jeudi 29 janvier 2009
Attention, risque important de jalousie
La semaine dernière, j'ai découvert un avis de passage du facteur dans ma boîte aux lettres; très curieuse de savoir ce qui méritait un déplacement jusqu'à la Poste (je n'attendais rien de ce style), j'y ai découvert un paquet taille M, avec un expéditeur qui m'était totalement inconnu. J'ai commencé à angoisser : m'étais-je inscrite à l'insu de ma conscience au swap de Cuné ? Je vous assure qu'il y a de quoi avoir peur : j'étais d'accord pour recevoir le colis, mais personnellement, je n'en avais préparé aucun.
Finalement, ce n'était rien de ce genre (pour les curieux : c'était juste une vendeuse extrêmement soigneuse qui m'envoyait la saison 1 de Dr House, ce qui restait une découverte fort agréable, tout le monde en convient).
Mardi, j'ai trouvé un nouvel avis de passage du facteur; j'ai commencé à croire que c'était une plaisanterie; je n'avais plus rien commandé, j'avais vérifié que je n'étais inscrite à aucun swap, mais qui me veut du bien, comme ça ?
Le facteur, plein d'humour, me disait que le colis était retirable dès le 29 janvier. Comme si la Poste allait être ouverte un jour de grève ! (ce n'est aucunement un reproche implicite, juste de l'étonnement).
... Eh bien, oui. On pouvait retirer les colis. Le mien était énorme, et pesait environ 1 000 kilos (vous savez que je n'exagère jamais). J'ai attendu d'être sortie du bureau de poste pour regarder qui me l'envoyait.
Ah, la coquine ! ai-je immédiatement pensé.
Figurez-vous que Fashion a développé un PUD : Plan Urgence Doudou.
Rien que pour moi, oui. A croire que je suis la fille la plus chanceuse du monde, sans aucune concurrence valable.
Le colis aux 1 000 kilos était adorablement enveloppé dans... (dans quoi, Fashion ? un torchon, un côté de grande taie d'oreiller, juste un joli tissu ?). Bref, c'était enveloppé et c'était beau. Sorti de la boîte, ça avait toujours autant de charme :
(précision : mon appareil était bloqué en mode flou aujourd'hui. Je n'ai pas osé le contrarier, évidemment. Tout le monde a le droit de faire grève !)
Fashion a su flatter la gourmande qui sommeille en moi (je suis hilare : elle ne sommeille pas du tout, croyez-moi, on ne peut pas plus réveillée...) :
Du chocolat qui a l'air assez merveilleux (lait + figues + touche d'amande = bonheur assuré. Peut-être même que je pourrais l'amener au travail, pour partager avec mes chers collègues ? Ah ah, non, je déconne), de la crème de marron (ma cellulite pleure mais mes papilles gustatives salivent d'avance, j'ai découvert la crème de marron cet automne et depuis, je me demande comment j'ai pu vivre aussi longtemps dans l'ignorance...), du lemon curd (je n'en ai jamais mangé et j'en rêvais !), des super guimauves et des super chamallows. Bref, du sucre 100% doudou, qui a rejoint une maison où on aime beaucoup ça, le sucre-doudou. Tant pis pour le régime que je dois commencer depuis sept mois.
Pour cultiver mon esprit (un travail de tous les instants, qui demande investissement et rigueur), la coquine a continué à me gâter à outrance, avec :
- Rendez-vous à Bagdad d'Agatha Christie, ce qui me fait très plaisir parce que j'aime Agatha Christie et que j'avais entendu Fashion dire du bien de ce titre tout récemment
- Le premier tome de L'assassin royal de Robin Hobb, ce qui est absolument génial puisque j'avais très très envie de découvrir cette série, même si j'ai cru comprendre qu'elle rendait dépendant (mais est-ce un défaut ?!)
- Fascination de Stephenie Meyer ! Vous trouvez ça juste d'être autant gâtée ? Personnellement, je n'en reviens toujours pas. Là aussi, il faut craindre l'addiction; mais quel bonheur de recevoir d'aussi beaux cadeaux...
Je suis obligée d'être raisonnable jusqu'au week-end prochain (concours imminent oblige...), mais après, je risque de lire de tout mon soûl...
