N.u.l.l.e.

Nouvel Univers Lunatique et Lacunaire d'Erzébeth

samedi 15 août 2009

Sukkar banat

Je ne sais pas si vous avez déjà eu droit à une épilation au caramel, mais c'est le thème du jour.
Ou presque.
On ne va pas directement parler poils (c'est quand même un blog raffiné) mais salon de beauté. Je dirais même plus : d'un film dont l'action se passe essentiellement dans un salon de beauté.
La première idée qui doit alors vous venir en tête est Vénus beauté (institut). J'aurais dû préciser qu'on quittait la France pour Beyrouth...

caramel_poster

Caramel est un film de Nadine Labaki, sorti sur nos écrans en août 2007. Ayant pour lieu d'ancrage l'institut Si belle (dont le b se décroche d'ailleurs dangereusement), ce film s'attache à raconter les tourments de cinq femmes. Trois d'entre elles travaillent dans ce salon - Layale (jouée par la réalisatrice, et qui est d'une beauté saisissante) a une liaison avec un homme marié, Nisrine est fiancée mais elle n'est plus vierge et ne peut décemment pas l'annoncer à son futur mari, Rima a le visage qui s'illumine quand une cliente particulière franchit la porte du salon, étant plus sensible aux charmes féminins que masculins... Puis il y a une de leur cliente, Jamale, qui ne supporte pas l'idée de vieillir et qui fait tout pour se rajeunir dès qu'elle passe un casting (elle est actrice; généralement dans des pubs pour des lessives). Enfin, il y a leur vieille voisine, Rose. Elle est couturière. Elle s'occupe de sa sœur qui n'a plus toute sa tête (elle sillonne le trottoir à la recherche d'une lettre de son fiancé, qui n'existe évidemment pas (la lettre, mais le fiancé non plus)). Tout ce petit monde, donc, se côtoie tous les jours, en se soutenant et en s'ignorant parfois (certains secrets, comme celui de Rima, ne sont pas partagés).
En choisissant le cadre du Proche-Orient, la réalisatrice imprègne forcément son film d'une épaisseur qu'on ne retrouvait pas, par exemple, dans Vénus beauté. Déjà, l'image est radicalement différente. Souvent dorée, comme saturée de soleil et de caramel, elle accentue l'ambiance poussiéreuse de la ville, l'ameublement désuet du salon (et des autres endroits filmés - où l'on sent un mélange de pauvreté et de dignité). Cette colorisation met aussi en valeur les actrices, qui sont toutes superbes de sincérité et dont le jeu est constamment juste (alors que j'ai lu je-ne-sais-plus-où que ce sont tous des amateurs, excepté Nadine Labaki). Cette projection dans le monde oriental sert aussi à montrer qu'encore aujourd'hui, même dans des milieux relativement libres comparés à d'autres (par exemple, ici, aucune femme n'est voilée, et elles ont réussir à obtenir une certaine indépendance), la famille et les traditions restent des éléments à respecter avant toutes choses, avant même notre propre bonheur et notre propre liberté. La jeune employée homosexuelle sait qu'elle ne pourra pas vivre l'amour qu'elle éprouve. Nisrine, aussi, sait que sa famille et son futur mari doivent absolument ignorer qu'elle n'est plus vierge - la scène entre sa mère et elle, avant le mariage, est d'ailleurs terriblement émouvante. On sent que la mère est fière de sa fille et du chemin qu'elle prend, on sent qu'elle aime, et elle tente de la convaincre que le mariage la rendra encore plus heureuse (à condition qu'elle assouvisse les désirs du mari)...
En réalité, je ne veux pas trop insister sur la facette musulmane de ce film, parce que son histoire pourrait être la même dans beaucoup d'autres endroits. Les craintes et les chagrins des cinq femmes, mais aussi leur bonne humeur et leur soif de vivre, sont communs à toutes les femmes. En cela, Caramel est une réussite : cela parle d'un peuple, d'un pays, et du reste du monde aussi. Le particulier rejoint l'universel. Après avoir su mêler aussi bien le singulier au général, Nadine Labaki parvient tout aussi justement à lier humour et émotion. Le film est vraiment drôle sans pour autant tomber dans la caricature; on sent que derrière cette bonne humeur communicative se trouve une véritable sincérité, un grand élan de vie. Mais, évidemment, ces cinq destins, si différents, sont tous émouvants à leur manière; je crois que chacune a réussi à me mettre les larmes aux yeux, parce que leurs secrets ou leurs regrets sont filmés avec tellement de pudeur, et sans jugement, que ça ne peut que toucher le spectateur. Jamale, qui refuse de vieillir, est bouleversante. On la voit passer un casting pour une pub quelconque, elle se sent mal, transpire, débite un texte sans saveur et avec une boule d'angoisse dans la gorge, et le scotch qu'elle avait mis sur ses tempes (pour effacer les rides...) se décolle doucement... On aimerait lui faire comprendre qu'elle serait plus jolie sans ses artifices, mais elle veut absolument rester dans la course, ressembler aux jeunes femmes longilignes qu'elle croise dans ces castings... Ce n'est pas la seule à m'avoir touchée, mais si je reprends un à un chaque personnage, vous allez finir par faire une crise de nerf. Le plus simple serait que vous voyiez ce très beau film. Il déborde de trésors. Peut-être que
Tamara achèvera de vous convaincre ?

