lundi 23 novembre 2009
Fusain et cire
Si je voulais faire du remplissage (alors que ce n'est pas du tout, du tout mon genre), je pourrais vous raconter qu'un jour où je déambulais dans une librairie, l'âme charitable qui m'accompagnait m'a dit : Je t'offre un livre, choisis ce que tu veux.
Une des cinq phrases magiques au monde (nous parlerons des quatre autres plus tard).
Ce jour-là, une après-midi de décembre dans une petite ville (on a connu plus joyeux, je ne vous le fais pas dire), j'ai jeté mon dévolu sur Les fantômes d'Ombria de Patricia A. McKillip.
L'âme charitable s'est tournée vers moi, interrogative : C'est celui-là que tu veux ? Tu l'as pris complètement au hasard, non ? Comment pouvais-tu connaître un livre pareil ?
Eh bien, en lisant Fashion, quelle question ! (oui, mon anecdote remonte à décembre 2007, mais avouez que j'ai une sacré bonne mémoire pour tous les détails utiles)
C'est toujours le même problème avec les gens qui ne lisent pas : ils ne connaissent aucun titre qui sort de l'ordinaire. Mais parfois, ils ont quand même la gentillesse de nous offrir un livre alors, ne les blâmons pas trop.

« Des pans entiers du passé de la cité étaient à portée de temps, dans de grands tunnels calcaires sous les rues : c'était les taudis, les belles demeures et la rivière engloutie qu'Ombria avait rejetés comme une peau oubliée et enterrés dans son sous-sol depuis des siècles. D'autres parties en étaient plus difficiles d'accès. Tout le monde connaissait l'existence du passé, comme on connaît l'odeur de l'églantine, de la crotte et de la saucisse grillée, et la direction du vent et le cri des mouettes sur les docks pourrissants. Mais bien peu de gens prêtaient attention au passé de la cité. »
Les fantômes d'Ombria, donc - cité imaginaire où il n'est pas bon de se promener dans les rues sales quand on est la dernière maîtresse du défunt prince. Lydea, la fille aux cheveux les plus longs du monde, abandonne ses souliers de courtisane pour courir plus vite et se réfugier dans la taverne de son père.
Chassée du château par Domina Pearl, l'horrible créature qui décide de prendre le pouvoir, Lydea n'a d'autres envies de panser son coeur meurtri (c'est qu'elle l'aimait, le prince), et retourner aux côtés du petit Kyel, l'héritier légitime qui risque bien de tomber dans un piège de la Perle Noire et d'y laisser sa vie - car Domina Pearl a cette fâcheuse tendance de vouloir éliminer quiconque qui l'encombre. Ainsi de Duncan, cousin de Kyel qui refuse aussi de se soumettre à l'autorité de cette femme tellement vieille qu'elle ne peut être que maléfique.
Pendant ce temps, sous la cité, dans les rues refoulées du passé, Faey change de visage comme bon lui semble. Elle, l'étrange sorcière, et sa poupée de cire Mag conjugent suffisamment de pouvoir pour faire basculer le destin de la cité. Mais feront-elles le bon choix ? Quand Faey reçoit l'ordre d'éliminer Duncan et qu'elle accepte cette tâche, les teintes brumeuses d'Ombria semblent s'accentuer étrangement...
Les lecteurs néophytes en merveilleux peuvent facilement trouver leurs marques dans cette histoire à la trame simple mais attachante; on assiste aux manigances politiques de deux forces complémentaires, celle de Domina Pearl (qui incarne le mal sans nuance) et celle de Faey, étrange figure qui a quitté le monde des humains depuis tellement longtemps qu'elle ne se soucie plus de leurs histoires. Quand on lui commande un poison, elle n'essaie pas de s'interroger sur les conséquences de son acte. Que le monde parte en ruines la laisse presque de marbre - pensez donc, elle est vivante depuis tellement de siècles qu'elle ne sait même plus pleurer... Mais elle seule a le pouvoir de faire basculer dans le bon sens la destinée d'Ombria; seulement, la cité vaut-elle un tel acharnement ?
L'ensemble est de facture classique et permet de suivre l'évolution des personnages sans aucune difficulté. L'ambiance, à la fois poétique et désespérée, est admirablement rendue par un style langoureux, par une délicatesse qui effleure le lecteur comme un souffle léger.
Les personnages les plus intéressants restent Faey et Mag, parce que ces deux figures féminines proposent une ambiguïté, une profondeur moins marquées chez les autres, personnages un peu plus manichéens. Ce manichéisme, justement, rend les autres figures un peu brumeuses, légèrement inaccessibles et peu captivantes.
Je ne doute pas des qualités de ce roman, mais sa langueur générale m'a un peu détachée de l'intrigue déjà un peu trop mince à mes yeux pour offrir une histoire riche, complète. C'est joli, mais cela ne fait pas tout.
Je n'ai jamais autant bâclé un billet (enfin, si), je vous prie d'être indulgent face à mon manque total d'inspiration.
Livre lu pour le club Lire et délires, dont le thème, choisi par la plus mignonne des Ofelia, était "un titre de livre avec un nom de ville dedans". La ville avait le droit d'être imaginaire alors non, je n'ai pas triché.
D'autres lectrices avaient déjà lu ce roman (de celle qui a le plus aimé, à celle qui est la plus dubitative) : Fashion donc, Chiffonnette, Stéphanie et Cuné.
mercredi 18 novembre 2009
L'enfer est un endroit solitaire
Depuis que j'ai ouvert ce blog, je me dis : Un jour, je leur parlerai de Bukowski.
Et les jours passent.
Et je pense : A quoi bon ? Ce serait trop difficile - de trouver les mots, de susciter l'envie, de le présenter le plus convenablement possible.
Bukowski est mon ami, il l'est devenu au détour d'une chambre u où je n'avais rien d'autre à faire qu'écouter ma voisine Lorie s'engueuler avec son copain. Je le trouvais tellement génial, Bukowski, que je buvais le soir du rhum dégueulasse (je n'y connaissais rien, en alcool, j'avais choisi une jolie bouteille et c'est tout) en pensant à lui. Il m'a fait hurler de rire, il m'a brisé le cœur. Parce que Bukowski, ce n'est pas qu'une façade de provocation. Sexe, alcool, chambres minables et machine à écrire. C'est aussi un gars qui te met un uppercut au moment où tu t'y attends le moins.
Bukowski, c'était un grand.
Je n'avais pas encore feuilleté mon merveilleux bloc Journal, souvenirs et poèmes, cadeau commercial tombé dans ma boîte aux lettres. Je m'étais contentée de l'ouvrir au hasard, de tomber sur un poème, de le découvrir en le lisant à voix haute. Ça parlait de putes, de femme et d'amour. C'était tellement beau que ça m'a pétrifiée; j'ai corné le bas de la page (j'aime faire ça) en me disant que je vous recopierai ce poème.
Jusqu'à ce que je lise celui de la page d'à côté.
Jusqu'à ce que je lise les titres d'autres poèmes, que je vois ce que le recueil contenait d'autre.
Journal d'un vieux dégueulasse, le livre que j'aurais volontiers emporté sur une île déserte (mais plus maintenant, je ne suis pas bête, je choisirais plutôt mon gros recueil rouge sang), Le ragoût du septuagénaire (je n'ai jamais autant écrit dans un livre que dans ma petite édition de poche. Autant corné de pages. Autant encadré de passages, au stylo), Souvenirs d'un pas grand-chose (où l'on découvre que Buk aussi, a été adolescent. Et que toute adolescence est mieux que la sienne), Le capitaine est parti déjeuner et les marins se sont emparés du bateau (oui, c'est un titre. Le journal que je connais le moins bien, que j'avais emprunté à mon ancienne bibliothèque, un peu comme un trésor. Ça en était un).
Ceci pour les journaux, les souvenirs, les chroniques.
Puis les poèmes, les deux recueils introuvables en français, L'amour est un chien de l'enfer - ainsi que Jouer du piano ivre comme d'un instrument à percussion jusqu'à ce que les doigts saignent un peu (si ce n'est pas un titre sublime, ça, qu'on me pende par les pieds pendant trois minutes). Lire les poèmes de Buk, quand on n'est pas anglophone, relève du parcours du combattant (bien que, oui, oui, Le ragoût du septuagénaire en contient. Et quels poèmes !); je suis contente de ne pas avoir eu à me battre.
Je me demande si on peut encore se sentir seul(e) quand on a ce genre de livre dans sa bibliothèque. Près de soi. Un livre à malmener pour prouver qu'il a vécu. Je déteste que mes ouvrages bukowskiens restent lisses, impeccables, sans pli sur la tranche (même si je sais, aussi, qu'abîmer celui-ci me fait déjà mal en pensées. Y aller progressivement. En douceur).
