N.u.l.l.e.

Nouvel Univers Lunatique et Lacunaire d'Erzébeth

vendredi 31 juillet 2009

We need a holiday !

Afin de fêter avec vous l'arrivée officielle de mes vacances (et mon départ imminent, parce que je l'ai bien mérité), j'ai décidé de vous mettre à contribution, parce que certaines questions me turlupinent allègrement.
Mais évidemment, un billet n.u.l. ne le serait qu'à moitié sans une illustration, alors attention, accrochez-vous, voici le début de la fin de ce blog :

DSCN2881

Oui, Caro[line], c'est le clin d'œil qui t'est adressé. Quand j'ai parlé de cochon, tu as osé me défier de mettre des chatons sur mon blog. C'est fait.
(sachez que j'ai failli adopter le petit blanc puis, choquée d'avoir moi-même eu une telle idée, je l'ai abandonnée)
(maintenant, je me concentre sur le plus foncé)

Fermons la parenthèse animale, ouvrons-en une plus technique.
Je voulais savoir ce que vous pensez de ce blog. Pas du contenu (je ne sais que trop ce que j'y raconte d'inutile), mais plus du contenant, de la forme.
- En avez-vous marre de cette bannière toute triste ? (moi, pas)
- Préfèreriez-vous d'autres couleurs pour le fond du blog, pour l'écriture des billets ?
- Avez-vous envie que je cède à la nouvelle mode des tags ? (en sachant que si je m'y mettais, ce serait de manière sérieuse, parce que je ne pourrais jamais atteindre l'humour de Fashion ou de Mo)
- Aimeriez-vous plus d'images, moins d'images ? Plus de catégories (les miennes sont foireuses, certaines sont totalement abandonnées, j'en ai conscience) ?
- J'ai aussi un problème avec les commentaires; je les trouve mal faits chez Canalblog, parce qu'on identifie mal les réponses du bloggueur (moi, en l'occurrence), parce qu'on ne peut effectivement pas savoir par mail si j'ai répondu à votre petit passage... Est-ce que ça vous gêne ? Êtes-vous capable de surmonter cette petite déficience technique, ou c'est un peu pénible ?
- Voudriez-vous plus d'infos techniques dans les billets de lecture (par exemple, nombre de pages du roman, pourquoi pas l'ISBN (un détail qu'on ne retrouve que chez les bibliothécaires, ça me fait toujours sourire), ou, je ne sais pas, n'importe quoi d'autre) ?
Je vous écoute. Sur tout ça, et sur le reste. J'aimerais améliorer cette enveloppe blogguesque, mais je manque d'idée, et j'aime entendre les avis des autres.
Mais que deux choses soient claires :
- le nom du blog ne changera pas. Je tiens à rester n.u.l.l.e.
- je vous lirai avec grande attention, certes, mais je reste malgré tout maître des lieux, et si changements il y a, ils ne seront peut-être pas (totalement) conformes à vos désirs.

La parole est à vous !

Posté par erzebeth à 09:25 - égocentrisme - Commentaires [32] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

mercredi 29 juillet 2009

Kill The Lights

Ceux qui savent d'où vient ce titre ont des goûts musicaux aussi déplorables que les miens, vous vous exposez donc aux moqueries dans les commentaires.

* Je prends mon idée de régime très au sérieux. La preuve, après m'être fait enlever quelques corps étrangers (ne posez pas de question) qui devaient peser, oh, plusieurs grammes (des dizaines ? une centaine ? plus ? aucune idée), j'ai décidé de continuer dans cette voie en allant chez le coiffeur.
Au moins dix centimètres. Là aussi, j'ai perdu quelques grammes. Ma silhouette en est bouleversée.
Arrêtons de croire les magazines féminins qui nous abreuvent de régimes et de restrictions; il y a d'autres moyens de perdre du poids. Tenez, je me suis même coupée mes jolis ongles. Je suis prête à tout.

* J'ai bien fait d'aller chez le coiffeur aujourd'hui, parce que j'ai eu droit à une pluie de compliments. La jeune femme, adorable, a d'abord grimacé quand j'ai dit que je voulais couper tout ça, allez-y, je n'ai peur de rien.
« Bon, les couper... mais autant ? Ce serait dommage, ils sont si beaux. » (peux-tu me le dire encore une fois ?)
« Vous avez une teinte naturelle absolument superbe. » (rire faussement gêné, qui cache en fait une fierté difficilement contrôlable)
« Des mèches ? Ah non, non, ne faites pas ça, ça va gâcher votre couleur qui est si belle. » (ah, ah, AH)
Même au moment de payer (ouch), une cliente (vieille, avec des cheveux gris très courts) me regardait presque émerveillée (je vous assure que je n'en rajoute pas), jalousant ma magnifique chevelure (là, j'en rajoute) et m'a dit : « Très joli... » et d'autres compliments, mais comme les larmes lui montaient aux yeux de ne pas avoir autant de chance que moi (là, j'exagère aussi), j'ai eu du mal à comprendre la suite (en fait, elle articulait juste mal).
Et devinez combien de demandes en mariage ai-je eu sur le chemin du retour ?
Zéro.
Les Sudistes sont des cons.

* Après moultes péripéties, j'ai enfin pu voir Harry Potter et le Prince de sang-mêlé. Très bonne adaptation au demeurant, mais je ne me sens pas d'en faire un billet intégral. C'est drôle, visuellement magnifique, convaincant. Drago s'est étoffé (mais après sondage, on était tous d'accord : il est très beau. Mais de dos) (c'est déjà beaucoup), Ron-Ron est parfait, certaines scènes ne semblent être là que pour faire plaisir aux lecteurs (notamment le passage dans la boutique des jumeaux - c'est très court, presque "inutile" mais si ça n'avait pas été là, il aurait manqué quelque chose). Évidemment, certaines retouches font grimacer (la bataille du Terrier et la non-bataille finale) (ceci dit, le loup-garou me fout une trouille terrible. Ouh qu'il est laid !). Mon top 4 :
- la discussion sur la peau, dans le dortoir, entre Harry et Ron
- Luna Lovegood tout entière. Je veux être cette fille.
- l'imitation des mandibules par Harry, lors de l'enterrement d'Aragog
- le feu, dans la grotte, créé par un Dumbledore - digne de Gandalf dans les mines de la Moria, vraiment.
Je ne m'appesantis pas, mais que les choses soient claires : Dumbledore n'est pas mort. Je l'aime trop pour ça.

