N.u.l.l.e.

Nouvel Univers Lunatique et Lacunaire d'Erzébeth

lundi 3 août 2009

The lady with a little dog

19106449Il n'est pas question d'écrire un véritable billet sur The Reader, l'adaptation du roman de B. Schlink (Le liseur) par Stephen Daldry, qui illumine nos écrans à une période où on ne trouve généralement que des teen movies. Mais si les distributeurs osaient sortir plus de bons films pendant cette période creuse, je serais capable de changer d'avis sur cette horrible saison qu'est l'été.
Surtout que s'enfermer dans une salle de cinéma permet de respirer un air climatisé pendant deux heures. Pour la modique somme de 3.90€ (faites comme moi, soyez jeunes), j'ai trouvé confort et plaisir. Je devrais plutôt parler de plaisir cathartique, ou même virer ce mot de plaisir pour le remplacer par émotion, oui, ce serait plus juste (je vous laisse raturer sur vos écrans).
J'aurais dû me méfier,
Levraoueg m'avait indirectement prévenue; The reader (mais pourquoi avoir gardé le titre anglais ?) est un film qui donne envie de pleurer. Comme une grande fille, je me suis sagement retenue pendant toute la séance (mais je n'étais pas très fière; il s'agit juste d'un pacte personnel qui m'interdit de pleurer en public).
Je ne sais quoi vous raconter; vous savez déjà tout. Vous avez lu le roman (
moi aussi), ou vous avez vu le film. Parfois, même, vous avez conjugué les deux. Dans ce cas, à quoi bon ajouter un énième avis, une énième description, un énième ressenti... Je ne vais rien ajouter d'original.
Juste dire qu'à mes yeux, le film comble les manques du roman, mais en crée d'autres.
Ce qui m'avait le plus gênée, dans l'œuvre de Schlink, c'est cette froide apparence, cette retenue des sentiments, ce caractère autobiographique à tendance ennuyeuse. Je me doutais bien que le film balaierait cette froideur, parce que si les Anglo-saxons n'avaient qu'un don cinématographique, ce serait bien celui d'ajouter de l'émotion dans la moindre parcelle de pellicule.
Dès le début, les lecteurs de Schlink savent quelle(s) blessure(s) porte Hanna. Ils savent pourquoi elle est si dure d'apparence, si glaciale. Intransigeante avec les autres, mais aussi avec elle-même. Hanna est couverte de honte - la vraie. Celle qui peut détruire un être humain s'il la laisse s'installer. Il est évident et indiscutable que Kate Winslet méritait son Oscar (de toute façon, Kate mérite n'importe quel éloge); une telle souffrance transparaît de son visage, une telle sauvagerie, une telle dureté, que j'en ai presque oublié qu'elle jouait. A mes yeux, elle est Hanna, tout entière.
Sa force en viendrait presque à ternir celle des autres personnages - rassurez-vous, j'ai écrit presque. Les deux incarnations de Michael Berg (jeune et adulte, par David Kross et Ralph Fiennes) sont tout aussi convaincantes; le jeune perd justement petit à petit sa jeunesse, pas parce qu'il a une liaison avec une femme plus âgée, mais parce qu'il découvre ensuite, en assistant à son procès, qu'elle a été une autre femme que celle qu'il a connue (bien que les deux figures féminines soient dirigées par le même poids, à tel point qu'on en vient à penser qu'Hanna n'a fait que subir sa vie, obnubilée the_reader_the_reader_3_gpar ses failles à cacher). Et l'homme vieillissant, surprenant de chagrin, tant il s'est laissé enfermer dans les souvenirs, dans les regrets et les questions. Les scènes où Ralph Fiennes apparait sont presque étouffantes. Il s'est laissé détruire. L'esthétique visuelle, d'ailleurs, va dans ce sens tout le long du film : c'est triste, gris, bleu délavé. L'image est superbe, presque froide de vieillesse; elle ne s'entoure pas de fioriture, et cette apparente simplicité ajoute de la force à chaque plan.
Bien sûr, vous me direz que tout ceci est bien joli; fort sentimental; mais enfin, The Reader n'est pas que ça !
C'est aussi ce procès contre des gardiennes du camp d'Auschwitz; c'est cette question de la culpabilité allemande, des atrocités commises pendant la guerre, du silence gardé par ceux qui auraient pu parler. C'est l'héritage de la génération qui suit. C'est, aussi, le questionnement de la justice - en cela, le professeur de droit, incarné par le parfait Bruno Ganz, exprime des choses très intéressantes. On s'acharne sur cinq gardiennes pour éviter de se rappeler que d'autres savaient aussi, et qu'ils n'ont rien fait. Le peuple a besoin de ce procès, et des condamnations qui en suivent, parce que ça lui permet, d'une certaine manière, d'exorciser les abjects événements qui ont eu lieu. Mais, je dois avouer que le traitement du secret d'Hanna m'a un peu gênée dans le film; d'abord parce qu'on n'insiste pas assez, à mes yeux, sur le tiraillement que connaît Michael (ou du moins, ça ne m'a pas questionnée autant que pendant ma lecture). Mais aussi parce que ce secret rend un peu caduque le passé de gardienne d'Hanna, comme si, finalement, ces années passées à Auschwitz devenaient un petit point du scénario alors qu'il en est le centre vers tout converge (et diverge, d'ailleurs). La dimension historique aurait pu être plus appuyée... même si je le reconnais, Stephen Daldry nous offre de très belles scènes à ce sujet (j'ai eu un peu mal au ventre quand Michael, jeune, arpente un vieux camp de concentration, dans une ambiance terne, brumeuse, solitaire) (passons d'ailleurs sur le fait qu'on se balade rarement aussi seul dans un tel endroit, c'est plus poétique à l'image...).
the_reader_14Il y aurait encore beaucoup de choses à dire, sur la lecture qui unit les personnages, sur les petits rôles qui enfoncent les piques dans le cœur (à commencer par la mère de Michael, quand celui-ci vient lui rendre visite avec sa petite fille...), sur cette rencontre entre une rescapée et Michael adulte (cette scène est assez violente dans le traitement, et je la trouve, contrairement à d'autres, assez réussie; il y a un décalage entre le décor et les propos échangés, entre la boîte à thé et la haine de la femme. Mais c'est tellement compréhensible, sa souffrance m'a donné la chair de poule). Je me suis malgré tout demandé, à un moment, pourquoi le film n'avait pas été tourné en Allemagne, et par des Allemands. Il y a quelque chose d'incongru à entendre les personnages parler anglais; puis finalement, disons que cela fait partie de la licence poétique...
Ce verbiage ne rend sans doute pas compte de l'essentiel, mais qu'importe. Ceux qui avaient envie de voir The reader n'auront pas attendu mon billet pour se décider à aller en salles...