Ce n'est pas encore aujourd'hui que je vais vous parler de Bukowski, je manque de temps, de courage. D'envie, aussi, parce qu'il y a des choses qui se partagent difficilement. Des choses pour lesquelles je n'ai pas envie de faire l'effort de partager.
C'est ainsi, la vie d'une lectrice. Une vie gorgée d'égoïsme et de plaisirs solitaires. Puis peut-être que c'est comme ça que je dois lire son épitaphe, à Charlie : N'essaie même pas de parler de moi.
Ok. Je me tais. Et partons en voyage.
nous goûterons aux îles et à la mer
je sais qu'une certaine nuit
dans une certaine chambre
mes doigts
caresseront
bientôt
une douce
et claire
chevelure
il y aura des chansons comme aucune radio
n'en a joué
avec de la tristesse partout, et
tout ça se mélangera.
...
C'était le poème de la page d'à côté.
Pour les curieux : la liste des principaux livres de Bukowski trouvables en français
lundi 16 novembre 2009
Veuillez rendre l'âme (à qui elle appartient)
(il y aura au moins une référence culturelle dans ce billet, et elle est dans le titre. Je me sens plus sereine)
L'idée de départ était de faire un billet récapitulatif sur l'œuvre en son ensemble, un billet d'une mauvaise foi redoutable et composé d'arguments douteux.
J'espère tenir parole.
Billet garanti 100% AVEC spoilers, que ceux qui tiennent à découvrir par eux-même les aventures d'Edward et Bella désertent ce blog quelques instants.
~ Fascination ~
~ Tentation ~
~ Hésitation ~
~ Révélation ~
~ de Stephenie Meyer ~
~ traduction de Luc Rigoureau, pour Hachette ~
Publiée initialement pour un public adolescent (mais pourquoi en vient-on toujours à y jeter un œil, nous, adultes ?), La Saga du désir interdit comprend quatre volumes, parus de 2005 à 2008, et vendus à 18 millions d'exemplaires selon l'inscription imprimée derrière chaque tome. Il paraîtrait que ça ait légèrement augmenté depuis : certains sites parlent de 53 millions d'exemplaires vendus.
53 millions.
Dans le monde.
(j'ai la tête qui tourne)
Essayons de voir pourquoi des dizaines de millions de filles (le lectorat masculin doit être, soyons honnêtes, assez limité) ont perdu tout sens commun devant cette saga. Pour cela, posons-nous une question cruciale : mais enfin, que trouve-t-on dans la Saga du désir interdit (j'adore cette dénomination, au cas où vous ne l'auriez pas compris) ?
On y trouve :
~ une adolescente
Vous allez me dire que c'est peu original d'en parler, mais enfin, il faut bien commencer quelque part, et si cette saga connaît un tel succès mondial, c'est bien parce qu'elle permet à la jeune lectrice de s'identifier.
Bella incarne donc cette adolescente, tout ce qu'il y a de plus banal (du moins au début des aventures, soit dans le préambule de Fascination) : elle a des cheveux marron, des yeux marron, un teint pâle et une certaine aptitude à perdre l'équilibre. Parce que sa mère, Renée (...), vient se de remarier et de suivre son journaliste de mari un peu partout où son travail l'amène, Bella accepte de quitter sa terre ensoleillée de Phoenix, Arizona, pour s'installer chez son père, Charlie (chef de la police), à Forks, Washington, où il pleut au minimum tous les deux jours.
Bella a dix-sept ans. A cet âge-là, un déménagement sous-entend forcément l'entrée dans un nouveau lycée. Mama mia, trouvez-moi une seule fille sur terre qui n'a pas eu la trouille en rejoignant un nouveau lycée ! A partir de là, Bella, c'est nous. Enfin, elles (les filles de 15 ans. Moi, merci, j'ai déjà donné).
~ une rencontre qui transforme l'estomac en papillons qui virevoltent
Bella est vite adoptée dans son nouveau lycée, car bien qu'elle soit totalement banale (j'aime insister là-dessus, si vous saviez comme elle est insipide, enfin, vous le savez peut-être déjà, d'ailleurs), elle attire les gentils lycéens autour d'elle. Chic, des copains. Sauf qu'à la cantine (...), sur qui tombe-t-elle ? Sur cinq magnifiques créatures, qui s'isolent des autres élèves et qui semblent curieusement différents.
Tu m'étonnes, ce sont cinq vampires. Parmi eux, il y a ce jeune homme au regard d'ambre (enfin, ça dépend des jours) qui se trouve être le compagnon de Bella pendant les cours de biologie. Le monde est petit, quand même.
Il s'appelle Edward Cullen. Il est très bizarre. Mais Bella est très attirée par cette créature étrange, aux traits si parfaits.
~ de l'amour
Parce qu'à dix-sept ans, c'est comme ça, on tombe amoureuse du premier vampire venu.
Et réciproquement (bien qu'Edward n'a pas réellement dix-sept ans, mais plutôt un siècle environ. Il est né en 1901, le drôle).
~ de l'amour encore
Parce qu'à dix-sept ans, c'est comme ça, on est troublée par le charme brûlant du premier jeune indien Quileute venu, à savoir Jacob Black. Il est gentil, plein d'humour, et accessoirement loup-garou. Oh zut, qui a dit que la vie était tranquille dans les petites villes ?
~ du fantastique, des doutes, des complications
C'est là que l'identification de la lectrice capote un peu; car dans la vraie vie, on tombe rarement sur une famille vampire, qui est fatalement une menace pour nous (Bella étant une créature humaine, elle a du sang qui coule dans les veines. Et rappelez-vous, que mangent les vampires ? Bien), on est rarement impliqué dans des histoires de vengeances inter-clans, on fréquente rarement des personnes avec des dons incroyables : Edward peut lire dans les pensées des gens (sauf dans celles de Bella), une de ses "sœurs", Alice, voit ce qui peut potentiellement arriver dans le futur, un de ses "frères", Jasper, ressent et contrôle les émotions de ceux qui l'entourent. Etc.
Mais que voulez-vous, quand on a dix-sept ans, qu'on s'appelle Bella et qu'on a des yeux chocolat, tout est possible.
~ une réécriture des mythes : les vampires, les loups-garous
Chez Stephenie Meyer, pas de crucifix, ni de cercueil, ni de corps se transformant en poussière à la lumière du jour.
Ici, les vampires peuvent sortir quand ils veulent - tout en devant faire attention au soleil, qui a la fâcheuse tendance à les faire briller de mille feux, comme des diamants étincelants. Ici, il ne faut pas un pieu en plein cœur pour détruire la créature maléfique, il faut, euh, la décapiter et la mettre en pièce, puis la brûler. C'est physique, oui. Puis il y a des vampires gentils, comme la famille Cullen : ils sont végétariens. Et ils ont une vision très personnelle du végétarisme : ils ne se nourrissent pas de sang humain, que de sang animal. Rien de grave, donc - sauf que les autres clans de vampires qui vivent dans le monde sont loin d'être aussi végétariens...
Au fil de l'histoire, apparaît aussi le clan des loups-garous (qui ne s'entend pas du tout avec celui des vampires, mais comme les deux clans sont amoureux de Bella, ils vont trouver des arrangements et des compromis, c'est beau l'amour). Ces bestioles-là ne se transforment pas les soirs de pleine lune, on ne les tue pas avec une balle en argent, et ils ne deviennent pas loups après la morsure d'un des congénères. Non, non, ce ne sont que des fables, ça, voyons.
~ des rebondissements à en faire pâlir les lectrices les plus investies
Vous n'imaginez pas le nombre de personnes qui veulent la mort de Bella (elle sent trop bon pour une humaine, son sang dégage un fumet délicieux qui rend fou tout vampire qui peut la respirer).
Vous n'imaginez pas non plus le nombre de jeunes hommes amoureux d'elle - même si nous ne retiendrons qu'Edward et Jacob, la glace et le feu. Oops, j'ai oublié de vous dire (alors que c'est répété toutes les dix pages, quelle étourdie) : Edward est une créature marmoréenne, il est certes très beau, mais il est glacé et absolument pas confortable dès qu'on le touche (allez faire un câlin à une table en marbre, vous comprendrez). Jacob, lui, est brûlant de fièvre, sauf que c'est son état normal : une fois que l'on devient loup-garou, la température augmente sensiblement. Puis il est tout doux. Et drôle. Et gentil. Et devinez qui Bella va choisir ? On dirait qu'elle n'a été conçue que pour faire de mauvais choix. Dès que deux possibilités se présentent à elle, elle va s'éprendre de la mauvaise. Toujours. Elle m'a fatiguée, vous n'imaginez même pas.
Pendant les trois premiers volumes de la saga, Bella oscille entre Edward et Jacob. Elle sait que le premier est l'homme de sa vie, bien que son statut de vampire soit un léger frein. Mais, même éperdument amoureuse de lui, elle ne peut s'empêcher d'être ambiguë avec Jacob, le pauvre n'attendant qu'une chose, qu'elle fasse le bon choix.
