N.u.l.l.e.

Nouvel Univers Lunatique et Lacunaire d'Erzébeth

lundi 21 juillet

[Recueillement]

J'avais cette envie, depuis quelques mois, d'aller voir où reposait Baudelaire; une idée fixe que j'ai concrétisée récemment.
Ça pourrait paraître morbide - visiter un cimetière, prendre en photo ces gens parfois morts bien avant ma naissance, ces gens qu'on connaît parce qu'ils ont écrit, chanté, joué, publié. Il y a des moments où je me sentais bien bête; où je pensais "Ainsi donc, son corps est allongé ici". Il y a de quoi se sentir petit, infime, dérisoire; mortel. Mais c'est le jeu, après tout !
J'avais prévenu, je voulais bien renoncer aux tombes de Marguerite, Serge, Jean-Paul et les autres, mais je voulais impérativement voir Baudelaire.
Quelle chance, il a fait ça bien, Charles, il est enterré au bord d'une allée.

Baudelaire

De celles que j'ai pu croiser au cimetière Montparnasse, Baudelaire rejoint les personnalités les plus appréciées; c'est vrai, il a des fleurs, des plantes, des mots laissés par des admirateurs, il a sa photo. On ne l'oublie pas. J'ai du mal à comprendre la symbolique des tickets de métro (qu'on retrouve sur quelques autres tombes connues - à quoi ça sert ? marquer son passage ? j'aurais dû vérifier s'ils avaient tous été utilisés). La pluie balaiera ces papiers, comme elle emportera une lettre-confession, glissée entre les barreaux de la tombe de Maupassant; j'ai voulu la lire (je suis une profaneuse), elle était en espagnol. Je l'ai gentiment reposée.
Quoi qu'il en soit, j'ai vu Baudelaire et ça m'a plu. J'ai en revanche raté le cénotaphe qui lui était dédié (alors qu'il était peut-être juste à côté ? j'en ignorais l'existence, donc je n'ai pas fait attention), mais je n'ai pas de regrets, il n'est pas tellement
à mon goût

Et parce qu'on ne lit jamais trop Baudelaire, voici un de ses merveilleux poèmes...


          L'Horloge

     Horloge ! dieu sinistre, effrayant, impassible,
     Dont le doigt nous menace et nous dit: "Souviens-toi !
     Les vibrantes Douleurs dans ton cœur plein d'effroi
     Se planteront bientôt comme dans une cible;

     Le Plaisir vaporeux fuira vers l'horizon
     Ainsi qu'une sylphide au fond de la coulisse;
     Chaque instant te dévore un morceau du délice
     A chaque homme accordé pour toute sa saison.

     Trois mille six cents fois par heure, la Seconde
     Chuchote: Souviens-toi ! - Rapide, avec sa voix
     D'insecte, Maintenant dit: Je suis Autrefois,
     Et j'ai pompé ta vie avec ma trompe immonde !

     Remember ! Souviens-toi ! prodigue ! Esto memor !
     (Mon gosier de métal parle toutes les langues.)
     Les minutes, mortel folâtre, sont des gangues
     Qu'il ne faut pas lâcher sans en extraire l'or !

     Souviens-toi que le Temps est un joueur avide
     Qui gagne sans tricher, à tout coup! c'est la loi.
     Le jour décroît; la nuit augmente; souviens-toi !
     Le gouffre a toujours soif; la clepsydre se vide.

     Tantôt sonnera l'heure où le divin Hasard,
     Où l'auguste Vertu, ton épouse encor vierge,
     Où le Repentir même (oh ! la dernière auberge !),
     Où tout te dira Meurs, vieux lâche ! il est trop tard !"