Je sais que vous êtes nombreux à l'avoir déjà vu, mais j'ai du mal à retrouver vos différents billets. J'ai celui de Levraoueg, séduite tout en comparant scrupuleusement avec le roman, il y a celui de Cachou qui n'a pas tort de dire que certaines cruautés ont été adoucies, et... qui d'autre ? Je sais que j'ai lu bien plus de billets que cela, mais ils ont tous disparu dès que je me suis mise à les chercher...
(vous pouvez vous dénoncer dans les commentaires)

(et les photos s'agrandissent dans de nouvelles fenêtres, je le précise parce qu'elles me paraissent légèrement ridicules)

Posté par erzebeth à 09:30 - pellicule - Commentaires [16] - Permalien [#]

Commentaires

    Je me dénonce: j'ai fait un billet mais je l'ai effacé quand j'ai transféré mon blog d'une adresse à l'autre. Je l'avais vu en Angleterre, il était sorti plus tôt qu'en France. Je suis une tanche, je me dénonce
    J'ai été bouleversée par le film (Kate Winslet y est pour beaucoup) et j'ai lu le livre après. Je partage entièrement ton avis.
    J'ai trouvé le personnage de Bruno Ganz très intéressant et nécessaire aussi. Ça apporte une dimension qui permet de souffler, de faire le point en quelque sorte. Je trouve que "The reader" aurait dû être tourné en allemand, c'est ridicule en anglais.
    Bon et puis y'a Ralph aussi *soupir*

    Posté par Ofelia, lundi 3 août 2009 à 09:54
  • J'irai le voir ces jours-ci malgré mon avis réservé sur le livre.

    Posté par Stephie, lundi 3 août 2009 à 10:32
  • Le livre m'avait bouleversée, j'irai voir ce film. Il faut juste que je ne me laisse pas avoir par le temps.