Puisque Fashion ne fait jamais les choses à moitié, ni à trois quart, elle a continué à me réjouir avec des idées extras :
- une grande trousse où est écrit "Mon petit bazar"; approuvée et adoptée par moi-même, elle aura l'immense privilège de m'accompagner au travail dès demain. Je réfléchis déjà à des prétextes pour la sortir de mon sac, afin que mes collègues soient foudroyées par la jalousie.
- à droite, vous voyez une petite chose verte (le flou ne m'a pas quitté de toute la séance photo, j'en suis confuse), il s'agit d'un adorable carnet, très joli, délicat (la jeune femme s'évade de sa cage pendant que ses copines voltigent, accrochées à des papillons, elles n'ont pas dû manger beaucoup de lemon curd pour pouvoir faire ça, les garces).
- des marque-page à foison, ce qui tombe très bien puisque ma PAL s'agrandit de jour en jour;
- une carte avec un mouton en 3D, c'est gai, c'est adorable, et le petit mot à l'intérieur l'est encore plus, je vous le dis, c'est précieux de recevoir ce genre d'attention...
- à gauche, en rose, le cadeau qui m'a fait rire aux éclats : un stylo plume (rose), avec une encre (rose) effaçable - et le correcteur réécrit en... rose, évidemment. Vous ne le voyez pas, mais l'effaceur est truffé de petits cœurs. C'est juste génial; je ne savais pas que ça existait, mais j'en suis désormais dépendante. Je l'utiliserais bien au concours, mais je sens que ça risque d'être éliminatoire. Les correcteurs n'ont aucun humour, qu'on se le dise.
J'ai essayé de réunir toutes les merveilles sur une unique photo, mais ça a été difficile :
C'est indécent d'être autant gâtée; dans toute la France (et au-delà), je suis réellement la plus chanceuse, maintenant vous ne pouvez qu'approuver ce que je vous disais au début de ce billet.
Difficile de trouver les bons mots dans un cas pareil; je suis heureuse, émue, amusée, joyeuse. Que-du-positif !
Vivent les colis-doudou, les gourmandises qui se mangent et qui se lisent, les douceurs qui font du bien, le rose et les vampires, en clair : vive Fashion, si attentionnée, si folle et si merveilleuse ! Merci infiniment... D'ailleurs :

Pourrie-gâtée, je vous le dis.
Je ne traîne pas plus longtemps, j'ai un chocolat à étrenner...
jeudi 22 janvier 2009
Vous croyiez que j'allais m'abstenir ?
Aujourd'hui, Henry Bauchau a 96 ans.

« Ne pas renoncer à penser le bonheur »
« Mon œuvre s'est nourrie pour une part de la nullité de mon être. Que de temps pour comprendre qui j'étais, pour sortir vraiment du ventre maternel. Que d'entreprises non menées à bien, d'idées fausses, de lenteurs à me mettre à écrire. Si le sort ne m'avait pas donné une longue vie, il est vrai que j'aurais laissé le souvenir d'un être égaré dans la vie comme elle est. » (20 décembre 1998, Passage de la Bonne-Graine : journal (1997-2001))
« Je suis entouré ici de gens vigoureux, ma fragilité ne leur est pas perceptible, ou ils me traitent comme un vieillard respectable, qu'il faut soigner mais qui a fait son temps. Les générations nouvelles n'ont plus été élevées dans la lecture et le respect des livres. Je crois que dans la génération de mes petits-enfants peu de membres de la famille ont lu mes livres. Leur culture vient de la télé, d'Internet et du foot. » (26 juin 2002, Présent d'incertitude : journal (2002-2005))
« J'ai ri de ma chance d'être encore vivant et aussi d'être reconnu. Vraiment une joie spontanée, non sans humour gai vis-à-vis de mon contentement naïf. Non sans la pensée : j'ai bien le droit d'être heureux, voilà tant d'années que je travaille, aussi honnêtement que je l'ai pu, à écrire. On a bien le droit d'en rire et d'en être heureux. Tout seul avec son rire. » (23 octobre 2002)
« A travers beaucoup d'obscurité et d'erreurs quelque chose m'a appelé à devenir écrivain. Ce n'était pas pour me faciliter la vie, pour me pousser vers le succès. C'était une nécessité intérieure. Dans un monde mené par l'argent et le commence, le succès c'est de vendre beaucoup et d'être connu du grand nombre. Vivant dans ce monde j'ai désiré le succès et la célébrité comme la juste suite d'un travail ardu, en même temps je n'ai jamais cédé sur les exigences de la qualité, tout en ne cessant de douter de mon talent. J'y crois par périodes, un peu plus maintenant, mais cette confiance me vient des autres. » (29 septembre 2004)
Et le 22 janvier 2005...
