dimanche 28 juin 2009
C'est pas tout ça, mais
(en cliquant dessus, vous pourrez déchiffrer tous les titres)
(j'en connais trois qui vont pousser des cris hystériques, ça me fait rire rien que d'y penser)
(oh zut, j'ai oublié de mettre Mémoires d'un amant lamentable, de Groucho Marx; pourvu que personne ne s'en rende compte)
Ma PAL de secours et moi-même vous laissons, disons, le temps nécessaire.
(beaucoup d'autres titres auraient pu y figurer, et croyez-moi qu'ils y seront un jour, seulement, quand on pressé par le temps, on fait ce qu'on peut.
Et ce qu'on veut, aussi, d'ailleurs)
samedi 27 juin 2009
« De quoi qu'il s'agisse, je suis contre. »
Aujourd'hui, c'est affreux, on m'a obligée à prendre part à un grand pique-nique.
J'ai été la seule à voter contre.
(c'est très agréable de me fréquenter, comme vous pouvez le constater)
La majorité a gagné, comme on pouvait s'en douter. C'est ainsi que le club Lire et délire se réunit en cette douce fin de juin pour discuter (un petit peu) de lectures, dont le thème est : livre dans lequel on retrouve une personne ayant réellement existé. Cela peut se détailler en romans purs, en romans historiques, en biographies et en autobiographies.
Ouh que ça donne envie - dois-je préciser que c'est moi qui ai imposé ça à tout le monde ?
...
Non mais c'est un thème très merveilleux, en réalité, et très large.
Personnellement, j'ai opté pour :
Mémoires capitales
de Groucho Marx (1959, Groucho and me)
traduction de Jacques le Gal et Pierre Michaut

Certains savent, depuis longtemps, qu'en cas de baisse de moral, regarder un film des Marx Brothers est un remède extrêmement efficace. Leur humour burlesque, qui a explosé sur les écrans américains dans les années 30-40 est resté légendaire. On pourrait jouer à Quel est votre Marx Brother préféré ?, mais rappelez-vous, j'ai un billet à écrire.
« Bien que ce soit de notoriété publique, j'estime que l'heure est venue de proclamer qu'à ma naissance j'étais très jeune. Avant d'avoir eu le temps de le regretter, j'avais déjà quatre ans et demi. »
Voilà qui donne le ton; si le lecteur s'attend à trouver une autobiographie sérieuse, où l'acteur s'épancherait sur des faits importants de sa vie (et de sa carrière), il a de quoi être déçu. Au contraire, si l'on n'attend rien d'autre qu'un bon moment passé en compagnie d'un humour généralement désopilant, on devrait être satisfait.
Il y a une réelle pudeur chez Groucho Marx, qui n'a aucune envie de s'exprimer sur sa vie privée (par exemple), ni de raconter ses souvenirs de manière chronologique et studieuse. Le but est en réalité de raconter quelques souvenirs.
Des souvenirs d'enfance, des souvenirs de début de carrière, des souvenirs de réussite, de fiasco aussi - tout cela avec un entrain particulier qui fait qu'on ne peut pas résister un seul instant à Groucho.
Ce n'est pas le genre d'homme à s'apitoyer, bien qu'il n'ait pas ri tous les jours pendant son enfance (la famille était assez pauvre); et d'un autre côté, il dresse des portraits tellement drôles et attachants de ses proches qu'on se dit qu'ils avaient une sacrée arme contre la morosité : le rire.
En fait, on a l'impression que Groucho ne s'attache à relater que de petits détails, des petites scènes a priori sans grande importance, mais on y pioche au contraire des vérités qui en disent beaucoup sur le caractère de leur auteur. C'est un optimiste, un comédien passionné par son métier, un anxieux, un homme cultivé... et j'en oublie. Très modeste, aussi; il ne fait aucunement étalage de ses réussites, de ses succès, de son bonheur conjugal (quand le bonheur est au rendez-vous) (quelle expression ringarde !), de son bonheur familial. Pas le genre à se croire meilleur que les autres, à croire que le succès lui est acquis. En cela, son autobiographie est un délice; ce n'est pas non plus un énième récit de star, du genre qui écrit avec ses pieds (enfin, avec les pieds d'un nègre, parce que ce sont rarement les leurs) et qui raconte ses fabuleuses rencontres avec d'extraordinaires célébrités.
D'abord, Groucho Marx aime écrire, et cela se voit. Dans la préface, il prétend qu'il s'est lancé dans l'autobiographie parce qu'un éditeur lui aurait promis une boîte de cigares. Il avoue plus loin que ce n'est pas la seule raison (of course) et que, malgré tout le plaisir qu'il éprouve à jouer sur scène, rien ne dépasse pour lui le bonheur d'être publié. C'est du scoop ou je ne m'y connais pas.
Et puis, quand il parle des célébrités, c'est rarement à son avantage; il faut lire sa rencontre avec Greta Garbo, une scène totalement insolente et hilarante, qui n'a pas fait rire la principale intéressée (ah, ces actrices !). Il y a aussi un échange de lettres avec les frères Warner qui est à mourir de rire tellement c'est insensé : les Warner écrivent aux Marx, en expliquant qu'ils ne peuvent pas s'appeler les Marx Brothers, sous prétexte qu'eux signent déjà Warner Bros. Je peux vous dire que les réponses de Groucho sont gratinées...
Groucho profite de sa prise de parole pour aussi évoquer quelques points qui lui tiennent à cœur, comme le dénigrement du divertissement (alors qu'il est capital pour vivre), et l'épouvantable rôle de la presse écrite. A l'époque déjà, il suffisait que quelques journalistes descendent en flèche une pièce pour qu'elle soit retirée de l'affiche trois jours après, faute de public : « Une pièce est censément écrite pour le public, mais si les critiques la démolissent, le public en question n'a aucune chance de la voir. Qui donc, à l'origine, a décidé que c'était le rôle des critiques que « d'éduquer » le public ? »
Il est fatigant de voir le divertissement snobé de la sorte, sous prétexte que cela n'est pas assez intellectuel ni constructif.
Ainsi, ces Mémoires capitales sont un mélange délicieux d'histoires tordantes (ah, le week-end de pêche de Groucho... un cauchemar pour lui, un régal pour le lecteur), de propos sérieux fort intéressants, de petits détails qui rendent le personnage encore plus attachant qu'il ne l'était. Ça se lit un sourire au coin des lèvres, les yeux brillants, le cœur joyeux.
