N.u.l.l.e.

Nouvel Univers Lunatique et Lacunaire d'Erzébeth

mercredi 17 décembre 2008

« La beauté de la nuit marche dans la trace de tes pas »

Évidemment, nous sommes tellement nombreux à exprimer nos ressentis de lecture sur Internet qu'un jour, on finit par rencontrer quelqu'un qui pense exactement la même chose que nous sur un livre...
En général, cela se produit sur des avis tranchés, sur des livres qu'on a adorés ou au contraire détestés.
J'ai réussi l'exploit (j'ai décidé que ça en était un) d'être entièrement d'accord avec
Mo sur un roman qui nous a toutes les deux laissées bien mitigées : (je doute de ma conjugaison, fermez les yeux, merci)

La sèvre et le givre
de Léa Silhol
Éditions Oxymore, 2002

http://accel21.mettre-put-idata.over-blog.com/0/38/45/71/12-07/seve-givre.jpg

Le plus délicat va être d'en parler, maintenant, alors qu'il suffirait de mettre un lien vers le billet de Mo, et de dire : oui, c'est exactement ça.
On sous-estime la terrible tâche des bloggueurs.

Je voudrais bien vous présenter brièvement l'histoire de ce roman, mais je ne suis pas bien sûre d'avoir compris (en fait, j'en suis certaine : je n'ai pas compris). Tout se passe en Féerie car pour ceux qui auraient encore un doute, c'est un roman de fantasy. Et dans ce monde parallèle, il se passe des choses incroyables. Une petite fille naît de l'alliance de l'Hiver avec la Lumière; c'est Angharad, et elle porte un lourd destin en elle : changer le cours du monde (en bien ou en mal, en aimant ou en trahissant) rien qu'en approchant Finstern, le grand Seigneur de la Nuit...
Je n'ose m'aventurer plus loin dans l'intrigue, au risque d'écrire d'énormes contre-sens. La Sèvre et le Givre est une histoire d'amour, une histoire de destins, une épopée tragico-lyrique où les demoiselles pleurent des larmes de glace et où les hommes meurtris avancent masqués.

(je suis très fière de ma dernière phrase)

Le roman commence comme un mauvais roman de fantasy. Comprenons-nous bien : je suis quasiment profane en la matière, alors que j'aimerais découvrir cet univers fascinant, bien que je craigne en parallèle de tomber sur un roman trop obscur pour moi, un roman qui m'éloignerait un peu plus de ce genre. Et ce fut donc ma crainte, au début, avec La Sèvre et le Givre. On sent comme la romancière a soigné son style, comme elle a dû ciseler chaque phrase, la tourner sept fois dans ses chimères avant de la poser sur le papier (quoi ? les écrivains tapent directement à l'ordinateur ?), mais voilà, c'est trop. Beaucoup trop. Je dirais même : monstrueusement grandiloquent. Alors fatalement, ça sonne faux (pour en avoir un exemple, allez chez Mo).
Mais il ne faut pas se décourager sur un bête a priori, et puis on a envie d'aimer le roman, alors on continue...
On a raison de continuer. Tout doucement, l'air de rien, s'immiscent quelques joyaux, quelques pages qui font frissonner et qui donnent envie d'aller plus loin.

« Il avait eu, lui, la délicatesse de voiler son visage de la bannière de sa chevelure, mais à présent une lumière venait de naître dans cette parfaite ténèbre, comme une étoile unique épinglée sur la voûte sans défaut du ciel. Une prunelle, immense et réflexive, de la couleur exacte de l'amour et du meurtre; et elle sut à cet instant que le désir de lui aurait toujours pour elle le goût et le parfum de ces larmes que l'on verse dans la joie. »

Peut-être est-ce une question de sensibilité musicale ? Les phrases ont un rythme particulier, une musique à la fois langoureuse et savoureuse, un tempo qui demande l'abandon du lecteur... Pendant la majeure partie de ma lecture, je n'ai pas été sensible à cela. Disons que c'est appréciable par moments, mais c'est comme manger du foie gras (fêtes obligent) tous les jours : ça lasse un peu. L'ensemble n'en reste pas moins délicatement poétique, et si j'ai continué ma lecture, c'est bien parce que quelque chose m'accrochait dans cette partition d'ensemble.
En revanche, ce travail sur l'écriture m'a empêchée, la plupart du temps, d'être sensible au sort des personnages. Il y a de superbes passages qui m'ont pincé le cœur, c'est incontestable, mais globalement, les personnages manquent d'humanité, je n'ai pas partagé leurs émotions.
Puis, la fin approche, et un ennui soudain m'a envahie, à tel point que je me suis demandé si j'allais réellement la terminer, cette lecture. La réponse est : oui, mais un peu en diagonale.

