N.u.l.l.e.

Nouvel Univers Lunatique et Lacunaire d'Erzébeth

lundi 20 octobre 2008

Il avait décidé de ne plus souffrir

Finn Prescott
de Jérôme Lambert
Editions de l'Olivier, 2007

Finn Prescott

Il était une fois Finn Prescott. En réalité, l'histoire commence mal : il vient de mourir.
Mais qui était-il ? C'est bien la question à laquelle le roman tente de répondre, en empruntant parfois quelques détours...

J'ai rarement fait plus court en mise en place de l'intrigue; pourtant, je pourrais sacrément développer, même si au final, j'en viendrais fatalement à vous dire ceci : l'histoire de cette vie n'est qu'un prétexte pour nous raconter autre chose. En cela, la quatrième de couverture est assez juste - elle soulève quelques questions existentielles, voire presque philosophiques (l'exploration du monde rend-elle plus sage ?), qui sont détaillées ensuite dans le roman, mais avec une telle légèreté qu'on a l'impression de réfléchir involontairement tout en se divertissant. Curieux.
De toute manière, il n'y a pas de doute : c'est un roman curieux.
Papillon n'a d'ailleurs pas apprécié ce portrait en creux. Car, c'est vrai, si l'on vient à écrire un roman sur un personnage, on se dit qu'il a certainement eu une vie trépidante, exceptionnelle, ou qu'il avait un caractère hors-norme. Ici, non. Finn Prescott (dont le nom a des intonations anglaises, comme tous les personnages du roman, alors qu'ils sont tous français) est un "petit homme". Seulement, j'ai trouvé son parcours passionnant, car c'est un homme qui a rêvé, qui a espéré, qui a voulu accomplir - en échouant la plupart du temps, certes, comme quand il a voulu faire le tour du monde pour voir ce que ce dernier avait à lui apprendre... il est tombé malade, et a dû rentrer chez ses parents. Voilà, ce qui me plaît, c'est que c'est un homme qui a essayé, et toujours avec une espérance débordante.
Le récit laisse aussi une grande part à Nina Carolyn Newland, et sa relation émouvante avec son frère (ce dernier ayant décidé que la seule chose qui valait la peine sur terre était d'aimer, mais que c'était aussi le sentiment le plus destructeur). Je n'ai pas trop envie de m'étendre sur Nina; je préfère laisser la découverte à ceux qui oseront un jour se plonger dans ce roman...
Jérôme Lambert a une écriture ma foi fort séduisante; avec un humour parfois décalé, il décrit des situations qui paraissent anodines, mais qui ne le sont pas. Car c'est à nous de décider si c'est réellement anodin, banal, ou si on ne peut pas y distiller une petite lumière qui changerait la perception des événements.
Il ne faut pas croire une seconde les interviews qui évoquent des points communs avec Edith Wharton, Henry James, Jane Austen. Ca n'y ressemble pas du tout, même si l'auteur prétend s'être inspiré d'eux. Peut-être, après tout - mais au final, Jérôme Lambert développe un style bien particulier, une vision des choses étonnante, et un humour qui, dieu soit loué, n'a rien à voir avec celui de Jane. Le romancier a l'art de la formule, cette petite tendance actuelle dans la littérature française, où il est bon de finir un paragraphe sur une petite pirouette, un trait d'esprit; mais il le fait bien. Ce n'est pas racoleur, fabriqué, malhonnête.
Finn Prescott est un roman qu'on pourrait croire tout simple, ou un peu vide (mais pourquoi raconter la vie d'un petit médecin qui n'a rien d'extraordinaire ?), tout cela est une question d'angle de vue; pour moi, ce fut une lecture charmante, intéressante, j'aime ces petits destins qui n'ont l'air de rien, et si on veut bien prendre la peine d'observer, le premier Finn Prescott venu peut avoir des choses à nous apprendre...

