N.u.l.l.e.

Nouvel Univers Lunatique et Lacunaire d'Erzébeth

mardi 19 janvier 2010

ES MUSS ALLES ANDERS WERDEN

(traduction approximative : Tout doit changer. Mo, corrige-moi au besoin)

Les mains rouges
de Jens Christian Grondahl (Rode Haender, 2006)
traduit du danois par Alain Gnaedig
Gallimard, 2009

http://www.midola.fr/public/.mains_rouges_s.jpg

Il se trouve que j'accepte rarement qu'un livre voyage jusque chez moi, selon les traditionnels prêts organisés dans la blogosphère littéraire, et ce pour diverses raisons. Éprise de folie et d'aventure, j'ai accepté de recevoir Les mains rouges - livre qui devait d'abord passer chez d'autres bloggueuses avant de me parvenir. Les billets étaient tièdes, et je le devenais encore plus. L'initiatrice de ce livre-voyageur, Levraoueg, effectuait un rapprochement avec Schlink, auteur dont la plume m'avait laissée de marbre (mais si, rappelez-vous).
J'avais peur.
J'ai quand même tenu tête. Et quelque part, j'ai bien fait.

Alors, de quoi ça parle ?
Euh, ne me demandez pas trop. C'est-à-dire que dès qu'on me parle de quelque chose que je ne connais pas, je ne fais aucun effort de compréhension, et les informations coulent sur moi comme si je portais un k-way merveilleusement imperméable. Et là, j'avoue, le contexte terroriste en Allemagne dans les années 70, ça me parle peu.
Je suis une mauvaise lectrice, je sais. Les billets qui viendront clore le mien relèveront le niveau, ne vous inquiétez pas.
Tout ce que je peux vous raconter, en attendant ce moment de délivrance (c'est-à-dire la fin de mon billet), c'est qu'il est question d'un jeune homme, qui travaille dans une gare. Un jour, une jeune femme au charme captivant, lui confie la clé d'une consigne. Il y trouve d'incroyables liasses de billets. Elle, évidemment, a disparu.
Il ne la reverra que des années plus tard, alors qu'il sera marié, qu'il aura une vie réglée, monotone, sans surprise. Oui, il la reverra dans une jardinerie - elle, et son époux. Ils se recroiseront encore, quelques années plus tard. A ce moment-là, l'homme devenu terne apprendra toute l'histoire, saura pourquoi cette femme a disparu, pourquoi elle était en possession d'autant d'argent, pourquoi elle est désormais rongée par une culpabilité lancinante.

« Il lui dit qu'il y avait dans le monde des choses plus importantes que ses petits chagrins personnels. Elle répondit que tous les chagrins du monde étaient personnels, parce que c'étaient les gens qui étaient touchés, et seulement lorsqu'un malheur leur faisait mal, à eux. Il répliqua qu'elle n'avait rien pigé. »

Ce n'est pas forcément très attractif quand c'est présenté ainsi. A mes yeux, Les mains rouges est un roman sur l'ennui, sur la culpabilité, sur la recherche de soi. Un roman qui parle des choix qu'on fait et des conséquences qui en découlent. Est-ce que notre vie aurait été différente (et donc meilleure) si l'on avait pris telle autre décision ? Ou est-ce que notre vie ne cesse de refléter notre flottement intérieur, et dès lors, quels que soient les choix effectués, on reste les mêmes, ballotés par des questionnements incessants ?
Puis, vient un procès. De qui, pour quoi, peu importe (vous le saurez si vous lisez le livre, viles curieux. Et non, ce n'est pas la jeune femme qui est accusée) (ni le jeune homme). Mais lors de ce procès, la femme (que je pourrais appeler par son prénom, Sonja, ce serait plus commode) prend conscience de l'importance de nos actes, qui, même les plus simples, peuvent prendre la forme de véritables prises de position. Volontaires ou non. Elle comprend que les faits divers sordides qu'on nous plaque sous le nez ne nous parle que si les victimes sont identifiées, et identifiables. Si l'on peut se projeter sur elles, ou sur le chagrin des proches. Elle comprend qu'on se fiche généralement de la mort d'un homme - qu'on doit s'en ficher, ou l'on en crèverait (on ne peut pas porter le malheur universel, n'essayez même pas, vous n'obtiendriez rien de bon), mais que l'on est touché si c'est quelqu'un qu'on connaît. Même indirectement. Que l'on prend part au chagrin si l'on peut poser dessus un nom, un visage. Il y a tout un questionnement extrêmement intéressant sur l'identification et la culpabilité, qui ajoute une réelle profondeur à ce roman si étrange.
L'ambiance paraît grise. Un peu sinistre. On a affaire à des personnes moyennes, sans grande réussite personnelle, des personnes résignées. Ça m'a plu - même s'il faut s'acharner, un jour, à quitter ce mode contemplatif pour prendre de vrais risques. Pour vivre, tout simplement. Sonja garde une photo de son mari et elle, une photo encadrée, qui la suit dans ses déplacements. Une photo qui lui rappelle que le bonheur est possible - et que quand on l'a près de soi, mieux vaut ne pas s'en éloigner. Quitte à ignorer le chagrin des autres.