Des extraits, bande de chanceux :
« La plupart des gens du spectacle, quand ils se mettent à écrire leurs mémoires (et ils ne s'en privent pas), racontent invariablement en des termes élogieux une succession ininterrompue de triomphes. Les plus retors se laissent aller quelquefois à relater un ou deux fours, ruse finaude, car ils savent fort bien qu'il n'y a rien de plus décourageant pour un lecteur moyen – c'est-à-dire un raté – que de lire l'histoire d'un veinard qui, grâce à une succession de coups de chance et très peu de talent, a réussi à trouver la gloire, la fortune, et à collectionner les aventures amoureuses. »
« Je dois reconnaître que la mauvaise réputation attachée aux comédiens était en partie justifiée. La plupart d'entre nous étions un peu voleurs – nous volions de petites choses sans importance, comme des serviettes de toilette dans les hôtels, ou de petites couvertures. Certains acteurs dérobaient tout ce qu'ils pouvaient enfouir dans leur malle. On en surprit même un qui tentait de s'enfuir avec un nain qui appartenait à une autre troupe. Rien n'était à l'abri. »
« Bien qu'il nous ait recommandé d'être à huit heures à l'embarcadère, nous n'y arrivâmes qu'à onze heures. Il faut vous dire que ça ne faisait que trois mois que nous avions prévu le voyage, si bien que ce fut une surprise totale pour ma femme. Il lui fallut trois heures pour s'habiller, se coiffer, se faire les ongles (des mains et des pieds) et boucler ses bagages. Enfin, elle m'annonça qu'elle était prête. Je mis alors dans mon unique valise tout ce qu'elle n'avait pu fourrer dans ses deux malles et ses trois sacs, et avant d'avoir dit ouf, nous partîmes en silence pour Wilmington et le paradis. »
J'adore !
EDIT NOCTURNE : comme j'ai survécu au pique-nique, voici les billets des valeureuses copines :
Yue Yin a lu Jane Austen et le révérend de Stéphanie Barron;
Ofelia raconte l'après-midi pour essayer de faire oublier qu'elle n'avait rien lu (et elle a osé accuser son boyfriend, ce qui frôle le scandale, mais comme j'aime ce genre de triche, je pardonne).
Les autres, pour l'instant, n'ont rien écrit (certaines parce qu'elles n'ont pas lu, tout simplement, mais elles avaient de bonnes excuses aussi).
Choupy, toute de robe vêtue, a commencé une biographie sur Aliénor d'Aquitaine; Freude nous a parlé d'une biographie sur Zweig (l'une d'entre nous s'est approprié le livre avec une rapidité exemplaire, mais je ne dénoncerai personne); Anne-Laure a déclenché un sacré débat en nous parlant de Sultana (de J.P. Sasson si j'en crois Internet) et Isabelle (qui a arrêté son blog il y a un an, je dis ça, je dis rien) a évoqué Dany Laferrière et Le cri des oiseaux fous, ce qui m'a donné très envie de découvrir cet auteur.
Vous savez tout.
(j'ajoute malgré tout que j'ai de monstrueux coups de soleil, que les Toulousaines savent cuisiner, qu'on a ri et que niveau gourmandises, on se défend pas mal)
vendredi 26 juin 2009
Signifying nothing
Le bruit et la fureur
de William Faulkner (1929)
traduction de Maurice Edgar Coindreau

« le reste du temps, des voix seulement, qui rient là où nous ne voyons rien de risible, des larmes sans raison de pleurer. »
Ceux qui ont déjà tenté d'écrire un billet sur un roman de Faulkner savent à quel point l'exercice est périlleux.
Si je tentais de dresser une présentation cohérente du Bruit et la fureur, j'en dénaturerai son côté exceptionnel (une bonne excuse pour rester obscure, une !). Le lecteur n'a pas besoin d'en savoir beaucoup lorsqu'il décide d'ouvrir ce livre; de toute façon, même s'il connaissait l'histoire, ça ne l'aiderait pas à comprendre.
Il faut juste savoir qu'il est question d'une famille, vivant dans le comté imaginaire de Yoknapatawpha (oui, ceci peut devenir un exercice de prononciation). Il y a les parents, quatre enfants. Leurs domestiques noirs. La chaleur du sud des États-Unis, la pauvreté, un peu, aussi.
L'aîné des fils, Benjamin, est un attardé. Le deuxième est une pourriture, le troisième est amoureux de leur sœur. Sœur qui a tendance à coucher avec le premier venu, qui tombe enceinte, qui se marie et quitte la maison.
Le roman est découpé en quatre parties, chacune comportant le récit d'une seule journée. Mais comme dans une journée, on peut penser à mille événements du passé, on a l'impression que l'intrigue se déroule sur plusieurs années... Et, quand on sait que les trois premières parties ont un narrateur différent, cela complexifie le tout : chacun laisse ses pensées dériver et alterne passé et présent de manière totalement obscure pour le lecteur. Je défie quiconque de comprendre entièrement une page de la première partie (qui en compte cent). Vous me direz que c'est à cause du narrateur, Benjy, qui est un "idiot". Comment un idiot pourrait penser avec logique ?
Mais son frère Quentin n'est pas plus limpide dans la seconde partie. Faulkner se joue de nous; c'est lui qui tire les ficelles. On ne l'oublie pas un instant à la lecture de ce roman : l'auteur est le maître du jeu.
Lire Faulkner, c'est presque du travail. Un labeur. Cela demande une réelle concentration. On s'engage dans un labyrinthe dont on peut sortir en un claquement de doigts (en fermant le livre), mais ce serait affreusement dommage. Il faut accepter de se perdre, au contraire. Accepter de ne pas tout contrôler, de voir les repères habituels brisés. Évidemment, ce n'est pas toujours facile; moi-même, je me suis demandée pourquoi je persistais (il y a un moment donné où, quand on ne comprend quasiment rien, on se décourage curieusement). Mais il y a une petite musique discrète, un je-ne-sais-quoi qui m'attirait vers le texte, comme un aimant. Il fallait que je connaisse la famille Compson, que je comprenne leurs secrets. On a la tête qui tourne, mais ce n'est pas grave. J'aime que l'on me stimule intellectuellement, qu'on ne me donne pas toutes les clés.
Les troisième et quatrième parties sont beaucoup plus classiques dans leur construction (je me sens obligée de le préciser pour les peureux. Si, si, je vous vois), à tel point que nombre d'éléments annoncés précédemment se mettent en place, et que de grandes incertitudes disparaissent. On comprend beaucoup de choses (on en avait pressenti quelques-unes, mais comment être sûr ?), et le pire, c'est qu'on a mal de comprendre. Il y a des vérités tellement sales, dans cette famille. Des comportements impardonnables. J'ai rarement ressenti autant d'antipathie pour un personnage que pour Jason. Il m'a écœurée au-delà de l'imaginable. Les autres sont émouvants dans leur petitesse, dans leur désespoir, dans leurs vies ratées. Il semblerait qu'aucun bonheur ne soit possible à Jefferson. La seule issue se trouve dans la fuite (quelle qu'elle soit).
Je serais incapable de vous donner envie de lire ce roman; de vous expliquer, d'ailleurs, les véritables émotions que j'ai pu ressentir en le lisant. C'est une œuvre tellement unique, il faudrait presque inventer de nouveaux mots pour en parler. Mais c'est sûr qu'il faut s'investir pour accéder à la beauté du Bruit et la fureur. Même ainsi, c'est un de ces romans qui demande absolument une seconde lecture pour capter les échanges des deux premières parties...
Je sens que je décourage tout le monde; ce billet étant chiant comme cinq kilos de repassage à faire, on peut dire que je ne fais pas d'efforts pour susciter l'envie. Tant pis. Que ceux qui ont quand même la curiosité de lire Faulkner foncent; je ne doute pas un instant que ce soit un auteur incontournable, un grand romancier américain. Le bruit et la fureur est une œuvre remarquable; Faulkner a un talent rare. Passer à côté serait un grand gâchis.
