N.u.l.l.e.

Nouvel Univers Lunatique et Lacunaire d'Erzébeth

lundi 11 mai 2009

D'un sourire, d'un soupir ou d'une larme

J'avais envie de faire confiance à Virginie qui en avait dit le plus grand bien lorsqu'elle a (enfin !) ouvert son blog, et c'était aussi un moyen d'approcher cette chaîne des livres à laquelle je ne participe pas... Alors, déjà enivrée par la couverture, j'ai lu :

La Marche de Mina
de Yoko Ogawa (2006)
Actes Sud, 2008 - traduction de Rose-Marie Makino-Fayolle

http://accel6.mettre-put-idata.over-blog.com/210x210/1/69/67/46//mina.jpg

Mais mon grand défaut est de ne pas écrire les billets à chaud, ou du moins de ne pas noter quelques repères, pour le billet à venir. C'est pourquoi, encore une fois, cela risque d'être laborieux.
Tomoko a douze ans, lorsqu'elle est envoyée chez son oncle et sa tante, pour la durée d'une année scolaire. Son père est mort... et sa mère, voulant suivre une formation professionnelle assez difficile, ne peut pas s'occuper de son enfant tout en travaillant. Cela aurait pu être une déchirure terrible pour Tomoko, et pourtant, c'est une année extraordinaire qu'elle va vivre à Kobe. Entre son oncle qui disparaît pendant des semaines sans que personne ne s'en plaigne, sa tante qui égrène chaque texte écrit pour y déceler la moindre coquille (j'en ai trouvé une dans le livre, cela m'a fait sourire), la grand-mère Rosa qui a quitté l'Allemagne en y laissant sa sœur jumelle, la cuisinière, le jardinier, Mina la petite cousine si fragile et bien sûr Pochiko, l'hippopotame nain qui conduit Mina à l'école... Tomoko ne cesse de s'émerveiller, et de profiter de chaque seconde de cette vie si incongrue, où les boissons sucrées ont des pouvoirs médicinales, où les enfants s'enferment dans une « salle de bains de lumière » pour améliorer leur santé, bref, une vie loin de celle qu'elle a connue, un tournant dans son adolescence, une parenthèse presque féerique...

La Marche de Mina a un côté contemplatif indéniable, une certaine délicatesse transparaît dans l'écriture, on a l'impression d'avancer dans un univers de coton où les mirages tiennent lieu de réalité. En ce sens, ça correspond totalement au cliché japonais que je me suis façonnée, cette espèce de langueur où l'on savoure chaque instant qui passe... Mais n'allez pas croire non plus que l'on tombe dans la niaiserie la plus fade, ou dans l'ennui le plus exorbitant; tout doucement, Yoko Ogawa effleure certains sujets plus graves (la sœur jumelle de la grand-mère est morte dans les camps, par exemple) mais nous les montre à travers le regard d'une petite fille de douze ans, pas très futée, un peu naïve. Elle ne pense pas avoir déjà lu un livre en entier, elle se laisse bercer par le quotidien sans trop se questionner (à part quand son oncle disparaît). Être confrontée à une autre enfant (même si Mina est un peu plus jeune) et à des adultes surprenants va aider Tomoko à grandir, à ouvrir les yeux sur ce mode de vie si différent du sien.
Le roman ressemble à une succession d'événements sans grande valeur si on les juge objectivement, et pourtant, chacun de ces petits chapitres recèlent un trésor, une émotion, une clé vers d'autres horizons (vous m'arrêtez quand je me noie dans le grand n'importe quoi, surtout).
Chacun des personnages est gardien d'un secret (ou plus), et même si l'ensemble devient limpide au fur et à mesure, on sent que tout ne nous est pas dit; et tant mieux... Mina est une petite fille fascinante, d'une beauté rare, mais malade (elle est asthmatique). Son bonheur est de collectionner les boîtes d'allumettes et d'écrire une histoire pour chaque dessin représenté. Et si vous saviez d'où lui vient cette passion, ah...
On pourrait croire que, dans cette famille, c'est l'hippopotame le plus farfelu, mais je ne le crois pas personnellement. Pochiko est certes un animal de compagnie étonnant (sa présence dans le jardin est clairement expliquée), mais chacune des personnes de la maison détient son lot de bizarreries et d'incompréhension. Certaines réponses atteindront le coeur de Tomoko quand elle sera suffisamment mûre pour cela...
Moi qui craignais un univers glauque ou une écriture tordue, j'ai été enchantée par cette rencontre avec Yoko Ogawa (je l'ai déjà lue dans une ancienne vie, mais ça ne compte pas, je ne me souviens de rien). La Marche de Mina est un roman tout doux qui nous plonge aussi dans l'actualité de 1972 (tiens, j'ai oublié de préciser que le livre se passait en 1972. On va dire que cette parenthèse rattrape mon étourderie) - la mort d'un grand auteur japonais, les JO de Munich, la pluie d'étoiles filantes qui avait été annoncée et qui n'est jamais venue jusqu'à eux...
Et cette fin, qui donne tendrement des nouvelles des personnages, permet de clore le roman avec un petit sourire aux lèvres. Et je garde en moi cet instant de poésie, et de mélancolie aussi, comme si les deux étaient indissociables.

