N.u.l.l.e.

Nouvel Univers Lunatique et Lacunaire d'Erzébeth

lundi 12 avril 2010

Ce Freud, qui est-ce ? Un passager ?

Le titre n'a aucun rapport avec ce qui suit, mais si je n'ai plus le droit de me faire plaisir sur mon propre blog, où allons-nous ?

Il y a longtemps, je me souviens que c'était un mercredi (et je me souviens par-fai-te-ment de cette journée, je peux la raconter à qui veut), je suis allée à une rencontre organisée par la médiathèque de mon ancienne ville. Il y avait trois auteurs, dont une qui ne m'intéressait pas du tout, Anne Perry (la plus grande fierté de ma vie, avoir passé plus d'une heure dans la même pièce qu'Anne Perry, c'est magnifique) et un auteur britannique qui venait de sortir son premier roman et qui portait d'immondes tennis vert fluo.
D'un vert plus ou moins assorti à la couverture de son roman :

http://a21.idata.over-blog.com/249x249/1/50/78/78/OscarWilde_226404649X.jpg

(le vert est plutôt sur la quatrième de couverture, mais laissez-moi rater mon effet de couleur comme je l'entends !)

Depuis, je voulais découvrir cette intrigue (et m'offrir les mêmes tennis). Un de mes vœux s'est exaucé.

Oscar Wilde et le meurtre aux chandelles (2007)
de Gyles Brandreth, un nom que même un Anglais ne peut pas prononcer (hein oui ?)
traduit par Jean-Baptiste Dupin (2008)
10/18, 385 pages

Aussitôt, le lecteur est pris en charge par Robert Sherard, qui dévoile, cinquante ans après les faits, une étrange histoire où Oscar Wilde est plus que mêlé - et si c'est M. Sherard qui est invité à nous raconter ceci, c'est parce qu'il était présent au moment des faits. Parce qu'il était un ami d'Oscar Wilde. Parce qu'il fut, ensuite, son premier biographe - mais j'y reviendrai plus tard*.
Revenons à cet été 1889. Wilde est en retard à un rendez-vous, il est pressé, il frappe à peine à la porte de la maison où il se rend et monte directement au premier étage, où il tombe nez à nez avec le cadavre d'un jeune homme qu'il connaissait.
C'est fâcheux, surtout que sa mort est loin d'être naturelle; il est nu, égorgé mais il y a peu de sang. Des bougies forment un demi-cercle autour de son visage. Le pire ? Il a l'air heureux. Jeune, heureux et mort.

Oscar Wilde garde le silence. Quand il retourne sur les lieux, quelques heures plus tard, en compagnie de son ami Robert, le corps n'est plus là. La pièce a été nettoyée. Qui va le croire ? Heureusement, venant de faire la connaissance de Conan Doyle, celui-ci lui fera rencontrer un inspecteur, dubitatif, mais à l'écoute malgré tout...

Comme vous l'auriez déjà remarquablement compris, ce roman est construit autour de personnages ayant réellement existé, et se rapporte même à des anecdotes véritables - comme ce fameux repas où un éditeur américain a réuni Conan Doyle et Wilde, qui ne se connaissaient pas encore, et qui leur a demandé d'écrire une aventure de Sherlock Holmes pour l'un, et Le portrait de Dorian Gray pour l'autre...

« - Arthur, il me semble que nous nous connaissons assez pour vous faire un aveu ; quand j'étais à Oxford, j'ai passé toute une soirée avec une troupe de chanteurs tyroliens.
Il baissa la voix sur un ton de conspirateur :
- Cette expérience m'a transformé à jamais. »

La reconstitution historique est d'une fidélité presque ennuyeuse; j'aurais évidemment crié au sacrilège si l'auteur n'y avait pas été fidèle, mais il y a différentes manières de mettre la vérité en scène. Ici, cela prend des allures scolaires : Brandreth récite sa leçon et ça manque d'audace. De profondeur.
Les dialogues sont parfois irritants à suivre, parce que le romancier tâche d'y incorporer les bons mots de Wilde. Ou des allusions poétiques à Wordsworth (le grand-père de Sherard). Certes, c'est pétillant par moments, mais était-ce nécessaire de renouveler l'exercice toutes les deux pages ? On a l'impression que Wilde ne parlait que par aphorismes (ce qui est peut-être vrai, mais j'en doute. Même les génies ont le droit d'être fatigués). On se croirait dans une mauvaise copie de philo : on a des citations à caser, on cherche à tourner le plan autour de ces citations, au lieu de les incorporer dans le devoir quand leur utilité est vraiment justifiée (je suis terriblement méchante car j'ai toujours procédé autour des citations, et j'ai toujours eu la moyenne, en classe de terminale) (il fallait bien que je me vante au passage). Donc, ici, ce n'est pas médiocre non plus, c'est simplement "trop".
Mais ce n'est rien comparé au comportement de Wilde lui-même. Décidé à mener l'enquête jusqu'au bout (l'inspecteur est récalcitrant à mobiliser des hommes sur une affaire où il n'y a pas de corps, pas d'indices), il file d'un lieu à l'autre, tisse des liens entre des détails a priori insignifiants, en un mot : il fait son Sherlock Holmes. C'est d'ailleurs la volonté de l'auteur, puisqu'il le dit clairement dans son roman, il use des mêmes pratiques, il déduit des faits à partir de sources improbables. Par exemple :