Hélas.
Ça, donc, c'est pour les rebondissements amoureux. Mais il y a de l'action, aussi. Il y a ce fameux vampire qui veut la mort de Bella dans Fascination, puis cette rencontre avec le plus vieux clan de vampires du monde, les Volturi, dans Tentation, sans oublier une guerre terrible dans Hésitation, et une dernière confrontation menaçante dans Révélation, où l'on retrouve encore la clique Volturi. Autant dire que chaque volume comprend son taux d'adrénaline, et même si c'est sans doute là pour justifier cette écriture en quatre tomes, c'est terriblement lassant. Que le monde des vampires soit autant secoué parce qu'une humaine souhaite les rejoindre, que les loups-garous enterrent la hache de guerre pour se rallier aux vampires sous prétexte que cela peut sauver Bella d'une mort certaine, cela fait beaucoup pour une petite mortelle aux traits communs. Mais que ne ferait-on pas par amour ?
Vous pensez que je suis en train de terminer mon exposé, mais en réalité, il commence à peine. J'ai encore été trop gentille, en dévoilant peu de points de l'intrigue. Au lieu de procéder par thématiques, voyons un peu ce que recèle chaque tome (et moquons-nous au passage des titres français) :
* dans Fascination (originellement Twilight, parce que : « C'est le crépuscule, murmura Edward en examinant l'horizon chargé de nuages. [...] C'est le moment de la journée le plus sûr pour nous, dit-il en répondant à l'interrogation qu'il avait lue sur mon visage. Le plus agréable, le plus triste aussi, en quelque sorte... la fin d'un autre jour, le retour de la nuit. L'obscurité est tellement prévisible, tu ne trouves pas ? »), il y a donc la découverte d'un nouvel univers, et comme Bella découvre tout en même temps que le lecteur, c'est comme si ce dernier était tenu par la main et emporté dans un flot d'aventures toutes plus attachantes les unes que les autres (je plaisante, au cas où vous ne l'auriez pas remarqué). C'est le début de la nouvelle vie de Bella, avec son père un peu solitaire, c'est le début de sa vie amoureuse (elle croit défaillir quand Edward l'embrasse enfin), c'est le début des galères (avec ce fichu vampire qui veut sa mort, et qui lui brise la jambe, mais par chance, Edward arrive à temps). Dans Fascination, la vie est encore à peu près belle.
* dans Tentation (originellement New moon, parce que : « Avant toi, Bella, ma vie était une nuit sans lune. Très noire, même s'il y avait des étoiles – des points de lumière et de raison... Et puis, tout à coup, tu as traversé mon ciel comme un météore. Soudain, tout brûlait, tout brillait, tout était beau... »), on s'amuse un peu moins. Suite à une petite mésaventure, l'un des frères d'Edward, Jasper, saute sur Bella pour s'en sustenter. Comme c'est une réaction extrême et dangereuse pour Bella, Edward décide de la quitter. De partir de Forks, Washington, de quitter sa vie et de ne jamais revenir. Tentation, donc, est l'histoire d'une rupture. Je dois être sadique, car c'est finalement le tome le plus réussi de la saga (avec cette trouvaille de l'auteur, qui résume à sa façon quatre mois au fond du gouffre). Ou, sans être sadique, ce tome me plaît peut-être plus parce qu'Edward en est quasiment absent, et parce que Jacob y prend beaucoup d'ampleur - c'est lui qui parviendra à sortir Bella de sa torpeur, de son désespoir. Ils feront des choses très rigolotes ensemble, comme apprendre à conduire une moto ou sauter du haut d'une falaise.
Bella se sent déchirée, et bien qu'attirée par Jacob, elle continue à n'aimer qu'Edward. Quand elle le retrouve, dans la dernière partie du livre, elle en explose presque de bonheur. Sauf que ce coquin refuse de faire d'elle un vampire (son rêve ultime).
* dans Hésitation (originellement Eclipse, parce que : euh, je n'ai pas recopié d'extrait. Mais le titre était justifié, n'en doutez pas une seconde : cela faisait allusion à l'amour que se porte Edward et Bella, amour qui éclipse tout le reste), on atteint la quintessence du ridicule, du pénible, du n'importe quoi. Bella est heureuse avec Edward mais voudrait absolument devenir vampire. Edward lui dit d'accord, mais on se marie avant. Oh non, ça, Bella ne veut pas ! Vous savez pourquoi ?
« Je ne suis pas ce genre de fille, Edward. Je ne suis pas de celles qui se marient au sortir du lycée, de ces rustaudes de province que leurs petits copains ont mises en cloque. Pense à la rumeur, si je t'épousais. Nous ne sommes plus au XIXe siècle, les gens ne s'unissent plus à dix-huit ans ! En tout cas pas les gens intelligents, responsables et mûrs ! Je refuse d'être une rustaude. Ça ne me correspond pas... »
Ces propos sont quand même tenus par une fille qui veut mourir pour devenir vampire, c'est-à-dire : s'engager éternellement. Ne plus jamais revenir en arrière (alors qu'un mariage, bon...). Perdre sa famille par la même occasion (une fois vampire, comment fréquenter encore ses parents, ses amis ? ils verront que ses traits ont changé, et qu'elle ne vieillit absolument pas...). Mais tout ça, ce n'est rien par rapport à un mariage. Ben tiens.
L'autre pan ridicule vient des loups-garous, hélas, et de leur histoire d'imprégnation. Que je vous explique : c'est un genre d'âme sœur. Le loup garou rencontre une fille et comprend à l'instant où ses yeux se posent sur elle, qu'elle est celle avec qui il vivra éternellement. C'est comme ça, c'est immuable, c'est plus qu'un coup de foudre, c'est l'évidence même, c'est impossible à ignorer. Le problème est que cette imprégnation peut avoir lieu à n'importe quel âge. Comprenez : ici, un copain de Jacob s'imprègne d'une fille de... 2 ans. Alors évidemment, l'attirance n'est pas encore physique (encore heureux), mais enfin, le jeune homme passe ses journées avec la petite, et va attendre patiemment qu'elle ait un âge raisonnable pour déclarer sa flamme (son âge à lui ne pose aucun problème : les loups-garous peuvent décider de ne pas vieillir, pendant des décennies s'il le faut. Donc ils finiront par avoir le même âge). Je ne sais pas vous, mais personnellement, ça me tracasse quand même, cette histoire d'imprégnation. Un peu ambiguë, hein.
Après cela, on a droit à une Bella agaçante au possible, qui déclare son amour à Jacob (ah bon ?), qui le veut à ses côtés pour la vie, mais en même temps, elle ne veut pas s'éloigner d'un centimètre d'Edward. Elle s'en veut de faire souffrir tout le monde, elle se flagelle, que la vie est difficile, elle ne peut s'empêcher de vouloir tout, et tout de suite, puis finalement elle accepte de se marier, parce qu'elle sait qu'elle gagnera une transformation vampiresque. Jacob, malheureux comme un amoureux trahi (ce qu'il est), s'enfuit, fou de douleur.
* dans Révélation (originellement Breaking dawn, parce que c'est moins tarte que Révélation. Oui, là encore, j'ai oublié de recopier un passage expliquant le titre original. J'irai en enfer), il se passe des choses incroyables. Bella se marie. Bella part en lune de miel. Belle tombe enceinte d'un bébé vampire. N'est-ce pas adorable ? Son enfant a un cœur qui bat (comme sa maman !) et une peau marmoréenne (comme son papa !), ce qui fait que dès que la petite fille (ohh) bouge dans le ventre de sa mère, elle lui brise des côtes ! N'est-ce pas adorable ? Mais Bella est une martyre-née, elle veut garder cet enfant, qui est le fruit de son amour pour Edward, alors elle accouchera, quitte à y perdre la vie... et à renaître en vampire ! N'est-ce pas adorable ?
Les iris de Bella sont rouge sang (c'est toujours ainsi pour les nouveaux vampires, ça exprime symboliquement le besoin de chair fraîche. Avouez que c'est subtil), sa course est gracieuse, ses traits sont superbes. Bella est une vampire heureuse, et sa mignonne petite fille (dont le prénom est à hurler de rire) est un vrai petit monstre. A une semaine, elle a déjà l'apparence d'un enfant de deux ans, et elle parle. N'est-ce pas adorable ? Elle se nourrit de sang humain et comme papa et maman, elle a un don : elle transmet ses pensées rien qu'en touchant le visage des autres. C'est mignon comme tout. Jacob ne la quitte pas d'une semelle (oui, au fait : il est revenu). Au départ, il voulait tuer cette fillette qui est responsable de la mort humaine de Bella, sauf qu'au moment de lui sauter dessus, il s'arrête, tétanisé. Vous ne devinerez ja-mais. Il est imprégné !! N'est-ce pas adorable ? Un loup-garou qui tombe amoureux d'une petite fille humano-vampire ! Voilà qui résorbera toutes les querelles, qui permettra de vivre dans un monde harmonieux où toutes les créatures demeurent en paix ! Evidemment, avant d'arriver à cet univers paradisiaque, il reste une dernière attaque à contre-carrer, un suspense haletant qui s'éternise sur des pages et des pages pour finalement s'éteindre autour d'une discussion civilisée. On s'en fiche, l'essentiel étant que tout le monde est heureux, tout le monde s'aime, et ce pour l'éternité (et plus encore).
