N.u.l.l.e.

Nouvel Univers Lunatique et Lacunaire d'Erzébeth

mercredi 31 mars 2010

« N’envoie jamais demander pour qui sonne le glas : il sonne pour toi. » (John Donne)

glasIl n'y aura pas de billet à proprement parler sur Pour qui sonne le glas (Hemingway, 1940), mais je n'avais pas non plus envie de passer ma lecture sous silence.
Il y est question d'amour et de guerre. D'un pont à faire sauter, en Espagne, pendant la guerre civile. Un acte presque suicidaire, un sacrifice humain pour tenter de sauver un pays.
Si l'Américain qui dirige cette attaque n'avait que ce sujet de préoccupation, cela irait; sauf qu'il tombe amoureux de cette Espagnole, qu'il est partagé entre cette bataille cruciale et un amour qu'il ne pourra jamais vivre complètement. Parce que la guerre détruit tout cela.
Hemingway parle de l'amour comme quelque chose qui brûle la personne possédée; ce serait à la fois une joie et une souffrance...

Alors, ces longs extraits. Je sais, je sais, personne n'a la patience de lire autant sur un écran; mais vous avez tort.

« Voilà donc ce qui arrive et ce qui t'est arrivé; tu ferais aussi bien de l'admettre. Tu n'auras plus jamais deux nuits entières à passer avec elle. Pas toute une vie, pas de vie commune, pas de ce qu'on a toujours trouvé normal que tout le monde ait, pas du tout. Une nuit de passée, une nuit cet après-midi, une nuit à venir; peut-être. Non, monsieur.
Pas de temps, pas de bonheur, pas de plaisir, pas d'enfants, pas de maison, pas de salle de bains, pas de pyjama propre, pas de journal du matin, pas de réveil ensemble, pas de réveil embelli par l'idée qu'elle est là et qu'on n'est pas tout seul. Non. Rien de tout ça. Mais pourquoi, puisque c'est tout ce que tu auras dans ta vie de ce que tu désires, puisque tu l'as trouvé, pourquoi pas une nuit, une seule nuit, dans un lit avec des draps ?
Tu demandes l'impossible. Tu demandes l'impossibilité même. Donc, si tu aimes cette fille autant que tu le dis, tu ferais mieux de l'aimer très fort et de regagner en intensité ce qui manquera en durée et en continuité. Tu entends ? Au temps jadis, les gens y consacraient une vie. Et maintenant que tu l'as trouvé, si tu as deux nuits, tu te demandes d'où vient tant de chance. Deux nuits. Deux nuits pour aimer, honorer et chérir. Pour le meilleur et pour le pire. Dans la maladie et dans la mort. Non, je me trompe; dans la maladie et dans la santé. Jusqu'à ce que la mort nous sépare. En deux nuits. Plus que probablement. Plus que probablement; et maintenant quitte ce genre de pensées. Ne fais rien de ce qui n'est pas bon pour toi. Ne fais rien de ce qui n'est pas bon pour toi. Et ça ne l'est sûrement pas. »

« Je voudrais l'avoir toute ma vie. Tu l'auras, disait l'autre partie de lui-même. Tu l'auras. Tu l'as maintenant, et c'est toute ta vie, maintenant. Il n'y a rien d'autre que maintenant. Il n'y a ni hier, certainement, ni demain non plus. Quel âge faut-il que tu atteignes avant de savoir ça ? Il n'y a que deux jours. Eh bien, deux jours, c'est ta vie, et tout ce qui s'y passera sera en proportion. C'est comme ça qu'on vit toute une vie en deux jours. Et si tu cesses de te plaindre et de demander l'impossible, tu auras une bonne vie. Une bonne vie ne se mesure pas en âges bibliques. »

Posté par erzebeth à 14:00 - lecture - Commentaires [13] - Permalien [#]

Commentaires

    J'aime beaucoup cet extrait : merci !

    Posté par Kikine, mercredi 31 mars 2010 à 21:50
  • Tu pourrais presque me réconcilier avec Ernest.
    PRESQUE j'ai dit.

    Posté par Ofelia, mercredi 31 mars 2010 à 21:50
  • Ce n'est pas beaucoup, mais c'est suffisant pour donner envie...