« A l'intérieur de la manchette gauche, que voyez-vous ? Une petite tache de graisse dont la couleur oscille entre le marron foncé et l'orange pâle. On pense aussitôt à un droitier qui se serait préparé en hâte un sandwich au fromage du Cheshire et aux pickles. »

(Aussitôt, oui)
Cette assurance, cet esprit de déduction, qui sont délicieux chez le détective à pipe droite (j'y tiens), n'ont rien à faire dans un portrait d'Oscar Wilde. J'ai eu le sentiment que plusieurs hommages devaient être dressés, là, urgemment, dans le même roman, comme une envie de se prouver qu'on en est capable, sauf que ce n'était pas utile. Les personnages en perdent un peu de leur piquant.

En dehors de cela, l'intrigue policière devient presque accessoire; quelle chance, me disais-je ! Je vais pouvoir essayer de deviner qui est l'assassin (je suis très mauvaise à ce jeu). Pensant me trouver devant un mystère extrêmement simple, j'ai pris de l'assurance, en affirmant que X. était le tueur.
C'était Y.
Merveilleux.
J'aurai beau prendre toute la cocaïne du monde, je ne serai jamais une grande détective.

Je dois paraître bien dure, mais c'est par souci d'objectivité. Oscar Wilde et le meurtre aux chandelles n'a rien d'un grand roman. Et je ne suis même pas sûre que ce soit un "bon" roman. Cela reste plaisant à lire, c'est inoffensif et j'aime les lectures inoffensives - même si je les préfère avec une écriture un peu plus soignée. On peut dire que le style de la fin du XIXe siècle n'a absolument pas effleuré les 300 et quelques pages de ce roman...

Mais - il y a toujours un mais - Oscar Wilde accroche malgré tout. Sa complexité, ses humeurs, sa richesse apparente et ses dettes effectives, son charisme, ses amours, méritent d'être approfondis, ailleurs. Cela m'a donné envie de faire la connaissance de cet homme. Par ses œuvres - oui, oui, Ofelia, je relirai De profondis - mais aussi par une éventuelle biographie. Si vous avez une référence à me conseiller (en français, hélas), je suis preneuse.
Je ne voudrais pas tomber sur la biographie d'un gentil adorateur, certes passionné, mais qui n'offre que de la margarine là où j'attendais du beurre.

Oui, la fin du billet est foireuse (mais rappelez-vous, le début l'était aussi).

D'autres avis : Bookomaton, Emeraude, Karine, Cryssilda, Theoma ...

(* ah ben finalement pas. Mais personne ne s'en rendra compte, de toute façon)

Posté par erzebeth à 08:00 - lecture - Commentaires [25] - Permalien [#]

Commentaires

    Elle est de retour!!!! Viva!!!!
    Bon, et bien comme ça je vais pouvoir m'en passer, mais mon intuition m'avait déjà dit qu'un polar historique de toute manière, ça avait toutes les chances de me faire tourner la rate. Je préfère les robots et les sabres lasers, que veux-tu, on a les vices qu'on peut!

    Posté par chiffonnette, lundi 12 avril 2010 à 09:03
  • EPOUSE-MOI!
    Une de mes meilleures amies l'avait a-do-ré et me l'avait donc, par la suite, foutu dans les mains en me pressant de le lire.
    Je ne l'ai jamais terminé. Je n'ai même pas dépassé la moitié du livre. Pour les raisons que tu énumères: le forcé du truc, les dialogues bidons et l'attitude de Wilde que j'avais plus envie d'entarter qu'autre chose.
    Par respect pour Oscar, Conan et mon bien-être mental, j'ai préféré reposer le livre.
    Toi non.
    Je t'admire beaucoup.
    (mais ça c'est pas nouveau)
    Je note pour le coup des tennis vert fluo.

    Posté par Ofelia, lundi 12 avril 2010 à 09:09
  • Bon retour ! Tu pointes bien les faiblesses de ce livre, que j'avais pour ma part lu comme une distraction-bord-de-piscine... PH neutre pour cervelle fonctionnant au ralenti.

    Posté par Bookomaton, lundi 12 avril 2010 à 09:41
  • Aha! Ca y est, je me souviens d'où est-ce que j'ai vu la réplique qui donne le titre à ton billet, je suis fière là
    C'est sûrement la meilleure réplique du film d'ailleurs.

