N.u.l.l.e.

Nouvel Univers Lunatique et Lacunaire d'Erzébeth

vendredi 28 novembre 2008

La classe. What else ?

Je n'ai aucune anecdote préalable à raconter sur mon facteur. Il n'est pas agréable du tout, mais à vrai dire, c'est un détail dont je me suis moquée éperdument parce qu'il venait me remettre mon sexy colis !

Mais avant que je ne commence...

Précision numéro 1 : bien que cela fasse désormais quelques heures que j'ai reçu et déballé mon colis, rien à faire, je n'en reviens toujours pas. De fait, ce billet risque d'être totalement décousu (voire incompréhensible ?)

Précision numéro 2 : prenez une grande respiration. Lisez et regardez, mais uniquement d'un œil, ou autrement, vous risquez de mourir de jalousie. Je vous préviens, moi, c'est tout.

L'histoire commence avec un colis grand, beau et fort, envoyé par Mo. Vu le poids de la bête (le colis, s'entend. Je n'ai pas encore eu la chance de rencontrer Mo et de toute façon, je ne me permettrais pas une telle remarque), ma curiosité augmente d'environ 120% (et mon sourire aussi, je l'admets).
On est jeudi, 13h16, je sens que ça va être Noël avant l'heure et je dois encore prendre le temps de photographier les différentes étapes du déballage, puisque telle est la coutume. La personne qui a instauré cette règle est forcément un homme - quelle femme aurait eu la patience d'inventer une telle chose ? Voyez donc :

collage

le paquet fraîchement arrivé - le regard vibrant qui entoure la boîte
- l'ouverture de la boîte - les innombrables paquets (admirez les emballages si... parfaits !)

Maintenant, je sens que, comme moi, vous mourrez d'envie de connaître la suite. A vrai dire, je ne sais déjà plus ce que j'ai déballé en premier. J'ai tout transporté par terre, j'ai tout étalé, lu tous les petits mots sur les paquets (et certains m'intriguaient énormément), et j'ai tout regardé. Je trouvais que ça faisait beaucoup de cadeaux, quand même. Mo ne fait pas dans la mesure, croyez-moi...
Commençons par la kulture, si vous le voulez bien :

Kulture

Mince, rien que ça, c'est indécent. Je développe pour le plaisir :
- amusante coïncidence, j'ai moi-même offert le roman d'Elizabeth Peters à
Cuné en me disant que ça serait drôlement bien si je le lisais aussi... il faut dire que Mo en avait vanté les mérites avec une conviction irrésistible...
- La sève et le givre de Léa Silhol, que j'avais très envie de lire aussi depuis... eh bien, en gros, depuis qu'il a été publié !
- Le faucon de Malte, de Dashiell Hammett à cause de... Bogart ! qui a incarné le rôle à l'écran (dans Le faucon maltais). Je suis tellement contente de découvrir le Sam Spade de papier, c'est la classe absolue !
- La sirène du Mississippi de... François Truffaut, que j'aime follement. Ce fut un plaisir immense de découvrir ce film, je sais déjà qu'il va me plaire terriblement.
- une compil' musicale faite par Mo herself, où on retrouve de merveilleuses sexy voices (Presley, Armstrong, Nat King Cole, etc). Quel bonheur ! J'ai déjà savouré tout ça dans mes trajets du métro en ce jeudi merveilleux, c'est tellement adorable d'avoir pris le temps de chercher, de choisir les titres, de les graver...
Autant dire que niveau kulturel, c'est la perfection incarnée, ce colis. Du divertissement, de l'évasion, de l'intrigue et de l'amour, franchement que manque-t-il ? Rien.

Et pourtant, ce n'est qu'un début.

Voyant la vie en rose, autant continuer sur cette lignée :

collage_2

Cela mérite des explications. Nous voyons donc un crayon Playboy, qui a cette superbe qualité d'être rose, un badge Casanova qui fait partie de ces petites touches en plus du colis (Mo soigne tout, c'est incroyable), une gomme-voiture, alors bon, la gomme... Mo m'a écrit dessus que c'était l'Alpha Roméo de James Bond. Je l'ai cru sur parole, n'ayant jamais côtoyé James de près ou de loin... mais le clin d'œil me plaisait vraiment. Finalement, Mo m'a dit qu'il avait une Aston Martin. Ce à quoi je réponds : on s'en fiche. La voiture est très drôle comme ça. Ou on n'a qu'à dire que ce sera la voiture de Johnny Depp quand nous vivrons ensemble ?
Je continue avec le carnet, qui est une idée brillantissime : c'est un bloc compliments pour les filles. C'est-à-dire qu'en le feuilletant, on découvre un compliment par page (il m'a fallu du temps pour m'arrêter de rire - surtout quand je suis tombée sur En cuisine, t'as vraiment un talent ! et T'as vécu à Londres pour parler si bien anglais ?) Sur la photo, vous voyez Tu es simplement sublime aujourd'hui. C'est vrai.
Il me reste à parler de la trousse. Comment dire ? C'est la meilleure trousse au monde. Mo a brodé dessus : I do NOT love Mr Darcy... But RHETT is mine. C'est pas magnifique ? Merveilleux ? Désormais, je vais être heureuse d'aller en cours. La classe absolue; et puis, c'est bien, ça redistribue un peu les hommes. Fashion a tendance à tous les vouloir pour elle - mais non, ça ne marche plus avec Rhett, maintenant. Et croyez-moi, je ne serai pas aussi stupide que Scarlett !

