non plus n'a pas aimé, c'est vrai que le ton est quand même particulier...

    Posté par erzébeth, samedi 11 octobre 2008 à 10:38
  • Elle perd complètement la tête Erzebeth !

    Posté par Ys, samedi 11 octobre 2008 à 11:37
  • Pfff, m'en parle pas !
    Mais je suis sûre que tu n'es pas non plus à l'abri d'un quiproquo comme celui-ci !

    Posté par erzébeth, dimanche 12 octobre 2008 à 09:58
  • "Wisconsin" vient juste de sortir en format poche ! encore une bonne raison d'aller le découvrir!

    Posté par george sand et m, mardi 14 octobre 2008 à 19:58
  • George Sand et toi, bienvenue par ici ! On trouve toujours de bonnes raisons pour succomber, mais là, je t'assure que ça vaut le coup...

    Posté par erzébeth, mardi 14 octobre 2008 à 20:27

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