N.u.l.l.e.

Nouvel Univers Lunatique et Lacunaire d'Erzébeth

lundi 23 novembre 2009

Fusain et cire

Si je voulais faire du remplissage (alors que ce n'est pas du tout, du tout mon genre), je pourrais vous raconter qu'un jour où je déambulais dans une librairie, l'âme charitable qui m'accompagnait m'a dit : Je t'offre un livre, choisis ce que tu veux.
Une des cinq phrases magiques au monde (nous parlerons des quatre autres plus tard).
Ce jour-là, une après-midi de décembre dans une petite ville (on a connu plus joyeux, je ne vous le fais pas dire), j'ai jeté mon dévolu sur Les fantômes d'Ombria de Patricia A. McKillip.
L'âme charitable s'est tournée vers moi, interrogative : C'est celui-là que tu veux ? Tu l'as pris complètement au hasard, non ? Comment pouvais-tu connaître un livre pareil ?
Eh bien, en lisant
Fashion, quelle question ! (oui, mon anecdote remonte à décembre 2007, mais avouez que j'ai une sacré bonne mémoire pour tous les détails utiles)
C'est toujours le même problème avec les gens qui ne lisent pas : ils ne connaissent aucun titre qui sort de l'ordinaire. Mais parfois, ils ont quand même la gentillesse de nous offrir un livre alors, ne les blâmons pas trop.

http://4.bp.blogspot.com/_W6MafHTp0Cs/Rva4atphTmI/AAAAAAAAAOY/HHKByUKGtFk/s200/les+fantomes+d+ombria.jpg

« Des pans entiers du passé de la cité étaient à portée de temps, dans de grands tunnels calcaires sous les rues : c'était les taudis, les belles demeures et la rivière engloutie qu'Ombria avait rejetés comme une peau oubliée et enterrés dans son sous-sol depuis des siècles. D'autres parties en étaient plus difficiles d'accès. Tout le monde connaissait l'existence du passé, comme on connaît l'odeur de l'églantine, de la crotte et de la saucisse grillée, et la direction du vent et le cri des mouettes sur les docks pourrissants. Mais bien peu de gens prêtaient attention au passé de la cité. »

Les fantômes d'Ombria, donc - cité imaginaire où il n'est pas bon de se promener dans les rues sales quand on est la dernière maîtresse du défunt prince. Lydea, la fille aux cheveux les plus longs du monde, abandonne ses souliers de courtisane pour courir plus vite et se réfugier dans la taverne de son père.
Chassée du château par Domina Pearl, l'horrible créature qui décide de prendre le pouvoir, Lydea n'a d'autres envies de panser son coeur meurtri (c'est qu'elle l'aimait, le prince), et retourner aux côtés du petit Kyel, l'héritier légitime qui risque bien de tomber dans un piège de la Perle Noire et d'y laisser sa vie - car Domina Pearl a cette fâcheuse tendance de vouloir éliminer quiconque qui l'encombre. Ainsi de Duncan, cousin de Kyel qui refuse aussi de se soumettre à l'autorité de cette femme tellement vieille qu'elle ne peut être que maléfique.
Pendant ce temps, sous la cité, dans les rues refoulées du passé, Faey change de visage comme bon lui semble. Elle, l'étrange sorcière, et sa poupée de cire Mag conjugent suffisamment de pouvoir pour faire basculer le destin de la cité. Mais feront-elles le bon choix ? Quand Faey reçoit l'ordre d'éliminer Duncan et qu'elle accepte cette tâche, les teintes brumeuses d'Ombria semblent s'accentuer étrangement...