Maintenant, question cruciale : est-ce que tout cela valait un étalage sur 2465 pages ? De vous à moi, je ne crois pas. Ces tensions permanentes entre les différents clans de vampires, ces éternels questionnements existentiels de Bella, auraient largement pu être réduits à une taille plus humaine. Il m'a semblé qu'il y avait de nombreuses répétitions, que Stephenie Meyer étirait certains rebondissements comme s'il fallait remplir son roman, bref, que certaines coupes n'auraient pas affaibli l'ensemble, au contraire.
L'autre souci est que les personnages m'ont paru très distants; trop flous pour créer une certaine intimité avec le lecteur. Bella est insipide et ses prises de position m'ont étonnée plus d'une fois; Edward, lui, est pire que ça (et sa famille de vampires aussi), étant l'assemblage de clichés insupportables - il est beau, quand il passe sa main dans ses cheveux il devient irrésistible, il est mystérieux et attirant, regardez-moi cette peau, ce visage, ces yeux, cette attitude sombre, etc, etc, mais qui a envie d'une perfection glacée ? Il se plaint toujours d'avoir perdu son âme en devenant vampire, et je lui confirme : c'est un personnage sans âme aucune, qui reste distant, insaisissable. Le côté psychologique des personnages est trop mal développé pour permettre de comprendre certaines réactions, pour s'attacher durablement à leurs peines et à leurs doutes. Jacob paraît un peu moins raté, mais il reste encore trop fantasmé pour être crédible, réaliste.
Pourtant, oui, j'ai lu toute la Saga du désir interdit. Cela prouve bien que ça ne m'a pas dégoûtée, que je devais y trouver quelque chose - beaucoup d'humour involontaire, déjà (chaque tome m'a valu de sérieux fous rires, rien que cela, ça vaut de l'or). Ce qui m'a fascinée, c'est de découvrir cette histoire qui passionne les adolescentes du monde entier. Connaître enfin ce qui suscite autant d'engouement, oui, ça m'a subjuguée. Je suis contente de ne pas avoir 15 ans aujourd'hui. Avoir des posters de Robert Pattinson dans ma chambre m'ennuierait profondément. Vous pouvez compter sur moi pour ne pas regarder les adaptations cinématographiques, d'ailleurs, ayant déjà été choquée en voyant des photos de la famille Cullen (si c'est ça leur vision de la perfection, de la beauté mystérieuse, j'ai envie de m'enfuir en courant). Je ne pense pas que la pellicule puisse améliorer ces intrigues répétitives.
Après avoir compris qu'il y avait de l'argent à se faire avec ces histoires de vampires, Stephenie Meyer a commencé à réécrire la saga avec le point de vue d'Edward - le premier roman se serait appelé Midnight sun, or des voyous ont mis les douze premiers chapitres sur internet, alors que tout cela était encore en cours d'écriture par l'auteur. Il y a des fous qui ont mis en place une pétition pour que l'auteur reprenne son roman. En attendant, les fameux chapitres sont disponibles sur le site officiel de Stephenie Meyer et ailleurs pour la version française. Ne me remerciez pas; si votre masochisme vous conduit à lire ces chapitres, sachez qu'on ne peut plus rien pour vous.
Ainsi s'achève ma bouleversante aventure avec la Saga du désir interdit. L'avantage, c'est que je vais pouvoir désormais m'intégrer à la société, et discourir pendant des heures sur les qualités de Jacob, les défauts d'Edward. Quelle chance.
Pour ceux qui veulent découvrir des billets plus conventionnels autour de Twilight peuvent cliquer par là et se délecter ainsi de tous les billets répertoriés sur les différents tomes. Ne me remerciez pas.
vendredi 13 novembre 2009
Un coeur qui bat 24 images par seconde
A cause d'Ofelia (ou grâce à elle, je vous laisse choisir la formule que vous préférez, selon que vous êtes positif ou négatif), voilà quelques jours que je cogite sur un questionnaire cinématographique. Ayant envie de me prêter au jeu avec le sérieux qui me caractérise, je vais tenter de ne citer qu'un film à chaque question, tout en ayant conscience alors que mes réponses ne sont finalement que des échantillons de mes pensées... Mais j'aime l'idée d'échantillons, je n'écris peut-être que ça, d'ailleurs.
1- Un film que vous regardiez étant jeune et qui vous remplit de souvenirs:
Mes parents (surtout ma mère) raffolaient du Grand chemin de Jean-Loup Hubert. Ça me fascinait et m'impressionnait, parce que mon regard d'enfant ne voyait pas la même chose que les autres membres de la famille et que le chagrin des différents personnages m'interpelait beaucoup. C'était un beau film, très triste (et ce merveilleux outil qu'est internet m'apprend qu'Anémone et Richard Bohringer ont tous les deux eu le César pour ce film. Y'avait de quoi).
2- Un film que vous connaissez absolument par cœur:
Comme ma Copine, je connais par cœur La cité de la peur d'Alain Berbérian. Beaucoup des répliques ont d'ailleurs rejoint notre lexique familial, Oh, je suis sotte, c'est du suédois / J'ai dormi dans la chambre du bas parce que j'avais prêté mon pull / Aucun lien, fils unique, etc, etc. Culte.
3- Un film qui a bouleversé votre jeunesse:
"Bouleversé" n'est pas le mot juste, mais je m'en voudrais de parler de ma jeunesse sans citer La famille Addams (de Barry Sonnenfeld). Ce film faisait partie du top trois de mes terreurs (avec Entretien avec un vampire et Les Gremlins), mais dieu que je l'aimais (et les deux autres aussi, by the way). Quand j'y réfléchis, d'ailleurs, je trouve que je me suis plutôt bien sortie de cette enfance traumatisante. Encore aujourd'hui, on entend parfois chez nous, au moment où ma mère nous sert, le cultissime "Allez, Mercredi, joue avec ta nourriture".
4- Un film que vous auriez aimé écrire/produire:
Virgin suicides de Sofia Coppola me paraît un bon choix; c'est un film tellement troublant, d'une beauté sidérante (ces couleurs, cette musique, ces filles, bon sang, ces cinq filles...), d'une pureté saisissante. Mais tellement cruel, aussi.

5- Un film qui vous a donné envie de faire du cinéma:
Il faut savoir que dès mon plus jeune âge, après avoir renoncé à mon rêve ultime qui était de devenir balayeuse de rue (ne riez pas, je suis très sérieuse), je voulais être actrice (écrivain aussi, mais ça, personne ne me demande d'en parler aujourd'hui). Aucun film particulier n'est à l'origine de cette envie, je voulais juste que ma sensibilité exacerbée me rapporte de l'argent. Par contre, je peux vous dire que le film qui m'a définitivement fait aimer le cinéma, et qui a fait que c'est devenu une passion pour moi, c'est Le cinquième élément de Luc Besson. Un déclic - et tout à fait entre nous, heureusement que je l'ai eu.
6- Un film que vous avez regardé plus d'une fois:
(inutile de préciser qu'ils sont légion. Oh, zut, je le précise) American beauty (de Sam Mendes). "Il y a tellement de beauté dans le monde que ça en est insoutenable. Et mon cœur est sur le point d'exploser..."
7- Le film que vous avez vu en dernier au cinéma:
Vol au-dessus d'un nid de coucou, de Milos Forman. Non, mauvaises langues, je ne suis pas allée pour la dernière fois au cinéma en 1975 (je n'étais même pas née) (râlez, râlez), mais hier après-midi. C'est l'avantage des petites salles d'art et essai (il fallait bien qu'elles en aient un, d'avantage) : elles projettent de vieux films. Sur le coup, j'ai beaucoup aimé. En sortant de là, j'ai eu l'impression que le monde entier était fou. Puis en y repensant, je me suis dit que c'était sans doute un chef-d'œuvre. Quel bonheur d'avoir pu le découvrir sur grand écran...

8- Un film dont vous avez regretté d'avoir payé la place:
Sans aucune hésitation, Inland empire de David Lynch. C'était en début d'après-midi dans une salle d'art et essai. Autant dire qu'on n'était pas nombreux - entre dix et quinze. Le film commence, on ne comprend rien mais c'est normal : c'est du Lynch.
Seulement, ça continue sur cette lancée. Une personne abandonne, quitte la salle. Suivie par une autre. Et une autre. Je n'en pouvais plus, personnellement, et je savais que le calvaire allait durer pendant près de 3h. Je me suis accrochée comme une folle à un gars assis au rang précédent, en me disant : Tant qu'il reste, je reste. (je sais que le principe est absurde, pas besoin de me le préciser). Manque de pot, après plus d'une heure de film, il a jeté l'éponge.