Continuons :

DSCN2512

(j'ai finalement tout groupé sur une photo, parce que si je faisais ça petit à petit,
c'était inévitablement flou. Mon appareil photo me veut du mal)

Je vais commencer par le côté mâle de la chose, parce que je sens que ça attire irrésistiblement votre regard. De droite à gauche, nous trouvons donc :
- a growing boyfriend. J'ai failli mourir de rire en voyant ça (et Mo, en plus, tu es trop adorable de m'avoir traduit l'emballage !). Alors que certaines fantasment sur les
hommes rouges, je suis désormais accompagnée d'un homme bleu. Le principe est très simple : on le met dans l'eau pendant trois jours, et il grandit. Puis il n'a que des qualités : il ne ronfle pas, ne regarde jamais mes dépenses, il ne sort pas avec ses potes jusqu'à 3h du matin, etc... L'homme parfait - il fallait bien ça pour une fille simplement sublime, non ?
- un adorable petit bonhomme magnet qui a immédiatement trouvé une place dans mon cœur (et sur mon micro-onde, ok, où il a rejoint mon
magnet Magritt).
- en troisième position, vous crevez toutes de jalousie, vous voyez des tablettes de chocolat. J'espère que ça se voit bien sur cette photo : ce sont de vrais abdos masculins. En chocolat. Vous saviez qu'une chose pareille existait ? Moi, pas. J'en suis folle. Je crois que je ne le mangerai jamais; ce serait bien trop triste !
- ma superbe boîte à thé, rempli de thé fleuri (doux et délicieux). Mo ne le savait pas, mais j'aime beaucoup Klimt - et encore, le mot est faible. Cette boîte est tellement belle que quand je l'ai déballée, j'ai dû faire une pause pour l'admirer. Ce n'est pas possible d'être autant gâtée.
Derrière, vous apercevez une boîte de gâteaux en forme de cœurs, au chocolat au lait et au caramel... ils sont fort bons. Ou devrais-je dire : étaient ?

Mo a terminé le colis sur une nouvelle touche d'humour :

johnny_is_mine

Alors oui, c'est un programme télé. Mais pas n'importe lequel : celui qui va m'apprendre comment séduire et garder Johnny Depp. Je vous promets de penser (un peu) à vous quand tout cela se concrétisera.

Résumons tout cela en quatre photos, toutes plus belles les unes que les autres, non pas grâce à mes talents de photographe (ils n'existent pas), mais grâce à la beauté des objets photographiés :

  DSCN2491     DSCN2489

  DSCN2488      DSCN2490

(soupir heureux)

Impossible de trouver les mots pour exprimer mon furieux bonheur devant tant et tant de cadeaux... J'ai dû être une sainte dans une autre vie pour avoir autant de chance ces derniers temps. Ou alors, il s'agit juste de Mo, qui serait la swappeuse la plus merveilleuse du monde, ce dont je ne doute pas un instant, d'ailleurs.
Mo, je suis désolée pour ce billet bourré de longueurs, mais je n'arrive pas à faire mieux... Je me trimballe partout avec mes nouveaux cadeaux, je suis aux anges, je voudrais tout lire, voir, écouter, goûter en même temps, c'est juste parfait ! Merci d'avoir été aussi attentive à mes goûts...

Évidemment, rien de tout cela n'aurait été possible sans Fashion et ses obsessions farfelues (elle voit des sexy men partout...), mille merci d'avoir organisé ce swap qui n'a été qu'un condensé de plaisirs, du début à la fin !

Posté par erzebeth à 08:08 - égocentrisme - Commentaires [21] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

mercredi 26 novembre 2008

Mener l'enquête...

Ça nous tombe dessus sans crier gare. La journée ressemble pourtant à n'importe quelle autre.
Pourtant, ce jour-là, vous sentez fondre sur vous l'envie d'un petit policier. Comme c'est une envie raisonnable, légale, gratuite si l'on est inscrit à une bibliothèque (ou si l'on a une PAL conséquente), il serait vraiment stupide de s'en priver.
Si je vous parle de ça, c'est évidemment parce que j'ai été atteinte de ce mal, quand je suis arrivée dans mon nouvel appartement. Il fallait me distraire et vite (je n'avais ni télé, ni internet. Les soirées en tête à tête avec moi-même étaient vite longues), il me fallait quelque chose d'efficace.
Comme je suis paresseuse, je vous fais part de deux lectures en même temps.

L'homme aux orchidées
de Rex Stout (1939)
traduction de Pascal Aubin
titre original : Some Buried Caesar

http://images.amazon.com/images/P/2702413277.01.MZZZZZZZ.jpg

« - Avez-vous déjeuné ?
- Non.
- Absurde. (Wolfe hocha la tête avec réprobation.) Au milieu des problèmes les plus difficiles et les plus chaotiques, je n'ai jamais manqué un repas. Un estomac trop longtemps vide éclaircit le sang et trouble le cerveau. »

Nero Wolfe est un détective privé new-yorkais, passionné par la bonne nourriture, la bière fraîche et les orchidées. Sortir de chez lui lui provoque presque de l'urticaire, mais certaines circonstances l'obligent, comme un concours floral. Partant avec son associé Archie Goodwin (un homme plein d'humour), il se retrouve mêlé à une sombre histoire de meurtre - un taureau célèbre aurait déchiqueté un pauvre homme qui aurait eu le malheur de s'aventurer dans son pré en pleine nuit. Evidemment, le défunt était en guerre avec le propriétaire du taureau, et comme ils s'étaient justement lancés dans un pari insensé l'après-midi même, ce cadavre tombe vraiment mal...
Pourtant bien occupé avec ses fleurs, Nero Wolfe accepte de mener l'enquête, pour découvrir tout ce que les apparences cachent.
J'étais partie avec l'idée que c'était la première aventure de Nero Wolfe, sauf que pas du tout. Parfois, mon imagination extrapole, mais peu importe - Rex Stout a écrit une trentaine de romans sur ce détective, ainsi que nombre de nouvelles. Son originalité tient dans le fait qu'il préfèrerait être privé de bière que de sortir de chez lui (manque de pot, je lis justement le roman où il n'est pas à New York...), qu'il est très gros (sa gourmandise le perdra), qu'il me paraît difficile à vivre, et qu'il est passionné, donc, par les orchidées. C'est son associé qui raconte l'histoire - et visiblement, le procédé reste le même dans chaque roman. L'intrigue en soi ne m'a pas passionnée (faut dire que les taureaux, bon... excepté chez Hemingway) et j'ai eu du mal à me faire à cette narration à la première personne, alors qu'elle était justement prise par un personnage secondaire. Pourtant, cet Archie Goodwin est délicieusement drôle (les premières pages du roman sont surprenantes, dans le bon sens du terme), faisant preuve d'une répartie inégalable. En somme, les deux détectives méritent d'être connus, mais peut-être par le biais d'un autre roman, parce qu'ici, les personnages liés à l'intrigue ne sont pas aussi captivants que les deux hommes. Peut-être avec Fer-de-lance, le premier roman avec
Nero Wolfe ?