« Voilà j'ai quatre-vingt-douze ans ce qui me semble souvent incroyable et par une grâce, une bénédiction inespérée de la vie je puis encore écrire et être aussi un peu indépendant.
Comme presque chaque année la dernière étape vers cet anniversaire a été un peu difficile, l'hiver finalement pèse beaucoup sur moi à Paris. J'espère que ce cap de janvier passé les choses deviendront plus souriantes, les choses non, mais toi, Henry, tu pourras, si tu y prêtes attention, redevenir plus détendu, plus ouvert au calme, au sourire et au rire. Encore à l'immuable beauté de la vie en elle-même, dans la vie ensemble, avec tous et tout. »
lundi 19 janvier 2009
Elucubrations d'une petite fille gâtée
Je ne sais pas si certains d'entre vous reconnaîtront le lieu immortalisé sur cette photo; c'est la vue qu'on a depuis le cinquième étage (interdit au public) de la médiathèque municipale de la Ville Rose (ça me fatigue d'écrire le nom de la ville, et le nom de la médiathèque. Ce serait mignon de ne pas les écrire en commentaire même si rien n'est secret, mais c'est juste histoire d'éviter des visites inutiles depuis Google). Ce n'est pas moi qui ai pris la photo (je n'aurais jamais osé), mais fière comme une personne très fière, j'ai quand même eu le droit d'aller visiter les bureaux de la médiathèque et permettez-moi de vous dire que cette vue donne le vertige.
J'avais déjà savouré le paysage, en décembre, depuis les locaux publiques. C'était une fin d'après-midi; la nuit était déjà tombée, les gens couraient dans les magasins pour fignoler les préparatifs de Noël. La médiathèque était étrangement et délicieusement calme. Du deuxième étage, on voyait ces avenues illuminées, avec un immense sapin (décoré lui aussi) qui clôturait la perspective. L'ambiance était presque magique. Je brûlais d'envie de m'installer dans un des sièges confortables qui donnent sur la baie vitrée, mais j'ai résisté à la tentation. Une petite voix intérieure me disait que si je m'asseyais, je ne pourrais plus jamais me lever. Oui, je voulais rester là, dans cette médiathèque feutrée, je voulais me cacher dans un coin et y rester, jusqu'à ce qu'on m'oublie complètement. Un paradis de livres. Certains rêves ne sont pas réalisables.
* * *
Je ne sais comment vous le dire, mais je me sens fatiguée. Paris ne s'est pas fait en un jour, et moi non plus. Les journées sont longues (qui a inventé le travail, qui ?), les soirées sont courtes, incapable que je suis, actuellement, de veiller tardivement. Tout le monde connaît ça un jour ou l'autre, je ne me plains pas (du moins, pas publiquement; mais ce que je balance en privé, ah !).
Je suis franchement lasse - ne me demandez pas de quoi, je l'ignore moi-même. Bien que je pourrais continuer à vous gratifier d'un billet hebdomadaire, je préfère être honnête, fermer les volets, quelques instants. Écrire sur mes lectures ne m'intéresse pas actuellement - il faut dire que je lis si peu, aussi... Je vous parlerai de tout ça, évidemment, mais quand je serai plus disponible. Je n'ai pas envie de bâcler les choses, de m'exécuter sans plaisir.
Le temps dont je dispose pour moi (je veux dire : en dehors du travail, des heures de sommeil, et de mes révisions) est rempli de chocolats chauds, de séries télé et de broderie (ne riez pas; conjuguer ces trois éléments est un régal). Rien que j'ai réellement envie de partager pour le moment.