J'ai tenu vaillamment. Je ne me le suis toujours pas pardonnée.
9- Un film qui vous fait réfléchir sur la vie:
Rois et reine, chef-d'œuvre absolu d'Arnaud Desplechin, dont le discours a la fâcheuse tendance de me bouleverser. La liberté de vie qu'incarne Mathieu Almaric est éblouissante.
10- Un film qui vous a donné envie de tomber amoureuse:
Il y en a des millions, mais je citerai Eternal sunshine of the spotless mind de Michel Gondry parce que j'aurais honte de ne pas le caser dans ce questionnaire. Et parce qu'on a beau faire, on ne peut pas effacer un amour ancré en nous.
11- Un film qui vous a fait tordre de rire:
Histoire de varier les réponses (j'aurais pu écrire la même qu'à la question 2), je vais vous avouer que le dernier film à m'avoir réellement fait rire est Sept ans de réflexion de Billy Wilder, revu dernièrement. Tom Ewell y est complètement délirant; et on ne peut pas dire qu'il soit en mauvaise compagnie dans ce film...
12- Un film qui vous a révélé un acteur que vous suivez à présent:
Kate Winslet m'a éblouie dans Titanic (J. Cameron), et plus je regarde ses films, plus je suis convaincue de sa valeur et de son talent.
13- Un film qui vous a fait pleurer comme une madeleine:
Un peu comme Ofelia, je n'ai pas le droit de pleurer devant un film (sinon, c'est la porte ouverte à toutes les fenêtres). Evidemment, parfois, ça dérape. J'ai pleuré pendant une demi-heure après avoir vu Créatures célestes de Peter Jackson, par exemple.
14- Un film dont vous avez aimé un personnage en particulier:
Je trouve cela un peu curieux parce qu'à partir du moment où j'aime un film, on peut supposer que les acteurs y sont pour quelque chose, non ? Mais jouons le jeu jusqu'au bout, j'aime beaucoup le personnage interprété par Christian Bale dans Le nouveau monde (T. Mallick) - l'homme qui parvient à épouser Pocahontas tout en ayant conscience qu'il ne sera jamais autant aimé que John Smith. L'homme qui accepte qu'une part de son cœur appartienne à un autre.
15- Un film que vous regardez chaque année:
Pour survivre à décembre (mon mois détesté), il n'y a pas 36 remèdes, mais : Love actually de Richard Curtis. Pour l'humour, pour le casting, pour le romantisme, pour le costume de pieuvre à la fin. A regarder dans un plaid, avec des chocolats et une boisson chaude. Et sans homme à proximité, évidemment.
Et si Filmaoueg nous parlait des films importants pour elle ? Allez, oh, dis, cède !
mercredi 11 novembre 2009
Un ruban autour d'une bombe
Parmi les artistes à la mode, on retrouve incontestablement Frida Kahlo. L'engouement s'est renforcé avec la sortie d'un biopic de Julie Taymor, en 2002, portant le nom sobre de Frida. Et puisque vous êtes perspicaces, vous avez compris qu'il va être question de ce film aujourd'hui.
J'avoue que je ne connaissais pas cette peintre avant de la rencontrer au cinéma; j'ignorais tout de sa vie, de ses tableaux. Et voilà qu'en moins de deux heures, elle m'était devenue importante.
Et même si cela peut paraître terriblement cliché, la nature de Frida se révèle rapidement : elle semble être née pour peindre, aimer, souffrir.
Elle tombe malade à l'âge de six ans, en gardant une malformation de la jambe droite. Attirée par le dessin, elle s'exerce avec son père, photographe, qui l'autorise à retoucher quelques photos avec de la peinture. Mais pour elle, ce n'est pas encore essentiel; elle veut devenir médecin, rejoint une école prestigieuse mais n'en profitera pas longtemps : en 1925, alors qu'elle n'a que dix-huit ans, un épouvantable accident de bus détruit son corps. Jambe pulvérisée, bassin brisé, vertèbres fracturées. C'est à se demander comment elle en survit... Mais elle tient, Frida, et c'est justement pendant cette période qu'elle découvre réellement la peinture. Immobilisée dans son lit, allongée, corsetée, elle puisera de la force dans l'art, elle s'exprimera inlassablement à travers de multiples autoportraits.
A ce stade, on a déjà la douleur et la peinture. Il est temps de parler de Diego Rivera, l'homme de sa vie, ce peintre de vingt et un ans de plus qu'elle, un homme talentueux, reconnu, mais aussi un homme laid, gros, grand, irrésistible aux yeux des femmes. C'est certain qu'il a été amoureux de Frida, oui, sans pour autant lui être fidèle. Même mariés, il continuera à la tromper. Frida, elle, ferme les yeux, par amour. Tant qu'il reste loyal... Puis le contexte aidant certainement, on ne peut pas dire non plus qu'elle ait été d'une fidélité exemplaire...
L'une des plus belles scènes du film est dû à leur rapprochement : Diego commence à déshabiller Frida pour la première fois, et...
Voilà donc les pierres angulaires de leur vie. L'amour. L'art. L'expression (du monde, de soi). La souffrance pour elle, la séduction pour lui, la politique pour eux deux (ils étaient des communistes engagés). Leur quotidien, fatalement hors-normes, est un mélange de tout cela.
Le film est bien plus qu'une petite adaptation d'une vie extraordinaire, c'est une mise en mouvements de tableaux plus torturés les uns que les autres, c'est pratiquement une déclaration d'amour à Frida Kahlo. Je ne vais pas m'étendre sur la perfection physique de Salma Hayek, mais il est clair qu'elle est tellement Frida à l'écran que je n'imagine aucune autre actrice pouvant interpréter un tel rôle. Petite, frêle d'apparence et pourtant tellement tenace, joyeuse, fière, la Frida du film est bouleversante de sincérité, de souffrance, de courage. Les traits de la véritable artiste se fondent dans ceux de l'actrice, au point que la réalisatrice a eu l'idée de reprendre certains tableaux de Frida Kahlo et d'y incorporer le propre visage de Salma Hayek. C'est l'une des grandes réussites de cette biographie, d'ailleurs : parce que Frida Kahlo ne parlait que d'elle dans ce qu'elle peignait, on peut facilement associer ses œuvres à différentes étapes de sa vie. Ainsi, dans le film, la réalité s'unit à l'art, les tableaux prennent vie en tant que témoignage d'épreuves à surmonter. Car dans l'essentiel de son œuvre, Frida Kahlo exorcise ses souffrances, physiques et morales, cette femme ne pouvant réagir qu'avec son cœur, et avec rien d'autre. Sensibilité exacerbée qu'elle extériorise avec un talent et une émotion rares. Ses tableaux ne peuvent pas laisser de marbre; qu'ils bouleversent ou mettent mal à l'aise, ils provoquent inévitablement une réaction de la part du spectateur.
Tout est de toute beauté, dans ce film. Les couleurs festives du Mexique, la musique lancinante qui semble prendre chair, elle aussi (même sans que l'on comprenne ce qui est chanté), la mise en scène imaginative, les acteurs qui virevoltent autour de Frida et Diego (joué par Alfred Molina), ces plans qui, à chaque instant, semblent célébrer la vie... alors qu'elle a été pire que chienne avec Frida.
Toute cette souffrance tellement invivable, comment a-t-elle pu la supporter, pendant plus de quarante ans ? Comment a-t-elle trouvé la force de transcender cette destruction physique pour en faire jaillir la Beauté ? Ce destin d'une cruauté abyssale m'avait ébranlée au cinéma, et ça fait sept ans que je vis avec ce film... que j'y repense... que certaines scènes ressurgissent en moi, certains mots. Certaines douleurs. Et le revoir, récemment, n'a pas amenuisé son effet. Frida me bouleverse. Il y a mille raisons à cela, toutes plus intimes les unes que les autres. Je ne peux pas m'empêcher d'être fascinée par ces gens qui maintiennent leur tête hors de l'eau, qui pétrissent de la boue pour en faire de l'or*, qui parviennent à être heureux là où on serait démolis. Allez expliquer à une fille de dix-huit ans que son corps ne vaut plus rien, qu'elle devra s'habituer à ses cicatrices, à ses douleurs, revenez la voir quand, adulte, elle fera plusieurs fausses couches parce qu'elle a été tellement abîmée lors de l'accident que la maternité lui est impossible... Et regardez-la, encore, toujours, quand son mari demande le divorce, quand elle boit, quand elle devient dépressive et suicidaire ("Je buvais pour noyer mes peines mais les vilaines apprirent à nager"), et qu'elle continue, encore, toujours à peindre... Frida Kahlo aurait eu mille raisons d'être une femme invivable, destructrice pour son entourage, elle aurait pu se morfondre et ne se laisser aucune chance. Mais, je vous l'ai dit, elle était amoureuse, et avant tout : cruellement amoureuse de la vie. Même brisée, elle continuait d'espérer, comme dans ce tableau, où elle se peint après une énième intervention du dos (qui va finalement lui faire atteindre des sommets dans la souffrance) :
Cet espoir d'aller mieux, de quitter ce corset en acier (à partir de cette opération, en 1946, elle portera 28 corsets différents, son dos ne tenant plus), de rester dans la lumière. Frida Kahlo a une force de vie exemplaire. Son art lui servant de catharsis, elle parviendra à vivre avec le plus d'entrain possible. Elle minimisera d'ailleurs sa souffrance en disant qu'elle a subi deux accidents dans sa vie : le bus et Diego Rivera, ce second étant bien pire que le premier...
