mardi 2 juin 2009
So long, Marianne
Parce que je fais partie de ces chanceux qui ont eu droit à un long week-end, et parce que je ne pouvais décemment pas en profiter pour aller paresser au soleil (rappelez-vous, je n'aime pas le soleil. J'aurais dû m'appeler Morticia Addams, la vie est mal faite) (ceci dit, je suis sûre que l'Erzébeth d'origine était plutôt lugubre aussi, alors l'honneur est sauf), je disais donc, au lieu de faire comme tout le monde, j'en ai profité pour aller dans un des rares endroits encore un peu frais : le cinéma !
Et comme il fallait fêter ce long week-end, je me suis offert deux séances - et comme les deux ont été réussies...
Ceci dit, les deux films sont diablement différents, j'en suis presque gênée de les présenter dans le même billet, tant pis.
Good morning England (de Richard Curtis), pour commencer, est loin d'être un film parfait (en plus, j'étais mal assise, ce qui compte énormément pour l'appréciation générale) mais ça a fonctionné sur moi dès les premières minutes. Je ne vais pas vous détailler toute l'intrigue (on suit une radio pirate qui émet du bon rock depuis la mer du Nord) parce que ceux qui avaient envie de voir ce film l'ont déjà fait (je suis un chouïa en retard) et puis au final, tout cela me semble surtout un bon prétexte pour : écouter du rock (la bande-son est omniprésente, il ne pouvait pas en être autrement), s'amuser avec cette bande de DJ tous plus cinglés les uns que les autres (et éventuellement rire de leurs blagues, qui ne sont pas toujours d'une grande finesse mais le contraire aurait été très curieux), se régaler avec des acteurs qui livrent ici de très bonnes prestations (j'ai un faible énorme pour Philip Seymour Hoffman, qui m'a plu au-delà de l'imaginable dans ce film, et pour Bill Nighy qui est parfait, tout le monde ne peut qu'être de mon avis; mais les autres sont réussis aussi, Rhys Ifans est méconnaissable (si, je l'ai trouvé sexy; alors qu'il jouait quand même le coloc' abominable d'Hugh Grant dans Notting Hill ! je ne m'en remets pas), Tom Sturridge a l'air d'avoir 17 ans mais il est mignon comme tout, les autres DJ sont tout autant déjantés les uns que les autres, bref, c'est un feu d'artifice quasi-permanent). Je pourrais lister quelques défauts (certaines facilités scénaristiques peut-être, des passages qui auraient pu être allégés) mais qu'importe, l'essentiel était de faire une comédie entraînante (je crois), et c'est réussi de ce point de vue-là. Ce qui est extraordinaire, c'est que ça m'a donné une furieuse envie d'écouter de la musique - ça ne m'arrive jamais - et que je ne vais pas tarder à m'acheter la BO, histoire de prolonger ma rencontre avec Radio Rock...
Les avis d'Isil (son passage sur le préservatif me fait hurler de rire), de Choupynette, de Ys de Cryssilda et de Yohan of course !
Le deuxième film est radicalement différent, puisqu'il s'agit d'Un été italien, de Michael Winterbottom. Permettez-moi de vous dire que si vous êtes dans une phase particulièrement optimiste, que vous riez sans interruption et que vous ne savez plus ce que ça fait de pleurer, je vous conseille de regarder ce film-ci : pouvoir lacrymal garanti. Et ce dès la première séquence.
Imaginez une mère avec ses deux filles (la plus jeune doit avoir 8-9 ans, l'aînée 16-17 ans), qui s'amuse pendant un trajet en voiture. On voit ces trois personnes rire; il y a comme un air un de bonheur, de bonheur simple, entre elles. Puis on sent une tension monter parce qu'on sait, nous, spectateurs, que l'instant est éphémère. On sait qu'un accident va avoir lieu, et que la mère va mourir.
La suite, c'est l'histoire d'un deuil; l'histoire d'une culpabilité. L'histoire d'une petite fille qui hurle en se réveillant la nuit, parce qu'elle veut qu'on lui rende sa mère. L'histoire d'un père qui décide de quitter Chicago et de partir un an, avec ses enfants, vivre en Italie, comme si fuir, quitter leurs repères, était la recette idéale pour continuer à vivre.
On a donc un père (Colin Firth, dont l'interprétation est à la fois très juste, sobre, et émouvante) qui tente de faire au mieux avec ses deux filles, dont l'aînée est en pleine crise adolescente et qui cherche à exister dans le regard des jeunes de son âge et dont la cadette, une enfant adorable, passe du temps à faire des dessins teintés de gris et de noir, et reçoit la visite (imaginaire, vous l'auriez compris) de sa mère, qui vient lui dire qu'il faut continuer à vivre...
Les deux filles sont incroyablement bien interprétées, et la plus petite des deux est réellement bouleversante; même des scènes a priori anodines deviennent émouvantes grâce à son jeu extrêmement naturel et sincère. Ce film a des allures de documentaire dans sa mise en scène, et cela renforce évidemment son côté réaliste et l'émotion qui plane au-dessus des acteurs tout au long du film. Il y en a qui ont trouvé l'ensemble assez cliché, personnellement j'ai plongé littéralement dans l'ambiance et j'ai eu plus d'une fois les larmes aux yeux (j'ai dû me retenir, je ne conçois pas de pleurer au cinéma). Il m'a semblé que Gênes renforçait l'aspect étouffant de l'histoire, à cause de ses ruelles, de ses plages bondées, de ses routes vertigineuses et de sa chaleur palpable... de ses ombres, aussi, parce que l'esthétique du film joue beaucoup sur les ombres, sur ces personnages qui ont décidément du mal à revenir vers la lumière, tout en cachant le plus dignement possible leurs chagrins respectifs. Un été italien est émouvant dans sa retenue, on est inquiet pour la petite famille estropiée mais on sent aussi tellement d'amour qu'on espère qu'une reconstruction sera possible. Vraiment un "joli" film.
(Vous aurez reconnu le titre du billet; comme on entend cette chanson dans Good morning England, et que la mère, dans Un été italien, s'appelle Marianne, il m'a semblé que mon choix de titre était merveilleusement judicieux)