Autant être honnête, donc, et vous annoncer mon retour pour la deuxième semaine de février. D'ici là, vous avez le droit de me regretter amèrement dans les commentaires (ce serait la moindre des choses !), de me donner des conseils de lecture-doudou (j'aimerais beaucoup lire des romans pour adolescents, mais suis incapable de me décider pour un quelconque titre), de me dire si ça vaudra le coup (ou non) d'acheter la 4e saison de House quand elle sera disponible, non parce que je ne vais pas mettre 45 euros dans un coffret de DVD si c'est pour voir toute l'équipe démissionner, ça non, je ne cautionne pas.
(Oui, mon message se termine comme ça)
lundi 12 janvier 2009
Lire n'est pas sans danger
Il était une fois l'un des livres les plus lus de la blogosphère...
Le treizième conte
de Diane Setterfield (2006)
traduction de Claude et Jean Demanuelli (traduire en couple, c'est beau !)
Plon, 2007

Pour moi, tout a commencé avec l'épigraphe (car je ne sais pas lire intégralement une quatrième de couverture, c'est un problème pathologique qui remonte à ma triste enfance), qui raconte ceci :
« Tous les enfants construisent un mythe autour de leur naissance. C'est là un trait universel. Vous voulez comprendre quelqu'un ? Son cœur, son esprit, son âme ? Demandez-lui de vous parler de sa naissance. Ce que vous obtiendrez ne sera pas la vérité, mais une histoire. Et rien n'est plus révélateur qu'une histoire. »
Ces quelques mots étaient signés Vida Winter; ils sont tirés des Contes de la métamorphose et du désespoir.
Je me suis dit que je devais absolument lire ce livre-là - jusqu'à ce que je me rende compte, quelques pages plus tard, que cette épigraphe était en fait écrite par un des personnages du roman; autant dire que ces Contes métamorphosés, je pouvais toujours courir pour les lire. La vie est cruelle. Mais moi, je ne le suis pas, c'est pourquoi je vais enfin me décider à vous parler de ma première lecture de l'année.
Cela démarre dans le lieu où je rêve de vivre : une vieille librairie d'occasion, fréquentée par les plus assidus et les plus curieux. Un refuge où l'on peut se cacher derrière les grands romans victoriens, un îlot où l'on se sent à l'abri des tempêtes extérieures.
(le rêve)
C'est là que vit Margaret, une jeune femme un peu sauvage, qui n'aime rien de plus que lire. Elle tient la librairie avec son père, tandis que sa mère se consacre à son chagrin, ailleurs, dans sa maison. Quelle douleur, en effet, d'attendre deux enfants et d'en perdre un après sa naissance...
Mais l'on peut pas se cacher éternellement; c'est ainsi que Margaret reçoit un courrier de Vida Winter - ce nom ne vous dit probablement rien (à part si vous avez lu le début de mon billet, ce dont je ne doute pas, vous êtes si mignons !) et derrière ce pseudonyme se cache pourtant l'une des plus grandes romancières anglaises. Celle-ci commence à vieillir... et elle ressent la fatigue du mensonge : pendant toute sa carrière, elle n'a jamais répondu sérieusement aux questions des journalistes. A chaque fois qu'on lui demandait d'où elle venait, quelle enfance elle avait eue, elle inventait une nouvelle histoire. Après tout, un romancier est là pour (ré)inventer, n'est-ce pas ?
Mais ça y est; elle veut bien dire la vérité. Pour cela, elle souhaite que Margaret vienne l'interroger chez elle, afin d'écrire sa biographie.
Margaret accepte (et ça rime, c'est chouette).
Seulement, on ne s'enfonce pas sans risque dans les profondeurs anglaises; que va-t-elle rencontrer dans l'immense demeure de Miss Winter ? Méfions-nous des tapis et des coussins qui étouffent les pièces, que peuvent-ils assourdir ? Les chants des fantômes, les cauchemars du passé ? Petit à petit, Margaret plonge dans la vie de la romancière, une vie faite d'ombres, de peur et de mort... une vie fusionnelle avec sa jumelle, une vie sauvage, anéantie un soir par un grand incendie... Et Vida Winter de livrer des souvenirs qui réveillent bien des douleurs...