« Je pouvais entendre la pendule et je pouvais entendre Caddy debout derrière moi, et je pouvais entendre le toit. Il pleut toujours, dit Caddy. Je hais la pluie. Je hais tout. Et puis sa tête est tombée sur mes genoux, et elle pleurait en me tenant, et je me suis mis à pleurer. Et puis, de nouveau j'ai regardé le feu, et les formes brillantes et douces ont recommencé. Je pouvais entendre la pendule et le toit et Caddy. »
J'ai honte de ce billet; allez plutôt lire celui de Lilly, il est très bon. (tu as vu, j'ai mis du temps, mais j'ai fini par le lire !)
jeudi 25 juin 2009
Guérir parfois - soulager souvent - écouter toujours
Nous devons ce merveilleux titre à Louis Pasteur, idéaliste.
La chambre d'Albert Camus
de William Réjault (2006)
J'ai lu, 2008

Je ne sais pas vous, mais j'ai toujours su qu'il y avait des métiers que je serais incapable d'exercer. Ceux qui rejoignent le milieu médical, par exemple, me laissent pantoise d'étonnement et d'admiration. De crainte, aussi, sans doute.
Je ne comprends pas comment on peut côtoyer la maladie, la dégradation humaine, la mort, et continuer à vivre à côté. Ça me dépasse. Moi, je ne peux déjà pas me rendre dans une maternité sans avoir le ventre triplement noué, alors nettoyer les escarres de Madame Patachon et assister à l'opération d'un enfant gravement malade, ça relève à mes yeux de l'héroïsme.
William Réjault a d'abord publié son recueil de nouvelles sous son pseudonyme du net, à savoir Ron. Il tenait un blog sur son quotidien d'infirmier, et comme cela arrive parfois, il avait suffisamment de succès pour attirer le regard d'un éditeur.
C'est délicat de publier le contenu d'un blog, parce que le passage de l'écran au papier peut faire perdre beaucoup de force aux textes. On n'a pas les mêmes attentes, les mêmes exigences, quand on lit un blog amateur et un ouvrage qui a dû convaincre un comité de lecture. Par chance, je ne lisais pas Ron l'infirmier; j'en avais entendu parler, mais cela s'arrêtait là. Puis il y a eu comme un buzz autour de la sortie de son recueil, les lecteurs l'ont lu, et aimé.
Si j'ai acheté La chambre d'Albert Camus il y a quelques temps, c'était pour l'offrir à quelqu'un; puis je me suis dit que c'était l'occasion d'y jeter un œil. Mal m'en a pris : je n'ai plus du tout envie de l'offrir, mais plutôt de le garder.
Les nouvelles sont courtes, d'ailleurs, ce ne sont pas à proprement parler des nouvelles, mais plutôt des instants de vie. Des scènes d'hôpital, mais pas que, parce que Ron a été infirmier libéral, il a aussi travaillé en maison de repos, et dans de grosses entreprises. Un éventail assez large d'expériences, dont certaines des plus marquantes se retrouvent compilées ici.
Il y a plus ou moins deux éléments qui sont mis en valeur dans ce recueil (ou du moins, dans ma lecture du recueil, parce que d'autres peuvent s'attacher à d'autres détails) : l'humour et l'énergie de Ron, tout d'abord. Il est indéniable qu'il faut un sacré cran pour travailler dans le médical (qu'on soit chirurgien, infirmier, sage-femme ou aide-soignant, etc), mais il faut aussi faire preuve d'un grand recul, et ne pas trop s'impliquer auprès d'un patient. A ce niveau-là, je trouve que l'humour de Ron devient à la fois une barrière essentielle, mais aussi un moyen de dédramatiser la situation, à la fois pour lui et pour le patient (qui préfèrera toujours un trait d'humour, même un peu poussé, qu'un air catastrophé ou résigné).
L'autre grand point qui m'a choquée, c'est la manière dont sont traités les gens. Je parle des patients, encore que le personnel n'exerce pas toujours dans des conditions idylliques (c'est le moins qu'on puisse dire). Il y a certaines nouvelles où les patients sont traités comme de la merde, comme des objets sans ressentis, allons-y, on arrache un ongle (sans anesthésie ni rien) à celle qui a mal, un médecin tabasse une "folle" mais il est excusé, voyons, il est en plein divorce, on laisse les vieilles personnes dans leur pisse parce qu'il ne faudrait pas dépasser le quota de couches prévu, on ferme les yeux sur la misère, la détresse, on se concentre sur le mal sans soigner le reste. Les dilemmes sont quotidiens. Il faut jongler entre la loi, la douleur des patients, le code de déontologie, la sérénité de son propre esprit. Peut-on ignorer la patiente, victime d'une attaque cérébrale, qui ne peut plus bouger qu'un œil, et qui supplie chaque jour qu'on la tue ? Est-ce qu'on ignore le patient dépressif, qui ne se rend pas au rendez-vous prescrit, sous prétexte qu'il faudrait avertir le directeur et que ce dernier est trop occupé par les fêtes de Noël, et que le malade peut bien attendre deux jours, non ? (non)
Je sais que je ne suis pas drôle et que je ne me concentre que sur les anecdotes graves, mais c'est parce qu'elles ne sont malheureusement pas rares dans le milieu. Je connais une infirmière qui m'a raconté des horreurs sur ses conditions de travail, ou sur le comportement de certains médecins. Le genre d'histoires qui font frémir, qui font espérer, surtout, qu'on ne tombera jamais malade.
La chambre d'Albert Camus est un recueil qui se dévore; c'est parfois écrit comme un blog (attention, ceci n'est pas un compliment), mais on passe outre cette petite faiblesse, parce qu'il y a toujours une phrase un peu plus loin qui rattrape le reste, et parce que les histoires me semblent plus importantes, ici, que la manière dont elles sont racontées. Une lecture que je qualifierais presque d'indispensable. Ça fait du bien et ça fait très peur en même temps, drôle d'aventure, à ne pas manquer. Histoire d'ouvrir les yeux, pendant 240 pages.
Laure, Tamara, Florinette, Cathulu, Amanda, Daniel Fattore l'ont lu et aimé sans réserve.
Cuné, as-tu encore une fois supprimé ton billet...? Coquine !
mercredi 24 juin 2009
« Chaque note est une étoile »
Prodige
de Nancy Huston
Actes sud, 1999

« Le piano, se dit-elle, est à la fois ce qui me permet et ce qui m'empêche de m'exprimer. »
Le sous-titre de ce court roman, polyphonie, prépare le lecteur à ce qui suit. Chaque personnage prend tour à tour la parole, tel un monologue de théâtre, leur nom s'affichant avant chaque prise de parole.
Sofia, la grand-mère russe un peu excentrique qui ajoute de l'ail dans ses boissons alcoolisées; Lara, sa fille, déjà femme, professeur de piano à défaut d'être une grande pianiste elle-même.