(ah oui, une dernière chose : quand le "fameux-personnage" dit "Je suis le Prince de sang-mêlé", c'est kitsch au possible. On dirait presque qu'il dit "Harry... Je suis ton père !")

* Par contre, j'ai pris le temps d'écrire un billet sur The Reader. En ligne lundi prochain. Soyez présents au rendez-vous, je révolutionne tout. (non, c'est faux, en vérité, j'ai honte)

* J'ai des bagages à préparer, un livre à terminer, des obligations à remplir, des mails à écrire et des billets aussi, d'ailleurs, j'ai du ménage à faire et des décisions à prendre. Il me reste deux jours pour ça. On y croit à mort.

* Vous ne trouvez pas que la délicieuse Ginny Weasley est la fille cachée d'Holly Hunter ?
(je vous le prouve avec des images qui ne prouvent rien, mais acquiescez, ça me fera très plaisir)

ginny holly

* Le prochain billet contiendra un clin d'œil destiné à Caro[line]. Non, il ne sera fait allusion à aucun boiteux; je vous laisse chercher par vous-même. Ne vous inquiétez pas, le suspense sera levé vendredi.

Les bêtises ont assez duré, ce billet est terminé.

17h12, EDIT DE LA PLUS HAUTE IMPORTANCE - Je cède à la pression de la foule et dévoile ma beauté capillaire.
Premièrement, une photo d'une médiocrité saisissante (avant, je réussissais les photos de dos, mais depuis que j'ai déménagé, ça ne marche plus) :

DSCN2919

Il faut que je savoure, tout le bouclé aura foutu le camp d'ici demain matin, je redeviendrai plate et morne comme d'habitude. Soupir.
Ensuite, deux photos d'une élégance rare, où j'allie magnificence, classe, distinction et sexytude :

DSCN2923  DSCN2922

Ne me remerciez pas.

Posté par erzebeth à 12:48 - égocentrisme - Commentaires [37] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

dimanche 26 juillet 2009

La boucle est bouclée

Home_Photo_booksIl y a bientôt un an de cela, je prenais une décision (n'allez pas croire que je n'en ai pas pris d'autres depuis, mais c'est qu'elles ne vous concernent pas toutes, bande de viles curieux). Lorsque je me suis engagée, c'était plus sous le coup de la folie que de la raison. Comment présager de ce qui m'attendait ? (c'est pas très français, ça, non ? soyez magnanimes autant que je le suis, merci)
L'inconnu s'ouvrait sous mes pas, et aucun tremblement ne parcourait mon corps. Non, ce n'était guère suspect : c'était de l'inconscience.

(vous sentez la tension dramatique ? je ne sais pas encore ce que je veux faire dans la vie, écrire des romans à l'eau de rose ou faire voix off d'une émission de TF1, mais dans les deux cas, j'ai mes chances)

Oui, il y a bientôt un an de cela, je rejoignais le Challenge du 1% littéraire 2008.
Avec un nom pareil, on pourrait espérer que le sujet du challenge soit limpide, mais par mesure de précaution, je vous rappelle les faits : lors de la rentrée littéraire de septembre 2008, 676 romans ont participé à cette immense mascarade. Le but du jeu était d'en lire (au moins) 1%, à savoir 7 livres (il aurait été trop dommage d'abandonner le 7e aux trois quarts, uniquement pour respecter les chiffres).
L'initiatrice de ce mouvement littéraire n'est autre que
Levraoueg. Alors que l'intrépide lectrice qu'elle est vient de lancer l'édition 2009 de son challenge (vais-je ou non participer, cette question est sur toutes les lèvres, un frisson d'inquiétude vous traverse tous, je le sais), je pensais qu'il était bon de faire le bilan de ma propre participation.

En vérité, j'ai lu sept livres et demi mais, le demi ayant été logiquement abandonné en cours de route, je ne m'appesantis pas là-dessus.
Ainsi donc, j'ai lu trois premiers romans : deux sont canadiens (
De Niro's game de Rawi Hage et La gueule du loup de Nadia Gosselin), le troisième est français (La relieuse du gué d'Anne Delaflotte Mehdevi).
J'ai lu l'une des vedettes incontournables de chaque rentrée littéraire, Amélie Nothomb, avec
Le fait du prince.
J'ai découvert le prix Nobel de Littérature 2008, via son dernier roman : 
Ritournelle de la faim du respectable J.-M.G. Le Clézio.
J'ai lu une nouveauté qui n'en était pas vraiment une (puisque sa publication, aux États-Unis, date de 1968), à savoir
Notre petite vie cernée de rêves de Barbara Wersbra.
Puis, j'ai retrouvé avec plaisir celle qui me plaît tant, Nina Bouraoui, avec
Appelez-moi par mon prénom, roman où, d'ailleurs, aucun personnage n'est jamais vraiment nommé.
L'ensemble n'est pas si varié que cela, si l'on remarque qu'on y trouve cinq francophones, mais l'univers de chaque roman, lui, m'a semblé bien distinct. Il est évident que ce challenge m'a permis de faire des découvertes (Le Clézio, sans ça, serait resté dans ma liste d'auteurs à découvrir). Ces sept romans, on me les a prêtés, on me les a donnés, je les ai empruntés ou achetés. J'ai trouvé quelque chose de plaisant dans chacun d'eux. Maintenant, si je devais dire lequel a gagné mes faveurs plus que les autres, je ne ressens pas d'hésitation : par sa poésie, son atmosphère à la fois douce et mystérieuse,
La relieuse du gué m'a procuré un enchantement plus profond que les autres romans de cette liste.

