N.u.l.l.e.

Nouvel Univers Lunatique et Lacunaire d'Erzébeth

lundi 7 juin 2010

De la condition féminine, à notre époque et à d'autres

La semaine dernière, je me suis involontairement lancée dans une grande étude ayant pour sujet la femme, sa place dans la société, son affirmation corporelle (et intellectuelle) et sa capacité à se défendre contre les incessantes attaques masculines - allégoriques ou non, les attaques.

J'ai commencé par lire Une chambre à soi de Virginia Woolf, tout en ayant pour compagnie auditive une certaine Britney S. (du moins pendant mes trajets de métro). Cela m'a permis d'aboutir à deux réflexions fort distinctes : Jane Austen n'a pas dû rire tous les jours, et il est grand temps que j'aille m'acheter de nouveaux disques.

"De plus, l'indifférence bien connue du monde aggrave ces difficultés et les rend plus pénibles. Le monde ne demande pas aux gens d'écrire des poèmes, des romans ou des histoires; il n'a aucun besoin de ces choses. Peu lui importe que Flaubert trouve le mot juste ou que Carlyle vérifie scrupuleusement tel ou tel événement. [...]
Mais les difficultés, pensai-je regardant les rayons vides, étaient infiniment plus terribles quand il s'agissait de femmes. [...]
L'indifférence du monde que Keats et Flaubert et d'autres hommes de génie ont trouvée dure à supporter était, lorsqu'il s'agissait de femmes, non pas de l'indifférence, mais de l'hostilité. Le monde ne leur disait pas ce qu'il disait aux hommes : écrivez si vous le voulez, je m'en moque... Le monde leur disait avec un éclat de rire : Ecrire ? Pourquoi écririez-vous ? [...]
... l'effet de découragement sur l'esprit de l'artiste..."

J'ai ensuite sondé les méandres de la culture cinématographique, qui offre de très beaux portraits de l'affirmation adolescente et de la quête personnelle, notamment dans deux brillants films anglais, St Trinians et St Trinians 2.
J'ai au moins appris qu'un emo n'était pas la même chose qu'un gothique, et que l'on peut porter des porte-jarretelles tout en sachant faire fonctionner son cerveau (même si cela reste rare, respirez, Messieurs). Où l'on apprend aussi que la riposte peut faire mal. Même et surtout quand on est à la tête d'une société secrète et misogyne - mais je ne dirai rien de plus ici. Je préfère chanter :

You bite us, we'll bite you back
Better be scared when we attack
Feel the fear we're maniacs
St Trinians

Check out our battle cry
A song to terrify
No one can stand in our way

We are the best, so screw the rest
We do as we damn well please
Until the end, St Trinians
Defenders of anarchy

(la suite des paroles par ici)

On ne peut rêver mieux, et pourtant un joyeux réalisateur a conclu en beauté cette grande semaine féminine, j'ai nommé Quentin Tarantino et son décadent Death proof. Je ne veux en rien gâcher la surprise pour ceux qui n'auraient pas encore vu ce monument cinématographique, mais je ne peux m'empêcher de partager avec eux, malgré tout, les deux morales essentielles de ce film : Evitez de faire prendre l'air à vos jambes quand vous êtes en voiture, et Laisse tomber les filles (un jour c'est toi qu'on laissera).
Comme je sens que vous avez l'âme musicale autant que moi, je vous offre les deux versions d'April March, l'une en anglais, l'autre en français (mais ça, vous l'auriez rapidement remarqué).

You're gonna see the reason why
When they're spitting in your eye
They'll be spitting in your eye

Hang up the chick habit
Hang it up, daddy,
A girl's not a tonic or a pill
Hang up the chick habit
Hang it up, daddy,
You're just jonesing for a spill

(la suite)

Mais encore :

Laisse tomber les filles
Laisse tomber les filles
Ça te jouera un mauvais tour
Laisse tomber les filles
Laisse tomber les filles
Tu le paieras un de ces jours
On ne joue pas impunément
Avec un cœur innocent
Avec un cœur innocent

(les paroles de Gainsbourg)

Retenez bien la leçon.
Je n'ai pas plus de temps à vous consacrer, je continue actuellement mon étude avec le statut de la femme adultère au début du XXe siècle; et croyez-moi, ce n'est pas drôle tous les jours.