Ce billet est un peu injuste, parce que terriblement sévère avec ce roman, alors que je reconnais volontiers que La Sèvre et le Givre est doté de belles qualités.
Pour terminer sur une lapalissade, il est évident que chaque livre plaira à un public particulier, et que je ne fais pas partie de celui qui était fait pour celui-ci.

Mo, je te remercie de me l'avoir offert, ce n'était pas vain puisque je rêvais de le lire, et j'ai relevé bon nombre de passages... c'est ça qui est important : avoir gardé quelques pépites, malgré tout.
(et même si Finstern joue le sexy man de l'histoire, c'est Herne le Masqué qui m'a sans doute plus touchée dans sa douleur...)

« Éternelles sont les créatures de Féerie, il n'est donc pas étonnant, pense-t-on souvent, que leurs peines et leurs joies soient si fugitives. A tort. Car paradoxalement, la moindre de ces peines et de ces joies est bien au contraire aussi éternelle que celui qui l'a engendrée en son sein. »

Mo, donc, a écrit le billet qui exprime merveilleusement ce que je pense de ce roman. Fashion, Praline et Chiffonnette ont aimé sans commune mesure (les chanceuses !). Dans la catégorie des mitigées, on retrouve Chimère et Kalistina...

Posté par erzebeth à 09:00 - lecture - Commentaires [27] - Permalien [#]

Commentaires

    Ca a l'air très joli en effet. Mais si c'est comme ça tout du long, je pense que j'intègrerais sans problème le club des lassées...
    Comme je suis certainement encore plus ignorante que toi en matière de fantasy (genre que j'aimerais pourtant découvrir), je ne sais pas si ce livre me plairait.

    Sinon, pour ta conjugaison, je ne suis pas plus avancée que toi...

    Posté par Lilly, mercredi 17 décembre 2008 à 11:25
  • Dommage...
    Et pour les billets qui traduisent déjà ce que tu ressens, ça m'arrive assez fréquemment. C'est frustrant parce que j'ai alors l'impression de blablater.

    Posté par praline, mercredi 17 décembre 2008 à 12:19
  • Aujourd'hui rien ne va. Tu n'as pas aimé Finstern, Emeraude n'a pas aimé Elizabeth Peters. Je pleure. Heureusement que ton amour pour LOTR rattrape tout ça. ))
    (sinon, blague à part, comme je l'ai déjà dit à Mo, je comprends parfaitement votre réaction) (quelle grandeur d'âme)

    Posté par fashion, mercredi 17 décembre 2008 à 12:22
  • (Et évidemment, ce blog-it me titille à mort. Une petite explication par mail, peut-être ? oui, exigeante est mon deuxième prénom, je sais))

    Posté par fashion, mercredi 17 décembre 2008 à 12:24
  • * Lilly, oui, c'est comme ça tout du long. C'est joli, mais parfois, tu lis une phrase sans la comprendre. Je trouve que c'est une œuvre un peu complexe quand on n'est pas tellement habitué à la fantasy (les personnages ont aussi des noms très poétiques, et parfois ils ont de jolis surnoms, etc...).

    * Praline, dommage, et en même temps, je suis contente de l'avoir lu, ça n'a pas été une corvée ! Je comprends pour le blablatage, parfois ça me fait même renoncer à écrire certains billets...

    * Fashion, oui, c'est une rude journée pour la lectrice que tu es. Mais bientôt, je dirai énormément de bien d'un des livres du challenge fashionesque, je suis sûre que ça compensera
    (pour le blog-it, il y aura de toute façon un genre d'annonce officielle sur le blog, mais pas tout de suite, donc ok, je t'enverrai un mail ce soir )

    Posté par erzébeth, mercredi 17 décembre 2008 à 14:02
  • Je ne suis pas non plus une inconditionnelle de cette écriture impitoyablement imagée...

    Posté par rose, mercredi 17 décembre 2008 à 14:54
  • Miracle, isn't it? Bon, sinon, moi aussi j'ai préféré Herne, tellement plus humain et digne finalement, à côté de ce Finstern tellement arrogant; l'auteur dit plusieurs fois que les fées n'ont pas les mêmes sentiments que les humains, si même elles ont des sentiments, ça m'a fait supporter le côté glacé de l'ensemble; tu as bien raison d'être fière de ta phrase.
    Et je suis aussi allée chez le coiffeur, on ne parle pas la même langue lui et moi. Mais bon, pas grave, j'ai juste l'air d'être la réincarnation de Sagan...
    Et je suis curieuse aussi, à quand l'annonce officielle (là, ça me fait penser à une seule sorte de changement de vie...)?