Le billet à l'origine de tout cela est chez Virginie - merci à elle pour cette découverte !
Beaucoup en ont parlé (je vais en oublier, c'est certain), parmi eux
Lau(rence), Lune de pluie, Chiffonnette ou encore Papillon ont été sensibles à cette mélodie particulière.
Puis il y a
Ys et Karine qui ont moins (voire pas) aimé, faute de résonnances en elles...

Posté par erzebeth à 09:15 - lecture - Commentaires [22] - Permalien [#]

Commentaires

    Je compte justement découvrir Yoko Ogawa très vite. Elle ne m'avait jamais tentée réellement, mais depuis deux semaines, je cherche le titre qui pourra me plaire. Ton billet est très bien, j'aime particulièrement "Pochiko est certes un animal de compagnie étonnant", je l'aime déjà cette bestiole ;o))

    Posté par Lilly, lundi 11 mai 2009 à 09:50
  • Je participe à la chaîne et c'est un de ceux que j'attends avec beaucoup d'impatience

    Posté par Stephie, lundi 11 mai 2009 à 10:22
  • je n'ai lu qu'un roman de l'auteur, et j'ai envie d'en découvrir d'autres. Celui ci, donc, en fera partie

    Posté par amanda, lundi 11 mai 2009 à 10:33
  • Le sujet de ton billet m'a fait sourire car figure-toi que l'exemplaire de Virginie est chez moi et que je suis entrain de le finir !!!
    J'ai donc zappé la toute fin de ton billet, et pour ce qui est du reste je partage ton avis, j'aime énormément cette atmosphère. Et c'est ma première découverte de l'auteur (certainement pas la dernière).

    Posté par bladelor, lundi 11 mai 2009 à 12:27
  • Je suis si contente qu'il t'ait plu ! Le contraire m'aurait étonnée, j'étais sûre à 99,9% que tu aimerais.

    Posté par virginie, lundi 11 mai 2009 à 12:38
  • Le contemplatif a tendance à m'ennuyer et avec ce livre, ça n'a pas raté...

    Posté par Ys, lundi 11 mai 2009 à 13:29
  • Ca m'a l'air délicieusement bizarre ! Voilà uin livre de la chaîne que je vais accueillir avec plaisir.

    Posté par levraoueg, lundi 11 mai 2009 à 20:33
  • Ooooooh... je veux un hippopotame nain!!! Il y a ça dans les pet shop, vous pensez??? (Je sais, je sais mon commentaire est décidément très, très constructif et surtout très, très en rapport avec le livre... mais c'était plus fort que moi!)

    Posté par Karine :), mardi 12 mai 2009 à 00:52
  • J'aime énormément l'univers et le style de Yoko Ogawa. D'ailleurs, il est temps que j'en lise un autre!!

    Posté par Mo, mardi 12 mai 2009 à 01:38
  • J'ai découvert Yoko Ogawa très récemment et j'attends avec impatience de pouvoir me replonger dans son univers si particulier.

    Posté par Leiloona, mardi 12 mai 2009 à 13:35
  • "La marche de Mina" est un trésor. C'est un des romans d'OGAWA où j'ai le plus retrouvé ce que j'aime tant chez des auteurs comme SHIMAZAKI, ou même MURAKAMI, et... dont j'ai tant de mal à parler. En fait, il y a plusieurs choses et tout d'abord cette grâce formidable où l'introspection n'est jamais pesamment décrite. Les choses sont énoncées, les couleurs posées. Au lecteur de s'arrêter contempler (Ys parlait d'ailleurs de contemplation) et de laisser ses pensées voguer. Pas de place pour la précipitation, la productivité, la célérité, l'efficacité redoutable. Ici, on s'arrête et on respire.
    D'autre part, comme cela est manifeste dans le dernier MURAKAMI (rien à voir avec ses romans et pourtant, tout à voir...), il n'y a jamais de position victimaire. Les choses sont ainsi. Et OGAWA, comme MURAKAMI, ne fait jamais l'impasse sur la position de sujet de chacun dans sa propre histoire. Quoi qu'il advienne, l'individu n'est jamais "chosifié", il a son mot à dire (ou écrire, c'est selon). Quoi qu'il advienne, il est possible de prendre appui sur cela qui est advenu, ou s'en saisir, et choisir son chemin. Ces auteurs nous parlent de vivre, ils nous parlent aussi d'espérance, et ça fait diablement du bien !

    Posté par Fantômette, mardi 12 mai 2009 à 19:57
  • * Lilly, oh, tu verras, il y a un hippopotame nain, un singe et des hippocampes, c'est un zoo magique... Je connais trop peu Ogawa pour t'aiguiller mais ce livre-ci peut très bien sceller ta rencontre avec cette auteur...

    * Stephie, comme je te comprends ! C'est un des livres qui me tentait le plus dans la chaîne, moi aussi

    * Amanda, il paraît que ce n'est pas la même ambiance que dans d'autres romans, mais si tu aimes son univers, je crois que tu ne seras pas déçue par cette Marche !