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dimanche 15 juin

[Humain]

Je n'ai pas encore parlé d'Henry Bauchau cette semaine, et une telle calomnie ne devait pas perdurer plus longtemps. Ayant peu d'affinités avec la poésie, j'ai malgré tout eu la curiosité de lire un court recueil de ce précieux écrivain, Nous ne sommes pas séparés. Je n'ai pas été sensible à tout, mais j'ai quand même retrouvé l'image que je me fais de l'auteur... Aujourd'hui, je vous propose deux poèmes (pas forcément représentatifs de l'ensemble) :

          Ne pas

          Ne pas

                      ne pas croire

                                  qu’on est au centre

          Ne pas

                      ne pas croire

                                  qu’on n’y est pas


           L’œuvre

          Avec mes pierres carrées

          Je t’enfermerai dans une œuvre

          Car tu es coureur de chagrins

          Et la règle est d’apprendre à rire

          Homme

          Avant de mourir

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dimanche 30 mars

Qu'est-ce que tu lis ?

Le problème est que j'étais bien embêtée.
Je ne sais pas écrire sur un livre s'il n'est pas à côté de moi (et je suis partie en week-end sans l'un de ceux qui attendent mon petit avis).
Et je ne sais pas quoi raconter.
Mais comme il fallait un billet aujourd'hui (je teste le rythme d'un tous les deux jours, c'est qui me va le mieux) et que je n'en avais aucun en réserve, j'ai pensé à réunir quelques citations sur la lecture (tirées de livres que j'ai lus, sinon ce serait bien trop facile).
C'est vite préparé, ce n'est pas contraignant, ce qui fait que je peux rapidement retourner au soleil pour manger des bonbons. Ce billet est donc la meilleure idée que j'ai eue cette semaine.

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« Vollard n’avait jamais conçu la littérature comme un apaisement, ni la lecture comme une consolation. Au contraire. Lire follement, comme il avait toujours lu, consistait plutôt à découvrir la blessure d’un autre. Blessure d’un type seul, désarroi d’une femme seule. Lire consistait à descendre en cette blessure, à la parcourir. Derrière les phrases, même les plus belles, les mieux maîtrisées, toujours entendre des cris. »
(La Petite Chartreuse, de Pierre Péju - livre d'un pessimisme inouï)

« Je n’aime pas écrire. Il faudrait que je trouve autre chose. Peut-être que j’aime trop lire. Les livres, ceux que j’aime vraiment, la première fois que je les lis, j’ai l’impression que c’est comme si je les relisais, comme si je les avais déjà lus. Un peu comme certains êtres que vous rencontrez avec la certitude qu’en fait vous les retrouvez. Aujourd’hui, je suis tombée sur cette phrase de Kafka : « Le capitalisme n’est pas seulement un état de la société, c’est un état de l’âme. » Les livres, je ne les termine pas. Je n’aime pas les dernières pages. Les derniers mots. Les dernières prises. Les dernières séances. »
(Marilyn, dernières séances, de Michel Schneider; ici, extrait d'un bloc-notes de Marilyn)

« J’allais partir lorsque Gabriel me rattrapa.
- Fais attention, dit-il, si on a lu la première phrase d’un livre, il paraît qu’on peut être capté, on lit la deuxième, et après, c’est foutu. »

(Longtemps je me suis couché de bonne heure, de Jean-Pierre Gattégno - livre peu charismatique)

« Je n’avais qu’une passion, les livres, mes seuls alliés dans ma lutte contre le temps. Je préfère les livres aux humains : ils sont déjà écrits, on les ouvre, on les ferme à volonté. Un être humain, on ne sait jamais comment le prendre, on ne peut le ranger ou le déranger à loisir. »
(Les voleurs de beauté, de Pascal Bruckner - peu de souvenirs, mais c'était bien. Vraiment.)

« Une fois au moins dans sa carrière, tout pompier ressent une démangeaison. Qu’est-ce que racontent les livres, se demande-t-il. Ah, cette envie de se gratter, hein ? Eh bien, Montag, croyez-moi sur parole, il m’a fallu en lire quelques-uns dans le temps, pour savoir de quoi il retournait : ils ne racontent rien ! Rien que l’on puisse enseigner ou croire. Ils parlent d’êtres qui n’existent pas, de produits de l’imagination, si ce sont des romans. Et dans le cas contraire, c’est pire, chaque professeur traite l’autre d’imbécile, chaque philosophe essaie de faire ravaler ses paroles à l’autre en braillant plus fort que lui. Ils courent dans tous les sens, mouchant les étoiles et éteignant le soleil. On en sort complètement déboussolé. »
(Fahrenheit 451, de Ray Bradbury - intéressant).