*   *   *   *   *   *

Ma seconde lecture policière m'avait été conseillée par Fashion et Yue Yin, alors comment résister ?

L'homme au complet marron
d'Agatha Christie (1924)
traduction de Sylvie Durastanti
titre
original :The Man in the Brown Suit 

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« Je suis sûre que le colonel Race vous trouve très attirante, Anne. Coulez-lui deux ou trois de vos regards coquins, et l'affaire est faite. Tout le monde se fiance sur les bateaux. Il n'y a rien d'autre à faire.
- Mais je ne veux pas me marier !
- Vraiment ! Pourquoi ? Moi, j'adore être mariée. Même à Clarence !
Je ne relevai pas cette remarque irrévérencieuse. »

Comme je suis décidément incapable de présenter un policier, je vais essayer de faire court, mais clair: Anne Beddingfeld, dont le père (un archéologue émérite) vient de décéder, ne tombe absolument pas dans le chagrin, mais espère au contraire vivre des aventures extraordinaires. Quelle chance, alors, d'être sur le quai du métro au moment même où un homme tombe sur la voie ! Le malheur des uns fait le bonheur des autres (pardon). Persuadée qu'il s'est passé quelque chose de louche (l'homme semble avoir eu peur), elle reste attentive en lisant le journal... où elle découvre qu'une femme a été assassinée dans une grande demeure mise en vente. Certaine que tout est lié, Anne embarque pour l'Afrique du Sud (vous ne voyez pas le rapport, mais il y en a un dans le livre, la romancière sait quand même ce qu'elle fait), et pendant la longue traversée, elle va faire la connaissance de mystérieux personnages, comme sir Eustache Pedler (tiens ! le propriétaire du lieu où a eu lieu le meurtre !), ses secrétaires particuliers (dans tous les sens du terme), un révérend totalement ennuyeux, une mondaine irrésistible (avec qui Anne va se lier profondément), le colonel Race qui semble connaître beaucoup de choses sur les diamants...
Etc. Car tout ne s'arrête pas sur le bateau, au contraire : tout y commence. Au fur et à mesure, l'enquête personnel d'Anne avance, à ses risques et périls d'ailleurs. Mais tout ça est trop passionnant pour renoncer !
L'humour est omniprésent dans ce roman, que ce soit grâce aux personnages (dont le répondant est terriblement aiguisé) ou grâce aux situations et quiproquos (ah, cette folie devant la cabine 17, un peu plus et on se serait cru chez les
Marx Brothers
!); tout ceci est renforcé par une narration partagée : c'est essentiellement Anne qui nous raconte les différents événements, mais on les voit parfois aussi par le regard de sir Eustache, qui écrit un journal intime digne de son propriétaire (qui est, je le précise, bourgeois, capricieux, paresseux). Ces deux points de vue se complètent et se lient au rythme trépidant de l'intrigue, qui nous emmène au coeur de l'Afrique; et que serait un voyage exotique sans homme charismatique (j'ai compris pourquoi tu aimais ce roman, Fashion !) ? Il y a un moment où cela bascule, et où, en plus de l'intrigue policière (finement menée), se profile une histoire amoureuse tellement incroyable qu'elle en devient crédible (oui, j'ai conscience de ce que je viens d'écrire).
Peu de temps pour le thé, ici; mais qu'importe, quand il est remplacé par l'aventure, les sentiments, les bijoux qui brillent, et une énergie folle ? Un roman délicieux !

Posté par erzebeth à 12:12 - lecture - Commentaires [27] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

mardi 25 novembre 2008

Le bonheur du mardi

Il fait froid (ne mentez pas, il a même neigé aujourd'hui ! et ne me sortez pas le prétexte qu'on n'habite pas au même endroit, ça ne marchera pas), la nuit tombe de plus en plus tôt, vous aimeriez pouvoir manger des chocolats sans que cela ait la moindre répercussion calorique, bref, l'hiver approche, vous ronchonnez, et vous avez envie qu'on vous raconte une belle histoire. Ça tombe bien, j'en ai une en stock.

Hier, j'ai senti que quelque chose allait se passer - non pas que le chauffage allait être en panne dans ma salle de cours (je ne pouvais même pas en pleurer, ou mes larmes se seraient immédiatement transformées en petits glaçons), mais plutôt quelque chose dans ma boîte aux lettres.
Bingo, twingo, je rentre le soir et découvre un avis de passage. Joyeuse à outrance, je préviens Fashion (l'organisatrice du
sexy swap, pour ceux qui ne seraient pas encore au courant) que mon colis est en route. Et vous savez ce qu'elle me répond, la perfide ? "Fantastique. Mais ta swappeuse n'a encore rien envoyé".
Vous imaginez l'étonnement qui fut le mien. J'ai mentalement passé en revue les gens qui ont ma nouvelle adresse (= pas beaucoup), et ne trouvant aucune réponse, je me couche l'esprit embrumé par des questions sans fin.

Mardi matin, mon interphone sonne (moche, cette allitération). Je cours, je vole - et le facteur aussi, parce qu'il a gravi les trois étages à une allure sportive, dites donc. Il me tend un paquet, qui m'intrigue encore plus. L'expéditeur est apparemment une obscure société dont je n'ai jamais entendu le nom. Merveilleux.
Inutile de préciser que j'ai déchiré l'emballage de manière fulgurante. Sauf que le contenu m'inquiète énormément - que vois-je ? Un papier Séphora, une boîte Séphora.
Première réaction : j'ai commandé des articles sans m'en rendre compte, ce qui serait plutôt grave quand on y pense. Je commence à me dire que je suis schizophrène, et qu'il va falloir prendre des médicaments pour soigner tout ça.
Deuxième réaction : ils se sont trompés de destinataire !! Et cette hypothèse m'enchantait - évidemment, je n'allais rien rendre, hé, je ne suis pas folle (à part si on considère une double personnalité comme un signe de folie ?).
Sauf que c'est quand même bien mon nom et mon adresse sur le colis, alors l'erreur ne fonctionne pas.