Ce qui a été intéressant aussi, dans ce challenge, c'est que ça m'a permis de suivre un peu l'actualité littéraire. Généralement, j'en suis assez déconnectée (je regarde juste de temps en temps si un auteur que j'apprécie sort un livre, mais ça va rarement plus loin); or, là, il y a beaucoup de romans que je sais faire partie de cette rentrée littéraire, parce que vous en avez parlé, et parce que je me suis un peu mieux concentrée dessus. Même si j'ai du mal à comprendre ce phénomène éditorial, j'ai aimé ne pas être ignorante de ce qui se passait dans le milieu littéraire.
Vous me direz que c'est un bon argument en soi pour resigner cette année... A étudier...

Pour l'édition 2008 du challenge, Levraoueg a fourni un travail titanesque en répertoriant chaque lecture de chaque participant : cela se trouve sur cette page, c'est un index extrêmement consciencieux et formidable. Bien que certains titres reviennent dans les différentes listes, je trouve l'ensemble merveilleusement varié...

Mon faux bilan s'arrête là; excellent challenge 2009 à tous ceux qui y participent !

EDIT de la plus haute importance : suite à une magouille virtuelle, je suis autorisée à me lancer dans un challenge unique, celui du 0,5% - autrement dit, je ne dois lire que quatre nouveautés au lieu de sept (même si, j'ai bien compris, Levraoueg, je suis gentiment conviée à aller jusqu'au bout de l'aventure du 1%). Dès que je me souviens comment j'insère une image dans les colonnes, le logo de ce merveilleux challenge apparaîtra sur mon blog. Oui, c'est émouvant.

Posté par erzebeth à 11:03 - challenges - Commentaires [22] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

jeudi 23 juillet 2009

Oublier la peur

Appelez-moi par mon prénom
de Nina Bouraoui
Stock, 2008

http://media.paperblog.fr/i/201/2010272/appelez-prenom-nina-bouraoui-L-2.jpeg

« Il neigeait et j'avais cette idée qu'il neigeait à l'intérieur de moi, fuyant sans cesse son regard, gagnée par ce que je n'avais jamais su contenir : les Sentiments. »

Nina Bouraoui fait partie de mes auteurs contemporains préférés, et je crois que c'est justement ce détail qui me bloque pour écrire mon billet aujourd'hui. Ses romans sont très importants pour moi, et Appelez-moi par mon prénom m'a légèrement désarçonnée.
Il y est question d'une romancière, partie dédicacer son dernier livre en Suisse; il y est question d'une rencontre, entre cette femme et un de ses lecteurs, seize ans plus jeune, un étudiant qui sait la toucher en  lui montrant comment il a utilisé l'œuvre de la romancière pour la (re)créer de son côté. En effet, P. est étudiant en art. Il est beau; il est entouré de mystères; et dès que la narratrice le remarque, une légère brise s'insinue dans leurs vies.
Appelez-moi par mon prénom raconte les balbutiements amoureux, les premières étincelles de la passion, les débuts parfois maladroits qui nous chavirent sans qu'on n'y puisse rien. Parce qu'elle habite à Paris et lui  à Zurich, s'instaure entre eux une correspondance virtuelle, qui déborde vite en coups de téléphone... puis en retrouvailles...

Cela a beau être un roman assez fin (112 pages), il prend malgré tout le temps d'aborder différents sujets, dont la découverte d'un nouvel amour, la place qu'occupent le passé et nos souvenirs dans ces nouveaux sentiments, mais aussi la création, vécue différemment par les deux personnages - j'ai l'impression que P. (on ne connaîtra jamais son prénom) envisage plus cela comme une consolation : il suffit de voir la cellule qu'il a créée, une immense "boîte" où il prend rentrer et se réfugier en cas de choc émotionnel, une cellule où ne peut être écouté qu'un seul morceau de Mozart (son Laudate Dominum) et où l'une des parois contient des bribes de phrases censées l'aider à se protéger du reste du monde. Ça peut paraître étrange, je trouve cela fantastique. La narratrice (jamais nommée, mais le lecteur projette forcément Nina Bouraoui dans ses traits, surtout qu'elle parle d'un roman qu'elle est en train d'écrire, et qui correspond tout à fait à Avant les hommes), je reprends, la narratrice, elle, envisage la création comme une défense, comme une manière de remplir le vide de sa vie, comme une attraction née de sentiments négatifs : « Je pensais que l'écriture naissait d'une blessure et qu'il m'était impossible de produire [...] si j'étais heureuse. »
L'art étaye le récit, par les expériences personnelles des protagonistes, mais aussi par la présence d'autres artistes évoqués (peintres, musiciens, écrivains...), interrogeant ainsi la richesse du monde et ses multiples possibilités.

Là n'est pas l'essentiel, me direz-vous - alors, soit, parlons d'amour ! Lors de la rentrée littéraire de septembre 2008, Nina Bouraoui avait été questionnée par F. Busnel, et elle avait expliqué que dans toutes les différentes étapes de l'amour, celle qu'elle préférait par-dessus tout était celle qui précédait la concrétisation des sentiments. Une fois que l'amour était réellement vécu, il perdait presque de son ampleur (et Claire Castillon, aussi présente sur le plateau, avait totalement acquiescé). C'est une vision étrange de l'amour, mais aussi très compréhensible. Quand le cœur s'emballe sans encore obtenir ce qu'il recherche, tous les possibles s'offrent à lui; ce choix, cette lumière-là, est à savourer parce que cette étape est généralement suivie d'une chute (à plus ou moins long terme).