Mais ces deux-là sont liés, malgré tout. Ils se marient à nouveau, Diego restant auprès de Frida jusqu'à la fin.
Diego - Je viens te demander de m'épouser.
- Je n'ai pas besoin d'aide.
- Moi, si.
- J'ai perdu les orteils d'un pied, j'ai le dos foutu, les reins malades, je fume, je bois, je jure, je ne peux pas avoir d'enfant, je n'ai pas d'argent et plein de notes d'hôpital. Je continue ?
- Une vraie lettre de recommandation
...
- Frida... Je me languis de nous.
- On dit qu'il ne faut pas croire un chien qui boite ou les larmes d'une femme.
- On a tort.
(peut-être)
Au printemps 1953, enfin, une exposition mexicaine met Frida Kahlo à l'honneur; c'est la première fois qu'elle est exposée dans son pays... Mais n'ayant pas le droit de se lever, c'est dans son immense lit à baldaquin que Frida se rendra au vernissage, acclamée par les gens présents.
On pourrait croire, après ça, qu'elle aurait droit à une fin paisible... évidemment pas. Une dernière année de torture l'attend (avec l'amputation de son mollet droit, une pneumonie) et, alors que son dernier tableau crie Viva la vida, son journal intime, lui, se termine sur ses mots : "J'espère que la sortie sera heureuse et j’espère ne jamais revenir". Comme je la comprends.
Le film est une adaptation d'une biographie écrite par une historienne de l'art, Hayden Herrera, elle aussi sobrement intitulée Frida. Le titre de ce billet vient d'André Breton, qui définissait Frida Kahlo par ces mots.
Et pour terminer en beauté, voici un chemin jusqu'à son site officiel.
* mots empruntés à Baudelaire, il ne m'en voudra pas
lundi 9 novembre 2009
"L'automne est une demeure d'or et de pluie"
(dixit Jacques Chessex)
Il paraît que c'est bon signe, que ça veut dire que les gens m'aiment bien (si, d'abord, c'est Levraoueg qui me qualifie de chouchoute, je n'invente rien). Mais j'aimerais bien que les gens me prouvent leur attachement autrement qu'en me coltinant le moindre tag qui passe dans mon périmètre de survie.
Seulement voilà, on essaie de m'apitoyer; on me dit que je suis merveilleuse. Je le crois. Et une fille merveilleuse, qu'est-ce que ça fait, à votre avis ? Ça se plie à ce qu'on lui demande. Las, un jour, je suivrai des cours où l'on m'apprendra à dire Non. En attendant, faut de moyens (je suis sûre que ces cours sont hors de prix), j'acquiesce, telle une pauvre victime de la société virtuelle. Vous brûliez de savoir ce qui remplit actuellement mes journées, vous allez être comblés.
~ Seven things shaping my fall ~
~ les vitamines; c'est excessivement et totalement essentiel, surtout quand on sait ma propension à ressembler plus souvent à une serpillère qu'à un être humain en bonne et due forme. L'extrait de pamplemousse ne m'ayant strictement rien fait, j'acquiers tonus et vitalité grâce à l'acérola. Oui, maintenant, j'arrive à tenir jusqu'à 22h le soir. Quel exploit sensationnel (j'ai envie de pleurer). Ça a au moins l'avantage d'avoir bon goût, un côté acidulé-bonbon qui ne peut que m'exalter. Et si en plus ça éloigne la grippe de mon petit organisme fragile, je ne peux qu'adhérer.
~ les bonnes résolutions que je ne tiens absolument pas. Tenir mon armoire bien rangée, faire la vaisselle dès que le repas est terminé, rester plus d'une demi-heure à la piscine, tenter de me cultiver. Si l'on sait que, cette semaine, j'ai passé 20 minutes à chercher un satané sous-pull dans mon avalanche de fringues (ça m'apprendra à n'acheter que du monochrome, rien ne ressemble plus à un haut noir qu'un autre haut noir), que j'ai finalement accepté de faire la vaisselle parce qu'il ne me restait plus un seul couteau de propre (et que je voulais goûter ce fromage, là, tout de suite), que les gens m'ont tellement énervée à la piscine que j'en suis sortie au bout de 25 minutes, en rage, et qu'une de mes collègues essaie à tout prix de me faire lire Dewey, l'histoire du mignon petit chat, vous comprendrez alors que toutes mes résolutions tombent à l'eau. Ne parlons même pas de mon envie de mincir, s'il vous plaît.

Cette photo n'est pas à prendre au 1er degré, merci.
~ la Saga du désir interdit. Ou comment un vampire et un loup-garou tombent éperdument amoureux d'une petite humaine sans charme. 2465 pages (j'ai compté). A l'heure où j'écris ces lignes (dimanche, 15h26, temps sec et glacial), il ne me reste plus que 306 pages. Je n'en puis plus - et pourtant, je persiste, encore et toujours. On en reparlera quand j'aurai tout lu. Le week-end, je ne lis que ça. Le soir, je renonce à mettre un DVD pour connaître la suite des aventures (qui commencent légèrement à toucher le fond, je dis ça, je ne dis rien). Ce n'était peut-être pas l'idée du siècle d'enchaîner les quatre romans à la suite. N'empêche que, malgré tous mes grognements et mes fous rire, ça m'occupe drôlement bien les dimanche après-midi, sous ma couette, avec un thé fumant à proximité.
~ je dirais bien que les doutes rythment ce bel automne, mais ce serait tricher : je doute à toutes les saisons, c'est un de mes grands talents. Et comme je n'ai pas envie de vous raconter pourquoi je me triture les méninges, tout ceci reste fort nébuleux. Je pourrais les associer aux projets, car j'en ai autant que des doutes (les deux vont ensemble, finalement, ils se tiennent symboliquement la main pour parcourir le doux chemin de la vie) mais ça ira, oui, tout ira bien.
~ l'automne, pour moi, c'est la récompense après avoir difficilement survécu à l'été. Je suis pire qu'enthousiaste d'avoir ressorti mon gros manteau, mes mitaines roses, mes écharpes toutes douces et les chaussettes rigolotes, j'aime les feuilles mortes et les couleurs sur les arbres, le potiron, les raclettes, la buée qui sort de ma bouche quand je pars travailler le matin, j'aime le thé, je sais que la saison des chocolats chauds et des clémentines n'est plus qu'à deux pas, et ça me réjouit. Il faudrait juste qu'on invente des mini-bouillottes à mettre dans les chaussures, mais à part ce petit détail, l'automne est un régal.
~ les soirées, les sorties, les restos, les tisanes anti-stress et les sourires enjoués qui sont parfois surjoués. Les choses à régler d'urgence, les lieux que je décide de ne pas aller revoir, les gens qui me manquent et ceux qui me manqueront. Les bouteilles de vin blanc, la gentillesse de certains et la connerie des autres, le goût des dernières fois, l'impatience, la déception et quelques disparitions, les fous rire. Les abri-bus où il n'y aucune indication, aucun nom d'arrêt, le taxi comme dernier recours, l'odeur de cigarette dans mes cheveux, le bas des pantalons mouillé par la pluie, le bonheur de le lire, le soleil froid du matin, les habits chauds, la chance que j'ai.
~ les tags. Parce qu'il semblerait bien que le monde entier se soit ligué contre moi pour me refiler tous les tags possibles et imaginables. Selon mon humeur, ils sont classés dans égocentrisme, ou dans inutile... Selon mon humeur, j'y réponds plus ou moins bien (là, on sent clairement mon manque d'inspiration, ne le niez pas). Même si je ne rate jamais une occasion de parler de moi, je vais quand même tâcher de varier les plaisirs...
Je ne sais plus qui a été désigné(e) par ce tag, qui a réussi à y échapper. Chiffonnette, ça te dirait de nous parler de ton automne ? Des sept recettes que tu préfères cuisiner en ce moment, ou n'importe quoi d'autre ?
vendredi 6 novembre 2009
Qu'elle est courte hélas, cette vie dégueulasse

"...Non, ne dis rien mon amour
Reviens juste au matin
T'immiscer et félin
Sous les draps chauds de mon corps
Qui cherchera ta main..."