Je reste volontairement confuse pour les chanceux qui n'auraient pas encore découvert ce livre... Il débute comme le premier opus d'Amélie Nothomb. Mais, si ! Hygiène de l'assassin racontait l'interview-vérité d'un vieil écrivain agonisant, qui acceptait enfin de raconter les démons de son passé... évidemment, Diane Setterfield n'écrit pas comme Amélie Nothomb, et son intrigue se développe d'une toute autre manière. Ici, la lecture et les livres ont une place prépondérante - notamment parce que Margaret est libraire et parce que Vida est romancière, mais parce qu'elles sont aussi toutes les deux de grandes lectrices, et plus particulièrement des lectrices victoriennes... On ne compte pas les allusions directes à Jane Eyre (j'ai même cru un moment que Setterfield était une héritière des Brontë, c'est incroyable de citer autant une œuvre, surtout si on n'y gagne aucune compensation financière), à Dickens, à Wilkie Collins... Essayez de lire ce roman sans avoir envie de vous plonger ensuite dans l'époque victorienne - vous n'y arriverez pas !
On suit les tribulations de Margaret, car celle-ci ne se contente pas d'écouter Vida Winter; au contraire, elle voyage, retourne là où a grandi Vida, y rencontre d'ailleurs des personnages extraordinaires... C'est un roman envoûtant, dans une veine romanesque absolument délicieuse. Diane Setterfield tente d'écrire en dehors du temps : bien que l'histoire se passe à notre époque, il n'y a pas de téléphone portable ni de mail. Les gens communiquent par lettre, on ne prend pas l'avion mais le train, ainsi la fiction grandit dans un univers ouaté, réconfortant. Il y a deux aspects dans l'intrigue; d'abord la grande histoire menée par Vida Winter, où l'on croise des fantômes, des secrets, un médecin et une gouvernante qui tentent d'éduquer les folles jumelles... Puis il y a la réalité terre-à-terre ou, comment dire... il y a les peurs réelles, les chagrins qui consument les personnages. Je pense notamment à la mère de Margaret, qu'on croise peu, mais qui est très touchante : c'est une femme fatiguée, qui n'a jamais réussi à faire le deuil de son enfant perdu, mais qui veille malgré tout à sauver les apparences (sauf que personne n'est dupe) :
« Pendant le thé, ma mère parla avec une certaine bonne humeur, un petit sourire crispé aux lèvres: du jardin du voisin, des travaux qu'on faisait en ville, d'un nouveau parfum qui lui avait provoqué une allergie. Propos creux, destinés à tenir le silence à distance, ce silence où vivaient ses démons. C'était une belle prestation: rien là qui trahît le fait qu'elle supportait difficilement de sortir de la maison, que le moindre événement un tant soit peu inattendu lui donnait la migraine, ou qu'elle était incapable de lire un roman par peur des émotions qu'elle risquait d'y trouver. »
Un beau personnage, vraiment... parmi les secondaires, il y a aussi Aurelius mais chut, je ne dirai rien sur lui...
Le treizième conte mélange beaucoup de thèmes, comme l'écriture, la folie, l'enfance et ses pouvoirs (maléfiques ou non), la famille (en ce qu'elle nous construit, nous donne une identité propre - ou non...), la lecture qui sauve et protège, la mort, la rédemption... C'est foisonnant, mais toujours maîtrisé, et l'auteur ne se perd jamais dans son intrigue. Puis vient le moment où le cœur se met à battre plus vite, on a peur de comprendre, on ne peut plus arrêter de tourner les pages, on est embarqué, follement embarqué, dans une sombre et passionnante aventure... Tentez-la, si vous n'avez pas encore succombé. Le treizième conte, véritable chocolat chaud, stimule l'imaginaire et donne envie de lire; ça suffit à le rendre (presque) indispensable, non ?