« Je refusais qu'il m'accompagne à la gare, lui cachant encore mes larmes. Nos séparations me rappelaient d'autres séparations. Je pensais que l'on ne guérissait pas de son passé. Je rentrais chez moi emplie d'images puis de vide. »

Dans ce roman, l'histoire qui lie la narratrice au jeune homme n'est finalement presque pas intéressante; et à mon avis, Nina Bouraoui en a eu conscience elle-même. Elle s'attarde peu sur les détails, il me semble qu'elle s'attache plus au côté universel du sentiment amoureux, afin que quiconque puisse s'y reconnaître. Ce n'est pas une histoire d'amour, mais l'histoire de l'amour (si, il y a une nuance). Mais parce que la narratrice a une sensibilité exacerbée, parce qu'elle a peur de vivre et de ressentir, l'appréhension de son nouveau sentiment amoureux est teinté de mélancolie. Elle a d'emblée conscience qu'il y aura une fin, que l'homme se leurre pour ne pas vivre seul, que l'on se retrouve désarmé face à une personne qui peut nous détruire en un clignement d'œil.
Tout cet étalage sentimental m'a parfois donné la nausée (vous commencez à connaître mon sens de l'exagération, n'est-ce pas); on a tous forcément ressenti un jour ce que Nina Bouraoui décrit, et je crois que contrairement à elle, je n'aime pas les prémisses de l'amour, parce que c'est une situation incertaine pour les gens comme moi qui ont tendance à trébucher au moindre pas. Mais sa description n'en reste pas moins juste et touchante...
Peut-être que cela aurait même mérité d'être encore plus approfondi; ce qui m'a étonnée dans ce livre-ci, c'est sa facture très classique - jusqu'ici, je n'avais jamais rien rencontré de classique dans les romans de Nina Bouraoui. Son style, beaucoup moins bousculé que d'habitude, s'attache à prendre des tournures plus "normales", et ces phrases, justement trop simples à mes yeux, sont trop étroites pour contenir l'amour, la passion, les sentiments qui rendent vulnérables, la fièvre. Tout cela est particulièrement subjectif; mais je n'ai pas retrouvé la bouleversante Nina que je connais, et cette absence est devenue au fil des pages un manque jamais comblé. Évidemment, il y a quand même de sublimes passages, des mots qui trouvent écho en moi, des petites épines qui traversent le papier. Mais le tourbillon que j'attendais n'est pas venu; cela reste une brise. Joliment maîtrisée, agréable à lire, touchante par instants.
Peut-être que Nina Bouraoui était justement heureuse au moment de l'écriture; je ne peux pas lui reprocher. Mais fatalement, on ne ressent pas la même urgence, la même fébrilité que d'habitude.

« Les toits de Paris ressemblaient à de petits rectangles bruns et imparfaits. Je me demandais combien d'histoires abritaient les bâtiments et combien de chagrins s'y préparaient. »

Levraoueg nous en parle justement aujourd'hui (et je suis totalement d'accord sur ce qu'elle dit sur les nouvelles technologies, bien amenées dans ce roman); Mango n'a pas aimé et c'est très triste. Pour finir, en farfouillant un petit peu, j'ai trouvé un second avis, dans les commentaires d'un billet chez Émeraude : le deuxième commentaire de Dom rapporte de jolies choses sur ce roman.

Ainsi s'achève mon  Challenge du 1%; oui, j'ai pris mon temps. J'essaierai de vous en faire un petit bilan très rapidement.

Posté par erzebeth à 18:38 - lecture - Commentaires [12] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

mercredi 22 juillet 2009

Il est l'or !

On trouve de tout sur les blogs (je ne vous apprends rien), mais ce tout comprend aussi du bon, à savoir : les tags qui font plaisir. Si, si, ça existe. Je peux vous assurer que, lorsqu'on vous décerne un blog d'or parce qu'on vous trouve exceptionnel (et encore, le mot est faible), ça fait bondir votre petit cœur de jeune fille sensible.
Dans la même journée, N.u.l.l.e. est devenu blog d'or pour
Kali et Caro[line] - ça a fait du lundi 20 juillet le plus beau jour de ma vie entière. Pas moins. C'est tellement gentil de leur part d'avoir pensé à moi que je ne sais comment les remercier. Je promets de les couvrir d'éloges, où que j'aille, jusqu'à la fin des temps.

Merci Kali !

Comme le veut la tradition, je dois désormais récompenser des blogs qui ravissent mes petits yeux chaque fois que je m'y rends. Au cas où vous ne le sauriez pas, c'est difficile de choisir.
Il y a déjà eu un tag à peu près équivalent il y a quelques mois, ce qui m'avait permis de dire quelques jolies choses à certaines, et par un souci de diversité, j'ai décidé de mettre la lumière sur d'autres blogs aujourd'hui. Mais que mes bloggueuses chéries se rassurent : je vous aimais
en octobre, je vous aime encore en juillet. (une telle phrase pourrait finir dans une chanson française, il faut que je me méfie si Vincent D. passe par là)

Aujourd'hui, par un souci de sobriété, j'ai jeté mon dévolu sur trois blogs. Attention, je leur décerne un blog d'or par ordre alphabétique :

Si Chiffonnette apparaît ici, ce n'est pas seulement parce qu'elle m'a un jour envoyé des scones maison - eh non, je ne suis pas qu'un ventre, même si je me souviens encore que c'était une franche réussite. Chiffonnette, je l'ai croisée au célébrissime pique-nique de l'année dernière, mais j'étais trop timide pour discuter avec les gens présents (affreux; sans rire, je n'ai dû échanger de vraies phrases qu'avec Fashion, Caroline et Yue Yin). Ca ne m'empêche pas de trouver la demoiselle charmante, intéressante, même émouvante - je trouve ses billets très poétiques, captivants dans le sens où je bois ces mots comme du nectar. Tout à fait au hasard, je peux vous citer un de ses billets concernant Henry Bauchau, parce que la demoiselle a le bon goût d'aimer cet auteur autant que moi... Bref, chez Chiffonnette, c'est vraiment chouette !