    * Bladelor, chic, on saura bientôt ce que tu en penses ! Je suis ravie que l'ambiance t'ait charmée - c'est tellement particulier... mais Virginie me semble avoir fait un excellent choix pour la chaîne !

    * Virginie, et je t'en remercie ! Sans toi, il y a des risques pour que le livre me soit passé à côté... et ça aurait été affreusement dommage !

    * Ys, je le comprends à 1000%. Ca crée une ambiance particulière, et si on ne trouve pas l'entrée de cette bulle, il y a de quoi s'ennuyer sévère...

    * Levraoueg, j'ai toujours du mal à "cerner" réellement les goûts de chacun, mais je crois que ça peut te plaire, oui...

    * Karine, j'avais laissé à peu près le même commentaire chez Virginie ! J'adooore les hippopotames, et un nain, diantre, j'en veux un ! La première qui trouve le dit à l'autre, okay ?

    * Mo, as-tu lu celui-ci ? Si tu aimes l'univers de l'auteur, celui-ci devrait te combler !

    * Leiloona, je sens qu'on va te compter parmi les lectrices conquises...!

    * Fantômette, ce qu'il y a de plus intelligent dans mon billet, c'est clairement ton commentaire. Merci !! (du coup, je n'ose pas te répondre, je serais trop maladroite)
    Je ne connais pas du tout Shimazaki. Quant à Murakami, ah, il ne faut pas me tenter ainsi, ma résistance a des limites !

    Posté par erzébeth, mardi 12 mai 2009 à 22:08
  • Yoko Ogawa est une découverte récente, mais il vient compléter ma passion pour les écrivains japonais ! Tu e fais un plaisirs immense avec tes impressions de ce roman ! J'ai envie de le relire Les écrivains asiatiques savent souvent broder la contemplation, sans tomber dans le rébarbatif !
    merci encore.

    Posté par Océane, mardi 12 mai 2009 à 22:29
  • Je ne connais pas ce titre. A découvrir donc.

    Posté par calypso, mardi 12 mai 2009 à 23:25
  • C'est un roman merveilleux!! Et La formule du prefesseur est dans la même veine! Par contre, le reste de son oeuvre est pluss glauque effectivement, mais assez fascinante aussi!

    Posté par chiffonnette, mercredi 13 mai 2009 à 07:37
  • Aki SHIMAZAKI a écrit - entre autres - une pentalogie nommée "Le poids des secrets", éditée en France par Actes Sud. Les quatre premiers sont églement sortis chez Babel, et j'attends le cinquième avec exaspération.
    Rien que les titres vont te faire envie : "Tsubaki" (camélia), "Hamaguri" (c'est un coquillage), "Tsubame" (hirondelle), "Wasurenagusa" (myosotis). "Hotaru" se fait attendre...

    Posté par Fantômette, mercredi 13 mai 2009 à 16:04
  • * Océane, c'est moi qui te remercie pour cet élan enthousiaste ! J'espère que tu as déjà succombé au charme de Murakami, un de mes auteurs préférés (et ce, rien que grâce à un de ses romans, "Kafka sur le rivage").

    * Calypso, bienvenue ! Si les ambiances un peu "laiteuses", comme hors du temps, ne te dérangent pas, oui, c'est un beau roman à découvrir...

    * Chiffonnette, heureusement que tu es là pour me conseiller un autre Ogawa ! Je me renseignerai sur son "Professeur"...

    * Fantômette, quelle petite sotte je suis ! J'ai effectivement déjà croisé ce Shimazaki en librairie, et sur les blogs. Il va falloir que j'approfondisse ça. Les différents romans se suivent réellement ? Merci, en tout cas, de m'ouvrir de nouvelles portes...

    Posté par erzébeth, jeudi 14 mai 2009 à 18:54
  • Ce n'est pas tant que les romans se suivent mais... ils s'imbriquent. Il me parait plutôt indispensable de les lire dans l'ordre, oui.

    Posté par Fantômette, jeudi 14 mai 2009 à 19:00
  • Entendu, Madame. C'est juste que j'aime les hirondelles, mais si je dois lire deux livres avant, je pense que j'en suis encore capable !

    Posté par erzébeth, jeudi 14 mai 2009 à 22:21
  • Murakami je le vénère depuis La course au mouton sauvage !!! J'adore ton blog décidément

    Posté par Océane, vendredi 15 mai 2009 à 00:27
  • Je l'ai depuis un an oops ! Mais je suis en train de lire "La Mer", qui me charme un peu moins que mes lectures précédentes (pourtant je suis une "fidèle" d'Ogawa).

    Posté par Lou, vendredi 15 mai 2009 à 13:36
  • * Océane, surtout, reviens quand tu veux pour écrire ce genre de compliments !

    * Lou, zut, j'espère que "La mer" n'aura pas une mauvaise influence sur ta PAL, au point de faire attendre "La marche de Mina" un an de plus... parce que ce roman-ci ne mérite pas d'être aussi maltraité !

    Posté par erzébeth, vendredi 15 mai 2009 à 18:11

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