Posté par erzebeth à 09:58 - inutile - Commentaires [9] - Permalien [#]

Commentaires

    Le coup de la jambe, je l'ai vu arriver gros comme une maison et j'ai fait eeeerrrk quand c'est arrivé (le bruit du carnage jambesque est jouissif, d'ailleurs) Je veux bien ses cheveux et ses jambes à celle-là d'ailleurs.
    Les femmes chez Tarantinon sont toujours des personnages très bien écrits et généralement forts sans lesquels les hommes ne seraient rien; ce serait sympa que quelqu'un se décide à écrire un livre là-dessus.
    "Death Proof" est jouissif à regarder quand tu es une fille et c'est là qu'il est fort ce Quentin parce que l'idée de départ: un tueur sadique, des jolies filles et des voitures, ça attire principalement le mâle.
    Aucun lien, fils unique, mettre BritBrit et Jane Austen dans le même paragraphe, c'est beau, c'est très beau. Je t'aime.
    Je conclue ce commentaire tout décousu en précisant que j'ai écrit tout ça sur "Shattered Glass".

    Posté par Ofelia, lundi 7 juin 2010 à 10:56
  • Si je peux me permettre de rajouter une petite morale (j'adore les 2 premières, hommage !) : bien bien s'accrocher quand on voyage sur le capot d'une bagnole la tête la première cheveux au vent.
    Et on va croire que je fais du lobbying, mais non, où alors c'est que je ne suis pas assez discrète : lisez "Dirty week-end" girls ! Parfaite illustration des paroles de Gainsbourg 'laisse tomber les filles, Tu le paieras un de ces jours'. Cher même.

    Posté par Pickwick, lundi 7 juin 2010 à 14:43
  • * Ofelia, mais grave que tu le vois arriver, le coup de la jambe ! Elle est là à exhiber sa beauté corporelle comme une provocation pure, ça ne pouvait finir qu'en carnage. Mais même préparée psychologiquement, argh, ça m'a répugnée. (et moi je veux tout de cette fille, c'est une bombe. Elle est parfaite. La garce)
    Sinon, oui, il faut clairement écrire une étude sur la femme chez Tarantino, j'ai quand même trouvé des articles dessus sur internet, c'est un bon départ.
    Puis bon, lier Austen, Spears et Woolf dans le même paragraphe, j'avoue, c'était jouissif
    (et moi j'écoute "Anticipating")

    * Pickwick, heureusement que tu es là, c'est quand même une leçon primordiale que tu nous cites là ! Tu as remarqué, elle porte un tee-shirt rose. Je pense que le rose nous préserve d'une mort barbare et inhumaine. Un genre de bouclier anti-mourant, en somme. A creuser.
    Et ton conseil final ne peut qu'attiser ma curiosité, évidemment

    Posté par erzébeth, lundi 7 juin 2010 à 17:33
  • Oui, il est temps de réhabiliter toute la profondeur de St Trinian's, film intellectuel s'il en est. Merci à toi. )

    Posté par fashion, lundi 7 juin 2010 à 18:19
  • Je ne connais absolument pas les films et les chansons cités, mais si tu espères t'en tirer avec un paragraphe sur Virginia Woolf, tu te trompes. Je veux savoir ce que tu as pensé de cet essai !

    Posté par Lilly, lundi 7 juin 2010 à 18:39
  • Ah oui, et c'est qui cette femme adultère dont tu fais actuellement la connaissance ?

    Posté par Lilly, lundi 7 juin 2010 à 18:40
  • * Fashion, à fille intellectuelle, film intellectuel. C'est aussi simple que ça. Ne me remercie pas, va, j'oeuvre pour la kulture mondiale

    * Lilly, pour "St Trinians", ce n'est pas grave du tout, tu peux continuer à avoir une vie saine et épanouie sans connaître. Par contre, Tarantino est un dieu.
    Virginia Woolf aussi, même si dans un autre genre. Promis, il y aura un vrai billet sur cet essai-là, mais mine de rien, je trouve qu'elle soulève énormément de choses et il faut encore que je "mûrisse" tout ça.
    La femme adultère, c'est Mamah dans "Loving Frank" de Nancy Horan. Mais je vais mettre de côté, y revenir plus tard, j'ai envie d'autre chose finalement...

    Posté par erzébeth, lundi 7 juin 2010 à 19:31
  • Wa je connais pas tout ça.. Je vais regarder tes vidéos tranquillement. Et je SAIS que je dois voir Death Proof..
    N'oublie pas les Spice Girls! Girl Powaaaaaaaaaa!

    Posté par casanova, mardi 8 juin 2010 à 09:55
  • * Casanova, attends, je m'évertue à écrire un billet qui transpire de références culturelles, et tu me parles des Spice girls ?
    (je les avais oubliées, les pauvres)
    (comme mes disques que j'ai secrètement donnés à ma mère quand j'ai commencé à entrer dans l'adolescence, parce que j'avais trop HONTE de garder les Spice Girls dans ma chambre )) )

    "Death proof", c'est bien. Je ne peux que te le conseiller

    Posté par erzébeth, jeudi 10 juin 2010 à 21:21

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