La deuxième, je la connais depuis peu, mais j'ai adopté son blog de suite. Attention, suspense, il s'agit de... Ofelia !
Quand je l'ai rencontrée pour la première (et unique) fois, et que je me suis présentée comme étant Erzébeth, elle a eu cette merveilleuse réplique : "Han, c'est trop cool !". Rien que pour ça, mes amis, elle mérite tous les blogs d'or du monde.
(certes, elle a réagit de la même sorte pour chaque personne qui lui a été présentée, mais c'est un détail sur lequel on ne va pas s'appesantir ce soir, ou ça va me contrarier).
A part ça, les films qu'elle aime sont ceux que j'aime (ok, pas X-Files...), j'aime l'ambiance de son blog, son humour (il faut que tout le monde le sache, mais lors d'un
autre fameux pique-nique, elle a traité l'héroïne de Persuasion (J. Austen) de "grosse gourde", ce qui m'a extasié au plus haut point. Ofelia présente des livres ou des auteurs qui m'intéressent, elle cuisine merveilleusement le carrot cake, elle aime Peter Doherty autant que moi, et elle lit en anglais. D'ailleurs, elle va bientôt vivre en anglais, mais heureusement qu'Internet existe aussi outre-manche, on ne la perdra pas de vue...

Yspaddaden fait semblant d'avoir un cœur de pierre alors que quand on gratte un peu, on trouve une midinette (tu me le dis si j'exagère un tantinet), Ys aime les livres où il y a des psychopathes ou des gens pas très nets, Ys est sportive, Ys ne veut pas me dévoiler le thème de son futur swap, mais je l'aime quand même. Voyez comme je sais être large d'esprit ! Rassurez-vous, elle a quand même des tas de qualités, comme : aimer Londres et l'Angleterre en général, les classiques, les livres qui sortent des sentiers battus, un humour que j'apprécie beaucoup, un pseudo incongru qui sonne joliment, un badge de la Princesse de Clèves et en plus, elle va bientôt nous rejoindre pour les Harlequinades ! (mais si, mais si...) Puis Ys aime Six feet under, elle a lancé la chaîne des livres qui est une idée excellente, elle exerce un chouette métier et elle est passionnante. Tout simplement.


C'était le message sentimental de la semaine, vous pouvez désormais vous consacrer à vos activités habituelles.
Et je n'ai pas recopié le règlement, parce que c'est obligé de le faire, et que je n'aime pas les obligations de ce genre. Oui, sentimentale et rebelle, la fille !

Posté par erzebeth à 20:27 - monde virtuel - Commentaires [43] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

lundi 20 juillet 2009

Un tambour différent

Notre petite vie cernée de rêves
de Barbara Wersba (1968)
traduction de Jean Esch, éditions Thierry Magnier, 2008

http://www.ville-saintetiennedurouvray.fr/system/attachments/236/original/petitevie.jpg

« Non, mon problème, c'est mon âme. Ça peut vous paraître bizarre, mais j'ai parfois l'impression que mon âme est un animal en cage qui se jette sauvagement contre les barreaux pour tenter de se libérer. »

Qu'on me pende par les pieds si Colin Higgins ne s'est pas inspiré de ce roman pour écrire (/réaliser) son Harold et Maude !
Dans les deux histoires, on trouve un adolescent marginal, dans le sens où ses préoccupations ne correspondent pas à celles des autres jeunes du même âge. Ici, Albert se soucie de son âme, de la littérature, du jardinage, des recettes de cuisine qu'il collectionne. Il n'a pas d'ami, en dehors de son chat Orson; même ses parents sont odieux vis-à-vis de lui (ils le considèrent comme un poids, comme un raté parce qu'il a de grosses lacunes dans ses études et parce qu'il est trop solitaire). De toute façon, ses parents sont odieux tout court. Vous savez, ils font partie de ces gens inlassablement insatisfaits, un peu comme les parents Dursley dans Harry Potter. Un soir, la mère prie son petit Albert d'aller exiger que la petite vieille, deux rues plus loin, arrête de faire de grands feux dans son jardin, parce que ça sent mauvais.

Ce qui était au départ une corvée pour Albert deviendra le plus grand bouleversement de sa vie; la "petite vieille", Orpha, accueille Albert les bras ouverts; il comprend pas ce qui se passe, jusqu'à ce qu'il découvre l'intérieur de la vieille maison, où les murs sont tapissés de livres, où les pièces sont pratiquement vides de tout meuble. Petit à petit, Orpha apprivoise Albert, et celui-ci revient la voir, chaque jour, après les cours (ou même avant, quand il oublie malencontreusement d'y aller. Ah, ces jeunes !).

Ma présentation est catastrophique parce que, j'avoue tout, c'est vraiment peu motivant d'écrire un billet concernant un livre que tout le monde a déjà lu, et chroniqué.
L'essentiel, de toute façon, tient dans la rencontre de deux univers distincts, celui d'Albert, qui ressemble pour l'instant à un énorme tas de terre glaise (comprenez : tout est à construire pour lui, tout est à découvrir et à vivre), et l'univers d'Orpha, vieille dame excentrique vivant isolée parmi ses souvenirs (elle a été une grande actrice de théâtre) et ses livres. Les deux se confondent d'ailleurs, tant la dame aime étayer ses propos de citations de Shakespeare, Thoreau, Rilke, Blake... Cela fascine Albert, qui aime la lecture et qui découvre alors que ce n'est pas une tare de se réfugier dans ces mondes fictifs. Il a d'ailleurs cette idée géniale de recopier ses citations préférées sur des bouts de papier, et de les coller ensuite au-dessus de son bureau, les phrases célèbres devenant alors de véritables talismans, des bouées de sauvetage quand il sent qu'il va couler. Albert était en effet au bord de la noyade, avant de rencontrer Orpha.
C'est en cela que c'est comparable à Harold et Maude : dans les deux cas, on trouve un jeune garçon empli de doutes et de désespoir, qui rencontre une merveilleuse vieille dame qui permet de voir les choses autrement. Sortes de lanternes initiatiques, Maude et Orpha, par leur candeur et leur joie de vivre, contaminent Harold et Albert au point de les sortir du gouffre. Certes, elles le font différemment (Harold et Maude basculant clairement en histoire amoureuse, ce qui n'est pas le cas ici), mais le résultat est le même : les deux jeunes gens reçoivent tous les deux des électrochocs naturels.