    Posté par Mo, mercredi 17 décembre 2008 à 18:16
  • * Rose, le résultat est effectivement particulier, je crois que c'est un livre qui se savoure plus qu'il ne se dévore, mais je comprends que l'imagé puisse séduire...

    * Mo, si on se rejoint même sur les préférences masculines, quelle merveille !!
    Courage pour le coiffeur. Deux choses te sauveront :
    - le lavage de cheveux, et les jours qui suivent, où la coupe prend une autre tournure
    - le temps.
    Mais Sagan est à la mode, non ? (puis je sais que tu exagères, va...)
    Qu'insinues-tu, dans ta dernière phrase, une grossesse ???? (je suis terrifiée) (ce n'est pas ça) (c'est même impensable) (inconcevable) (etc) J'expliquerai bientôt...

    Posté par erzébeth, mercredi 17 décembre 2008 à 20:25
  • Pour le livre, je n'ai pas d'avis, mais tu attises ma curiosité sur ton blog it. Tant de choses peuvent changer une vie en une minute...

    Posté par Fantômette, mercredi 17 décembre 2008 à 20:51
  • Non, un mariage! c'est le coup de "l'annonce officielle"!!! Et puis je suis dans une humeur très mariage en ce moment (une humeur complètement gaga, surtout, en fait...)

    Posté par Mo, mercredi 17 décembre 2008 à 22:45
  • Quand on n'a rien à dire sur quelque chose qu'on n'a pas lu, on devrait se taire, mais il faut croire que ce n'est pas mon genre. Je ne suis pas du tout attirée par la fantasy, un genre de blocage. Je suis quand même contente de voir que Mo est encore plus mauvaise que moi au jeu du décryptage des blog-it erzébethien. Alors pour ne pas prendre trop de risque, je dirais que ça c'est décidé l'autre jour à 16h..., allez je suis joueuse, alors tente quand même : serait-ce la fin de la vie estudiantine ?

    Posté par levraoueg, jeudi 18 décembre 2008 à 00:20
  • Il était en haut de ma liste d'achats celui-là... mais du coup, je ne sais plus... ce genre d'écriture finit souvent par m'endormir... ou encore je réalise que j'ai lu tout un chapitre sans trop avoir compris ce qui s'était passé... (honte à moi, la plupart du temps, je ne le relis même pas!)

    Bon... dans le fond, je vais me dire que si je tombe face à face avec le livre, je le prendrai mais que je ne le chercherai pas! C'est un bon deal?!?!

    Une annonce officielle? Can't wait!!

    Posté par Karine :), jeudi 18 décembre 2008 à 03:44
  • * Fantômette, effectivement, ça peut être tout et n'importe quoi... le mystère perdure !

    * Mo, un mariage !! Mais qui m'aurait demandé en mariage ? Mon blue boy friend ? C'est le seul homme actuellement dans ma vie, et il n'est pas très bavard

    * Levraoueg, je comprends que certains genres littéraires peuvent rebuter (en général, je me méfie de la SF...), donc ça ne sert à rien d'insister !
    Pour le reste, sache que tu t'es drôlement améliorée en décryptage de blog-it, je suis fière de toi !
    (mais je ne dirai rien de plus, je suis une fille cruelle)

    * Karine, très bon deal ! C'est un excellent compromis (et moi non plus, je ne relis pas ce que j'ai manqué faute d'attention... mais chut !).

    Posté par erzébeth, jeudi 18 décembre 2008 à 10:13
  • Je ne suis pas tout à fait d'accord avec le fait -si je comprends bien- que, selon vs, ces personnages ne sont pas assez humains. C'est, je trouve, justement tout l'intérêt de cette littérature très particulière largement inspiré par les légendes celtiques que de mettre en scène des personnages prétentieux, égoïste, torturés, tortueux, très compliqués et pas vraiment concernés par des problèmes des autres. En tout ça, c'est comme ça que je les aime, ces héros insupportables ! Mettre une certaine distance entre le lecteur et le personnage ne permet certes pas l'identification mais cela engendre tout de même un côté onirique à la lecture que je ne trve pas désagréable.
    Ceci dit, un post très intéressant, je reviendrai sans doute vous lire.

    Posté par oranee, jeudi 18 décembre 2008 à 22:45
  • Je ne pourrais rien dire car je ne lis pas pas de Fantasy. Mais cela m'étonne encore et encore nos différents ressentis sur un livre ou un film !

