N.u.l.l.e.

Nouvel Univers Lunatique et Lacunaire d'Erzébeth

lundi 19 juillet 2010

« Grands dieux, vous ne pouvez donc jamais agir comme tout le monde ? »

Tante Mame
de Patrick Dennis (Auntie Mame : an Irreverent Escapade - 1955)
Flammarion, 2010 (1ère édition française, Salvy Editeur, 1994)
traduction d'Alain Defossé, 382 pages

mame

Quelle plaie, la famille. Il n'y a vraiment qu'Oliver Twist pour prétendre qu'il y a des désavantages à être orphelin. C'est un peu ce que doit penser Patrick, le narrateur de ce roman, quand il se retrouve envoyé chez sa mystérieuse tante Mame, après la mort de son père. L'étrange femme, légèrement fantasque, vit à New York dans une demeure luxueuse, entourée de domestiques aussi atypiques qu'elle.

« - Ton père a-t-il dit quoi que ce soit - à toi, je veux dire - à mon sujet, avant de mourir ? »
Norah m'ayant prévenu que les menteurs allaient tout droit en enfer, j'avalai ma salive et avouai : « Il a simplement dit que vous étiez une femme très spéciale et qu'être entre vos mains était un sort qu'il n'aurait pas souhaité à un chien, mais que l'on ne choisit pas à qui l'on emprunte et que vous étiez ma seule parente vivante. »
Il y eut un silence. « Quel salaud », dit-elle enfin, d'une voix égale. »

C'est ainsi que tout démarre, entre Patrick et sa tante Mame; il serait rébarbatif et peu constructif d'énumérer toutes les aventures qui les attendent (par contre, je peux préciser que tout cela démarre dans les années 20, un repère temporel n'est jamais superflu, n'est-ce pas). Sachez simplement que la vie avec cette tante farfelue, soucieuse de son apparence et de ses robes en soie, ne va cesser d'étonner le jeune garçon, et de lui apprendre que, décidément, sa tante, elle, n'apprend rien. Mêlée à des histoires extraordinaires (quand on prétend être une championne hippique alors qu'on a une peur bleue des chevaux, cela peut amener à subir quelques situations légèrement compliquées), Mame a cette faculté extraordinaire de ne jamais s'avouer vaincue - et de ne jamais tirer la moindre leçon de ses échecs. Quoi qu'il se passe, elle fonce, tête baissée - et ne réfléchit éventuellement que plus tard, s'il lui reste assez de temps pour ça.
Le roman, d'abord centré sur cette figure charismatique et étrange, se tourne au fur et à mesure vers Patrick, qui grandit et tente de se faire une place dans la société, mais aussi dans son étrange famille (constituée d'une seule personne, soit, mais c'est une famille quand même, non ? Non ?). Des années fastes à la crise de 29, de la haute bourgeoisie New yorkaise à l'empreinte coloniale laissée dans une demeure du Connecticut, de la tendre enfance de Patrick jusqu'à sa vie d'adulte, Tante Mame nous plonge dans une Amérique à la fois enthousiaste et fragile, où faire preuve de mordant et d'optimisme peut largement contribuer à mener une existence meilleure.
Mame amuse autant qu'elle énerve, se comportant inlassablement comme une adolescente dans la fleur de l'âge; mais derrière ces apparences exubérantes, si l'on creuse un peu, on découvre une femme sensible et concernée par le bien-être de ceux qui l'entourent.
Le roman peut se lire comme un tas d'aventures indépendantes, chaque chapitre formant une unité, et dont les éléments sont peu rappelés dans les pages qui suivent; pour cela, il est sans doute bon de prendre son temps en découvrant Tante Mame, une lecture intensive pouvant probablement ennuyer.
Qu'ajouter ? C'est frais, et à l'image de sa couverture: pétillant et chic. Un divertissement qui fait autant de bien qu'une après-midi passée au soleil (c'est de saison, il paraît).

« Est-ce toi, mon petit amour ?
- Oui, Tante Mame », répondis-je, passant la tête par la porte. « Vous ne dormez pas ?
- Si, bien sûr, chéri, je dors toujours assise, avec une carte déployée sur les genoux et toutes les lumières allumées. C'est tellement napoléonien. »

Cuné m'a offert ce roman lors du swap NY, qu'elle en soit remerciée autant qu'elle le mérite ! :-)

Emeraude vous en parle aussi.

Posté par erzebeth à 10:00 - lecture - Commentaires [17] - Permalien [#]

Commentaires

    C'est délicieusement attirant ! J'adore les années 20 et les tantes déjantées !

    Posté par Manu, lundi 19 juillet 2010 à 10:14
  • Frais et pétillant, tu me donnes envie coquine.
    Et le dernier extrait est fabuleux, tu viens de me faire rire <3

    Posté par Ofelia, lundi 19 juillet 2010 à 11:33
  • Ca a l'air bien mais j'ai décidé d'être raisonnable et de faire diminuer ma PAL.

    (HA HA HA HA HA !)

    PS : pourquoi Google vient-il mettre des pubs entre ton billet et les commentaires ? Quel pollueur, ce mec !

    Posté par Tamara, lundi 19 juillet 2010 à 17:26
  • J'ai lu le début avant de te l'envoyer (je me fashionise ;o)) mais je n'ai pas accroché.