C'est là que je découvre un petit mot, coincé dans la lettre de Séphora. La responsable est démasquée : Cuné souhaitait me remercier pour le swap ... Adorable, isn't it ?
Je ne vous raconte même pas à quel point ça m'a fait plaisir, parce que ça serait indécent. Mais vraiment, c'était encore mieux que de pouvoir me servir librement dans un saladier rempli de bonbons. Je vous assure.
Regardez-moi ça si ce n'est pas merveilleux :

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La boîte rouge a une classe folle, mais ça se voit mal, à cause du flash. Le petit miroir a eu la chance de rejoindre illico mon sac, où il mène une vie heureuse et épanouie (je l'entends rire d'ici). Et ce que vous voyez à côté, c'est un duo de gloss. Évidemment, c'est très fille tout ça, mais ça tombe bien - j'en suis une !
Quand je suis arrivée au travail, une de mes responsables m'a dit "Oh, tu es jolie aujourd'hui" (je sais, il y a toujours le sous-entendu "... comparé aux autres jours", mais je m'en fiche totalement, ce n'est pas le sujet de notre débat du jour). J'avais envie de lui répondre "Ouiii, c'est grâce au gloss que je porte, il est juste parfait". Sauf qu'elle a enchaîné immédiatement en parlant de mes boucles d'oreilles. Cette femme n'a aucun goût.
Heureusement, Cuné en a pour deux ! Merci beaucoup, petite follette, va !

*   *   *   *

Parce que la journée devait décidément être agréable, j'ai eu droit à un autre compliment, d'une fille délicate et raffinée : "Ta longue tunique et ta montre à gousset, c'est très joli, ça fait victorien." Ça tombe bien, je participe justement à ce swap-là aussi.
(je portais la montre à gousset sur une chaîne de collier; j'adore parfois avoir un air désuet)
(vous avez failli avoir droit à une photo là aussi, mais je n'assume pas, en fait le motif de la tunique est juste hideux, parce que j'adore porter des vêtements qui rappellent les tapisseries que vous trouviez chez votre grand-mère, quand vous y alliez pendant votre enfance. Je n'ai aucune dignité; mais rassurez-vous, je suis généralement habillée en noir).

Ainsi s'achève ma belle histoire.
Elle sera bientôt suivie d'une autre, parce que je compte bien recevoir un jour mon cadeau sexy. Tout cela est fort agréable, vous en conviendrez.
Je vous laisse - je dois me remaquiller !

EDIT : devant la pression qu'on m'inflige, je cède - bien fait pour vous ! :

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lundi 24 novembre 2008

There is life out there

http://ecx.images-amazon.com/images/I/41AK3Z58GQL._SL210_.jpg

Suite à un billet où il était question de métro et d'observation, Levraoueg et un ami m'ont tous les deux renvoyé à la même référence : Journal du dehors, d'Annie Ernaux. Étant curieuse, j'ai donc emprunté ce petit livre, et l'ai lu pendant mes trajets de métro (quelle idée subversive, n'est-ce pas).
Journal du dehors est mince (107 pages); il retrace le parcours d'Annie Ernaux, de 1985 à 1992, alors qu'elle est dans les transports en commun, dans la rue, dans des centres commerciaux. La romancière regarde, observe, est parfois témoin ou actrice de certaines scènes, a priori anodines, mais qui peuvent en dire beaucoup sur la société, sur le comportement de l'homme, sur l'endroit où l'on vit.
Le recueil est très disparate; certains passages sont douloureux (Annie Ernaux n'hésite pas à nous parler des SDF, de certaines failles de la société, en nous obligeant à prendre conscience de cette merde, ne serait-ce quelques instants), d'autres sont simplement drôles; il y en a aussi qui sont complètement inutiles, soyons honnêtes (« A la caisse de Franprix, dans la queue, une femme asiatique portait le cartable de son petit garçon sorti juste de l'école et qui s'amusait à côté d'elle. » Passionnant). Mais, d'une manière générale, les petites scènes sont intéressantes ou touchantes; Annie Ernaux, l'air de rien, s'interroge sur la société de consommation, sur les souvenirs, sur son métier.

« Je m'aperçois qu'il y a deux démarches possibles face aux faits réels. Ou bien les relater avec précision, dans leur brutalité, leur caractère instantané, hors de tout récit, ou les mettre de côté pour les faire (éventuellement) « servir », entrer dans un ensemble (roman par exemple). Les fragments, comme ceux que j'écris ici, me laissent insatisfaite, j'ai besoin d'être engagée dans un travail long et construit (non soumis au hasard des jours et des rencontres). Cependant, j'ai aussi besoin de transcrire les scènes du R.E.R., les gestes et les paroles des gens pour eux-mêmes, sans qu'ils servent à quoi que ce soit. »

Il faut malgré tout être lucide; aucun éditeur n'aurait accepté de publier un tel recueil si son auteur n'avait pas déjà la notoriété d'Ernaux. Ramenez-vous, novice, chez Gallimard, avec les instantanés, pourtant fort bons, de  Mo ou de Laëtitia, on vous rira au nez. C'est ce qui me gêne un peu - comme si là, c'était meilleur, parce que c'est Annie Ernaux. Alors qu'une certaine reconnaissance médiatique n'est absolument pas synonyme de qualité... Mais je juge un peu hâtivement, puisque c'était la première fois que je lisais cette femme. Je l'ai rencontrée il y a quelques mois, alors qu'elle était venue présenter Les Années à la médiathèque. Elle ne m'avait pas séduite (notamment à cause d'une remarque fâcheuse sur les jeunes, ces derniers ne se sentant pas concernés, selon elle, par leur avenir...). Son Journal du dehors n'était sans doute pas le meilleur moyen de découvrir son travail, tant pis.
Il y a aussi ce petit paragraphe :

« « Il y a au musée de Bâle un tableau de... » (A la place de Bâle, ce peut être Amsterdam, Florence, etc). Début de phrase impersonnel, anodin, souvent entendu, lu, qui pourtant signifie instantanément l'appartenance à un certain monde. Celui où l'on est familier de la peinture, certes, mais aussi celui où l'existence est ouverte, voyageuse avec discernement, assez légère pour qu'un tableau soit une chose d'importance dans la vie et la mémoire. Une existence aux antipodes des courses du samedi en famille et du camping de Palavas en août. »

Ca me gêne un peu; je ne vois pas pourquoi on ne peut pas concilier les courses du samedi et une curiosité culturelle. Je ne vois pas pourquoi les campeurs ne pourraient pas aussi visiter des musées. Il y a un raccourci classe moyenne = dénigrement culturel qui me chagrine. Toujours mettre les gens dans des cases, comme s'il était impossible d'être d'un milieu aisé tout en étant con comme ses pieds... C'est du mépris un peu facile - mais ce n'est qu'un détail dans ce recueil.
Globalement, la lecture est très agréable, et Annie Ernaux fait preuve d'une sensibilité qui m'a malgré tout donné envie de la découvrir un peu plus.