    Posté par Mo, mercredi 31 mars 2010 à 21:54
  • C'est un des romans qui m'a redonné le goût de lire quand j'étais dans le creux de la vague - que dis-je, au fond d'un énorme lac asséché...

    Posté par kali, mercredi 31 mars 2010 à 22:54
  • Tu vas réussir à me faire exhumer Hemingway (enfin, pas lui, ses livres...) !

    Posté par Melanie B, jeudi 1 avril 2010 à 12:59
  • « Je voudrais l'avoir toute ma vie. Tu l'auras, disait l'autre partie de lui-même. Tu l'auras. Tu l'as maintenant, et c'est toute ta vie, maintenant. » PUTAIN QUE C'EST BEAU !! Je veux le lire.

    Posté par Caro[line], jeudi 1 avril 2010 à 13:52
  • C'est un pur dialogue de chez dialogue, merci !
    Je viens de finir la bio de Capa, qui était copain d'Hemingway, ils "reportaient" ensemble, notamment en temps de guerre.
    Ce dialogue trouve toute sa mesure.

    Posté par May, jeudi 1 avril 2010 à 21:02
  • Bouh j'ai cru que tu allais nous parler de John Donne, je m'en frottais les mains d'avance :p Tant pis,
    Mais c'est un livre d'Hemingway que j'affectionne particulièrement!!

    Posté par Isleene, vendredi 2 avril 2010 à 09:16
  • Il faut que je me remette à Ernest, j'ai tellement aimé "Le soleil se lève aussi" !

    Posté par Lilly, vendredi 2 avril 2010 à 18:17
  • J'adore les extraits...mais je ne parviens plus à me rappeler si je l'ai lu ou non... c'Est terrible, je sais!

    Posté par Karine:), lundi 5 avril 2010 à 16:02
  • * Kikine, c'est avec plaisir que je partage les jolies choses !

    * Ofelia, ma choupynette, Ernest est un grand. Petit à petit, je te donnerai l'envie de lui laisser une seconde chance.
    (mais pas avec ce livre-là, qui n'est pas son meilleur, à mes yeux)
    (et comme on est un couple, tu dois suivre mes goûts, n'est-ce pas ?)

    * Mo, voilà qui va m'inciter à laisser des extraits plus souvent, pour faire succomber celles/ceux qui me lisent...

    * Kali, pour ça : GLOIRE à Ernest !!

    * Melanie B, ta blague me fait beaucoup rire, j'imagine bien la scène

    * Caro[line], oui, c'est magnifique. Il ressasse cette idée sur plusieurs pages (il adore ça, Hemingway, étirer le plus possible une pensée), c'est vraiment émouvant.

    * May, tiens, je ne savais pas qu'ils s'étaient côtoyés ! (ok, je ne sais rien sur Hemingway, en fait)
    Pour le dialogue, c'était avec grand plaisir !

    * Isleene, hélas, je ne connais pas John Donne, je n'éprouve aucune attirance pour la poésie, alors quand c'est en plus de la "vieille" poésie, tu peux être sûre que je ne vais rien y comprendre... J'en suis confuse !!

    * Lilly, ton bon goût t'honore. Puis-je te conseiller fortement "L'adieu aux armes", chef-d'œuvre littéraire éblouissant ?

    * Karine, dans le doute, (re)lis "L'adieu aux armes". Oui, ce n'était pas le propos, et alors ?

    Posté par erzébeth, dimanche 11 avril 2010 à 10:38
  • Je vais essayer "L'adieu aux armes".
    Une chose demeure que je ne m'explique pas : je n'ai pas aimé, ni de près ni de loin "Le jour se lève aussi" que j'ai trouvé, je l'avoue, ennuyeux.
    Je ne me l'explique pas.

    Posté par May, dimanche 11 avril 2010 à 19:50
  • * May, oh, mais si ça ne t'a pas plu du tout, ne prends pas de risque avec "L'adieu aux armes", emprunte-le à quelqu'un ou à la bibliothèque... "Le soleil se lève aussi" contient bon nombre des thèmes fétiches d'Hemingway, alors si tu n'as pas accroché, je suis dubitative pour la suite...

    Posté par erzébeth, dimanche 11 avril 2010 à 20:06

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