« Une chose que l’on peut admettre, c’est que fréquenter des grandes œuvres, se servir de son esprit, lire les ouvrages de génies, si cela ne rend pas intelligent à coup sûr, cela rend le risque plus probable. »
(Comment je suis devenu stupide, de Martin Page - une déception)

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lundi 05 novembre

Un petit extrait

Mise en contexte : Santa, une amie de Mme Reilly, veut lui proposer un homme qui pourrait rendre son quotidien un peu moins morne. Santa s'éclipse pour les laisser discuter ensemble, or Mme Reilly est déjà légèrement imbibé...

"- Vous voulez de bonnes petites chips ? finit par demander Mme Reilly [...]
- Mais oui, volontiers.
- Elles sont dans l'sac, là, tout près de vous.
Mme Reilly observa M. Robichaux qui ouvrait le paquet de cellophane. Son visage et son complet de gabardine grise semblaient l'un et l'autre sortir de chez le teinturier.
"P'têt' qui faudrait qu'j'aille aider Santa. P'têt' qu'elle est tombée.
- Mais elle vient juste de sortir. Elle va revenir.
- Ces sols sont dangereux, fit remarquer Mme Reilly en s'absorbant dans une intense contemplation du linoléum brillant. On risque de glisser et de s'ouvrir la tête.
- Ah, c'est qu'il faut faire attention, dans la vie.
- Oh, la la. Vous l'avez dit. Moi, je fais toujours bien attention.
- Moi aussi. Croyez-moi, la prudence paie.
- Oh, pour ça, oui ! C'est exactement ce qu'Ignatius disait pas pu tard qu'hier, mentit Mme Reilly. Y'm'disait comme ça : "Dis maman, la prudence paie, tout d'même, tu crois pas ?" Et comment ! que j'y ai répondu. Sois donc prudent, fiston.
- C'est un bon conseil.
- Bah j'en donne tout l'temps à Ignatius, des conseils. Vous voyez ? Pour l'aider, quoi, toujours.
- Je parierais que vous êtes une bonne mère. Je vous ai vue avec ce garçon au centre ville des tas d'fois, et toujours j'ai pensé que c'était vraiment un gros garçon qui avait beaucoup d'allure. Y tranche sur les autres, vous voyez ?
- Je fais tout c'que j'peux avec lui. Sois prudent, fiston, va pas glisser et te casser la tête, ou un bras.
Mme Reilly suçota un moment ses glaçons.
"Je lui ai vraiment appris la sécurité. Ca, il m'en est reconnaissant.
- Oh, mais il peut, croyez-moi !
- J'ui dis à Ignatius, j'ui dis fais bien attention en traversant, fiston.
- Oh, ça, faut faire attention à la circulation, Irene. Vous permettez que je vous appelle par votre prénom, pas vrai ?
- Oh, mais si vous voulez, si vous plaît.
- C'est un joli prénom, Irene.
- Vous trouvez ? Ignatius dit qu'il aime pas ça.
Mme Reilly se signa et vida son verre.
"Oh, ma vie est pas rose, m'sieur Robichaux. J'ai pas peur de vous l'dire, mon pauv' monsieur.
- Appelez-moi Claude.
- Dieu m'est témoin, j'ai une affreuse croix à porter. Vous voulez un bon p'tit verre ?
- Oui, merci. Mais pas trop fort, hein. Je ne suis pas très buveur.
- Oh, Seigneur Jésus, renifla Mme Reilly en remplissant deux verres de whisky pur à ras bord, quand je pense à tout c'que j'encaisse, y a des jours, j'ai envie d'pleurer.
Et là-dessus, Mme Reilly éclata en sanglots bruyants et violents."

La Conjuration des imbéciles - John Kennedy Toole

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vendredi 26 octobre

Les Horcruxes...