« Je demande à la jeune coiffeuse qui s'occupe de moi : « Est-ce que vous aimez lire ? » Elle répond: « Oh ça ne me dérange pas de lire, mais je n'ai pas le temps. » (« Ça ne me dérange pas », de faire la vaisselle, la cuisine, travailler debout, l'expression pour dire qu'on est capable de faire tranquillement des choses pénibles. Lire peut donc en faire partie.) »

(Quant à moi, je crois que je vous referai des billets d'instantanés, comme ça, rien que pour le plaisir)
(et la phrase du titre, qu'on peut entendre un peu partout, est plus précisément un clin d'oeil à Yann Tiersen, et à sa joviale chanson
Monochrome)

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vendredi 21 novembre 2008

You make me feel so young !

Si vous aimez le cinéma et plus précisément les comédies en noir et blanc, ainsi que Cary Grant et Marilyn Monroe, j'espère que vous n'avez pas attendu 23 ans (comme moi) avant de voir :

monkey_business

Ou alors, c'est très très dommage pour vous.
Barnabé Fulton (Cary Grant) est un chimiste émérite, qui travaille actuellement sur un produit qui permettrait de retrouver sa jeune vigueur... Si l'on avait gardé le titre original (Monkey business), le spectateur saurait d'emblée qu'il allait aussi être question de singe; car évidemment, il faut bien tester ses trouvailles sur un cobaye ! Mais imaginez que le fameux cobaye s'échappe de sa cage, joue avec vos fioles, verse sa mixture dans une fontaine à eau... alors qu'il a justement trouvé la recette de l'éternelle jeunesse !
Mais vous l'ignorez. Et, quand vous avez soif, vous vous servez machinalement à la fontaine. Jusqu'à ce que le mélange fasse effet... et là, attention, préparez-vous au pire !
C'est ainsi que Barnabé devient le premier testeur involontaire de sa non-création. Les conséquences sont hilarantes - il a beau garder son physique avantageux de cinquantenaire, son épaule ne lui fait plus mal, ses lunettes deviennent inutiles. Et surtout : il réagit comme un adolescent fougueux, à qui rien ne résiste. C'est ainsi que, bien qu'il soit marié à la plus charmante des épouses (Ginger Rogers), il en vient à draguer la candide secrétaire de son patron, Lois Laurel (Marilyn Monroe), à acheter une voiture tonitruante, à s'offrir un costume d'une laideur indubitable, etc...
Dès les premières minutes, ce film est un feu d'artifice d'humour; le couple Grant-Rogers s'amuse et emporte le spectateur dans ses délires totalement fantasques. Les dialogues sont exquis, irrésistibles; je ne sais comment exprimer à quel point le couple fonctionne, et cela tout le long du film. Les deux personnages se complètent merveilleusement et offrent des rebondissements surprenants (car bien entendu, Barnabé ne sera pas le seul à boire à la fameuse fontaine...).
Tout pétille, dans ce film et on le regarde dans une ambiance de bonne humeur assez incroyable. Les acteurs sont épatants mais cela, vous commenciez à vous en douter. Pour faire court : Cary Grant est parfait (tant au début où il est tellement absorbé par ses recherches qu'il en vient à avoir des trous de mémoire faramineux, qu'au fil de l'histoire où il fait preuve d'une verve délicieuse), Ginger Rogers offre une prestation du même acabit; pétillante, drôle, elle se plie à l'originalité de son mari, car elle correspond bien à son caractère fantasque (quand elle boit elle-même de la potion, ses réactions sont hilarantes). Hormis ces deux personnages-phares, on trouve le patron, Charles Coburn dont le nom commence à m'être familier (ouf, j'ai de la mémoire ! Il joue notamment dans Les hommes préfèrent les blondes, et Le ciel peut attendre) et, évidemment, Marilyn Monroe. A ce propos, j'adore les jaquettes de DVD. Pour ce film, on ne voit qu'elle sur la pochette, comme si elle avait le rôle principal... alors que c'est loin d'être le cas. Il y a aussi cette phrase, censée séduire le quidam curieux : "Marilyn Monroe et Cary Grant forment un couple craquant". Sans doute, sauf qu'ils ne sont pas en couple dans ce film... mais que ne ferait-on pas pour entretenir la légende Marilyn ! Ici, elle est exquise en secrétaire stupide (tellement que son patron refuse même qu'elle tape elle-même son courrier) et sa candeur apporte un supplément de fraîcheur à l'ensemble.
Si vous avez l'occasion, surtout, n'hésitez pas. Chérie, je me sens rajeunir ! est une comédie entraînante, terriblement charmante et drôle, passer à côté de ce concentré de bonne humeur serait vraiment un sacrilège !

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mardi 18 novembre 2008

Devinez...

... qui est de retour ?

Ce matin, figurez-vous que j'étais tellement plongée dans mon roman (j'en parlerai - c'était superbe) que j'ai frôlé la crise cardiaque en entendant mon interphone sonner - c'était mon sauveur qui arrivait. Avec certes une heure et demi de retard, mais il ne faut pas être trop tatillon avec le monsieur qui vous installe une ligne téléphonique en moins de quatre minutes.
J'étais tellement contente que la postière acariâtre, à qui j'ai tendu mon joli colis, n'a même pas réussi à faire flancher mon sourire niais. Car oui, le sous-entendu de cette phrase est que mon paquet pour le sexy swap vogue désormais vers sa destinataire. A l'heure actuelle, je n'ai plus d'ongles.
Tout ceci représente bien trop d'émotion pour une petite Erzébeth comme moi, alors je m'offre un week-end webien (webesque ?) - comprenez : je n'écris rien jusqu'à, disons, jeudi ou vendredi, mais en attendant, je vous lis. Parce que ça, j'en meurs d'envie.