Une fois n'est pas coutume, il sera question de musique aujourd'hui, d'un coup de foudre inattendu entre un artiste et mon cœur cristallisé (vous me direz que le coup de foudre est inattendu par essence, mais vous connaissez mon goût pour les pléonasmes. Et si vous ne le connaissiez pas, maintenant, c'est fait). Cette rencontre, je la dois à Mo, à un billet furtif où je m'engageais à écouter un certain album. Je pensais n'y poser rien de plus qu'une oreille distraite, et puis, cette voix langoureuse a su me piéger. J'ai écouté l'album un samedi. Puis je l'ai réécouté le lendemain. Le lundi, je me suis dit qu'il était temps d'aller m'offrir La Superbe de Benjamin Biolay.
Ça y est, vous ricanez.
Benjamin Biolay, pour vous, c'est de la mauvaise chanson française, c'est ce gars qui écrit sérieusement des chansons qu'on ne peut raisonnablement pas écouter au premier degré (permettez-moi de vous offrir deux infimes extraits des Cerfs-volants : "A mesure que le temps passe, je mesure le temps qui passe" et "L'eau s'étend jusqu'à l'autre bout de l'étang" - ça me fait rire à chaque fois) ou pire, c'est juste le mari de cette actrice, là, mais si, tu sais, la fille à Machin, rah, son nom m'échappe ! Je ne peux pas vous jeter la pierre, j'ai longtemps pensé comme vous (sauf que personnellement, je sais me souvenir du nom de Chiara Mastroianni (et en plus, ils ne sont plus ensemble)). Je pensais, bêtement, que Benjamin Biolay n'était pas pour moi.
Puis, La Superbe.
Double album qui raconte les amours perdues, le manque physique, le romantisme des âmes esseulées, l'alcool qui tient compagnie même quand l'autre est parti. Ça parle d'évasions, de remords et de colère, de promenades et de fugitifs espoirs, de promesses impossibles à tenir.
"Nous sommes amants ou n'en sommes pas
Et face au vent on se soutiendra
Dans quarante ans, on s'en souviendra"
Il est indéniable que La Superbe est un album déprimant. Il s'écoute tranquillement, chez soi, quand on sait que la mélancolie peut être de bonne compagnie. J'ai testé pour vous l'écoute sur le lieu de travail, écouteurs plantés dans les oreilles, le résultat a été pitoyable : quand, quelques minutes plus tard, D. m'a demandé si je voulais un café, j'ai failli exploser en larmes - avouez que ça aurait été déplacé.
La Superbe pue le chagrin. Le chagrin d'un homme (et je ne dis pas que cet homme est Biolay) qui, dans la plupart des chansons, apparaît fragilisé par ses erreurs et la perte de son amour. Chaque texte semble demander pardon, certaines paroles ressemblent à des bouées lancées dans des moments de désespoir où il ne devait pas rester grand-chose à quoi se raccrocher.
"...Tout ça me tourmente,
Tout ça me tourmente un peu
La douleur m'éventre,
Mais je ris dès que je peux..."
Comme une mise à nu, quand il ne reste plus rien à faire, plus rien à espérer, sinon que d'attendre de vraiment toucher le fond pour rebondir, enfin.
La voix de Benjamin Biolay se fait à la fois touchante, sexy, entraînante, vulnérable. Moi qui n'y connais rien (sérieusement), j'ai aperçu les fantômes de Gainsbourg (Jaloux de tout), de Bashung (Night shop), de Miossec (à chaque fois que démarre 15 septembre, j'ai l'impression que c'est le Breton qui va commencer à chanter); il y en a évidemment mille autres qui ont influencé ce travail d'artiste, mais c'est là justement qu'on voit mes propres limites...
Benjamin Biolay parle, chante, propose des rythmes presque joyeux et d'autres tristes à pleurer, Benjamin Biolay apparaît à la fois blessé et serein, permettant de souffler à l'écoute de certaines chansons, même si c'est pour finalement retomber plus bas à la suivante, certes.
Benjamin Biolay se moque aussi de la chanson française - et ça, je ne l'invente pas, je l'ai lu dans une interview : Brandt Rhapsodie, description d'une relation amoureuse, de la première nuit sauvage à la séparation un peu amère, a cette forme géniale d'être écrite comme une succession de post-its déposés sur le frigo. En 4'44 minutes, Benjamin Biolay et Jeanne Cherhal disent tout, avec une telle sincérité que c'est l'une des premières chansons à m'avoir vraiment accrochée. Or, c'est une énorme moquerie à l'encontre de l'actuelle chanson française, une ironie musicale que je n'avais pas saisie - c'est dire à quel point mon écoute de l'album doit être foireuse. Peu importe; après tout, quand un artiste s'exprime, il prend le risque d'être mal compris et je ne me sens pas particulièrement conne de m'être trompée.
Je ne sais pas parler de musique, mais ce que je sais, c'est que cet album m'accompagne depuis maintenant deux semaines, me bousculant et me réconfortant en même temps, ce que je sais, c'est que j'ai fait la connaissance d'un artiste qui me touche beaucoup, qui ne fait pas de compromis entre l'amour et le sexe (il parle des deux, et c'est bien), qui parle de désespoir et de drogue, et ce qui résulte de tous ces sentiments, de toute cette souffrance, compose un album d'une beauté saisissante, précieuse, douloureuse.
Au moins, quand vous écoutez Benjamin Biolay, vous savez pourquoi vous avez mal.
"Je savais bien Bébé que c'était pas simple..."
Et l'album de (presque) s'ouvrir avec 15 août et de (presque) s'achever sur 15 septembre, deux chansons magnifiques où la voix de Jeanne Cherhal (la femme qui quitte) trouve une réponse dans celle de Benjamin Biolay (l'homme quitté), la boucle se referme doucement, même le simple souvenir d'une couleur les oppose désormais, mais heureusement, oui, On reste, Dieu merci, à la merci d'une simple partie de jambes en l'air, quelle aventure, quelle aventure...
La Superbe porte si bien son nom.
Pour finir en beauté, en émotion, l'une des plus belles déclarations de l'album, Ton héritage, chanson écrite pour sa fille - parce que cet amour-là, toujours, reste intact.
"...Si tu pries quand la nuit tombe
Mon enfant, mon enfant,
Si tu ne fleuris pas les tombes
Mais chéris les absents..."
mercredi 4 novembre 2009
Avec des si, on mettrait Paris en bouteille
Vous vous souvenez aussi bien que moi de César, et de la trahison de son propre fils. Moi aussi, j'ai été trahie. Comme on n'a décidément aucun ami sur terre, cette fois la trahison vient de Caro[line]. Oui, tu quoque, filiae. Décidant de me relever de cette attaque frontale, j'ai serré les dents, et répondu au énième tag qui circule actuellement, et qui a été mis en route par Emma (ce qui est bien, c'est qu'on connaît donc la fautive : ça permet de centraliser les désirs de vengeance).
1. Si on vous proposait d’écrire votre biographie, vous prendriez qui pour nègre ? (eh oui, tout le monde n’a pas un don pour la littérature)
Je trouve la parenthèse très vexante. Qui ose croire que je n'ai aucun don littéraire ? Et pire, comment pouvez-vous croire que je serai capable de raconter les moindres détails de ma vie à un inconnu, pour qu'il se les approprie, les déforme encore plus que moi (car évidemment, mes propres souvenirs sont faussés avec le temps et ma subjectivité personnelle, alors ajoutez dessus la subjectivité d'un autre, et je ne me reconnaitrai plus), pour qu'il livre un texte larmoyant et soporifique ? Non, non. J'exige d'être seule responsable de ce flop littéraire.
2. Vous êtes en train de lire le tout dernier chapitre d’un livre, celui qui vous a fait passer une nuit blanche, la fin qui vous fait saliver (notez le jeu de mots siouplé) depuis une centaine de pages… Lorsque survient un homme, torse nu. On va dire qu’il s’appelle… Daniel Craig. Il a l’air chagrin. Il a une petite douleur à l’épaule, et est persuadé qu’un petit massage lui ferait le plus grand bien. Que faites-vous ? (PS pour les garçons : à la place de Daniel Craig, merci de comprendre… Allez, soyons fous, Scarlett Johansson, mais en bikini, pas torse nu !)
Daniel Craig, vous voulez dire l'acteur bodybuildé qui ressemble à Poutine et à un nazi (oui, les deux à la fois, ça ne doit pas être facile tous les jours) ? Vraiment, vous ne cessez de me décevoir. Je ne suis pas attirée par ce genre de créature. N'importe quel livre vaut mieux que la compagnie de cet homme froid et sans charme (je serais même prête à feindre de l'intérêt pour un roman de Jane Austen).
Donnez-moi Johnny Depp ou Hugh Grant (liste non exhaustive), et là, je pourrais même en oublier que je sais lire.