Puis Maya, la petite Maya, arrivée trop tôt sur terre, pesant sept cent vingt grammes à la naissance, trop fragile pour vivre. Et pourtant, soulevée par l'amour de sa mère, de son père, elle vivra. Mais elle ne sera pas une petite fille comme les autres, l'amour de la musique coule dans ses veines, Lara lui en parle, inlassablement, et cela portera ses fruits; Maya, petite fée malicieuse, fera plus que jouer de la musique, elle l'incarnera.
D'autres voix se mêlent à celles de cette étrange famille, il y a Robert, le voisin endeuillé, et Benjamin, son neveu qui profite des vacances d'été pour quitter sa propre famille, respirer un peu.
Tour à tour, donc, chacun s'exprime sur ce qu'il vit et ce qu'il pense, formant alors une mosaïque d'émotions, un assortiment de pensées personnelles. Cette construction joue beaucoup dans la qualité globale du roman; Nancy Huston y ajoute un léger désordre temporel, puisque même si l'histoire avance (avec une Maya saine et sauve), on continue à suivre Lara-jeune maman, qui se rend quotidiennement dans le service de soins intensifs pour prématurés, où elle parle inlassablement à sa « petite fée prise dans une énorme goutte de pluie. »
Savoir que l'enfant grandira n'enlève rien à l'émotion de ces passages, véritable mélange d'espoir et d'inquiétude, où l'on voit une mère lutter inlassablement pour que sa fille vive... et devienne celle qu'elle n'a pas réussi à être. Lara est incontestablement le personnage qui m'a le plus émue dans ce roman (avec Robert l'inconsolable, qui a des paroles très tristes sur le deuil et la vie qu'il faut retrouver malgré tout chaque jour); on sent dès le début une fragilité, une sensibilité extraordinaires chez Lara, comme si elle était plus acrobate que musicienne : sa vie se joue sur un fil, elle avance en permanence en équilibre. Cela me rappelle à l'instant une phrase des Mauvaises pensées de Nina Bouraoui : « il y a une limite que je vois, que je pourrais franchir, et je ne pense pas que tous les corps qui m’entourent soient si proches de cette limite, ils ont encore du champ, pour moi, cela est très clair, soit je bascule, soit je reste. ». Mais ce choix est si difficile à faire, le maîtrise-t-on d'ailleurs réellement ?
Prodige parle d'amour et de musique de manière si délicate qu'on a l'impression d'entendre, même en lisant dans le plus pur silence, une petite mélodie qui se fond dans le texte et qui tient la main au lecteur pour que lui ne tombe pas, ou du moins, pas tout de suite. Pendant un temps, la musique l'accompagne, on tourne sur soi (comme les petites filles, avec leurs jolies robes qui tournent), on ressent la vie même si les repères commencent à se troubler, on tourne encore plus vite, on a mal au coeur, on s'arrête, on tombe. Prodige est un peu l'histoire de cette chute, de ces amours trop fortes qui nous étouffent quand on en oublie de vivre pour soi-même. Non, je divague, je ne suis pas d'accord avec ce que j'écris, Prodige est, comme le dit si bien Lilly, une cage à oiseaux. Il ne faudrait pas mettre les oiseaux en cage.
C'est justement grâce au joli billet de Lilly que j'ai lu ce beau roman; Karine, Malice, Sylire ont aussi été émues par cette lecture.
mardi 23 juin 2009
Révolution !
Quatrevingt-treize
de Victor Hugo (1874)
lu dans la belle édition Bouquins de Robert Laffont

« La situation se précisait, et était ceci :
Pour les assaillants, une brèche à gravir, une barricade à forcer, trois salles superposées à prendre de haute lutte, l'une après l'autre, deux escaliers tournants à emporter marche par marche, sous une nuée de mitraille; pour les assiégés, mourir. »
Ne me demandez pas comment je me suis retrouvée avec ce gros volume dans les mains, ou je vais sauter sur ce prétexte pour écrire quinze lignes d'introduction à un billet que je me sens incapable d'écrire.
On m'en a conseillé la lecture.
Comme c'était un conseil de la personne qui m'avait déjà incitée à lire Le nom de la rose d'Eco (que j'ai abandonné en cours de route), j'ai inévitablement ressenti une légère appréhension avant de me lancer puis, aventurière que je suis, je suis partie dans la France de 1793.
Si l'on vous propose un jour d'effectuer un voyage dans le temps, honnêtement, je vous déconseille de visiter la fin du XVIIIe siècle, parce que vous n'êtes pas sûrs de revenir vivants.
Quatrevingt-treize peut faire peur à plusieurs niveaux.
Déjà, c'est un classique, et comme tout le monde le sait, les classiques font peur, ils sont illisibles, les phrases sont pleines de mots, on ne s'en sort pas.
Puis c'est un roman historique. Quand on sait à peine que nos ancêtres ont dû essuyer deux guerres mondiales le siècle dernier, je peux vous dire que se lancer dans un récit historique aussi détaillé peut engendrer quelques sueurs froides.
Je pourrais me triturer l'esprit pour trouver une troisième crainte, mais je trouve cela suffisant. Parce que maintenant que je refroidis tout le monde, il faut que je trouve des arguments pour vous réchauffer. Cette dernière phrase est douteuse, oubliez-la.
Les lecteurs s'accordent généralement pour dire que Quatrevingt-treize est l'un des romans les plus accessibles d'Hugo. Pas ou peu de fioritures, on ne passe pas 150 pages à se demander si on doit reposer le livre ou persister (je dis ça,je dis rien), non, il paraît que le romancier va à l'essentiel, et qu'il y va en brillant. En même temps, c'est Victor Hugo, normal qu'il éblouisse.
Je dois avouer que cette rumeur est assez fondée; l'une des grandes forces de Quatrevingt-treize étant justement de nous parler de l'Histoire en s'attachant à quelques figures identifiées de la Révolution. Les personnages n'ont pas forcément existé, mais que l'on puisse mettre un nom sur une figure qui incarne tout un groupe de combattants, cela aide considérablement à la compréhension du texte global. Ainsi, le marquis de Lantenac, qui débarque en Bretagne après un voyage en mer fort mouvementé, rassemble des paysans pour soutenir la monarchie vacillante; ce sont les blancs. Les bleus, eux, sont menés par Cimourdain et Gauvain (neveu de Lantenac, ce qui donne lieu à des confrontations à la fois personnelles et politiques), les deux révolutionnaires n'ayant pas non plus la même vision de la République à construire.
L'intrigue, confinée essentiellement en Bretagne, s'attache équitablement aux deux forces combattantes, présentant les arguments de chacun en laissant finalement le lecteur seul juge quant à la raison d'être de cette révolution bouillonnante. Le discours de Victor Hugo est suffisamment clair pour que même ceux qui n'ont jamais brillé en histoire (ahem) puissent suivre et s'impliquer dans l'intrigue historique.
Parallèlement aux combats et aux méthodes d'attaques, on suit le destin d'une mère et de ses trois jeunes enfants : le mari faisant partie des victimes de la Révolution, la femme tente de survivre tant bien que mal dans les bois bretons, jusqu'à ce qu'elle soit blessée et séparée de ses enfants, recueillis alors ceux qui les ont attaqués, à savoir les bleus. Tout au long de l'histoire, on retrouve donc cette figure maternelle qui tente de guérir pour partir à la recherche de sa seule raison de vivre (ses enfants, donc. Vous auriez pu deviner sans ma parenthèse, hein). Cette touche d'humanité apporte une nouvelle ampleur à l'intrigue principale, d'autant plus qu'elle s'y fond avec un naturel irréprochable.