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samedi 15 novembre 2008

L'amitié, c'est bien

Parfois, dans la vie, on fait des choses folles, folles, folles. Comme s'inscrire à un cours de sport, regarder un film étranger en version française, ou rejoindre un club de lecture.
badges_88x31_liredelireEn ce jour se réunissent les demoiselles du club Lire et Délires, et comme à force je n'avais plus aucune excuse pour ne pas les rejoindre, je les rejoins. Fou, fou, fou, vous dis-je. J'aime l'aventure.
(parfois, vous devez me croire irrémédiablement étrange, non ?)
Leur thème (car oui, il y a des thèmes de lecture. Sinon, ça donnerait n'importe quoi, voyons !) était : "Retour aux sources". Il faut voir cela comme une invitation à (re)lire les grandes œuvres littéraires qui ont donné de nouveaux genres, de nouveaux mythes, de nouveaux horizons. Tel le Dracula de Bram Stoker qui a imposé le mythe du vampire dans la littérature. Mais quand on avait envie de tricher, on pouvait aussi opter pour un livre, qui aurait été adapté au cinéma, dont on aurait vu l'adaptation, mais dont on n'aurait pas lu le livre.
...
J'aurais pu lire Œdipe-Roi de Sophocle. A vrai dire, j'aurais le lire, ça ne m'aurait vraiment pas fait de mal au vu de mes études. Seulement voilà, j'ai tenté de me visualiser en train de leur vanter les merveilles de cette tragédie inégalée, et j'ai pensé que si je me ramenais avec un tel livre dès la première rencontre, j'allais être virée d'office.
Mais je veux qu'on m'aime, moi. Alors j'ai choisi autre chose, bien plus à ma portée. J'ai cherché un film que j'aurais aimé, et qui avait été adapté d'un livre. Après moultes réflexions, j'ai jeté mon dévolu sur Harold et Maude, un livre de Colin Higgins paru en 1971.
(je viens seulement de me rendre compte qu'en fait, l'auteur a écrit le scénario du film, et ce n'est qu'après qu'il l'a adapté en roman. Autrement dit, j'ai involontairement triché. Gardez le secret, merci)
En plus, comme je ne me souvenais pas des consignes exactes du devoir, j'ai revu le film, et lu le livre; comme les deux se ressemblent, je vais parler des deux. Drôlement ingénieux, n'est-ce pas.

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"- Voyez-vous, dit-il, la plupart des gens ne sont pas comme vous. Renfermés en eux-mêmes, ils vivent, solitaires, dans leur forteresse. Tout comme moi, d'ailleurs.
- Chacun vit dans sa propre forteresse, répondit Maude. Mais rien ne nous empêche d'abaisser le pont-levis et de frayer avec nos semblables."


Harold va avoir vingt ans. On ne peut pas dire que ce soit un jeune homme épanoui et serein. Il tente d'apprivoiser la mort en jouant avec elle; en passant ses après-midi à des enterrements (où il ne connaît évidemment pas le défunt). Il roule dans un corbillard.
Maude va avoir quatre-vingt-ans. Elle se fait de jolies tresses qu'elle remonte en couronne. Elle est la joie de vivre incarnée. Elle mange de la réglisse quand elle se rend aux enterrements (où elle ne connaît pas le défunt, évidemment); c'est ainsi qu'elle rencontre Harold, et qu'elle décide d'en faire un ami.

Et pour continuer d'une manière totalement clichée, j'ajouterai qu'on assiste alors à l'éclosion d'une admirable amitié, aussi burlesque qu'émouvante. Le décalage entre les deux personnages est grand - pas seulement au niveau de l'âge, mais aussi du point de vue des caractères, et de la manière d'appréhender la vie et ces turpitudes. Sans doute que la sagesse vient en vieillissant ! Moui. Peut-être qu'on prend plus facilement du recul quand on a déjà vécu tant, et tant de choses... tristes ou gaies. Quoi qu'il en soit, l'arrivée de Maude dans la vie d'Harold est presque miraculeuse. Ce dernier est un jeune garçon blafard, sans doute malheureux, qui grandit dans une demeure immense (mais lugubre) auprès d'une mère totalement improbable; on dirait que le soleil ne franchit jamais leurs fenêtres. Je ne tiens pas à présenter entièrement Harold, bien que ce que je tente de vous cacher apparaît dès les premières images du film (/les premières pages du livre). Quand j'ai vu le film pour la première fois, j'ai été totalement choquée par ce démarrage tonitruant. Mais au moins, ça a le mérite de présenter les choses comme elles sont (mystérieux, tout ça, hein ?).
Maude, donc, va sortir Harold de son chagrin existentiel, en l'incitant à la suivre dans ses joyeux périples, dans ses expériences quotidiennes qui relèvent du fantasque et du rêve (déterrer un arbre du centre ville pour lui offrir une nouvelle vie en forêt, emprunter des voitures quand bon leur semble, rire de tout avant qu'il ne soit trop tard...). L'optimisme de l'une tranche avec le désarroi de l'autre. Sans que ça ne soit peut-être son objectif premier, Maude sauvera Harold d'une vie trop terne.
L'univers de ce livre est totalement décalé; l'humour est particulier, parce que les personnages sont hors-normes - et pas seulement les deux principaux, non, tous ! La mère semble à la fois concernée par la réalité et en même temps totalement déconnectée, il y a le psy prénommé Fée, l'oncle qui a servi dans l'armée et qui voit comme un privilège immense d'y avoir perdu un bras, il y a les demoiselles que la mère d'Harold lui présente pour qu'il se marie... Rien n'est réaliste et pourtant tout a un tel accent de sincérité...
Cette histoire d'amitié me plaît énormément, parce qu'elle est un genre de transmission (pas seulement de savoir, mais tout simplement de bonne humeur, d'espérance), parce que les deux sont terriblement attachants, et parce que, aussi, certaines données m'échappent. Ce que j'aime, justement, est de ne pas tout comprendre. Je ne comprends pas les choix de Maude, ni ce qui pousse Harold à agir comme il le fait. Il y a des vérités qui ne se donnent pas entièrement, dès la première lecture. J'aime que l'oeuvre me résiste un peu.
Puisqu'on en est aux aveux, je me permets d'ajouter que je préfère le film au roman; il me paraît plus drôle et plus profond. Il est certes daté (les années 70 semblent loin derrière nous quand on le regarde...), mais les acteurs sont excellents. Ruth Gordon (Maude) est malicieuse de bout en bout, comme une petite fille; sa franchise et son émerveillement ne peuvent que séduire. Bud Cort (Harold) est blême, et curieux. On a envie de le comprendre et de l'aider, en vain (on ne peut pas piquer le rôle de Maude, non plus !). Son interprétation, sur le fil, est très juste et émouvante. Les deux générations se complètent à merveille.
Harold et Maude est une oeuvre intéressante, qui peut amuser autant que questionner; et ce mélange est parfait.