« - Tu penses vraiment que toutes les vies se valent ?
[...]
- Je n'ai pas dit cela, précisa Finn. Je n'ai pas parlé de valeur. J'ai parlé de singularité, d'originalité, de distinction. A mon avis, et c'est mon expérience, la plupart des gens vivent la même vie, oui, bien sûr. La médiocrité traverse les milieux avec une rapidité insoupçonnée. Nous sommes confrontés aux mêmes impasses: l'effort ou le confort. Tu es vivant plus que personne: tu te plains de l'inactivité de ta vie, de la monotonie et de la platitude ordinaire de ton existence. Sois heureux ! C'est la preuve que tu n'es pas mort et que tout dépend de toi. »

In Cold Blog a écrit un excellent billet sur ce roman

Posté par erzebeth à 08:44 - lecture - Commentaires [16] - Permalien [#]

Commentaires

    Tu donnes envie.
    Pour ton blog-it, bennon ce n'est pas mal, en tous cas c'est très excusable, vu le prix des bouquins universitaires, hein, faut pas pouser mémé et tout et tout. Mais peut-être dis-je ça parce que je l'ai fait plein de fois...

    Posté par Mo, lundi 20 octobre 2008 à 10:13
  • Je ne sais pas si je suis tentée... mais je suis réellement intriguée (je sais, je sais, la pertinence de mon commentaire est éclatante!!)

    Posté par Karine :), lundi 20 octobre 2008 à 13:13
  • Moi aussi tu m'intrigues.

    Sinon, le bouquin, serait-ce un titre dont nous avons parlé ? ;o)

    Enfin, troisième chose, je me suis plongée dans "Les grandes espérances", et j'adore !

    Ah si ! J'oubliais. Chose capitale encore : j'ai vu Wisconsin en poche aujourd'hui, du coup j'ai pensé à toi.

    Posté par Lilly, lundi 20 octobre 2008 à 19:16
  • * Mo, je l'ai déjà fait aussi, mais jamais pour un livre entier, et comme c'est un ouvrage difficile à trouver, que je ne pourrai pas réclamer à nouveau à la bibliothèque, je me suis dit que... après tout... ça pourrait m'être utile...

    * Karine, sache que tes commentaires *sont* pertinents ! Oui, c'est intriguant, mais particulier, je ne suis pas tellement sûre que ça te plairait...

    * Lilly, comme tu es organisée, je vais faire de même : le livre dont nous avons parlé, tu veux dire celui d'Yves, qui est absolument monstrueux ? Parce que c'est pas ça du tout, oh non, je ne veux pas avoir la moindre page de ce truc chez moi ! )
    La prochaine fois que tu croises "Wisconsin", tu te l'offres, c'est bien ça ?
    Quant aux "Grandes espérances", ça ne m'étonne pas, tu es faite pour aimer ce genre de roman ! J'espère que tu vas te régaler jusqu'au bout...

    Posté par erzébeth, lundi 20 octobre 2008 à 20:18
  • Vendu ! J'aime infiniment les romans où l'anodin s'éclaire pour devenir exceptionnel.

    Posté par Fantômette, lundi 20 octobre 2008 à 21:35
  • C'est troublant la couverture, en regardant vite on ne fait pas la différence entre le titre et le nom de l'auteur... Nan parce que si l'on demande à son libraire j'voudrais "Jérôme Lambert" de Finn Prescott, hin.

    Posté par LVE, mardi 21 octobre 2008 à 09:43
  • Je n'ai pas envie de le lire mais c'est parce que j'ai eu trop d'expériences bizarres avec cette édition. Ils publient des trucs étranges quand même, L'Olivier (c'est mieux dans leur collection de semi-poche)... Pour le blog-it, do it, qui ne l'a pas fait ? (moi j'étais la championne de la photocopie à tout va, que je reliais chez Gibert pour pas grand chose, j'en avais des tas et des tas : les livres universitaires n'ont qu'à être moins cher!)

    Posté par fashion, mardi 21 octobre 2008 à 18:06
  • Fantômette, ça me fait plaisir de t'avoir convaincue ! Mais, vraiment, ne t'attends à rien d' "extraordinaire"...

    LVE, entièrement d'accord, on ne sait pas qui est qui... Mais avoue qu'un roman qui s'appellerait "Jérôme Lambert" donnerait fichtrement moins envie, non ?