3. C’est la fin du monde. Quel livre mettriez-vous dans la capsule qui sauvegardera une trace de l’humanité ? (voudriez-vous vraiment que ce soit Orgueil et Préjugés ?)
Eh bien, mon autobiographie. What else ?
4. Quelle est pour vous la pause lecture idéale ?
La pause lecture idéale, c'est celle qui inonde mon cœur de bien-être et de sérénité, celle qui me donne envie de gambader de joie dans une clairière ensoleillée. Celle qui fait briller mon esprit et mes rêves de mille feux. La pause lecture idéale, c'est un instant d'amour.
Je suis désolée, je n'ai pas pu m'empêcher.
5. Si vous aviez le pouvoir de trucider/effacer un personnage de roman, ce serait qui ?
Si vous saviez avec quelle intensité j'ai cherché un personnage à détruire... Je voudrais bien sauver Gavroche en éliminant le tireur responsable de sa mort, mais ça ferait de moi un nouvel Achéron Adès (vous savez, enfin, celui qui kidnappe les personnages de roman, ce qui en modifie fatalement l'intrigue); et j'ai déjà tellement mal au cœur de savoir qu'un personnage de Martin Chuzzlewit a disparu à cause de lui, que je n'ai pas envie que mes actes aient la moindre incidence sur le moindre livre.
6. Sauveriez-vous Voldemort, juste pour avoir un huitième tome ?
Permettez-moi de raconter ma vie (ça vous donnera un avant-goût de mon autobiographie, bande de chanceux) : une nuit, j'ai rêvé que Voldemort en avait après ma vie. Je peux vous dire que c'est particulièrement angoissant de savoir qu'à chaque instant de notre existence, quelqu'un cherche à nous exterminer, en espérant nous faire souffrir le plus possible (sinon, c'est moins amusant).
Rien que pour ça, non, je suis contente qu'il soit mort. Je dors mieux.
7. Jusqu’où êtes-vous allé pour un livre ?
Vous voyez le petit logo Alapage, à gauche ?
Ces rigolos ont cru qu'un partenariat avec mon humble personne pourrait avoir un impact sur leur vente (personnellement, j'en ris encore). J'ai accepté de leur vendre mon âme, pour recevoir en contre-partie le livre de mon choix - en l'occurrence, une anthologie de Bukowski qui fait 1525 pages. J'en bave rien que de l'écrire.
Le pacte m'oblige à écrire un billet sur le livre, et y intégrer un magnifique lien vers Alapage. J'espère évidemment que vous ne cliquerez pas dessus.
8. Si vous pouviez retourner dans le passé rencontrer un auteur. Ce serait qui ? Quelles seraient vos toutes premières paroles ? (A part “bonjour”)
Eh bien justement, je passerais bien un moment avec Bukowski. Je voudrais qu'il me parle de son épitaphe :
Puis j'ajouterai qu'il pourrait quand même m'offrir une bière, tant qu'on y était.
9. Décrivez la bibliothèque (personnelle ou pas) de vos rêves.
Dans ma grande magnanimité, je vais tenter de répondre sérieusement. La bibliothèque de mes rêves, déjà, contiendrait tous mes livres (et pas une partie chez Untel, une autre chez Bidule, comme en ce moment). La pièce serait baignée de lumière (je me fiche des conditions de conservation, je ne possède rien de précieux), et en levant les yeux, je verrais au choix l'océan se déchaîner, ou la lande anglaise, ou Notre-Dame-de-Paris. Je ne suis pas encore bien fixée, comme vous pouvez le remarquer. Mon fauteuil-canapé serait tellement confortable que son accès serait réservé aux happy few (qui comprendraient : mon chat, mon amoureux et moi. Personne d'autre). Et la plus belle théière du monde exhalerait une douce odeur de thé rouge à la vanille (mon obsession actuelle), que je dégusterais à petites gorgées. Peut-être même que Chopin s'échapperait des enceintes placées en haut de mes étagères.
Le téléphone serait banni de cet havre de paix, dont la description est hautement ridicule, j'en conviens. Vous vouliez du cliché, vous en avez eu.
10. Vous retournez dans le passé (décidément, bande de veinards !), en pleine 2ème guerre mondiale. Quel livre donneriez-vous à Hitler pour qu’il arrête de cramer des bouquins ?
Euh, brûler des bouquins, c'est pratiquement anecdotique comparé à ce qu'il a brûlé d'autre, non ?
...
Il y a quelqu'un qui avait proposé Suicide, mode d'emploi. Je ne peux qu'acquiescer - à condition que cette saleté de dictateur mette immédiatement en pratique les précieux conseils distillés. Attendre d'être vaincu pour se suicider, c'est vraiment une idée de loser.
Et s'il refuse, je demanderai à Achéron Adès de le retirer des manuels d'Histoire.
***
Et maintenant, je suis censée refiler la punition à quelqu'un (en général, celui que je désigne ne fait jamais le tag, à croire que c'est une tradition). De fait, Lilly, ça t'intéressait de ne pas y répondre ?
lundi 2 novembre 2009
Chasse aux trésors
Souvenez-vous, en décembre dernier, je m'inscrivais comme des milliers d'autres personnes (en réalité, il paraît qu'on était 115. Je trouve ça équivalent à plusieurs milliers) au merveilleux challenge adapté par Grominou, c'est-à-dire le défi Blog-o-trésors. Pour ceux qui ne feraient pas partie des milliers de personnes à avoir suivi Grominou dans ce formidable jeu (ah, les pauvres, plaignons-les), le principe consistait à dresser sa propre liste de dix trésors littéraires (la mienne par là, il serait temps que vous la consultiez, bande de voyous), de la joindre ensuite à celle des 114 autres inscrits pour former une méga liste, dans laquelle il suffisait de piocher quatre romans à lire au cours de l'année. Avouez qu'on a connu plus contraignant...
Personnellement, j'ai voulu détailler les listes des différents participants, choisir précautionneusement les livres à découvrir, et je me suis retrouvée alors avec ces quatre titres :
- Le maître des illusions de Donna Tartt (trésor d'Alwenn, de Karine:) et de Restling)
- Anna Karénine de Léon Tolstoï (trésor de Praline, de Virginie et de Romanza)
- La mort est mon métier (trésor de TVless)
- Une prière pour Owen de John Irving (trésor de Grominou, de Karine:) et de deux autres personnes mais je-ne-sais-plus-qui)
Il n'y a pas de lien vers mon billet pour le quatrième titre, tout simplement parce qu'il n'y aura pas de billet - découlant du fait qu'il n'y a pas eu lecture non plus. Ça tient à trois fois rien : c'est un livre disponible là où je travaille. Quand je suis arrivée là-bas en janvier et que j'ai vu qu'il était emprunté jusqu'en décembre, j'ai eu comme un doute : un prêt, c'est trois semaines, pas onze mois. Mon mouchard m'a appris que c'était un membre du personnel qui s'était octroyé ce prêt à rallonge. En réalité, c'était même pire que ça : ça fait deux ans que cette personne retient Une prière pour Owen chez elle.
Ça m'énerve. Je n'ai évidemment jamais osé lui en parler (vous ai-je déjà dit que j'étais stupide ?). J'ai juste attendu naïvement qu'elle le ramène. Ce n'est pas la seule à se permettre ce genre de prêts douteux; seulement, je m'en vais bientôt, et je sais que d'ici là, Owen ne reviendra pas en rayon.
Etant très entêtée pour des choses généralement très stupides, j'ai refusé de m'acheter le livre. Je découvrirai donc Irving plus tard.
Ca me chagrinait de ne pas lire un trésor de Grominou, alors j'ai été contente de pouvoir rattraper le sort, un peu, en regardant Cyrano de Bergerac...
N'allez pas croire que c'est de la triche. Je parle là des titres officiels que j'avais décidé de lire pour le challenge, et même si vous n'en voyez que trois, en réalité, j'en ai lu bien plus sans y prêter attention - à commencer par le livre le plus cité par les participants, j'ai nommé Jane Eyre de Charlotte Brontë, mais aussi Le bruit et la fureur de William Faulkner, ou encore Le treizième conte de Diane Setterfield (etc).
L'essentiel, pour moi, est d'avoir découvert de nouveaux livres, d'avoir commencé à dénicher les trésors des autres (en réalité, je compte bien continuer sur cette lancée, et certainement que Theoma va m'y aider grandement) (mais officieusement; car vous l'avez remarqué grâce au beau logo à gauche, vous êtes désormais dans une zone de non-challenge) (excepté le tien, Levraoueg, évidemment, j'y étais inscrite avant).
J'ai aimé chacun des trois livres lus pour Blog-o-trésors mais ça ne me surprend pas, puisque j'avais consciencieusement choisi les titres...
Ce qui me permet de conclure avec dignité : Vive Grominou et sus aux bibliothécaires égoïstes !
(non mais)