Pour fêter dignement ce retour aux sources :
Anjelica s'est plongée dans Beignets de tomates vertes de Fannie Flagg
Anne-Laure a découvert Françoise Sagan avec Bonjour tristesse
Bluegrey a lu Fahrenheit 451 de Ray Bradbury
Choupynette nous a vanté les mérites de La passe dangereuse de Somerset Maugham
Gaël, armé d'un courage fou (c'est qu'il est le seul homme dans l'histoire, voyez-vous), a participé de loin en lisant Big Fish de Daniel Wallace

... tout comme Martine qui a lu à distance Un secret de Pierre Grimbert, et Chez les heureux du monde d'Edith Wharton
... tout comme Mo qui a pensé à nous en regardant Orphée aux Enfers
Yue Yin a décidé de lire deux romans : In my father's den de Maurice Gee, et Le Temps de l'innocence d'Edith Wharton
Flo, elle, s'est contentée de manger un crumble. Comme je la comprends...

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jeudi 13 novembre 2008

Les temps changent

Les braves gens ne courent pas les rues
de Flannery O'Connor (1953)
traduction d'Henry Morisset (1963)

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Voilà un titre qui a le mérite de me plaire et en plus l'auteur a la bonne idée d'avoir un nom commençant par O, ce qui est fort intéressant pour mon challenge.
Nous sommes en présence d'un recueil de nouvelles; le temps de dix histoires, la romancière nous promène dans une Amérique dont on pourrait estimer le portrait un peu pessimiste, cynique, alors qu'il me semble au contraire incroyablement lucide et intransigeant. On le sait tous - les braves gens ne courent réellement pas les rues. Le quotidien est formé de petites perversions, de petites revanches. Parfois, bien entendu, on croise des détraqués qui n'ont plus rien d'humain... comme dans la nouvelle qui a donné son nom au recueil, où une petite famille qui part en vacances tombe nez à nez avec un criminel qui s'est échappé de sa prison... Il y a quelques histoires dramatiques dans ce genre, il y en a des plus légères, ou d'autres encore qui donnent envie de désespérer de l'homme...
Le recueil m'a paru inégal, parfois incohérent (la présence d'Un heureux événement, par exemple, où une jeune femme peinte à monter ses escaliers et en profite pour se rappeler sa rencontre avec une medium, me parait incongrue); comme si l'ensemble jouait sur différents tableaux. Curieux. Je n'ai pas non plus réussi à me passionner pour l'écriture de Flannery O'Connor - peut-être est-ce dû, aussi, à un manque de disponibilité de ma part (argument non négligeable). Ma lecture a parfois été laborieuse, alors que certaines histoires m'ont indéniablement intéressée :
C'est peut-être votre vie que vous sauvez s'attache au quotidien d'une vieille femme et de sa fille handicapée (sourde et muette, et un peu simple d'esprit), quotidien bouleversé par l'arrivée d'un jeune homme, amputé d'un bras, qui leur apporte la présence masculine nécessaire (?) à tout foyer. Une atmosphère mystérieuse entoure cette arrivée, mais pourquoi se méfier ?
Dans un autre style, il y a Le nègre factice - terrible nouvelle, où un vieillard emmène son petit-fils en ville: c'est la première fois que ce dernier y va ! Les deux appréhendent le voyage (prendre le train, et se retrouver dans des rues inconnues, voilà tout un périple préparé consciencieusement...), et finissent par vivre des aventures terribles dans la ville, leur prouvant alors que la seule vie qui vaille est la leur, au fond de la campagne...
Il y a d'autres histoires, comme ça, pour lesquelles le mot terrible me semble inventé; comme Braves gens de la campagne, où un représentant-vendeur de Bible a de la considération pour une jeune fille renfermée (il y a de quoi : elle a perdu une jambe pendant son enfance), ou encore Tardive rencontre avec l'ennemi, où une femme de 62 ans obtient enfin son diplôme, et est gonflée de fierté d'aller le chercher sous le regard de son grand-père, un vétéran qu'elle voudrait rendre heureux par sa propre réussite...
Je pourrais continuer à évoquer quelques nouvelles, mais je trouve l'exercice assez lassant (traduction : j'ignore totalement comment parler d'un recueil) et frustrant (il faut que je me retienne dix fois de ne pas dévoiler la chute !). L'ensemble est donc assez hétéroclite, mais la moitié m'a réellement séduite, et a laissé une petite empreinte en moi. L'observation du comportement humain reste fascinante.

« Le général Sash avait cent quatre ans. Il vivait avec sa petite-fille, Sally Poker Sash, qui en avait soixante-deux; tous les soirs, elle s'agenouillait et demandait au Ciel qu'Il prête vie au général jusqu'au jour où elle recevrait son diplôme de fin d'études à l'Université. Le général se moquait du diplôme comme de sa première chemise; par contre, il était absolument certain de tenir jusqu'à la cérémonie. Au fil des ans, vivre était devenu une telle habitude que tout autre état lui semblait inconcevable. » (Tardive rencontre avec l'ennemi)

Tenez, que vois-je ? So a elle aussi lu ce livre !