« Quand je reviens à moi, le docteur Clifton était à mon côté. Il m'entoura les épaules de son bras. « Je sais, me dit-il, je sais. »
Il ne savait pas, bien sûr. Pas vraiment. Et pourtant, ce sont là les mots qu'il prononça et qui m'apaisèrent. Car je comprenais ce qu'il voulait dire. Nous avons tous nos peines, et même si leur contour, leur poids et leur étendue sont différents pour chacun d'entre nous, la couleur du chagrin est la même pour tous. « Je sais, dit-il, parce qu'il était humain, et c'est pourquoi, d'une certaine manière, il savait. »
Quand je disais que tout le monde l'avait lu, ce n'était pas un mensonge : Fashion Allie Lilly Cathulu Praline Clarabel Papillon Cuné Emeraude Laure Karine Brize Lou (entre autres !) ont succombé...
lundi 5 janvier 2009
Une ou deux petites choses à vous dire...
Demain, je change de vie.
Je rassure tout le monde, je n'ai pas gagné au loto, je ne quitte pas le monde civilisé pour rejoindre une île éloignée et réconfortante (hélas), et je ne passe pas non plus dans une émission de télé-réalité, où l'on m'offrira un relooking, un nouvel appartement, et une soirée avec un bel inconnu.
Au contraire, comme je n'ai pas gagné au loto, il a fallu que je trouve une solution alternative pour parer à mes besoins de fille dépensière et mercantile. Souhaitant rester dans des possibilités légales (la vente de substances illicites peut être très profitable, mais ça ne dure généralement qu'un temps), c'est avec courage (et inconscience) que je me suis lancée dans la merveilleuse et effroyable aventure du travail.
Ca m'était déjà arrivé avant, d'ailleurs, quand on m'a proposé ce nouveau poste, je travaillais déjà, mais là, ça devient très sérieux. Un contrat avec beaucoup d'heures, des collègues qui n'auront probablement pas mon âge, des congés à poser moi-même (et moi qui voulais aller à Paris pendant les vacances d'hiver ! Je n'ai plus de vacances en février. Quel drame, je vous jure).
Le grand saut.
Quitter la cachette si confortable des études, devoir s'adapter à de nouveaux lieux, à de nouvelles personnes, de nouvelles manières de procéder... Rien de très exceptionnel, tout le monde a déjà fait ça, mais quand ça nous arrive aussi sérieusement pour la première fois, ça suffit pour faire cogiter, pour... impressionner, un peu.
Si je vous raconte tout cela, ce n'est pas par simple plaisir égocentrique, mais bien parce que ça aura une incidence sur ce blog... vous voyez où je veux en venir ? Allons, on a l'habitude, depuis que je l'ai ouvert, il est plus souvent en pause qu'en activité, alors, une fois de plus, ça ne se remarquera même pas !
Ca ne sera pas une véritable fermeture provisoire, ce ne sera pas un silence absolu, mais je préfère prévenir : les billets s'espaceront, largement. Car il va falloir que je jongle avec le travail, la fatigue (je sais très bien quel sera mon état, cette première semaine...), et les révisions, car je n'ai peur de rien, et prépare toujours des concours qui me sont fort précieux. Le premier a lieu début février, et ce sera ma grande priorité lors de mon temps libre.
Allez ! Il ne me reste plus qu'une journée pour mettre au point un plan d'évasion; mais comme je suis très mauvaise pour ça, je programmerai malgré tout mon réveil, demain matin.
A bientôt !
vendredi 2 janvier 2009
Il y a l'océan...
Je ne sais pas ce que vous en pensez, mais je trouve que c'est une bonne idée de commencer l'année en vous présentant un beau et triste film d'amour.
J'avais déjà vu Noce blanche (de Jean-Claude Brisseau) il y a de nombreuses années. Je me souvenais simplement que Vanessa Paradis y était très pâle, et que cela finissait mal - autant dire que mes souvenirs étaient fort justes...