Aujourd'hui est le grand jour. Je prévois même de partir en courant de mon travail à midi, profitant ainsi de la pause-déjeuner pour aller m'offrir l'ultime tome des aventures d'Harry Potter. Le problème étant que cela risque de fortement me dissiper pendant l'après-midi, ce qui ne serait pas très professionnel.

Quoi qu'il en soit, au programme aujourd'hui sur ce blog, nous trouvons un extrait du sixième tome, Harry Potter et le Prince de Sang-Mêlé. Je ne dis pas que ça va être intéressant de (re)lire ça, mais je ne savais pas quoi mettre en ce vendredi à propos d'HP. Je voudrais bien agrémenter la chose d'un extrait musical, mais programmant ce billet depuis ma bibliothèque, je préfère rester discrète.

Le chapitre dont est tiré l'extrait est le 23e, et s'appelle comme par hasard Les Horcruxes. Tom Jedusor, futur Voldemort, discute avec Slughorn, un de ses professeurs à Poudlard.

" - Comment fait-on pour séparer son âme en deux ?
- Eh bien, dit Slughorn, mal à l'aise, il faut comprendre que l'âme est censée rester entière et intacte. La diviser est une violation, quelque chose contre nature.
- Mais comment fait-on ?
- Par un acte maléfique - l'acte maléfique suprême. En commettant un meurtre. Tuer déchire l'âme. Le sorcier désireux de créer un Horcruxe tourne à son avantage cette destruction : il enferme la partie arrachée...
- Il l'enferme ? Mais comment...
- Il existe un sortilège, ne me demandez pas lequel, je ne le connais pas ! répliqua Slughorn en hochant la tête comme un vieil éléphant importuné par des moustiques. Est-ce que j'ai l'air de quelqu'un qui a essayé... est-ce que j'ai l'air d'un tueur ?
- Non, monsieur, bien sûr que non, s'empressa de répondre Jedusor. Je suis désolé... Je n'avais pas l'intention de vous offenser...
- Mais pas du tout, pas du tout, je ne suis pas offensé le moins du monde, assura Slughorn d'un ton bourru. Il est tout naturel d'éprouver de la curiosité pour un tel sujet... Les sorciers d'une certaine envergure ont toujours été attirés par ce genre de magie...
- Oui, monsieur, dit Jedusor. Ce que je ne comprends pas, cependant - il s'agit d'une simple curiosité de ma part - c'est... est-ce qu'un seul Horcruxe aurait beaucoup d'utilité ? Ne peut-on séparer son âme qu'une seule fois ? N'obtiendrait-on pas un meilleur résultat, une plus grande force, si l'on parvenait à diviser son âme en plusieurs morceaux ? Par exemple, le chiffre sept n'est-il pas celui qui possède la plus grande puissance magique, est-ce que sept...
- Par la barbe de Merlin, Tom ! glapit Slughorn. Sept ! N'est-il pas suffisamment horrible de penser qu'on peut tuer une seule personne ? Déchirer son âme est déjà une idée épouvantable... Alors, la déchirer en sept morceaux..."

Et pourtant...

Bonne lecture magique à tous les Moldus !

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vendredi 19 octobre

A Shadow-Bride

Aujourd'hui, c'est Tolkien qui est l'honneur, parce que c'est vrai, il n'y a pas de raison. Alors je vous propose un petit poème, issu des Aventures de Tom Bombadil. Ce n'est pas malin, ça me donne furieusement envie de relire Le Seigneur des Anneaux, mais c'était un risque à prendre. Je me tais, et vous laisse lire :

     La femme de l'ombre

   Il y avait un homme qui vivait seul,
   Et se tenait aussi tranquille qu'une statue
   Au fil des jours et des nuits
   Sans même projeter d'ombre.
   Les blancs hiboux perchaient sur sa tête;
   A la lune d'hiver
   Ils s'y firent le bec
   Aux étoiles de juin
   Pour mort ils le laissèrent.

   Puis, un beau jour, vint une dame vêtue de gris
   Dont les cheveux s'entrelaçaient de fleurs.
   Dans la lumière crépusculaire
   Elle s'attarda un moment.
   Alors il se réveilla, il bondit de la pierre.
   Il avait brisé le maléfice qui le liait :
   Il l'étreignit fort - et la chair et les os -
   Et il s'enroula dans son ombre.