(comme je ne savais pas-du-tout quoi mettre en tête du billet, je vous ai mis le titre original du film. Avouez qu'il fallait y penser, hein)

Posté par erzebeth à 09:30 - pellicule - Commentaires [11] - Permalien [#]

Commentaires

    Mé ouiii

    ... je voulais ABSOLUMENT voir ce film à sa sortie ! Ben du coup, je veux toujours sauf que aucune boutique de location de vidéo n'a ouvert près de chez moi cet été. Groumpf !

    Posté par Fantômette, samedi 15 août 2009 à 10:20
  • Pas vu non plus, mais ça fait envie !

    Posté par levraoueg, samedi 15 août 2009 à 16:28
  • Quand j'ai vu le début du billet, je pensais réellement que tu allais nous faire le minute-par-minute de ta dernière épilation!!! Je verrai bien ce film... s'il a traversé l'océan!!

    Posté par Karine :), samedi 15 août 2009 à 16:28
  • Je l'ai vu à sa sortie et j'ai énormément aimé. Il est plein de chaleur humaine. Tiens, je pourrais peut-être le revoir en DVD.

    Posté par Aifelle, dimanche 16 août 2009 à 09:00
  • J'ai adoré ce film. Il est magnifique.

    Posté par BelleSahi, dimanche 16 août 2009 à 11:05
  • Ton excellente critique me donne vraiment envie de voir ce film.

    Posté par Carotte Rose, dimanche 16 août 2009 à 13:22
  • Je m'en vais de ce pas à mon club vidéo pour le louer (en espérant qu'il est disponible).

    Posté par Carotte Rose, dimanche 16 août 2009 à 13:24
  • * Fantômette, c'est fâcheux, parce que le film ne m'appartenait pas, et que je ne peux donc pas te le prêter...
    Quand il passera à la télé, maybe ?

    * Levraoueg, oui, c'est vraiment un beau film, tu le trouveras peut-être à la médiathèque ?

    * Karine, je suis presque vexée, tu sais ? En fait, ton commentaire me montre que les lecteurs croient trouver tout et n'importe quoi dans mes billets, ah bravo, va falloir que je redresse la barre, moi, maintenant ! )

    * Aifelle, tout à fait, c'est un film très humain, et très sincère je trouve (les faits pourraient se passer comme ils sont décrits). Une petite perle !

    * Bellesahi, ça me fait très plaisir qu'on soit plusieurs à avoir le même bel avis !

    * Carotte rose, je te souhaite de le trouver ! Mais si tu as effectivement un club vidéo dans tes parages, il peut y être, c'est un film encore récent, et qui avait fait parler de lui, il me semble... Il faudra me dire si tu le trouves, et surtout, si tu as aimé !

    Posté par erzébeth, lundi 17 août 2009 à 18:39
  • J'ai adoré ce film! Très beau, un brin poétique... et plein d'espoir!

    Posté par Mariel, mardi 18 août 2009 à 11:47
  • j'ai beaucoup aimé ce film. Très beau billet pour en parler

    Posté par anjelica, lundi 24 août 2009 à 12:26
  • * Anjelica, merci ! Je sais que tu l'as vu et aimé aussi, mais impossible de remettre la main sur ton billet...!

    Posté par erzébeth, lundi 24 août 2009 à 19:43

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