« Ils clignaient les yeux face au soleil et au flash. Face à la lueur éblouissante du bonheur, ai-je songé, jaloux, en regardant leurs dents éclatantes et les fentes sombres où se trouvaient leurs yeux.
Moi aussi, j'aurais certainement pu être heureux, d'ailleurs, je l'avais peut-être été, sans m'en être rendu compte. Sans avoir pour autant pris une photo au passage et l'avoir mise dans un cadre avec un pied, pour qu'elle puisse trôner dans les chambres d'hôtel où je passais la nuit et me rappeler que je venais de quelque part. Me rappeler que j'avais ma place dans ces bras et dans ces yeux. »

C'est sans doute un roman sans grande prétention, un roman qui ne me laissera pas de trace impérissable, mais dont la lecture fut agréable et intéressante. La preuve étant que j'ai relevé un bon nombre de passages...

Vous pouvez lire par là le billet enthousiaste de Levraoueg (merci pour ce prêt, que je ne regrette pas !) et les avis mitigés de Choco, de Bladelor et de Clarabel.

Posté par erzebeth à 09:00 - lecture - Commentaires [17] - Permalien [#]

Commentaires

    Den Titel hast Du perfekt übersetzt.
    Mais un livre sur l'ennui et la culpabilité, nein Danke, pas là maintenant.

    Je croise les doigts.

    Posté par Mo, mardi 19 janvier 2010 à 09:10
  • Extrêmement intéressant.

    Posté par Ofelia, mardi 19 janvier 2010 à 09:13
  • Me voilà soulagée, tu l'as finalement apprécié !

    Posté par bladelor, mardi 19 janvier 2010 à 11:32
  • Non, je passe. "personnes résignées...", c'est bon j'ai eu ma dose dans le dernier que j'ai lue (Mères)

    Posté par L'or des chambre, mardi 19 janvier 2010 à 12:21
  • Moi je suis très tentée par ce livre, mais je ne sais pas si j'aurais le temps un jour de le lire...

    Posté par Lilly, mardi 19 janvier 2010 à 13:57
  • Enthousiaste vraiment ? Quelle "exagéreuse" je fais parfois ! C'est un roman que j'ai eu plaisir à lire mais pas réellement pour ce qu'il dit, que j'oubliais à mesure que je lisais et qui me paraît très loin aujourd'hui, mais plutôt pour le ton désenchanté et délicat qui est le sien, et que je retrouve bien dans ton billet. Mais attention, tu risques de donner terriblement envie de lire ce livre avec un billet pareil, alors que... on peut bien s'en passer tout de même ! (l'art de dire toute et son contraire en 2 phrases) Quand je pense que dans un premier élan, j'ai voulu écrire mon commentaire en allemand ! Pour ce qu'il m'en reste et la pensée peu claire qui est la mienne, j'ai bien fait de m'abstenir !