Les lecteurs néophytes en merveilleux peuvent facilement trouver leurs marques dans cette histoire à la trame simple mais attachante; on assiste aux manigances politiques de deux forces complémentaires, celle de Domina Pearl (qui incarne le mal sans nuance) et celle de Faey, étrange figure qui a quitté le monde des humains depuis tellement longtemps qu'elle ne se soucie plus de leurs histoires. Quand on lui commande un poison, elle n'essaie pas de s'interroger sur les conséquences de son acte. Que le monde parte en ruines la laisse presque de marbre - pensez donc, elle est vivante depuis tellement de siècles qu'elle ne sait même plus pleurer... Mais elle seule a le pouvoir de faire basculer dans le bon sens la destinée d'Ombria; seulement, la cité vaut-elle un tel acharnement ?
L'ensemble est de facture classique et permet de suivre l'évolution des personnages sans aucune difficulté. L'ambiance, à la fois poétique et désespérée, est admirablement rendue par un style langoureux, par une délicatesse qui effleure le lecteur comme un souffle léger.
Les personnages les plus intéressants restent Faey et Mag, parce que ces deux figures féminines proposent une ambiguïté, une profondeur moins marquées chez les autres, personnages un peu plus manichéens. Ce manichéisme, justement, rend les autres figures un peu brumeuses, légèrement inaccessibles et peu captivantes.
Je ne doute pas des qualités de ce roman, mais sa langueur générale m'a un peu détachée de l'intrigue déjà un peu trop mince à mes yeux pour offrir une histoire riche, complète. C'est joli, mais cela ne fait pas tout.

Je n'ai jamais autant bâclé un billet (enfin, si), je vous prie d'être indulgent face à mon manque total d'inspiration.
Livre lu pour le club Lire et délires, dont le thème, choisi par la plus mignonne des Ofelia, était "un titre de livre avec un nom de ville dedans". La ville avait le droit d'être imaginaire alors non, je n'ai pas triché.

D'autres lectrices avaient déjà lu ce roman (de celle qui a le plus aimé, à celle qui est la plus dubitative) : Fashion donc, Chiffonnette, Stéphanie et Cuné.

Posté par erzebeth à 09:00 - lecture - Commentaires [18] - Permalien [#]

Commentaires

    Le titre est très beau (je ne connais pas le titre en VO, j'espère qu'il est aussi chouette)
    Je ne sais pas si j'ai envie de le lire ou pas. Tu me fais envie mais j'ai très peur d'être déçue...

    Posté par Ofelia, lundi 23 novembre 2009 à 09:25
  • Le titre et ton billet (malgré tes réserves) sont très évocateurs! Mais malheureusement, comme moi, personne ne m'offre de livres, je vais déjà commencer par lire ce qu'il y a dans ma bibliothèque.. (il y a du beau monde, je ne me plains pas!)
    Quelle chance d'avoir une telle personne dans ton entourage - tu ne veux pas lui parler de moi?

    Posté par Casanova, lundi 23 novembre 2009 à 09:30
  • * Ofelia, oui le titre anglais est beau : "Ombria in shadow". Après, ça dépend si tu es amatrice de fantasy, là c'est de la fantasy douce, assez jolie, au moins il n'y a pas 15 noms de royaumes tordus à retenir, ce qui est un plus. Quand même. Un peu.

    * Céline, oh mon dieu, tu veux être adoptée PAR MA MÈRE !!! (à ta place, je changerais d'avis ). Surtout qu'elle ne m'a fait ce genre de surprise que deux fois. C'est pas assez rentable pour que tu changes de famille, tu sais... Non, il faut que tu dresses la tienne à l'offrande de livres. Courage !

    Posté par erzébeth, lundi 23 novembre 2009 à 10:25
  • J'aime la fantasy oui.
    Le titre est superbe.
    La couverture déjà beaucoup moins http://www.waterstones.com/waterstonesweb/products/patricia+a-+mckillip/ombria+in+shadow/3850147/

    Celle-là est déjà un peu mieux http://www.amazon.co.uk/Ombria-Shadow-Patricia-McKillip/dp/0441010164/ref=sr_1_2?ie=UTF8&s=books&qid=1258973693&sr=8-2

    Posté par Ofelia, lundi 23 novembre 2009 à 11:55
  • Eh bien ce roman a rejoint tout récemment ma bibliothèque, mais je l'ai choisi au hasard parce que je ne me souviens plus des billets de 2007 ! Je m'attends effectivement à un récit plein de langueur...

    Posté par rose, lundi 23 novembre 2009 à 13:16
  • Pas lu celui-là, et pas bien tentée non plus... j'ai ai un peu assez des livres de fantasy qui se trainent, et en un volume, c'est un comble !

    Posté par SBM, lundi 23 novembre 2009 à 13:27
  • C'est bizarre, ça m'évoque "le rivage des Syrtes", alors qu'a priori, rien à voir. Mais la langueur que tu évoques, et puis le nom italianisant de la cité... Du coup, ça me tente!