Bien sûr, l'ensemble ne se lit pas aussi facilement qu'un programme de télévision, mais cela vaut le coup de faire un petit effort pour accéder à ce grand roman; si j'ai moi-même pu le lire sans avoir recours toutes les vingt pages à Internet pour comprendre les faits historiques, c'est que tout le monde en est capable. Victor Hugo se perd très peu dans des chapitres descriptifs, ce qui permet de mettre en place une certaine dynamique. Ce qui est amusant, c'est de voir à quel point il semble à l'aise avec l'écriture et les effets de style (je sais comme ça peut être risible de dire ça de Victor Hugo, allez-y, je vous autorise à rire). Il manie les mots avec une facilité apparente qui pourrait rendre jaloux n'importe quel écrivain actuel. Son sens de la formule habille et magnifie chacune de ses pages, à tel point qu'on se demande parfois si la forme ne prédomine pas sur le fond. Il magnifie chaque idée, même la plus simple, pour la tourner de manière remarquable. Il y a notamment quelques passages sur l'instinct maternel qui me paraît admirablement décrit, même si cela peut paraître bestial ou légèrement sexiste (« Les femmes sont faibles, mais les mères sont fortes. »). Un exemple :
« Le silence d'une idée fixe est terrible. Et comment faire entendre raison à l'idée fixe d'une mère ? La maternité est sans issue; on ne discute pas avec elle. Ce qui fait qu'une mère est sublime, c'est que c'est une espèce de bête. L'instinct maternel est divinement animal. La mère n'est plus femme, elle est femelle. »
Le dénouement du roman est d'une force incroyable; Victor Hugo y concentre à la fois la fureur du combat, le désespoir des vaincus, la douloureuse ambiguïté des sentences humaines, et cette bête petite chose qui différencie (soi-disant) l'homme de l'animal : la sensibilité. Oui, la dernière partie est magistrale; et comme les précédentes sont loin d'être mauvaises, cela fait de Quatrevingt-treize un roman tout à fait recommandable (pour rester pondérée).
lundi 22 juin 2009
« Vivre éternellement »
Contrairement aux apparences, je n'ai absolument pas oublié que je me suis engagée dans le défi Blog-o-trésors et qu'il me faut donc lire 4 trésors tirés de l'immense liste dressée par Grominou.
J'ai déjà lu cette année des romans présents dans cette liste, mais je ne les compte pas comme une réelle participation au défi, puisque j'ai de mon côté choisi très précautionneusement les 4 livres que je voulais lire en connaissance de cause, pour ce défi.
Et celui qui ouvre le bal, aujourd'hui, est :
Le maître des illusions
de Donna Tartt (1992)
traduction de Pierre Alien, 1993, ed. Plon

Moi qui m'étais promis de ne jamais lire cette romancière à cause de son nom de famille...
Ce gros roman (706 pages en broché, mais ce sont de gros caractères, et une écriture fluide) a pour cadre principal le campus d'une université américaine du Vermont, où un étrange professeur de grec ne choisit ses élèves que sur des critères totalement subjectifs.
Chaque année, ils sont au maximum cinq à pouvoir suivre son enseignement fort peu orthodoxe. Mais, alors qu'il a déjà constitué la liste des cinq élus, se présente un sixième candidat, Richard, un jeune Californien qui voulait fuir ce qu'il avait toujours connu.
Ainsi, cette année, ils seront six. Henry, Charles et Camilla (des jumeaux), Francis, Edmund et Richard.
Seulement, dès la première phrase, on apprend qu'Edmund est mort, et que sa mort n'a rien d'accidentel. Quels sont les liens qui se sont créés entre ces six personnes ? Pourquoi en sont-ils venus à tuer l'un des leurs ?
Richard, des années plus tard, raconte cette nébuleuse année universitaire, qui a gentiment détruit chacun d'eux.
Voilà donc l'habile construction du Maître des illusions : les étranges relations des différents personnages nous sont rapportées par l'un d'eux, et surtout par celui qui en sait le moins, ce qui accentue le côté mystérieux et inquiétant du récit. En effet, quand Richard arrive dans le Vermont, les cinq autres étudiants se connaissent déjà (ils suivaient déjà les cours de grec l'année précédente), et il doit se greffer à ce microcosme en tentant de s'y fondre le mieux possible. Il se rend vite compte qu'on lui cache des choses et que l'apparente étrangeté de ces jeunes n'est pas que le fruit de son imagination. Mais c'est justement cela qui devient attirant - ah, ces campus américains où l'on boit jusqu'à en crever, où l'on consomme de la drogue sans s'interroger sur sa provenance, où l'on retrouve dans le lit de la voisine sans savoir comment on a pu déraper ainsi... C'est mythique, c'est irrésistible - du moins à mes yeux. Décadent, auto-destructeur, puissant et attirant. Quand on choisit de fictionnaliser cet univers particulier qu'est un campus, on peut décider d'aller très loin dans la noirceur et le glauque. A ce point de vue, je trouve Donna Tartt relativement sage; je n'ai pas retrouvé ici les orgies de sexe et/ou de drogue dont un petit Bret Easton Ellis nous a régalés dans Les lois de l'attraction par exemple. Si j'évoque Ellis, ce n'est pas par hasard, mais parce que son nom est facilement associé à celui de Donna Tartt; au vu de ce que j'ai pu lire, pourtant, le rapprochement n'est pas des plus judicieux. Ellis me semble plus concentré sur le trash, et Tartt dans le romanesque sombre. A mes yeux, il y a une belle différence.
Dans un sens, Le maître des illusions est beaucoup moins sulfureux que je ne l'aurais cru, et cela s'est pratiquement transformé en déception. Il y a de quoi aller encore plus loin avec un tel sujet. Vous me direz, des rites dionysiaques, des jeunes qui se vautrent dans l'alcool, un petit meurtre involontaire, cela est déjà conséquent... et habilement mené, soyons honnête. Donna Tartt signe là son premier roman, et une telle maîtrise est à saluer. Il n'empêche que j'ai pris peur, à un certain moment de l'histoire, parce que tous les gros événements étaient arrivés et que je ne comprenais pas avec quoi l'auteur allait remplir les centaines de pages qui restaient. Mais, au fil de l'intrigue, les portraits des personnages s'affinent, et le thriller laisse place à une étude de caractères très intéressante. On découvre que les personnages sont comme atteints d'une gangrène intérieure qui leur fait perdre leur sang-froid et le sens de la réalité - au vu de ce qu'ils ont fait, on comprend qu'ils perdent pied... Ainsi, au moment où je craignais l'ennui, la romancière a su me captiver encore plus.
Je pourrais pourtant encore trouver quelques petits défauts, comme un petit manque d'effort au niveau du style (c'est que je suis difficile; mais je pense que le roman aurait eu encore plus de souffle si l'écriture avait été encore plus travaillée), ou comme la très faible présence du professeur de grec, Julian, alors qu'il est quand même le pilier originel de toute l'action. Il aurait mérité d'avoir un portrait encore plus ciselé, et d'être plus présent au fil de l'intrigue, pour renforcer son rôle capital. Sa présence clairsemée (et paradoxalement essentielle) est un peu frustrante.