    Posté par anjelica, vendredi 19 décembre 2008 à 12:17
  • Oranee, bienvenue et merci pour ce commentaire !
    Je ne critique pas l'inhumanité des personnages, mais plutôt le fait que leur inhumanité n'a rien provoqué en moi - pas de frisson, de répulsion, de compassion... Je ne cherche pas à m'identifier aux personnages des romans que je lis, mais j'aime essayer de les comprendre, de voir leurs failles. En cela, Herne est très réussi, et ça m'a d'autant plus frustrée de ne pas ressentir la même complexité chez les autres personnages... Je m'exprime confusément, pardon !

    Anjelica, je suis entièrement d'accord, c'est quand même extraordinaire de pouvoir parler ainsi de ce qu'on aime (ou non), et de le partager avec les autres... fascinant !

    Posté par erzébeth, vendredi 19 décembre 2008 à 20:22
  • Bon, je te pardonne, mais c'est bien parce que c'est toi!!

    En fait, comme Fashion, je comprends tout à fait ton point de vue, comme celui de Mo. C'est une écriture particuliere, des personnages "lointains", un univers qui oscille entre légendes, mythes et originalité... En fait, c'est ce que tu n'as pas aimé que j'ai aimé!! Bizarre hein?

    Posté par chiffonnette, vendredi 19 décembre 2008 à 20:49
  • Ta clémence m'honore, Chiffonnette !
    Et c'est merveilleux que tu aies vu dans ce roman des qualités aussi fortes, c'est toujours intéressant d'avoir des avis partagés !

    Posté par erzébeth, vendredi 19 décembre 2008 à 22:37
  • je ne l'ai même pas fini

    Posté par Stéphanie, samedi 20 décembre 2008 à 07:53
  • Really ? Encore pire que Mo et moi, dis donc ! Mais dois-je préciser que je comprends ton abandon...?

    Posté par erzébeth, samedi 20 décembre 2008 à 13:23
  • il est dans ma pal celui-là, je l'aborderai donc avec précaution mais espoir (après tout, y'en a des qui ont aimé )))
    je suis en train de lire un roman de fantasy qui me plait par contre (la symphonie des siècles), si c'est ben jusqu'au bout, je te le prêterai na !

    Posté par yueyin, samedi 20 décembre 2008 à 14:43
  • Mais oui, ta cyber-jumelle a adoré, alors tu peux partir confiante !
    Je ne connais pas du tout "La symphonie des siècles", en tout cas le titre est beau, et si ça te plaît, je sais que je ne pourrai pas résister...!

    Posté par erzébeth, samedi 20 décembre 2008 à 15:11
  • Contente de lire enfin une critique de ce livre dont le titre ne cesse de m'intriguer. En fait, je le trouve magnifique ce titre mais j'ai toujours eu peur d'être déçue par le contenu.

    Je crois que je vais quand même tenter l'aventure un de ces jours même si, d'après ta description, je crois que le début un peu "cliché" va me décourager!

    Posté par Keltia, samedi 20 décembre 2008 à 16:21
  • Keltia, bienvenue par ici !
    Oui, le titre est très beau, il sous-entend un monde poétique qui est clairement développé dans le roman... je ne connais pas assez tes goûts pour savoir si ça te charmerait, peut-être es-tu inscrite à une bibliothèque ? Ça permettrait de tester sans grand risque...

    Posté par erzébeth, samedi 20 décembre 2008 à 21:01
  • Curieux en effet comme ns avons ts des ressentis aussi opposés sur un même livre : il était évident pr moi que les personnages principaux étaient dotés de failles ou autres engendrant complexité, et je n'irai pas jusqu'à la fascination, mais au moins grand intérêt. Enfin, tt cela est bien évidemment affaire de point de vue, ms c'est intéressant d'en discuter

    Posté par oranee, dimanche 21 décembre 2008 à 01:13
  • Oranee, tant de facteurs subjectifs se mêlent à nos ressentis, selon si on est dans une période propice pour lire tel genre de livre, si on a suffisamment de temps pour s'y plonger, si des soucis nous courent dans la tête, etc... J'ai quand même apprécié cette lecture mais qui sait, je l'aurais peut-être encore plus aimé dans un autre contexte ? Ca reste un beau livre, et quand je vois qu'il y en a (dont toi) qui ont irrésistiblement aimé, ça m'intrigue, et il y a des chances pour que ce roman soit relu un jour.

    Posté par erzébeth, dimanche 21 décembre 2008 à 10:27
  • je ne peux qu'acquiescer, satané contexte quand même !

    Posté par oranee, dimanche 21 décembre 2008 à 14:28

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