Quelque part, j'ai eu l'impression de lire une redite, alors que Notre petite vie cernée de rêves est antérieur à Harold et Maude; je vais arrêter là les comparaisons, parce que je sens que ça commence à vous lasser (et à moi aussi). Ce roman-ci est attachant et donne envie de vivre une vie fantasque, loin des préjugés des autres hommes, mais comme le dit Orpha :

« Mon cher garçon, vous ne voyez donc pas que la seule manière d'être anticonformiste, c'est d'abord de remplir vos obligations ? Vous devez gagner le droit d'être anticonformiste. »

Le style, que certains ont jugé un peu désuet, ne m'a pas gênée, mais je n'ai pas non plus été totalement transportée. Le personnage le plus triste, finalement, est incarné par le père d'Albert, un pauvre alcoolique qui a l'impression d'avoir raté sa vie et qui n'a pas le courage de recommencer ailleurs, autrement. Sa femme, elle, est cyniquement croquée par l'auteur, comme étant une dépensière à l'affût de la moindre nouveauté (et se lassant forcément au bout de six mois, espérant alors obtenir le dernier modèle mis en vente). Quand on le compare à ses parents infects et dépressifs, on peut dire qu'Albert s'en sort diablement bien. Lui, au moins, n'est pas aux prises du conformisme des banlieues typiquement américaines...
C'est aussi un roman qui donne envie de (re)découvrir d'autres auteurs, Thoreau en tête (Walden est cité plus d'une fois, devenant même un fil conducteur dans l'intrigue).
La fin correspond à celle qu'on attend de ce genre de roman, et pourtant j'y ai trouvé un petit détail supplémentaire qui lui fait prendre une autre dimension; détail qui m'a déçue au premier abord pour finalement me séduire - les plus belles vies sont celles que l'on rêve. La preuve dans le titre du roman.

« Je me sentais joyeux. C'était un sentiment si nouveau que je ne savais pas trop quoi en faire. J'avais toujours une petite place pour le désespoir, mais la joie, ça vous étouffe quand vous n'êtes pas habitué. »

Et si j'en rajoutais encore une couche, à propos d'Harold et Maude (dont il faut voir le film) ?
A un moment donné, l'un des personnages part faire une visite à l'hôpital (voyez comme je reste délicieusement vague, les spoilers ne passeront pas par moi) et croise de vieilles femmes, dont
« Celle avec les tubes dans le nez, celle qui gémissait bruyamment, celle qui appelait un nommé Harold au moins cinquante fois par jour. »
Ne me dites pas, après ça, que Colin Higgins a choisi ce prénom par hasard !

Tout le monde a lu ce roman, je vais oublier une centaine d'avis (environ), mais n'hésitez pas à hurler dans les commentaires.
Clarabel et Lilly ont été les premières à me donner envie. Ensuite, viennent Gawou, Fashion, Lou, Karine, Stephie ...
Figurez-vous que
Cathulu et Leiloona font entendre un autre son de tambour, ce qui est bien agréable aussi.

Ce livre faisait partie de mon joyeux challenge 1% dont la fin se fait sentir...
(quel suspense)

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vendredi 17 juillet 2009

A pig. What else ?

Figurez-vous qu'un matin, alors que je nettoyais tranquillement la vaisselle (voyez comme on me maltraite, au passage), j'ai négligemment jeté un œil par la fenêtre, et au lieu de trouver un jardin aussi plat et vert que d'habitude, j'y ai trouvé ceci :

DSCN2826
c'est toute la différence entre la ville et la campagne

Après de brèves secondes où je fus plutôt interloquée, j'ai compris.

...

Dear Georges,   

Max n'est pas réellement mort; il a juste fait un long voyage outre-atlantique pour atteindre le pays de ses rêves - la France, donc. Il a juste un peu maigri suite à tous les efforts qu'il a fournis, mais il va bien. (par contre, il a changé de sexe et est devenu une fille, mais ce n'est qu'un détail quand on aime, n'est-ce pas ?)
Il t'attend. Je t'attends. Nous pourrons être heureux à trois.
With Love,

Erzie


(en vrai, je préfère le cochon à Georges, mais avouez que le subterfuge pour le faire venir est infaillible, non ?)

(ça se voit, que je suis trop fatiguée pour écrire un billet de lecture ?)
(j'ai honte)

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mardi 14 juillet 2009

Je lis La Princesse de Clèves

En ce jour férié, chômé et payé, j'ai une pensée émue pour notre pauvre chef d'État qui, lui, est obligé d'aller s'afficher sur les Champs-Elysées dans une tenue bien trop chaude pour la saison.
Il n'a pas la vie facile.
Bien fait.

Pour lui, alors, ce billet :

La Princesse de Clèves
de Madame de La Fayette (1678)

http://4.bp.blogspot.com/_jPeUqgUIh84/SMZQorxFB4I/AAAAAAAACHU/6s3-vAetB6s/s320/cl%C3%A8ves.jpg

"Si vous jugez sur les apparences en ce lieu-ci, répondit madame de Chartres, vous serez souvent trompée; ce qui paraît n'est presque jamais la vérité."

J'ai eu la chance de découvrir ce texte pendant ma première année universitaire; c'est une chance car effectivement, il m'avait plu dès la première lecture, mais aussi parce que c'est un bonheur d'étudier un texte qu'on a aimé. On creuse, on gratte, on découvre des discours autres que ceux d'une lecture de surface.