Dans l'ensemble, je ne crois pas me fourvoyer de trop en pensant que Le maître des illusions est un très bon roman, un voyage dans les cerveaux torturés de quelques marginaux aux idées redoutables. On peut largement trouver plus noir, plus haletant, plus écoeurant, mais dans son registre, ce roman est une belle réussite. D'écrire ces quelques mots m'a même donné envie de le relire, c'est dire.
« Je déteste Gucci », a fait Francis.
« Vraiment ? » a dit Henry en sortant de sa rêverie. « Vraiment ? Je trouve ça plutôt grandiose. »
« Allons, Henry. »
« Eh bien, c'est tellement cher, et tellement laid, n'est-ce pas ? Je crois que c'est volontairement laid. Et les gens l'achètent par pure perversité. »
« Je ne vois pas ce que tu trouves de grandiose à ça. »
« Tout est grandiose quand c'est vraiment fait à grande échelle. »
(j'adore !)
Ce livre a été trésorisé par Alwenn, Restling et Karine (pour cette dernière, le lien vous envoie sur son billet; les deux autres demoiselles n'ont pas, elles, critiqué ce roman sur leurs pages, et je les pardonne dans un grand élan de mansuétude).
jeudi 18 juin 2009
Le monde est à prendre, le monde est à perdre
Ritournelle de la faim
J.M.G. Le Clézio
Gallimard, rentrée littéraire 2008

« La tension remontait par vagues. Ethel sentait la même nausée dans sa gorge, à écouter ce concert de mots, d'exclamations. Sans doute était-elle, du fait de son âge, la seule qui écoutait sans rien dire. Pour les autres, ils avaient passé la plus grande partie de leur vie, et les mots n'étaient que du bruit, du vent. Ils n'avaient pas vraiment de réalité. Peut-être même qu'ils servaient à masquer la vie. »
Je ne sais pas s'il en est de même pour vous, mais quand j'approche un auteur pour la première fois, j'hésite sur la conduite à tenir : lire une de ses œuvres les plus célèbres (en l'occurrence, Désert) ? écouter la copine qui préfère les nouvelles aux romans (Mondo et autres histoires) ? commencer par son premier livre ou se diriger vers le dernier livre paru ?
En général, j'aime faire les choses dans l'ordre, afin de voir comment l'auteur peut évoluer au fil du temps. Mais, mes amis, j'ai un challenge en cours alors le choix a été vite fait.
Pourtant, je ne vous parlerai pas réellement de ce roman, tout simplement parce que je ne sais pas quoi en dire. Sa lecture doit bien remonter, ohlala, à deux semaines et mes souvenirs s'embrument déjà. C'est vous dire à quel point c'est une œuvre qui m'a marquée...
Je savais que Le Clézio était un auteur difficile, je savais aussi que Ritournelle de la faim était plus accessible que certains de ses autres romans... C'est sûr, le style est compréhensible, le lecteur se laisse guider sans heurts, l'histoire est limpide. On suit Ethel (portrait plus ou moins romancé de la mère de l'auteur), jeune fille dans les années 30, on assiste à ses désillusions et à ses colères constructives, à sa situation personnelle et familiale pendant la Seconde Guerre Mondiale... Je n'ose même pas exposer plus en profondeur l'intrigue du roman, ce serait affligeant parce que je manque totalement de conviction. Je ne veux pas sous-entendre que Ritournelle de la faim est un mauvais roman, mais je veux bien croire que ce n'est pas représentatif du reste de l'œuvre de Le Clézio. Ce n'est pas ce genre de texte qui justifie un prix Nobel de littérature, en somme.
J'aurais préféré que le texte soit moins accessible au premier abord, mais qu'il abrite des phrases d'or, des instants de grâce, quelque chose de plus percutant...
Cela reste une lecture agréable, un instant tranquille avec un romancier qui mérite sans doute d'être découvert avec un autre de ses textes. D'ailleurs, cruelle que je suis, j'ai conseillé Désert à quelqu'un de ma famille (j'aime que les autres essuient les plâtres à ma place). Ladite personne a effectué un voyage de plusieurs semaines au côté de Le Clézio, mais elle m'a soutenu que cela en valait la peine; à coup sûr, je retrouvé cet auteur un jour, avec une de ses œuvres plus connues.
Oui, je sais, on m'a connue plus inspirée.
D'autres l'ont été pour moi : Amanda, Saxaoul et Bladelor ont bien aimé; Gambadou et Catherine ont été encore plus charmées.
Heureusement qu'elles sont là, hein.
mardi 16 juin 2009
A la folie
« Une bretelle d'autoroute plus loin :
- Est-ce que Dieu est dans votre vie, là ?
Putain. Jésus. Et il fallait que ça tombe sur moi...
- Non. »
Il est des auteurs qu'on catalogue un peu trop rapidement. Non, à mes yeux, Gavalda n'est pas dans la même catégorie que Levy - arrêtons de dire des conneries !
Il est des auteurs qu'on retrouve toujours - toujours ! - avec le même plaisir, la même petite émotion qui papillonne au fond de la gorge. Je me souviens tellement bien de la sortie de Je voudrais que quelqu'un m'attende quelque part, de la couverture que je croisais à chaque fois que j'allais au supermarché. J'avais quinze ans, pas d'argent de poche, ce livre m'attirait, quand j'ai enfin pu le lire, je m'étais faite une nouvelle amie.
Puis Je l'aimais m'a fait pleurer, ou presque.
Puis il y a eu L'échappée belle, une nouvelle qui parle de mariage, de chapeau, de château, aussi.
Puis Ensemble, c'est tout, qui a continué à faire du bien à la lectrice que je suis, parce que cette romancière a un talent fou pour créer des personnages attachants. Réellement attachants.
Puis il y a La Consolante, qui en a déprimé plus d'un, à cause du style, à cause de la "posture" de l'auteur (refus d'interviews télévisées, envie d'écrire plus que de justifier l'acte d'écrire, etc), à cause de ces phrases toutes tordues, alambiquées, cassées.
Un peu comme Charles, en somme.
Charles, on le sait d'emblée, il n'est pas heureux. Il y a des gens, comme cela, qui s'obstinent dans un chemin de vie qui ne leur correspond pas, parce que sortir des sentiers battus fait tellement peur...
Charles, il a quoi ? 40, 45 ans ? Il est architecte, il court sur des chantiers en Russie, ça ne l'amuse plus tellement; il est en couple avec une femme mais ça ne rime plus à rien, l'échange entre eux est mort. Elle, elle a une jeune adolescente, Mathilde, à fleur de peau, qui l'est encore plus parce qu'elle voit son entourage s'effriter alors qu'à l'adolescence, on a besoin de murs bien solides pour se rattraper quand on se casse la gueule.
Charles s'ennuie, Charles ne va pas très bien. La seule personne à l'écouter, à le faire rire, à l'émouvoir, c'est Claire, sa "petite sœur", elle aussi bien paumée d'ailleurs...