    Posté par Leiloona, lundi 3 août 2009 à 10:43
  • Je ne partage pas ton avis sur le livre, mais sur le film, nous sommes d'accord ! Il me le faut en DVD celui-là.
    Pour le titre, j'ai tiqué moi aussi. En français, le titre allemand est intraduisible, mais sauf erreur de ma part, on n'est pas plus avancé avec l'anglais. Cela dit, si cela a pu nous éviter un titre complètement à côté de la plaque (du genre "Reviens-moi"), je préfère ne pas me plaindre.

    Posté par Lilly, lundi 3 août 2009 à 10:53
  • Sinon, "prince en collants" : tueuse d'illusions ! ;o)

    Posté par Lilly, lundi 3 août 2009 à 10:53
  • J'ai beaucoup aimé aussi... un bon complément au livre, je trouve. J'ai adoré le jeu de Kate Winslet en particulier. Bon, je n'ai pas fait de billet parce que pour parler de films sérieux, je ne suis pas top, mais ça m'a beaucoup plu. Et ça a suscité des discussions intéressantes en plus!

    Posté par Karine :), lundi 3 août 2009 à 12:27
  • Je n'ai pas fait de billet sur ce film car je n'avais pas envie de parler d'un film au cours duquel je me suis ennuyée... C'est terrible mais je n'ai pas ressenti d'émotions. Les acteurs ne m'ont pas touché. Et quelle horreur de voir une Kate Winslet un peu enlaidie et autant vieillie (même si je dois reconnaître que c'est très bien fait). Elle joue bien mais j'aurais préféré une actrice moins belle et moins connue, je pense. (C'est en discutant avec ICB que j'en suis arrivée à cette conclusion.) La scène aux Etats-Unis m'a paru incongrue. Michael a l'air à côté de la plaque face à cette rescapée, mais peut-être que quelque chose m'a échappé. Enfin voilà... Je m'en veux de dire autant de mal d'un tel film mais je me suis vraiment ennuyée ...

    Posté par Caro[line], lundi 3 août 2009 à 14:58
  • J'ai hâte de pouvoir le voir !!

    Posté par Tiphanie, lundi 3 août 2009 à 18:49
  • * Ofelia, tu as raison, Bruno Ganz a un rôle très important dans ce film (et je l'y trouve bien classe, d'ailleurs). Et Ralph, bah, honnêtement, je l'aime beaucoup, mais il n'est absolument pas à son avantage, physiquement. D'ailleurs, ce n'est pas le propos, donc tout va bien...
    Ca ne m'étonne pas qu'on ait eu les mêmes goûts, tiens. Par contre, je regrette que tu sois aussi peu douée que moi en informatique

    * Stephie, tu as bien raison - j'étais mitigée aussi par rapport au livre... J'espère que tu nous feras part de ton avis final !

    * Leiloona, plaque le reste, les obligations, la famille, les contraintes, et VA voir ce film ! Je peux te faire un mot d'excuse auprès de tes proches, si tu veux.

    * Lilly, c'est vrai qu'on aurait pu être plus mal logé pour le titre, mais l' "anglophonisation" permanente est un peu lassante aussi (les néologismes, par contre, non ). Ils auraient pu laisser le titre allemand, aussi. Mais bon...
    Pour le prince, écoute, faut être réaliste ! Tu épouserais, pour la vie éternelle, un bonhomme en collants blancs ? Moi, pas.

    * Karine, tu as raison, les deux se complètent, même si ça aurait été bien que le livre soit complet en soi ! Et, oui, Kate y est remarquable...

    * Caroline, je t'interdis de t'en vouloir ! Ca m'étonne pas que ça peut en laisser insensibles certain(e)s. Au contraire de toi, j'ai réussi à oublier que c'était Kate à l'écran, je trouve qu'elle joue tellement bien... (par contre, vieille, je la trouve super mal maquillée. Tu as vu, on est d'accord pour RIEN ! )
    Mais c'est plutôt intéressant, alors je suis d'accord pour qu'on reste amies.

    * Tiphanie, j'espère que là où tu pars en vacances, tu pourras t'offrir une séance de ciné !

    Posté par erzébeth, lundi 3 août 2009 à 23:09
  • "je suis d'accord pour qu'on reste amies."
    Ouf !

    Posté par Caro[line], mardi 4 août 2009 à 07:23
  • Bonjour Erzébeth,

    Je découvre ton billet sur ce film que j'ai vu récemment, alors que là n'était pas mon choix. Mais quand on est en groupe, c'est la majorité qui l'emporte...

