N.u.l.l.e.

Nouvel Univers Lunatique et Lacunaire d'Erzébeth

jeudi 13 novembre 2008

Les temps changent

Les braves gens ne courent pas les rues
de Flannery O'Connor (1953)
traduction d'Henry Morisset (1963)

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Voilà un titre qui a le mérite de me plaire et en plus l'auteur a la bonne idée d'avoir un nom commençant par O, ce qui est fort intéressant pour mon challenge.
Nous sommes en présence d'un recueil de nouvelles; le temps de dix histoires, la romancière nous promène dans une Amérique dont on pourrait estimer le portrait un peu pessimiste, cynique, alors qu'il me semble au contraire incroyablement lucide et intransigeant. On le sait tous - les braves gens ne courent réellement pas les rues. Le quotidien est formé de petites perversions, de petites revanches. Parfois, bien entendu, on croise des détraqués qui n'ont plus rien d'humain... comme dans la nouvelle qui a donné son nom au recueil, où une petite famille qui part en vacances tombe nez à nez avec un criminel qui s'est échappé de sa prison... Il y a quelques histoires dramatiques dans ce genre, il y en a des plus légères, ou d'autres encore qui donnent envie de désespérer de l'homme...
Le recueil m'a paru inégal, parfois incohérent (la présence d'Un heureux événement, par exemple, où une jeune femme peinte à monter ses escaliers et en profite pour se rappeler sa rencontre avec une medium, me parait incongrue); comme si l'ensemble jouait sur différents tableaux. Curieux. Je n'ai pas non plus réussi à me passionner pour l'écriture de Flannery O'Connor - peut-être est-ce dû, aussi, à un manque de disponibilité de ma part (argument non négligeable). Ma lecture a parfois été laborieuse, alors que certaines histoires m'ont indéniablement intéressée :
C'est peut-être votre vie que vous sauvez s'attache au quotidien d'une vieille femme et de sa fille handicapée (sourde et muette, et un peu simple d'esprit), quotidien bouleversé par l'arrivée d'un jeune homme, amputé d'un bras, qui leur apporte la présence masculine nécessaire (?) à tout foyer. Une atmosphère mystérieuse entoure cette arrivée, mais pourquoi se méfier ?
Dans un autre style, il y a Le nègre factice - terrible nouvelle, où un vieillard emmène son petit-fils en ville: c'est la première fois que ce dernier y va ! Les deux appréhendent le voyage (prendre le train, et se retrouver dans des rues inconnues, voilà tout un périple préparé consciencieusement...), et finissent par vivre des aventures terribles dans la ville, leur prouvant alors que la seule vie qui vaille est la leur, au fond de la campagne...
Il y a d'autres histoires, comme ça, pour lesquelles le mot terrible me semble inventé; comme Braves gens de la campagne, où un représentant-vendeur de Bible a de la considération pour une jeune fille renfermée (il y a de quoi : elle a perdu une jambe pendant son enfance), ou encore Tardive rencontre avec l'ennemi, où une femme de 62 ans obtient enfin son diplôme, et est gonflée de fierté d'aller le chercher sous le regard de son grand-père, un vétéran qu'elle voudrait rendre heureux par sa propre réussite...
Je pourrais continuer à évoquer quelques nouvelles, mais je trouve l'exercice assez lassant (traduction : j'ignore totalement comment parler d'un recueil) et frustrant (il faut que je me retienne dix fois de ne pas dévoiler la chute !). L'ensemble est donc assez hétéroclite, mais la moitié m'a réellement séduite, et a laissé une petite empreinte en moi. L'observation du comportement humain reste fascinante.

« Le général Sash avait cent quatre ans. Il vivait avec sa petite-fille, Sally Poker Sash, qui en avait soixante-deux; tous les soirs, elle s'agenouillait et demandait au Ciel qu'Il prête vie au général jusqu'au jour où elle recevrait son diplôme de fin d'études à l'Université. Le général se moquait du diplôme comme de sa première chemise; par contre, il était absolument certain de tenir jusqu'à la cérémonie. Au fil des ans, vivre était devenu une telle habitude que tout autre état lui semblait inconcevable. » (Tardive rencontre avec l'ennemi)

Tenez, que vois-je ? So a elle aussi lu ce livre !

Posté par erzebeth à 12:00 - lecture - Commentaires [7] - Permalien [#]

Commentaires

    Pas pour moi, ça. Je reste avec les contes de psychothérapie d'Irvin Yalom ("La malédiction du chat hongrois").

    Posté par Fantômette, jeudi 13 novembre 2008 à 20:28
  • Moi non plus je n'aime pas parler des recueils de nouvelles. Ce titre ne me tente pas plus que ça en plus.

    Je croise les doigts pour mardi, je suis sûre que ça va marcher !

    Posté par Lilly, jeudi 13 novembre 2008 à 21:11
  • Chance et bonheur pour mardi matin! Moi non plus je n'aime aps me lever tôt... je compatis!!

    Posté par Mo, jeudi 13 novembre 2008 à 21:55
  • Je le sens bien aussi pour mardi. Ce technicen est un grand pro, ça va bien se passer !
    Sinon pour ce recueil de nouvelles, je suis un peu déçue par ton avis mitigé, car également en quête d'un auteur en O pour un éventuel ABC 2009 (oui la girouette commence à l'envisager sérieusement), j'avais donc aussi repéré ce titre séduisant. Bizarre cette fixation sur les handicapés, les amputés... je suis un peu sceptique...

    Posté par levraoueg, jeudi 13 novembre 2008 à 22:18
  • C'est vrai que c'est difficile de parler d'un recueil de nouvelles... ceci dit, je ne sais pas trop si je vais lire ce titre-là...

    Posté par Karine :), jeudi 13 novembre 2008 à 23:41
  • Je ne sais pas ce qui est prévu mardi mais cela n'empêche pas mes voeux de t'accompagner (qui que tu sois finalement...) !!

    Posté par Fantômette, vendredi 14 novembre 2008 à 19:50
  • * Fantômette, quand est-ce que tu nous ouvres un blog ? Je ne connais pas du tout ce livre, Amazon ne dit rien dessus. Il faut que tu en parles, aucune autre solution !

    * Lilly, oui, c'est curieux, mais ça me paraît réellement plus difficile de parler de nouvelles... et tu as raison de ne pas te laisser séduire !

    * Mo, tes vœux ont bien fonctionné !
    (celui qui a inventé les matins est de toutes façons un homme fourbe et cruel)

    * Levraoueg, tu as d'autres noms en O... comme Joseph O'Connor, qui est parait-il fort bon...

    * Karine, bah, je te fais confiance pour vite oublier ce titre !

    * Fantômette, euh... qui que je sois ?!
    (mardi, un technicien venait m'installer ma ligne internet. Et, incroyable : ça a marché !)

    Posté par erzébeth, samedi 22 novembre 2008 à 19:01

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