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mardi 11 novembre 2008

Mais la porcelaine point ne tinta

Un cadavre dans la bibliothèque
d'Agatha Christie (1942)

ici : traduction de Jean-Michel Alamagny (1994)

http://boutique.codes-sources.com/images/image.imgx?f=L2ltYWdlcy9waS83NC8zNS84OS8yMDQwMTYzODI3LTIwMHgyMDAtMC0w&type=anBnP3A9bjM=&dm=ZGkx

Voilà donc le titre qui m'a donné envie d'emprunter les enquêtes de Miss Marple; cela fait des mois que je veux lire cette histoire de bibliothèque, et vous serez sans doute heureux (faites semblant) de savoir que c'est le premier livre que j'ai lu dans mon nouveau nid; et oui, le lendemain de mon déménagement, au lieu de ranger comme il se doit mes affaires éparpillées aux quatre coins des différentes pièces, je me suis calée sur mon lit, et j'ai lu. Gardez le secret, ma mère n'est pas au courant.
Dans l'avant-propos au roman, Agatha Christie s'explique :

« Certains clichés s'attachent à certains types littéraires. Le personnage du « baronnet libertin » au mélodrame, le « cadavre dans la bibliothèque » au roman policier. Voilà longtemps déjà que je caressais l'idée de m'essayer à des « Variations sur un  thème donné ». Je m'étais pour ce faire imposé certaines règles. La bibliothèque en question devrait être archibanale et conventionnelle. Le cadavre, au contraire, complètement extravagant et faire sensation. Telles étaient les données du problème. »

Avouez que ça donne envie !
Mr et Mrs Bantry sont effectivement des gens propres sur eux, comme épargnés par les remous possibles de l'existence. Seulement, un matin, la gouvernante retrouve un cadavre dans leur bibliothèque - celui d'une jeune femme à l'allure douteuse : cheveux déteints en blond, vernis criard, robe blanche pailletée... la pauvre fille détonne dans le décor sobre et élégant de la campagne anglaise.
On apprend très vite que la défunte, Ruby Keene (son nom de scène), dansait et tenait compagnie aux clients d'un hôtel tout à fait honorable, à quelques kilomètres de là. Mais pourquoi son corps a-t-il échoué chez les Bantry ? Heureusement, la curieuse épouse est une amie de miss Marple - elle appelle donc l'adorable vieille femme, pour qu'elles mènent l'enquête ensemble, dans cet hôtel où circulent des personnages qui, décidément, cachent tous quelques menus secrets...

Délicat d'évoquer une intrigue policière sans trop en dévoiler; permettez-moi de me trouver épatante, parce que j'en ai tellement peu dit que je n'ai pas présenté les fameux personnages qui vont créer l'intrigue, alors qu'ils auraient bien mérité un petit développement - sachez simplement que vous rencontrez ici un moniteur de tennis qui était aussi le compagnon de danse de Ruby, la cousine de cette dernière, un cinéaste, des inspecteurs bougons... Il y a de tout, décidément, dans ce roman. Avec joie, on y croise même (rapidement) le pasteur Clément et sa formidable épouse (dont on faisait la connaissance dans L'affaire Protheroe) - hélas, leur présence est trop courte. Puisque vous êtes perspicace, vous comprenez avec ce léger sous-entendu qu'Un cadavre dans la bibliothèque fait preuve d'un peu moins d'humour que la première enquête de miss Marple (sans doute parce que cette dernière est finalement peu présente, hormis pour dénouer les fils improbables de l'énigme ?) et j'avoue que l'ensemble m'a un peu déçue... Les personnages sont moins fantasques (excepté le moniteur de tennis, et quelques autres qui brillent dans certaines répliques), mais le chassé-croisé de l'hôtel reste une excellente idée et l'intrigue, retorse, parvient à surprendre jusqu'aux dernières pages. J'aurais peut-être d'ailleurs aimé que ça soit moins tordu, la machination mise en place restant un peu nébuleuse pour moi (mais j'étais fatiguée. Soyez indulgent).
Il n'en reste pas moins que l'histoire est délicieuse, et je suis entièrement d'accord avec Agatha Christie : le premier chapitre d'Un cadavre dans la bibliothèque est mémorable (le titre du billet en est d'ailleurs tiré). Puisque je suis gentille, je vous en offrirai un extrait dès que j'aurai terminé mon bavardage. La romancière glisse aussi quelques clins d'œil à son statut d'écrivain et à sa notoriété, faisant preuve d'un humour redoutable.
Agatha Christie fait du bien, quand il pleut dehors, qu'on a pensé à préparer des petits gâteaux, et qu'on a de jolies tasses pour boire du thé. Oui, c'est cliché - mais j'aime ça...

- Tu dérailles, ma pauvre vieille. Tu as dû rêver.
- Non, je n'ai pas rêvé. Je le croyais moi aussi, au début. Mais non, elle est bien entrée pour dire ça.
- Mary est entrée ici pour dire qu'il y avait un cadavre dans la bibliothèque ?
- Oui.
- Je ne vois pas ce qu'il ficherait là, voyons !
- Non, bien sûr, fit Mrs Bantry, peu convaincue.
Elle revint à la charge :
- Mais alors pourquoi Mary a-t-elle dit qu'il y en avait un ?
- Elle n'a pas pu dire ça.
- Je t'assure que si.
- Tu as dû te l'imaginer.
- Je n'ai rien imaginé.
Le colonel Bantry était complètement réveillé, à présent, et bien décidé à remettre les choses à leur place :
- Tu as rêvé, Dolly, voilà tout. C'est à cause de ce roman policier que tu viens de lire :
Le Mystère de l'allumette brisée. Tu sais bien, celui où lord Edgbaston découvre une blonde sculpturale réduite à l'état de cadavre sur la carpette de cheminée de sa bibliothèque. C'est toujours là qu'on les trouve, les cadavres, dans les livres. Mais je n'en ai jamais rencontré un seul dans la vie courante.

Posté par erzebeth à 12:00 - lecture - Commentaires [7] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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