« Une fois dans sa voiture, ralluma son portable, aucun message bien sûr, se mit en veilleuses, jeta un coup d'œil au rétroviseur pour déboîter et vit que sa lèvre inférieure avait doublé de volume. Et qu'elle saignait.
Pauvre idiote, se malmena-t-elle en continuant de mordiller là où c'était si bon d'avoir mal. Pauvre petite robe noire. Capable de contenir des millions de mètres cubes d'eau en t'adossant à un barrage monstrueux, mais infoutue d'endiguer trois larmes et bientôt emportée, noyée, sous un chagrin ridicule. »
Puis Charles tombe de haut, parce qu'il reçoit une lettre, une toute petite lettre. Qui parle d'Anouk...
Anouk, la mère de son grand ami d'enfance (Alexis). Anouk, qui impressionnait Charles par son humour et sa rage de vivre, par son désespoir aussi. Anouk qui était infirmière mais qui aurait bien eu besoin qu'on la soigne aussi... besoin que quelqu'un prenne soin d'elle, un peu... Anouk, l'amour de sa vie, est morte; et même s'il n'avait plus de nouvelles depuis 20 ans, cela suffit à le faire sombrer.
A lui faire faire n'importe quoi.
A se souvenir de cette enfance bordée par Nounou (ah, Nounou...), des gâteaux qui parlent, de cette femme qui lui avait dit, tu dessines si bien, il faudra que tu sois architecte...
A déraper au quotidien, à détruire le semblant de couple qu'il formait avec cette femme qui ne lui ressemblait pas.
A partir à la recherche de cette vie ratée, ou plutôt, de cette vie oubliée.
Oui.
Une lettre, une toute petite lettre, cela suffit à changer la vie de Charles Balanda.
« Son avion pour le Canada était à dix-neuf heures et elle se trouvait à quelques kilomètres de l'aéroport. Quitta l'agence à l'heure du déjeuner.
« Le cœur en bandoulière », voilà une jolie expression.
Partit le cœur en bandoulière, donc.
A jeun, ému, nerveux comme pour un premier rendez-vous.
Ridicule.
Et inexact.
Il n'allait pas au bal mais dans un cimetière et c'était plutôt en écharpe qu'il était, ce petit muscle estropié. »
Il n'y a rien d'autre à dire. En fait, si. Il y a les Vesperies, cette vieille ferme délabrée qui ressemble au paradis (mais en plus joli, en plus merveilleux, en plus incroyable), il y a Kate, la belle Américaine dont la vie a aussi été bouleversée par des deuils infaisables, par un trop-plein d'amour et de solitude qui saccage les humains.
Il y en a, des choses à dire, à vivre, à lire. Oui. La Consolante n'épargne pas son lecteur, je veux dire : n'épargne aucun lecteur. Certains ont jeté l'éponge (Amanda); d'autres ont tenu bon mais le plaisir était loin d'être omniprésent (Gambadou, Laurence). Puis il y a ceux qui ont aimé, sans aucune réserve (Cathulu, Bellesahi, Anne).
La Consolante est un roman qui a paru déroutant à plus d'un lecteur, mais aucune des difficultés généralement répertoriées (le manque de pronoms, les points de suspension, etc) n'est venue jusqu'à moi. Vous entendrez aussi parler du cap des 250 premières pages, je le comprends mal, le style reste le même du début à la fin, et je me suis installée dès les premières lignes dans la vie de Charles Balanda; mais ça, je comprends en revanche que ça ne soit pas le cas de tout le monde.
Je n'ai pas envie de vous parler de cette lecture, voilà, c'est dit, je n'ai pas envie de vous expliquer le pourquoi du comment, pourquoi ça continue à me faire mal au cœur en écrivant ces pauvres lignes alors que j'ai lu ce roman il y a un mois (mais la musique que j'écoute est tellement triste aussi, voilà, accusons la musique), je n'ai pas envie de disséquer mes émotions devant vous, il y a des choses qui se partagent, d'autres moins.
Mais je vais quand même vous dire que La Consolante est un roman d'une tristesse inouïe, que j'ai dévoré en un week-end parce que je ne voulais plus quitter ce Charles tant que je n'étais pas certaine qu'il atterrirait entre de bonnes mains, je pourrais vous dire qu'Anna Gavalda m'a noué la gorge comme jamais auparavant, que c'est un livre de mort, de deuil, de chagrins inconsolables, de vies douloureuses. C'est un livre de vie. Mais parfois, ça fait tellement, tellement mal de vivre...
« Que je passais le plus clair de ma vie à soulager les gens mais que personne ne s'était jamais occupé de moi. Que j'étais fatiguée, que j'avais du mal à dormir, que je vivais seule et que je buvais quelquefois, le soir, pour pouvoir m'endormir parce que ça m'angoissait terriblement de savoir qu'un enfant dont la vie dépendait de la mienne dormait dans la pièce d'à côté... »
Dieu que c'est impudique de raconter ses lectures sur un blog...
L'histoire est tellement banale; des gens écorchés, il y en a partout et on continue à vivre tranquillement sans se soucier d'eux. De toute façon, on a nos propres blessures à soigner. Pansement par-ci, baume par-là.
Que des leurres.
L'histoire est tellement banale a priori. L'une des grandes forces d'Anna, de ses livres, c'est cette rage de vivre, cette (comment on avait formulé ça, déjà) énergie du désespoir, non, attendez, c'est l'énergie du vaincu.
Voilà. C'est l'espérance dans la déchirure, comme dirait mon ami Henry Bauchau.
Il y a une telle force vitale dans les romans d'Anna Gavalda qu'on est emporté dans le tourbillon, qu'on est obligé d'avancer avec les personnages, et ça fait du bien. On a mal mais on rit encore.
Je ne vous parlerai pas objectivement de ce roman, de sa forme, des procédés stylistiques de l'auteur, on s'en fout - je m'en fous.
Avant, j'aimais bien Anna Gavalda, c'est vrai, je l'ai toujours bien aimée. Mais là, elle a dépassé toutes mes espérances; dans ma vie de lectrice, La Consolante est un grand roman.
« - Ce qui est incroyable, lança-t-il, c'est qu'avec vous, tout est histoires et que toutes les histoires sont belles...
- Mais tout est histoires, Charles... Absolument tout, et pour tout le monde... Seulement, on ne trouve jamais personne pour les écouter. »
(Cuné, Cuné, où a disparu ton billet ?)
mercredi 10 juin 2009
Shhh, I'm reading !
Mon goût pour l'inutile n'est plus à prouver; malgré tout, je me démène une nouvelle fois, rien que pour vous, en répondant à un merveilleux questionnaire que vous avez déjà croisé sur tous les blogs. Sauf le mien. Une telle lacune ne pouvait pas être ignorée plus longtemps.
Je promets des réponses pleines de scoop.
Ou pas.
Je savais que je pouvais vous caser la photo d'un chat cette semaine !
Plutôt corne ou marque-page ? Les deux ont une fonction différente chez moi. Le marque-page (de manière totalement étonnante et révolutionnaire) me sert à marquer ma page (j'ai bien fait de vous prévenir, pour les scoops...).