    Posté par Ofelia, lundi 12 avril 2010 à 10:05
  • ça me fait penser au livre de Fabrice Bourland et ça semble en avoir les mêmes faiblesses: pas pour moi! Par contre il faudra un jour que je relise Wilde dont le portrait de Dorian Gray m'avait profondément ennuyée. Mais j'avais 13-14 ans, et Fashion semblait dire que la traduction n'était pas géniale...

    Posté par Mo, lundi 12 avril 2010 à 11:21
  • J'hésitais à lire ce livre, on m'en avait beaucoup parlé...grâce à toi j'ai ma réponse : non je ne lirai pas "Oscar Wilde et le meurtre aux chandelles" ! Merci pour ce temps gagné.

    Posté par Titine, lundi 12 avril 2010 à 12:07
  • Merci de prendre soin de ma PAL. Ce livre ne me dit rien qui vaille.

    Posté par Auguri, lundi 12 avril 2010 à 13:12
  • * Chiffonnette, comment une jeune femme aussi délicieuse et délicate que toi peut aimer les robots, l'infini et l'au-delà ? Ca me chagrine beaucoup. Heureusement qu'il nous reste Bauchau et Rochester dans nos points communs !

    * Ofelia, quand tu veux pour le mariage. Je suis tout à toi.
    Ne m'admire pas, j'ai juste un cerveau en veille quand je suis dans le métro. Et ne m'offre JAMAIS de tennis vert fluo, je crois que je pourrais mal le prendre. Ca doit être un geste intime et personnel.
    (en vrai, j'ai déjà des tennis rose fluo, alors j'y vais mollo sur la couleur)

    * Bookomaton, j'adore l'idée de PH neutre ! C'est exactement ça. Il se peut que je te pique l'expression de temps à autre

    * Ofelia, mais moi je l'aime, ce film.
    Tu m'épouses quand même encore ?

    * Mo, oui, le Bourland semble un peu rejoindre le principe, c'est dommage que les auteurs manquent d'imagination ou de cran.
    Tu étais bien trop jeune pour "Dorian Gray". Qu'est-ce que c'est que ces gens qui se cultivent aussi tôt ? Non, non. Redonne-lui une chance. Wilde te le rendra.

    * Titine, mais peut-être que tu aurais aimé, toi ! (ça me tétanise quand les gens prennent mes bêtises au sérieux)
    On ne sait jamais, si tu le croises en bibliothèque...

    * Auguri, alors si ça ne te dit rien, tu fais bien de ne pas t'éterniser là-dessus. De meilleures lectures nous attendent, clairement !

    Posté par erzébeth, lundi 12 avril 2010 à 19:47
  • Je n'ai pas pu lire ton billet ce matin, mais le simple fait de savoir que ton billet serait une critique à charge, m'a permis de passer à la librairie ce soir. Alors rien que pour ça, merci !
    Personnellement j'ai lu Le portrait de Dorian Gray et j'ai trouvé ça bien (de toute façon son histoire est devenue mythique), mais sans plus, c'est-à-dire que je n'ai pas été conquise. Tu crois que c'est De profundis qu'il faut lire sinon ?
    Quant à ton titre, il est parfait !

    Posté par Mea, lundi 12 avril 2010 à 19:55
  • Avec plaisir

    Posté par bookomaton, mardi 13 avril 2010 à 17:08
  • * Mea, même si j'avais écrit un billet dithyrambique, ça m'aurait presque inquiétée d'être influente au point que mes chers lecteurs aillent rapidement se rendre en librairie pour s'acheter le livre dont je parlais !
    Je connais très mal Wilde, alors je ne peux pas te conseiller, c'est Ofelia qui a été émerveillée par "De profondis" (moi, je ne m'en souviens quasiment pas) (et du "Portrait" non plus, si ça peut te rassurer.) (j'ai honte, et j'ai visiblement prêté mon exemplaire à quelqu'un, ce qui fait que j'ai honte et que je râle).
    Quant au titre, merci d'approuver mes références culturelles !

    * Bookomaton, tu aurais dû me demander une compensation financière, tu sais

    Posté par erzébeth, mardi 13 avril 2010 à 20:56
  • C'est ma prof de français de 4e qui avait donné cette lecture... Je vais réessayer, un jour!
    (et le titre, il vient d'où, le titre?)

    Posté par Mo, mardi 13 avril 2010 à 22:07
  • Il est sur ma PAL depuis un bail... cet été peut-être...