    Posté par Cuné, lundi 19 juillet 2010 à 20:02
  • J'adhère aussi ! J'aime bien les persos "étranges" ou excentriques
    Merci pour le billet.

    Posté par Louise Paradise, lundi 19 juillet 2010 à 22:04
  • J'ai lu un article sur ce livre et j'ai envie de le découvrir. Tu me confirmes ma première impression : pétillant et chic ! Et j'adore la couverture !

    Posté par Titine, mardi 20 juillet 2010 à 10:48
  • Si j'adore les écrits sur la vieille Amérique, les cadres trop dorés me tentaient assez peu jusqu'à maintenant... Gatsby m'a fait changé d'avis, et le coté farfelu de ce récit pourrait me tenter plus encore. Mais seulement après avoir terminé les Edith Wharton qui m'attendent !

    Posté par Pickwick, mardi 20 juillet 2010 à 13:09
  • * Manu, alors ce livre te semble entièrement destiné !

    * Ofelia, le second extrait m'amuse beaucoup aussi, il y a quelques piques de ce genre dans le roman, c'est irrésistible

    * Tamara, si j'étais jeune, je te répondrais même un : LOL
    Pour les pubs, c'est la faute à Canalblog, ça m'INSUPPORTE, ils rajoutent plein de pubs depuis que mon blog est moins actif. Mais ça fait dix mille ans que j'attends qu'Haut&fort me déménage le tout, c'est super agréable

    * Cuné, le début est particulier, faut rentrer dans l'ambiance, et c'est vrai que l'arrivée chez Tante Mame n'est pas super accrocheuse. Mais ça s'améliore grandement après

    * Miss Paradise, toi, aimer les outsiders, ça m'étonne fortement

    * Titine, oui, la couverture est délicieuse, ça fait du bien, c'est de la fraîcheur intelligente, comme son contenu !

    * Pickwick, ce n'est pas de la même trempe que Gatsby our Wharton, ça reste très léger, dans un style délibérément simple, mais ça ne fait pas de mal de temps en temps !

    Posté par erzébeth, mardi 20 juillet 2010 à 19:01
  • Je ne vois pas de quoi tu parles... :p

    Posté par Louise Paradise, mardi 20 juillet 2010 à 23:19
  • Mais que fais Fashion ? Je crois qu'elle est cul et chemise avec H&F (oups, on a le droit d'utiliser des mots grossiers, ou pas ? Sinon, rayes "cul" et mets "fesses" à la place, merci), ne peut-elle pas faire monter ton dossier en haut de la pile ? Ca demande une réunion d'urgence (avec alcool obligatoire) pour discuter de ce sujet de la plus haute importance.

    Posté par Tamara, mercredi 21 juillet 2010 à 16:33
  • * Louise : ;-P

    * Tamara, ici, c'est open gros mots, c'est même préconisé d'en écrire, donc ne te prive surtout pas
    Non mais soit H&F s'en fout éperdument, soit ils ont énormément de demandes. Mais je crois qu'en l'occurrence, ils s'en balancent grave. Je peux les comprendre, mais moi, ça me soule grave. J'ai déjà écrit directement à une des filles qui gère tout ça, elle m'a juste dit "suivez la procédure" (cool, merci). Là, un gars m'a écrit pour me dire "Hum, vous voulez déménager, ok, je m'en occupe", sauf que ça va faire 3 semaines, et que je n'ai pas de nouvelles.
    C'est pas grave en soi, sauf que je ne supporte plus canalblog et que je suis toujours, toujours la bonne poire. M'enfin...

    Posté par erzébeth, mercredi 21 juillet 2010 à 19:34
  • "Frais" c'est exactement le qualificatif parfait !

    Posté par Emeraude, mercredi 21 juillet 2010 à 22:48
  • C'est dingue ça !! (H&F)

    Posté par Cuné, jeudi 22 juillet 2010 à 06:29
  • * Emeraude, et ça résume bien, oui !

    * Cuné, ça me rassure que tu trouves aussi qu'il y a un tout petit peu d'exagération. J'aimerais bien abandonner l'idée, ouvrir mon nouveau blog et repartir de zéro, mais ça m'enquiquinerait de laisser toutes mes archives pourrir chez Canalblog, entre une pub pour trouver le grand amour et une autre pour perdre 30 kilos.

    Posté par erzébeth, jeudi 22 juillet 2010 à 19:15
  • J'avais lu quelques extraits et le coté incisif du personnage me plait beaucoup. Je vais me laisser tenter rapidement je pense. en tout cas ton article me conforte dans l'idée qu'il faut absolument que je le lise.

    Posté par Isleene, dimanche 25 juillet 2010 à 10:19
  • Je lisais ce passage que tu cite ("quel salaud") ce matin sur le quai de la gare, en me marrant toute seule.
    Et en effet, c'est vraiment dommage que l'ouverture du livre ne soit guère accrocheuse, trop caricaturale car je pense que la suite vaut le coup

    Posté par May, lundi 26 juillet 2010 à 10:54
  • * Isleene, le personnage est incisif, oui, et particulièrement attachant. Elle a beau ne faire que des mauvais choix, elle est irrésistible, cette tante-là !

    * May, mais tu l'as lu, ce roman, toi ? Tu m'en donnes l'impression, mais en même temps, j'ai un doute.
    (ceci est une réponse sacrément intelligente, didonc).

    Posté par erzébeth, vendredi 30 juillet 2010 à 19:54

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