Ici, la surface est déjà merveilleusement riche. Roman à l'allure historique, La Princesse de Clèves nous emporte dans la Cour d'Henri II, et plus particulièrement dans les années charnières 1558-1559 (charnières parce que nous sommes dans une période de fin de conflits, et parce que Henri II trouvera la mort en 1559, dans un épisode d'ailleurs conté dans le roman). Il serait absurde de nier que ce cadre historique est imposant dans le roman; il s'ouvre d'ailleurs sur une description de certains personnages importants de l'époque, au point que cela peut troubler le lecteur non averti. Je tiens à le rassurer : on peut bien patienter pendant dix pages, ensuite la future madame de Clèves entre en scène. Même si c'est cette dernière qui est mise en avant dans le titre du roman, ce n'est pas la seule histoire rapportée par madame de La Fayette, qui interrompt à plusieurs reprises son récit principal pour digresser sur d'autres intrigues amoureuses, et dresser ainsi un tableau plus ou moins complet de la passion à cette époque.
Car il est bien question de passion dans La Princesse de Clèves, de la première à la dernière page. Quand mademoiselle de Chartres apparaît pour la première fois à la Cour, les hommes sont en émoi; jamais pareille beauté n'avait flatté leurs regards. Mais la jeune fille n'est pas enclin à l'amour; aucun de ces comtes, de ces ducs, de ces chevaliers, ne fait frémir son coeur. Elle accepte toutefois d'épouser monsieur de Clèves, en sachant d'ores et déjà qu'elle risque de ne jamais l'aimer, mais elle saura respecter la bienséance en jouant les épouses tranquilles.
Tranquille, du moins, jusqu'à ce que monsieur de Nemours ne revienne à la Cour; c'est la passion immédiate, et réciproque.

"La passion de monsieur de Nemours pour madame de Clèves fut d'abord si violente qu'elle lui ôta le goût et même le souvenir de toutes les personnes qu'il avait aimées et avec qui il avait conservé des commerces pendant son absence. Il ne prit pas seulement le soin de chercher des prétextes pour rompre avec elles; il ne put se donner la patience d'écouter leurs plaintes et de répondre à leurs reproches."

Seulement, dans un univers où les intrigues amoureuses empoisonnent les relations et le quotidien, madame de Clèves refuse de céder à ce désir passionnel, sous prétexte de rester digne de son mari, de sa mère, et d'elle-même. Conception difficile à accepter pour le duc de Nemours, mais on ne peut aller contre le choix d'une femme aussi belle, aussi pure.

Ainsi, de fil en aiguille, nous suivons l'évolution de leur amour platonique et des dégâts qu'il parvient malgré tout à faire, car il n'est jamais anodin d'aimer hors des sentiers battus.
On pourrait donc croire qu'un seul sentiment amoureux peut difficilement être entretenu tout un roman, mais ce serait oublier à quel point un seul ressenti peut être décliné de mille façons différentes selon l'inclinaison de la personne (sérénité, inquiétude, appréhension de revoir l'être aimé et en même temps, volonté extrême de le croiser, etc...). Puis, comme je vous l'ai déjà dit, certains personnages racontent des histoires de Cour, arrivées plus tôt ou subsistant encore dans leur entourage, permettant ainsi à madame de La Fayette d'exprimer clairement son opinion sur la passion et ses ravages. C'est ainsi que s'illustre le mouvement précieux auquel elle faisait partie; je suis loin de maîtriser ce domaine de la littérature, faute d'avoir lu Clélie de Madame de Scudéry, où est créée la fameuse Carte du tendre qui décrit toutes les évolutions et tous les pièges du sentiment amoureux :

Carte_du_tendre

(cliquez dessus pour l'apercevoir plus correctement)

Je peux toutefois expliquer que la clé de voûte de la préciosité est l'amour, mais sa vision est généralement assez pessimiste. Madame de La Fayette, par exemple, pense que les amours ne se prolongent que dans la mesure où l'être aimé échappe. C'est une des raisons de la résistance de la princesse de Clèves : si elle cédait à Nemours, elle ne deviendrait qu'une vulgaire maîtresse, rapidement oubliée pour une autre. Ce qui fait vivre leur passion, c'est l'interdit.
Dans le roman, on semble aussi comprendre que tout mariage détruit l'amour entre deux êtres, parce que la passion ne peut s'épanouir ainsi au quotidien, et ce pendant des décennies. Vision sombre de l'amour, donc... Pourtant, monsieur de Clèves continue à aimer sa femme jusqu'à en mourir.

Il faudrait aussi que j'évoque mon plaisir de lecture, car il fut grand; quel bonheur de se plonger dans un roman aussi bien mené, où chaque phrase devient un petit joyau à part entière. Certaines formulations sont renversantes de beauté, de sensibilité, d'intelligence.

"Elle vit alors que les sentiments qu'elle avait pour [monsieur de Nemours] étaient ceux que monsieur de Clèves lui avait tant demandés; elle trouva combien il était honteux de les avoir pour un autre que pour un mari qui les méritait."

Ces amours tragiques sont si bien dépeintes qu'elles ne peuvent laisser insensibles.
Ma relecture a d'abord été entreprise dans une idée contestataire, mais j'ai vite oublié cet aspect-là pour me délecter de la beauté du texte et de sa force tragique. La Princesse de Clèves est un roman important dans l'histoire littéraire, parce qu'il a été écrit par une femme (mais publié de manière anonyme à l'époque), parce qu'il est considéré comme un pivot dans l'histoire du roman classique - car oui, nous avons bien là un grand roman moderne, éblouissant, qui mérite incontestablement d'être encore lu à notre époque.
N'en déplaise à Nicolas.

Karine, Emeraude, Pascal, Pitou, Yohan, Keisha et Rose en ont déjà parlé. Ils ont raison !

Posté par erzebeth à 09:32 - lecture - Commentaires [38] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

samedi 11 juillet 2009

Le coeur trop lourd, trop tendre

Je vois des larmes de bonheur scintiller dans les yeux de mes précieux lecteurs, je les comprends et je tiens à les rassurer : oui, cela sent le retour.
Je pourrais en faire des tonnes sur mon absence, basculer dans des jérémiades interminables, j'avais même pensé, très tôt dans l'année, en faire une saga personnelle sur le blog mais, croyez-le ou pas, il me reste un semblant de pudeur. De dignité, non, (si vous saviez...), mais de la pudeur, un zeste.
Alors j'affiche un drôle de sourire, j'essaie de me rassoir confortablement (c'est fou comme on est mal assis, dans la vie), et en route pour un billet de lecture.