    Posté par Stephie, mercredi 14 avril 2010 à 08:03
  • Même sans l'avoir lu, ça ne m'étonne pas que tu n'aies pas accroché. Ca ressemble à Anne Perry, Lee Jackson et à tous les auteurs de la série "grands detectives" qui parlent de l'époque victorienne en fait ?
    Ce n'est pas trop ce dont j'ai envie en ce moment, même si j'ai adoré le Anne Perry qui t'a dégoûtée, et même si Wilde... ;o)
    (mon com n'a aucun sens, c'est terrible)

    Posté par Lilly, mercredi 14 avril 2010 à 13:17
  • Bon j'avoue tout, pas trop tentée... Mais le titre de ton billet j'adore !!!
    Bises

    Posté par L'or des chambre, mercredi 14 avril 2010 à 13:46
  • Ben ça alors !

    C'est curieux, je me souviens de la couverture que j'aimais beaucoup mais pas du roman, de l'intrigue ou quoi. Ceci étant dit, des tennis vert fluo me tenteraient bien.
    Pour les polars historiques et pour Freud, lire Frank Tallis : Vienne au début du XX°, Freud, Malher, et ma foi, ça tient plutôt la route.

    Posté par Fantômette, jeudi 15 avril 2010 à 22:09
  • Depuis que je sais que Kate Winslet a interprété le rôle d'Anne Perry jeune dans Créatures célestes, je me dis qu'il faudrait que je lise un de ses romans (mais je ne le fais pas). Ce Wilde-Holmes ne me dit rien qui vaille non plus !

    Posté par rose, vendredi 16 avril 2010 à 00:09
  • Bravo!!
    Tu as réussi à retranscrire ce que j'ai ressenti en lsiant ce livre. Moi qui adore Oscar Wilde et qui trouvait l'idée de départ de ce roman génial, qu'est ce que j'ai été déçue!!!!!!!!!!!

    Et le pire c'est qu'il a eu du succès et des suites existent.

    Posté par lyora07, vendredi 16 avril 2010 à 08:12
  • *Mo, pfff, c'est n'importe quoi. Moi,en 4e, j'étudiais les fables de La Fontaine, c'était bien plus de mon âge.
    (le titre ? "Titanic" !!!!!)

    * Stephie, oui, l'été est une excellente saison pour ce genre de livre !

    * Lilly, tu avais bu au moment de l'écriture de ce commentaire ?
    Quel Anne Perry m'a-t-il donc dégoûtée ? Parce que je l'aime bien... je ne vois pas...
    Et Anne Perry est biiiien au-dessus de ce roman. Si, si. C'est dire.

    * L'or des chambres, c'est le titre que je préfère aussi, dans ce billet

    * Fantômette, je retiens ton précieux conseil. Franck Tallis. Ok. Il m'est sympathique, Freud (presque autant que les tennis fluo).

    * Rose, mais as-tu vu "Créatures célestes" ? Parce que c'est par là qu'il faut commencer. Un film extraordinaire.

    *Lyora, ça a eu du succès parce que le principe est alléchant, mais est-ce que les suites ont aussi bien fonctionné ? Je ne sais pas.
    En tout cas, merci pour ton passage par ici!

    Posté par erzébeth, samedi 17 avril 2010 à 21:16
  • Oui, j'ai vu le film ! Anne Perry m'est apparue comme une fille mystérieuse du coup... mais il faudrait sans doute que je le revois car je ne suis jamais passée à l'acte (de lire ses romans)...

    Posté par rose, lundi 19 avril 2010 à 17:49
  • Rose, le film est hélas plus intéressant que ses romans, même si c'est une littérature fort appréciable et de bonne qualité. Seulement, quand on connaît son passé, on se dit qu'ensuite, elle n'a rien pu vivre d'aussi fort.
    Ce qui m'intrigue beaucoup, personnellement, ce sont les années qui ont suivi la condamnation. L'autre demoiselle a écrit un journal personnel, mais il n'a jamais été publié (ce qui est largement compréhensible). Pourtant, que j'aimerais savoir de quoi leurs vies ont été faites...

    Posté par erzébeth, lundi 19 avril 2010 à 22:29
  • J'ai bien aimé... un moment moment de distraction! Pas un grand moment mais un bon moment pour moi! ET bon, ya Wilde!

    Posté par Karine:), mercredi 21 avril 2010 à 03:45
  • * Karine, Wilde reste un argument de grande qualité, je suis bien d'accord

    Posté par erzébeth, mercredi 21 avril 2010 à 20:36
  • J'ai passé un très bon moment en compagnie de ce titre. De profundis, Ofelia a raison, c'est obligatoire. mais je commencerais plus léger mais néanmoins mordant : Un mari idéal, L'importance d'être constant.

    Posté par Theoma, dimanche 25 avril 2010 à 12:43
  • * Theoma, voilà qui est bien dit. Lire du théâtre de Wilde, c'est pile ce qu'il me faut. Merci pour la bonne idée !

    Posté par erzébeth, lundi 26 avril 2010 à 19:56

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