    Posté par levraoueg, mardi 19 janvier 2010 à 19:32
  • J'ai croisé les doigts mais je ne savais pas trop ce qu'il fallait te souhaiter. Un déménagement ?

    Posté par Mea, mardi 19 janvier 2010 à 19:35
  • Et ben voualà ! Aucun regret, ce n'est pas un livre que j'aurais envie de lire sans trouver le temps de le faire. Rien que "Allemagne" et "ennui", ça me pétrifie. Pfffuiiit ! je file, je m'esquive...

    Posté par Fantômette, mardi 19 janvier 2010 à 21:16
  • J'ai même des nattes puisqu'il faut croiser! Mais de l'ennui, non merci, de toute manière je n'ai pas le temps cette semaine! )

    Posté par chiffonnette, mardi 19 janvier 2010 à 22:28
  • Belle analyse assez juste en fait mais qui m'est passé un peu au dessus de la tête... Mais bon je reste malgré tout mitigée malgré les bonnes choses que tu as fait ressortir !

    Posté par Choco, mercredi 20 janvier 2010 à 17:04
  • * Mo, danke schön
    (pour tout, en fait)

    * Ofelia, ben, oui. Alors que je m'attendais à m'ennuyer... si on fait attention, derrière l'ennui apparent se cachent des choses assez profondes. Une bonne petite surprise.
    (pas non plus terriblement mémorable, ceci dit)

    * Bladelor, mais oui, tout va bien !! Tu m'avais amusée avec ta petite culpabilité, alors qu'elle n'avait pas raison d'être !

    * L'or des chambres, c'est vrai qu'il ne faut pas abuser de certains sujets...

    * Lilly, zut, j'oublie toujours de mettre le nombre de pages. Il est très court. Et l'écriture est facile, cela coule tout seul...

    * Levraoueg, je l'aime beaucoup, ton commentaire en équilibre !! Et tu as raison, en plus.
    Par contre, j'apprends que tu parles allemand ! Moi, tu vois, je m'en suis tenue au titre (qui est d'ailleurs dans le livre, c'est dire comme je triche). Un billet germanophone, je ne suis pas sûre que j'aurais su le lire, mais ça m'aurait amusée !
    (je te renvoie le livre la semaine prochaine, je pense, si tout va bien... pardon de traîner autant !)

    * Mea, un emménagement !
    Mais ça ne se fera pas de suite... (merci, en tout cas !)

    * Fantômette, ouh-la-lectrice-pas-courageuse !! (mais je te comprends)

    * Chiffonnette, ne pas avoir le temps de s'ennuyer, c'est l'idéal !!

    * Choco, je comprends que tu restes sur tes gardes, de toute façon je me suis enthousiasmée sur le coup, mais j'en garde déjà peu de souvenirs, c'est dire... Mais c'était intéressant, sur le coup. C'est déjà ça

    Posté par erzébeth, mercredi 20 janvier 2010 à 20:17
  • Même si le sujet pourrait m'intéresser, je suis en train de finir "La route" et hem, je crois que je vais me payer une bonne tranche de Jasper Fforde avant d'enchaîner sur quoi ce que soit d'autre !

    Posté par May, mercredi 20 janvier 2010 à 22:22
  • Le jour où la lecture me demandera du courage sera le jour où il faudra m'abattre.

    Posté par Fantômette, jeudi 21 janvier 2010 à 20:54
  • * May, ah tiens, "La route" ! On me l'a offert, mais j'ose pas encore l'approcher (j'ai peur qu'il me morde).
    Tu as raison, n'oublie pas de te divertir après !

    Posté par erzébeth, jeudi 21 janvier 2010 à 21:19
  • * Fantômette, pourvu que ce jour n'arrive jamais, alors !!

    Posté par erzébeth, jeudi 21 janvier 2010 à 21:19
  • J'aimerais autant, si possible.

    Posté par Fantômette, jeudi 21 janvier 2010 à 22:03
  • Je l'ai lu et je l'avais trouvé bof...sans plus !!!

    Posté par Hambre, vendredi 5 février 2010 à 09:37

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