Le professeur de piano
de Janice Y. K. Lee
Plon, 2009
traduit de l'anglais par Isabelle Chapman

http://www.yodawork.com/images/PLON/gf/9782259209533R1.GIF

On pourrait croire que l'histoire débute avec l'arrivée de Martin et de sa femme, Claire, tous deux britanniques venus s'installer à Hong-Kong pour des raisons professionnelles. On pourrait croire, oui, que le récit démarre en 1952, alors que Claire donne son premier cours de piano à une jeune enfant, dont les parents, Victor et Melody Chen vivent dans le confort et l'opulence.
Croire cela, ou plutôt uniquement cela, serait lacunaire.
Car si Claire est intéressante, c'est parce qu'elle devient un lien ouvert sur le passé, dix ans plus tôt, alors que les Japonais commençaient à envahir la Chine, à séparer les Eurasiens et les étrangers, à distiller la peur et l'incertitude. En 1942, à Hong-Kong, vous auriez croisé Trudy, une Eurasienne, mais surtout la femme la plus éclatante dans les salons anglais. En 1942, dans ces salons, il y avait aussi William. Fraîchement débarqué de l'Angleterre. Il est beau, Trudy ne lui laisse même pas le temps de regarder les autres femmes.

" - Je suis très forte, murmure-t-elle. J'espère que je ne te détruirai pas.
Il rit.
- Ne t'en fais pas pour ça...
Mais ensuite, il n'est plus si sûr."

L'une des grandes forces de ce roman est d'avoir su créer entièrement un univers, ou plutôt de conjuguer la réalité historique et une architecture plus sentimentale, ce qui au final donne un mélange exaltant de fiction et de réel. D'autant plus que dans nos contrées occidentales, il me semble plutôt rare de lire un roman qui parle de l'impact de la Seconde Guerre Mondiale dans une colonie britannique rattachée à la Chine (mes termes ne sont pas très justes, mais pardonnez-moi, l'histoire est la seule matière où je n'ai pas eu la moyenne au bac, merci) (oui, je l'ai eu en anglais, je sais que c'est invraisemblable) (mais bref). Cela m'a plu de découvrir ce qui s'est passé à Hong-Kong, entre les Japonais inhumains (mais comme le dit William dans le roman, tout soldat perd son humanité, et devient barbare, peu importe la nationalité), les étrangers retranchés dans des camps, les autochtones parfois massacrés en pleine rue, surtout s'ils avaient une ration de riz dans les mains...
Le récit alterne passé et présent, 1942 et 1952, et cette forme croisée est extrêmement maîtrisée par la romancière, qui montre ainsi les cicatrices laissées par la guerre, à la fois dans la ville et chez les individus. Tout ceci serait, en quelque sorte, le cadre de l'histoire, le décor dans lequel se meuvent ensuite les personnages, totalement fictifs. A ce sujet, je préfère ne pas m'étendre pour laisser le plaisir de la découverte aux futurs lecteurs, même si je peux quand même avouer que William est le centre des intrigues, dans ce sens où il était un Britannique amoureux en 1942, et qu'on le retrouve en homme désabusé dix ans plus tard, lorsqu'il rencontre Claire... Il me semble que Janice Y. K. Lee a particulièrement soigné les portraits de certains personnages, qu'ils soient importants (Trudy, William) ou même secondaires (Martin est formidable d'insensibilité et de banalité). Petit à petit, le lecteur récolte des indices pour reconstituer lui-même le puzzle des amours passées (quelle belle formule), tout en cherchant des raisons aux événements qui ont eu lieu... William a l'étoffe d'un grand personnage littéraire, on le sent détruit, indécis, nostalgique et fidèle, et chacune de ses apparitions, dans le roman, donne encore plus de corps au texte, l'embellit et le renforce. Ses séquelles physiques (il boîte suite à une vilaine blessure au genou) ne sont là que pour sublimer ses blessures morales, ses regrets, ses chagrins. C'est un homme qui ne pourra plus marcher, vivre, normalement.
Si j'insiste autant sur cet aspect du roman (alors que le reste de l'intrigue est tout aussi bien mené, parvenant à convaincre sans effort le lecteur), c'est parce que certains passages, certaines phrases, m'ont évoqué Hemingway. C'est vrai, quoi, chez Ernest, il y a la guerre et l'amour. Les couples qui regardent la pluie et se séparent au lever du jour, parce qu'il faut retourner combattre (les autres, soi-même). J'ai retrouvé certaines fêlures hemingwayennes dans ce roman, ce qui dans ma bouche relève du compliment absolu.
Le professeur de piano m'a transportée loin de mon quotidien, et le voyage était beau. Triste, difficile, avec une pointe de douleur dans la gorge, mais c'est ce qui rend le voyage intéressant. Et puis, il y a le reste - les forces qui ont permis de survivre au désastre.

"S'il parvient à préserver une petite part de sa personne pour lui tout seul, tout ira bien, peut-être."

Ah, ce peut-être...

Je ne peux que remercier Babelio de m'avoir offert ce livre (avec le marque-page assorti à la couverture, petit détail marketing totalement réussi), et puis merci à Guillaume de m'avoir gentiment octroyé un délai supplémentaire pour écrire mon billet !

livres, critiques citations et bibliothèques en ligne sur Babelio.com

Cuné et Cathulu ont aimé (normal, c'est mieux que bien !), une rumeur court à propos d'Amanda qui n'aurait pas réussi à entrer dans le roman, et d'autres avis se cachent peut-être, ailleurs...

Posté par erzebeth à 09:13 - lecture - Commentaires [24] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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