    Fashion, L'Olivier fait effectivement des choix d'édition parfois difficilement convaincants (j'avais lu un roman de Christophe Honoré qui, hum, était assez immonde à mes yeux).
    Merci de m'autoriser à photocopier illégalement ! Vu la couverture du livre, il n'en souffrira pas. Promis. (Gilbert fait des reliures ?!!)

    Posté par erzébeth, mardi 21 octobre 2008 à 20:35
  • (Mais comment, quand, où, pourquoi, tout ça, cette heure avec Amélie ??)

    Posté par Cuné, mercredi 22 octobre 2008 à 06:32
  • Ah, je savais que ça en ferait réagir une )
    C'était à la médiathèque, une rencontre autour de son dernier livre (sauf qu'on a parlé de tout, ce qui était très intéressant). Je l'avais déjà vue en "vrai" et en interview, ça m'avait passionnée, mais là, elle était juste parfaite. C'était tellement bien que j'ai pensé en écrire un billet, mais je suis un peu comme toi, en ce moment...
    Une heure, c'était trop court. Après, je n'ai pas osé aller faire signer ton si chouette cadeau. Tant pis, elle m'a déjà signé "Biographie de la faim"...

    Posté par erzébeth, mercredi 22 octobre 2008 à 07:32
  • Ah, chanceuse, j'adorerais passer un moment avec elle, elle doit être passionnante en tant que nana (enfin c'est l'idée que je m'en fais). En plus si tu t'es bidonnée.... Groumpf tout ce que j'aime
    (And don't worry, je n'abandonne rien, je "dilettantise" juste ;o))

    Posté par Cuné, mercredi 22 octobre 2008 à 07:40
  • A l'époque (il y a 15 ans donc), chez Gibert, au premier étage, il y avait une relieuse : tu payais la reliure et tu pouvais relier tes photocopies (en fait, je suppose que c'était pour les mémoires et les thèses, mais je m'en servais éhontément pour relier mes photocopies). Sinon, tu dois comme à Paris avoir des boutiques qui le font pour pas cher : il n'y a rien de plus pénible que 300 photocopies dans une chemise, merci l'enfer pour bosser dessus). Bon courage! )

    Posté par fashion, mercredi 22 octobre 2008 à 07:59
  • (Amélie Nothomb herself !! Je me demandais où et comment tu avais pu la rencontrer, mais j'ai la solution dans ton commentaire de réponse à Cuné. Allez, on lui pardonne pour les Converse, mais, elles étaient de quelle couleur ??)

    Posté par virginie, mercredi 22 octobre 2008 à 16:07
  • Cuné, j'ai même trouvé que l'interview était meilleure que celle orchestrée par Busnel dans "La grande librairie" (je sais, j'en rajoute une couche ! ) et Amélie était particulièrement en forme !
    (si tu dilettantises seulement, ça va, je l'accepte... )

    Fashion, ne t'inquiète pas, j'ai déjà relié mille choses (je te signale que j'ai quand même déjà fait un mémoire, hein, et que je ne l'ai pas rendu dans une chemise cartonnée ! ;-P), mais j'étais surprise que Gilbert offre de tels services...

    Virginie, en plus, mon blog-it laisse presque croire que c'était un tête-à-tête mais hélas, non
    Les Converse étaient beiges. Ça n'allait pas-du-tout avec ses vêtements noirs. Mais enfin, j'apprends à être indulgente...

    Posté par erzébeth, mercredi 22 octobre 2008 à 19:43
  • tentant ton billet mais je ne sais pas... en bibliothèque pour voir )) Moi j'aurais préféré des converse rouge ou rose tiens avec du noir c'est plus girly

    Posté par yueyin, mercredi 22 octobre 2008 à 23:43
  • Ce roman est *justement* disponible à la médiathèque, puisque c'est là-bas que je l'ai déniché...
    Pour les Converse, entièrement d'accord avec toi, le beige n'était pas joyeux, mais elle s'était rattrapée avec des mitaines rouges

    Posté par erzébeth, jeudi 23 octobre 2008 à 21:37

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