Mathilde (Vanessa Paradis, donc) a dix-sept ans et est en classe de terminale; c'est une jeune fille visiblement perturbée, sauvage (ses camarades la connaissent peu, ou mal), une adolescente livrée à elle-même. Cela, son professeur de philosophie, François (joué par Bruno Cremer) s'en rendra compte le jour où il la raccompagnera chez elle, parce qu'elle avait eu un malaise. Mathilde vit seule, loin de sa famille (mère en permanence suicidaire, frères drogués, on peut comprendre que le climat familial soit un tantinet étouffant). Le professeur est intrigué par cette pâle demoiselle, qui ressemble à un animal blessé. Elle ne se laisse pas approcher facilement, et d'un autre côté, elle n'a qu'une envie : être apprivoisée, aimée. Elle a besoin de quelqu'un, tandis que lui mène une vie qu'on imagine monotone, avec une femme au demeurant charmante (interprétée par Ludmila Mikaël), mais qui ne le trouble plus... Comment résister au magnétisme de Mathilde, une femme-enfant qu'on a envie d'aimer et de protéger ? Comment ignorer ses tentatives de séduction ? François cède, peu à peu. Ce qui pourrait être une simple folie, un acte irréfléchi, se transforme en amour sincère, fougueux mais torturé - le contraire serait inconcevable, avec une fille comme Mathilde...
Il y a donc plusieurs raisons de grincer les dents : on a un époux infidèle; un professeur qui fréquente une de ses élèves; un homme mûr avec une mineure. Ca fait beaucoup, non ? Personne ne peut tolérer cela, mais finalement, le problème du regard extérieur n'arrive que dans la dernière partie du film, quand la passion malmène les deux personnages...
- Le spectacle des illusions des autres me fait perdre les miennes.
- Qu'est-ce que vous voulez dire par-là ?
- Vous ne trouvez pas que c'est assez clair ?
- Vous êtes quelqu'un de curieux. Il est rare de rencontrer une fille de votre âge aussi... désenchantée. J'allais dire "lucide".
Le film n'avait probablement pas pour but de faire scandale; au lieu de jeter en pâture une histoire qui paraît condamnée d'avance, il met surtout en lumière l'amour qui unit Mathilde et François. Je ne dis pas pour autant que leur histoire d'amour est positive, sereine. Mathilde grandit avec des démons personnels qui la différencient des autres jeunes de son âge; ajoutez à cela qu'elle a un caractère entier, passionné... elle ne connaît pas la mesure. Elle ne se rend pas compte qu'il ne faut pas appeler François quand il est chez lui, même si elle a envie de lui dire "bonjour". Quelque part, elle refuse que les événements lui résistent. Malthilde veut vaincre. Quand elle se dévoile, on doute - est-elle sincère, joue-t-elle la comédie ? Une enfant peut-elle vivre tout cela, et tenir encore debout ? Et, que cherche-t-elle, avec François ? Seulement de l'amour, ou une protection paternelle...? Et lui... je n'aurais jamais cru dire ça un jour, mais Bruno Cremer est beau dans ce film. Il va devoir décider, passion ou raison, mais n'importe comment, il y aura souffrance, sacrifice... est-il prêt, lui le professeur de province, à changer de vie, à quitter la sécurité pour suivre ses sentiments ? Finalement, la question ne se pose pas - il reste un homme pragmatique, et décidément, un professeur ne peut pas s'enfuir avec une mineure. Il perdrait tout.
Tout le film tourne autour de trois personnages, le mari, la femme, et la jeune élève... tout doucement, un drame se noue, on ne sait pas quelle serait la bonne décision (il n'y en a pas, de toute façon). L'interprétation des acteurs est impeccable; Bruno Cremer reste presque imperturbable devant ce bouleversement personnel, tandis que les deux femmes expriment à leur manière leur chagrin et leur peur... Vanessa Paradis trouve ici son premier rôle, et elle est excessivement touchante, frêle; elle était encore très jeune à l'époque, mais elle avait déjà cette petite lueur un peu plus grave, qui fait qu'on ne peut la prendre qu'au sérieux. Noce blanche est un film pudique, et les acteurs incarnent bien cette "retenue"; ce n'est jamais vulgaire, déplacé, choquant.
La fin (qui n'est pas celle que vous croyez, elle est pire) fait mal, parce que certains sacrifices étaient inutiles. Un amour est fait pour être vécu; si on l'étouffe, on s'éteint. Comme si disparaître pouvait tuer les sentiments... mais cette pensée est risible; le silence et l'océan ne peuvent rien guérir.
Noce blanche est sorti au cinéma en 1989; il a été réalisé par Jean-Claude Brisseau et a permis à Vanessa Paradis de remporter le César du Meilleur Espoir Féminin, l'année suivante.