    J'avais rédigé un avis mitigé sur un forum, mitigé quoique tourné plus vers le négatif, mais lire ton billet me fait me remettre en question, et je crois finalement que ce film a des aspects plus positifs que négatifs, leur défaut étant qu'ils sont exprimés maladroitement. Voilà, je crois que mon avis se situe plus par là.
    J'ai vraiment la flemme de retrouver mon avis sur ledit forum, ou de m'en rappeler et d'essayer de le réécrire ici.
    Ce film fait vraiment réfléchir, mais là où j'ai peiné, c'est surtout qu'il y a beaucoup de pathos mal placé, j'ai trouvé. La patte "Hollywood" en somme, dans un film où ça n'aurait pas lieu d'être.

    Voilà, je suis désolée de cette bien faible argumentation !

    (((Euh... à part ceci, pourrais-tu me rendre un petit service, Erzébeth ? Je publierai et commenterai dorénavant sous le pseudo de Marina Flint (ou Flint pour les commentaires), pour des raisons que je n'expliquerai pas ici, mais qui sont entre autres la lassitude.
    Aurais-tu la gentillesse de modifier, dans ta liste de lien, "Esis" en "Marina Flint" ?
    Ça me gêne de te l'écrire ici, mais j'ai préféré faire tout en un .)))

    Merci pour ton billet quant à lui bien argumenté Erzébeth,

    À bientôt !

    Posté par Esis, dimanche 9 août 2009 à 14:45
  • * Marina Flint, merci pour ton commentaire de passage ! J'ai bien pris compte de ta métamorphose virtuelle, il n'y a aucun souci
    Quant au "Liseur", je comprends qu'on puisse grimacer devant le côté pathétique, qu'on ne retrouve pas, ou différemment, dans le roman. C'est un texte assez froid, qui questionne encore plus qu'il ne touche (à mon avis). Peut-être que tu aimerais le lire ?

    Posté par erzébeth, mardi 11 août 2009 à 00:23
  • En effet, je crois que ce serait intéressant de comparer le livre au film. De toute façon, dès lors que l'on est face à une adaptation cinématographique dont le sujet interroge (et donc je ne parle pas d'une adaptation faite pour remplir les caisses et divertir seulement le spectateur, comme quelque chose du genre "Eragon" - c'est un exemple parmi tant d'autres ), il devient nécessaire de lire le bouquin dont elle est tirée.

    Cela dit, ma liste de lectures prévue est déjà longue et donc "Le Liseur" est loin d'être encore dans mes priorités.

    Merci pour tes précisions à ce propos .

    Posté par Flint, jeudi 13 août 2009 à 11:45
  • * Mlle Flint, je ne suis même pas sûre que "Eragon" soit quelque chose de mauvais - en réalité, je ne connais absolument pas, donc je ne m'avance pas sur la qualité du texte, et puis je serais moins dure que toi envers les divertissements, qui sont malgré tout nécessaires... Après, c'est vrai, on peut se divertir à certains degrés...

    Posté par erzébeth, vendredi 14 août 2009 à 18:44
  • "Le film comble les manques du roman mais en crée d'autres" : on ne peut pas mieux dire. Je garde quand même un souvenir attendri de l'émotion ressentie devant ce film, et je me demande pourquoi la critique est si dure (je me souviens particulièrement d'un consensus au Masque et la plume pour assassiner le film). Sinon ce que tu dis de la visite dans les camps ("plus poétique") pointe du doigt ce qui m'a gênée dans cette scène. Peut-on vraiment faire poétique, faire joli avec ce genre de sujets ? Enfin bref, moi j'ai adoré sur le moment et dés que j'ai voulu écrire sur le film, j'ai commencé à exprimer des réserves et avec le temps, elles risquent de l'emporter. Dommage !

    Posté par levraoueg, samedi 15 août 2009 à 16:39
  • * Levraoueg, ne lisant (et n'écoutant) jamais les critiques, j'ignorais que l'accueil de ce film avait été houleux. Je crois qu'il ne le mérite pas, il a une véritable force, grâce aux acteurs. Pour les camps, tu as raison, il ne faut pas trop "esthétiser" la chose, mais je ne pense pas que ça soit une mauvaise chose pour autant de poétiser la scène. Le jeune Michael a l'air d'un fantôme autour de ses ruines, et j'ai quand même trouvé la séquence lugubre à souhaits (ce mur de chaussures...).
    Enfin, je comprends tes réserves, ce n'est pas un film parfait, loin de là !

    Posté par erzébeth, lundi 17 août 2009 à 18:26

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