   De ce jour plus jamais elle ne va son chemin
   Sous le soleil, la lune ou les étoiles;
   En bas elle repose, là où jamais il n'y a
   Ni jour ni nuit.
   Mais une fois l'an, quand bâillent les cavernes
   Et que les secrets cachés se réveillent,
   Ensemble et jusqu'à l'aube
   Ils dansent à nouveau
   Et à eux deux ne font qu'une ombre.

Pour les puristes, la version en VO

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vendredi 05 octobre

"J'ai un projet, devenir fou"

Allez, encore un poème. Vous pouvez me taxer de fainéante, parce qu'il est bien facile de faire de la figuration sur un blog, en citant des auteurs qu'on a aimé lire. C'est vrai que je suis fainéante; mais je fais aussi ce que je peux, avec mes deux boulots, l'imminente reprise des études, le manque de temps qui en découle et ma toujours profonde absence de logement personnel (j'ai réussi à vous apitoyer, j'espère ?). Cette semaine, mon "invité" est l'un de mes cinq auteurs préférés dans le monde entier, j'ai nommé Charles Bukowski.

   il faut

   il faut apporter
   sa lumière
   dans les
   ténèbres.

   personne ne le
   fera
   pour nous.

   comme les jeunes garçons
   descendent
   les pentes
   à skis

   comme le cuisinier
   reçoit sa dernière
   paye

   comme le chien pourchasse
   le chien

   comme le grand maître aux échecs
   perd plus que
   la partie

   il faut apporter
   sa lumière
   dans les
   ténèbres.

   personne ne le
   fera
   pour nous,

   comme le solitaire
   téléphone à
   n'importe qui
   n'importe où

   comme la grande bête
   tremble
   dans ses cauchemars

   comme la dernière saison
   arrive en vue

   personne ne le
   fera
   pour nous.

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mercredi 26 septembre

Les souffrances d'une jeune violette

Pour le plus grand bonheur de Lamousmé, voici un poème de Goethe, que j'avais eu la chance d'étudier. C'était d'ailleurs très drôle, puisqu'on avait dû en faire un commentaire composé, et que j'avais été totalement hors-sujet. Je n'en garde rancune à personne, c'est dire si je suis clémente envers ma prof de l'époque, et le petit Johann Wolfgang. Pour éviter de passer une nouvelle fois à côté de l'essentiel, je ne dis rien et vous laisse lire :

     La violette

     Une violette dans un pré,
     Anonyme, la tête penchée :
     Mignonne était la violette.
     S'approche alors une jeune bergère,
     Humeur joyeuse, démarche légère,
     Chantonnant par les prés.

     Que ne suis-je, se dit la violette,
     La plus belle des fleurs !
     Serait-ce un tout petit peu,
     Le temps que la belle me cueille
     Et m'écrase contre son coeur,
     Ne serait-ce qu'un petit quart d'heure !

     Lorsque la jeune fille arriva,
     N'eut cure de la violette,
     Simplement la piétina.
     Fauchée, mourante, la violette
     Se réjouit encore : certes, je meurs,
     Mais c'est par elle, à ses pieds.
     Pauvre violette ! Mignonne était la violette.

Das Veilchen

Ein Veilchen auf der Wiese stand
Gebückt in sich und unbekannt;
Es war ein herzig's Veilchen!
Da kam ein' junge Schäferin
Mit leichtem Schritt und munterm Sinn
Die Wiese her und sang.

   Ach! denkt das Veilchen, wär' ich nur
Die schönste Blume der Natur,
Ach, nur ein kleines Weilchen,
Bis mich das Liebchen abgepflückt
Und an dem Busen mattgedrückt,
Ach, nur ein Viertelstündchen lang!

Ach, aber ach, das Mädchen kam
Und nicht in Acht das Veilchen nahm,
Es trat das arme Veilchen!
Es sank und starb und freut sich noch:
"Und sterb ich denn, so sterb ich doch
Durch sie, zu ihren Füßen doch!"
Das arme Veilchen!
Es war ein herzig's Veilchen!