En revanche, il m'arrive aussi de corner des pages, mais uniquement quand :
- je n'ai pas de crayon à proximité et que je ne veux surtout pas oublier de recopier ensuite un passage d'une page précise (car oui, j'adore crayonner et recopier)
- je lis un policier; dans ce cas, je corne une page où des informations qui me semblent importantes sont rapportées - comme ça, je retrouve facilement la page une fois que je veux revenir en arrière (en général, je découvre à ce moment-là que mes propres théories étaient totalement foireuses).
As-tu déjà reçu un livre en cadeau ? Même ceux qui n'aiment pas lire ont déjà reçu un livre en cadeau, un jour ou l'autre. Alors pensez, ceux qui aiment lire...
Lis-tu dans ton bain ? Cette question me donne autant envie de pleurer que si on m'avait demandé si je lis sur mon balcon ombragé, installée dans une balancelle : je n'ai ni baignoire, ni balcon, ni balancelle. Ce n'est pas amusant tous les jours.
As-tu déjà pensé à écrire un livre ? Environ un million de fois, oui. Heureusement, je me suis abstenue à chaque fois. Et l'envie m'a quittée un beau matin de mai.
Que penses-tu des séries de plusieurs tomes ? La même chose que des livres avec une couverture verte (ou avec un nombre impair de pages, une épigraphe de plus de cinq lignes, un héros qui s'appelle Bruno, etc) : je ne suis ni pour, ni contre (bien au contraire).
Si l'écriture de plusieurs tomes est justifiée, je ne vais pas rouspéter. En revanche, j'ai horreur des romans coupés en plusieurs volumes pour des raisons stupides (comme Autant en emporte le vent, Anna Karenine, et les autres...)
As-tu un livre culte ? J'imagine qu'Harry Potter (la série en plusieurs tomes totalement justifiés) pourrait remporter ce titre (et le premier qui soupire derrière son écran risque de subir le maléfice du Folloreille, à ses risques et périls...).
Aimes-tu relire ? Sans doute, mais je ne le fais quasiment jamais. J'ai sacrément diminué (involontairement) mon rythme de lecture, ce qui m'encourage encore moins à relire.
Rencontrer ou ne pas rencontrer les auteurs de livres qu’on a aimé ? Ne pas rencontrer. J'ai horreur des séances de dédicace, ou des salons littéraires, je n'ai aucune envie de rencontrer un écrivain et de lui dire "Je ne vous connais pas, mais je vous aime beaucoup", ça ne m'apportera rien, et j'imagine que l'exercice de la dédicace est assez ennuyeux pour l'écrivain aussi.
Ceci dit, je suis déjà allée faire signer quelques livres, en me promettant à chaque fois de ne plus jamais recommencer.
Autrement, j'aime les rencontres qui se font autour de débats, j'y vais pour écouter ce que l'écrivain a à dire, et je file quand il commence à signer des livres.
Aimes-tu parler de tes lectures ? La plupart du temps, oui; mais essentiellement à l'écrit, pour une raison toute bête : je suis rarement bavarde, et parler de livres ne me délie pas forcément plus la langue.
Comment choisis-tu tes livres ? Selon mon humeur, selon ce qu'on m'a conseillé récemment, selon ce qu'on m'a prêté... Je choisis par curiosité, par affinités, par hasard.
Une lecture inavouable ? Je ne vois pas trop; j'ai eu un mal fou à acheter Baise-moi de Virginie Despentes, à cause du titre... Mais je l'avoue sans honte, c'est juste l'achat qui m'avait gênée à l'époque. Ah, si, attendez, j'ai trouvé !! J'ai un livre de Jacques Salomé sur ma table de chevet. Je vous invite cordialement à rire.
Des endroits préférés pour lire ? Oui, mais je ne les ai pas encore trouvés.
Il me tarde de vivre dans un appartement assez grand pour y caser un fauteuil ultra confortable où je me vautrerais en toute impunité...
Un livre idéal pour toi serait : celui qu'on peut relire à différentes périodes de sa vie, sans jamais en épuiser toute la richesse et sans jamais considérer son contenu comme vieilli, dépassé.
Lire par dessus l’épaule ? C'est trop difficile, mais j'aime capter quelques phrases... Puis surtout, je cherche à voir quel livre le voisin de métro/train/etc lit. Si je n'arrive pas à croiser la couverture, je suis terriblement frustrée.
Télé, jeux vidéos ou livre ? Officiellement, je n'ai pas la télé. J'ai la plus jolie console du monde (une nintendo DS lite rose), mais je l'use rarement, hélas. Il faut que je sois dans le train pour ça, ou que je sois ailleurs que chez moi (ça a un petit côté "je m'ennuie chez les autres, comblons le temps en jouant", mais ce n'est pas réellement ça).
En fait, les livres gagnent forcément le combat, et les jeux vidéos arrivent en deuxième position.
Lire et manger ? Je le faisais pendant ma dernière coupure d'Internet - le matin, le midi si j'étais chez moi... C'est assez agréable.
Lecture en musique, en silence, peu importe... Généralement en silence, sinon ça me déconcentre. Ou il faut que ce soit de la musique classique. Par contre, dans les transports en commun, j'arrive à écouter de la musique (non classique) tout en lisant, ça ne me gêne pas, au contraire.
Dès que j'ai un peu d'argent de côté, je vous promets d'aller voir un psy.
Lire un livre électronique ? Never !
Livres empruntés ou livres achetés ? J'achète peu pour des tas de raisons (je suis peu dépensière quel que soit l'objet, et je n'achète de livres que quand je suis sûre (ou presque...) que cela me plaira. Je me permets de prendre des risques quand le livre est d'occasion, mais pour les livres neufs, je mûris longuement mes achats). Donc j'aime assez emprunter, j'ai de très bonnes bibliothèques sur ma ville. Et j'ai malgré tout une jolie PAL en réserve.
Quel est le livre que tu lis actuellement et quel sera le prochain ? Je lis Quatre-vingt-treize de Victor Hugo, c'est superbe mais laborieux quand on est aussi inculte que moi. Puis je dois lire cinq pages par jour, quelle rapidité...
Le prochain ? J'ai constitué une petite pile à lire absolument en juin, mais son contenu ne vous regarde pas encore !
As-tu déjà abandonné la lecture d'un livre ? Oh, oui. Cette année, ça m'est arrivé assez souvent : le Journal d'Anne Frank, Petits pains au chocolat de Roxanne Duru, Le nom de la rose d'Umberto Eco, Soixante-neuf tiroirs de Goran Petrovic, hum, what else ? Je ne me souviens pas. Parfois, j'ai l'impression que je pourrais vivre sans lire, et ça me fait peur. Si on m'enlève ça, que me reste-t-il ?
(les fraises Tagada, certes, mais je suis en plein régime)
Quel est le premier livre que vous avez adooooooré d'amour ? Sans doute Le facteur du Père Noël; les autres souvenirs qui me viennent en tête sont plus tardifs... Je sais que j'ai déjà parlé de ce livre ici, tenez, c'est par là, dans la première partie du billet.
Ah, voyez, ce fut passionnant pour vous de suivre mes réponses existentielles, n'est-ce pas ? Je vous gâte trop.