    Posté par Mo, lundi 23 novembre 2009 à 14:06
  • J'ai vraiment bien aimé! Ca sort de l'ordinaire et il faut croire que j'avais besoin de langueur à ce moment! D'ailleurs, là, j'aurais bien besoin de langueur. Et si je me faisais une petite sieste?

    Posté par chiffonnette, lundi 23 novembre 2009 à 16:08
  • J'étais tentée, mais comme finalement tu n'as pas trop aimé... Comme Céline/Casanova, j'ai du beau monde sur mes étagères, et je suis tellement débordée que je dois vraiment faire le tri.

    Posté par Lilly, mardi 24 novembre 2009 à 12:12
  • Oh mon dieu, les couvs anglaises sont affreuses!!!

    Posté par fashion, mardi 24 novembre 2009 à 18:14
  • Mon blocage a la fantasy est tel, que je n'ai même pas pu lire ton résumé en entier, en tous cas pas en restant concentrée. C'est grave, docteur ?

    Posté par levraoueg, mardi 24 novembre 2009 à 20:11
  • La première couverture anglaise me fait penser à un Harlequin... heureusement que vos billets sont là...

    Posté par Mo, mardi 24 novembre 2009 à 23:23
  • La fantasy ne m'attire guère. Alors si en plus tu nous boude...
    Je crois que N.U.L.L.E. va me manquer.

    Posté par Fantômette, jeudi 26 novembre 2009 à 20:50
  • s

    Posté par Fantômette, jeudi 26 novembre 2009 à 20:51
  • Tu disposes de toute mon indulgence.
    A moi aussi ça m'évoque Le rivage des Syrtes, dont je ferais les mêmes critiques quant à la lenteur et à la langueur. Donc, compte tenu du fait que j'ai déjà lu le RDS, du fait que je ne suis pas une fan de fantasy et du fait que je n'ai plus le temps de lire, je vais m'abstenir.
    Bon courage...

    Posté par May, samedi 28 novembre 2009 à 16:21
  • * Oh merde, mais ce con d'ordi n'a pas enregistré mes réponses hier ! Bon, je reprends donc, dans la joie et la bonne humeur :

    * Ofelia, c'est la preuve, il ne faut pas le lire en VO !

    * Rose, mais peut-être que cette langueur te séduira, parce qu'elle n'est pas désagréable, malgré ce que j'ai pu écrire...

    * SBM, disons que ça manque légèrement d'action, en plus !

    * Mo, tiens, pourquoi pas rapprocher ces deux livres ? Je n'ai pas lu "Le rivage des Syrtes", parce qu'on l'associe facilement au "Désert des Tartares" et pour moi, ce dernier est inégalable, alors...

    * Chiffonnette, je comprends entièrement que ce roman puisse plaire, il a quand même bon nombre d'atouts pour lui !

    * Lilly, on est pathologiquement atteintes, à emmagasiner autant de livres... mais zut, tant pis, au moins, on est bien entourées...

    * Fashion, je ne peux qu'acquiescer ! Ils n'avaient plus de budget pour, je ne vois que ça...!

    * Levraoueg, non, je te pardonne tout. Ca m'arrive parfois chez les autres aussi (par exemple quand une certaine F. parle d'un certain Docteur, c'est comme si elle s'adressait à moi en moldave...).

    * Mo, oui, exactement, un Harlequin ! Mais je t'assure que le livre n'en est pas. Promis.

    * Fantômette, je ne boude pas ! Mais je suis occupée... et j'ai pas trop la tête au blog, je le reconnais. Mais je ne disparais pas, oh non

    * May, tu alignes de très bonnes raisons, on ne peut rien te reprocher. Mais ça m'intrigue, quand même, ce rivage...!

    Posté par erzébeth, samedi 28 novembre 2009 à 17:43
  • Bon cela ne t'étonnera pas si je te dis que je ne le note pas ?

    Posté par anjelica, mardi 1 décembre 2009 à 23:30
  • * Anjelica, je suis TRÈS déçue, mais je tâcherai de m'en remettre ! )

    Posté par erzébeth, mercredi 2 décembre 2009 à 14:38

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