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mardi 18 septembre

Derrière les barreaux

J'adore les associations d'idées; au départ devait paraître aujourd'hui un article qui ne viendra finalement que la semaine prochaine mais, alors que j'y réfléchissais, mes pensées ont continué à remonter le fil invisible de mes idées, pour finalement me conduire jusqu'à Rainer Maria Rilke.
D'abord, on ne se moque pas de ses prénoms, il n'y est pour rien. Ensuite, il faut me croire quand je clame ma passion pour ce poète autrichien (1875-1926). Je l'ai connu grâce au poème qui suit; c'était en cours d'allemand, on l'a étudié, décortiqué, appris par cœur. C'était à la fois simple et beau. Je pourrais dire qu'ensuite, les Lettres à un jeune poète ont eu un fort retentissement dans ma vie; ça en fait une œuvre particulière pour moi, une œuvre presqu'essentielle. Mais gardons ça pour une autre fois...
Je ne résiste pas à l'envie de vous mettre la version allemande, puis la traduction.

   Der Panther
   Im Jardin des Plantes, Paris

   Sein Blick ist vom Vorübergehn der Stäbe
   so müd geworden, dass er nichts mehr hält.
   Ihm ist, als ob es tausend Stäbe gäbe
   und hinter tausend Stäben keine Welt.

   Der weiche Gang geschmeidig starker Schritte,
   der sich im allerkleinsten Kreise dreht,
   ist wie ein Tanz von Kraft um eine Mitte,
   in der betäubt ein großer Wille steht.

   Nur manchmal schiebt der Vorhang der Pupille
   sich lautlos auf -. Dann geht ein Bild hinein,
   geht durch der Glieder angespannte Stille -
   und hört im Herzen auf zu sein.

   Rainer Maria Rilke, novembre 1902

La Panthère
Jardin des Plantes, Paris

Son regard du retour éternel des barreaux
s’est tellement lassé qu’il ne saisit plus rien.
Il ne lui semble voir que barreaux par milliers
et derrière mille barreaux, plus de monde.

La molle marche des pas flexibles et forts
qui tourne dans le cercle le plus exigu
paraît une danse de force autour d’un centre
où dort dans la torpeur un immense vouloir.

Quelquefois seulement le rideau des pupilles
sans bruit se lève. Alors une image y pénètre,
court à travers le silence tendu des membres -
et dans le cœur cesse d’être.

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mercredi 12 septembre

Au clair de la lune...

... un poème d'un auteur que j'ai étudié il y a quelques années. Rouvrir le recueil m'a donné envie de garder quelques mots ici.

     Romance de la lune, lune

  La lune vint à la forge
  avec ses volants de nards.
  L'enfant, les yeux grands ouverts,
  la regarde la regarde.

  Dans la brise qui s'émeut
  la lune bouge les bras,
  dévoilant, lascive et pure,
  ses seins blancs de dur métal.

  Va-t'en lune, lune, lune.
  Si les gitans arrivaient,
  ils feraient avec ton coeur
  bagues blanches et colliers.

  Enfant, laisse-moi danser.
  Quand viendront les cavaliers,
  ils te verront sur l'enclume
  étendu, les yeux fermés.

  Va-t'en lune, lune, lune.
  Je les entends chevaucher.
  Enfant, laisse-moi, tu froisses
  ma blancheur amidonnée.

  Battant le tambour des plaines
  approchait le cavalier.
  Dans la forge silencieuse
  gît l'enfant, les yeux fermés.

  Par l'olivette venaient,
  bronze et rêve, les gitans,
  chevauchant la tête haute
  et le regard somnolent.

  Comme chante sur son arbre,
  comme chante la chouette !
  Dans le ciel marche la lune
  tenant l'enfant par la main.

  Autour de l'enclume pleurent
  les gitans désespérés.
  La brise qui veille, veille,
  la brise fait la veillée.

     Federico Garcia Lorca, Romancero gitan

pour la version originale, c'est par ici

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