N.u.l.l.e.

Nouvel Univers Lunatique et Lacunaire d'Erzébeth

samedi 31 octobre 2009

Est-ce que Dieu est dans votre vie, là ?

feuillesLes individus normaux qui ont la chance d'avoir le week-end pour eux profitent généralement du samedi matin pour dormir un peu plus tard que d'habitude, traîner pendant le petit déjeuner, se laver un peu plus tranquillement. La normalité me fait cruellement défaut puisque tel un individu hautement stupide, j'ai fait sonner mon réveil pour aller à la piscine. Je peux vous dire que, du fond de mon lit, ça me restait en travers de la gorge. Mais depuis que j'ai découvert qu'il y avait peu de monde, le samedi matin, à l'ouverture de la piscine, j'essaie de prendre sur moi et de m'y rendre gaiement.
Gaiement, il faut le dire vite. Déjà, je m'interdis d'y aller en bus, ce qui m'ajoute en plus un trajet à pied. Marcher, ça va, je peux le tolérer - sauf quand c'est pour me rendre dans un lieu aussi désagréable, qui pue le chlore. Donc, je marche en bougonnant. Vingt minutes de bouderie intense.
Ce matin, hélas, une charmante jeune femme vient rompre la monotonie de mon trajet. J'arrête la musique qui divertissait mes oreilles, pensant qu'elle allait me demander le chemin pour se rendre je-ne-sais-où. Sa voix est aimable.
"Excusez-moi de vous déranger, mais j'aimerais vous poser une question : croyez-vous que la Bible soit mise en pratique au quotidien ?"
Il fallait que ça tombe sur toi. Une chrétienne, dans la rue, un samedi à 9h. Je regrette presque de lui apprendre que je ne suis pas croyante.
"Ah. Mais n'avez-vous jamais lu la Bible, au moins comme simple référence culturelle ?"
J'ai envie de lui répondre que je ne sais pas lire, ou que je préfère les histoires de vampire, ou que je ne projette aucunement de me cultiver, mais je m'entends dire que, non, je trouve ce texte trop impressionnant. Elle croit que c'est à cause de son aura religieuse, alors qu'en réalité, c'est parce qu'il y a trop de pages, et que c'est écrit tout petit.
"Permettez-moi quand même de partager quelques pensées avec vous."
Vas-y. De toute façon, je n'ai pas envie de nager, je suis prête à tout pour y échapper, même écouter ton discours d'illuminée. Elle sort une petite brochure, me lit ce passage :
Par ailleurs, les principes divins dans la Bible nous enseignent un mode de vie qui procure des bienfaits d'ordre physique (j'écoute, intéressée : et si c'était un moyen d'échapper à la natation ?)
.
Par exemple, 'être modéré dans ses habitudes' favorise une bonne santé (je commence à la regarder de manière suspecte). 'Se purifier de toute souillure de la chair et de l'esprit' évite bien des maladies (je me tais, mais n'en pense pas moins). En outre, l'application des conseils divins consignés dans la Bible contribue à la réussite d'un mariage et au respect de soi (presque envie de lui demander si la Bible fait aussi revenir l'être aimé, et règle les problèmes d'argent mais curieusement, je m'abstiens).
Je scrute son visage. Elle croit à ce qu'elle vient de me lire. Et moi, hilare intérieurement, pense qu'en moins d'une minute, elle a éclairci tout le problème de mon existence. Mais oui, bien sûr, si je suis tombée malade, c'est parce que mon âme est impure et que je ne crois pas en Dieu. La réponse était si simple, il faudra que je pense à appeler mon médecin lundi, il sera content d'apprendre que j'ai trouvé la solution parfaite.
J'ai envie qu'elle me donne son prospectus (ce qu'elle fera, d'ailleurs), parce que je pense à cette amie friande de ces discours mystiques, qu'elle stocke dans ses toilettes, au point d'en tapisser les murs (la première fois, ça surprend. Puis la deuxième fois, vous vous installez sur les toilettes, et vous vous marrez).
La jeune Témoin de Jéhovah me souhaite une bonne journée et je poursuis ma route.
Plus loin, je croise une maman chat avec deux bébés. A vue de nez, ils ont au moins deux mois. Le petit noir et blanc est à croquer : petit, fluet, il ravive en moi le goût que je porte aux animaux qui ont l'air malheureux ou tristes. Je me retiens d'aller les caresser (la piscine, la piscine !), pense à
Caro[line] et au futur chat que je finirai bien par adopter, quand ma vie sera, disons, un peu plus stable. S'ils sont encore là au retour, je m'approcherai (évidemment, ils auront déguerpi entre-temps).
A la piscine, il ne s'est rien passé d'intéressant. J'ai continué de bougonner dans l'eau, et en en sortant, parce qu'il me reste encore quatre malheureux billets d'entrée. Soit quatre semaines de torture.
Une fois rhabillée, j'entends un homme du personnel raconter à une vieille nageuse que si l'eau est si froide, c'est parce qu'ils viennent de la changer. Ils la changent souvent. Le mardi, des écoles viennent investir les lieux.
"Et sur 100 gamins, il y en a bien 30 qui pissent dans l'eau. Je vous assure, on voit l'eau prendre une teinte jaunâtre."
Oh, non. Je me rends chaque semaine dans une piscine où tout le monde fait pipi. Après, on s'étonne que je sois misanthrope.
Sur le chemin du retour, je bougonne encore. Je photographie quelques feuilles mortes, et me rappelle que je dois me vernir les ongles en noir. C'est qu'
Erzébeth Bathory est de sortie, ce soir.

(la photo n'est pas de moi, parce que mon téléphone portable n'a su faire que des clichés ridicules. Mais ça m'a donné envie de me promener en forêt, c'est malin).

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jeudi 29 octobre 2009

« la tête un peu penchée, mais le cœur plein d'espoir »

L'amant de Lady Chatterley
de D.H. Lawrence (1928)
traduit en 1932 par F. Roger-Cornaz, pour Gallimard
499 pages dans ma fort vieille édition de poche qui sent littéralement mauvais. Ça m'apprendra à acheter d'occasion

lawrence

« La vie était toujours un rêve, ou une folie, enfermée dans un endroit clos. »

Et la vie peut aussi ressembler à une histoire d'amour, du genre qu'on n'attend plus. Un mari paralysé qui comble sa perte de virilité en se lançant dans l'écriture, une femme quelque peu délaissée et lasse, une femme, alors, qui deviendra adultère, non pas par défi ou par colère, mais plutôt par salut.
Constance Chatterley a besoin de s'évader de ce quotidien morose, dans ce domaine où elle a dû suivre son époux, et à force de vagabonder dans les collines avoisinantes, elle s'approchera doucement du garde-chasse, au point que tous les deux vont baisser leurs barrières pour s'offrir, ensemble, des instants de bonheur charnel qui les réveilleront petit à petit de leur torpeur...

Bien sûr, L'amant de Lady Chatterley ne se résume pas à cela; ceux qui ont tenté de réduire ce grand roman à une histoire de sexe n'y ont pas, je crois, compris grand-chose. Qu'ils n'aient crainte, je ne pense pas non plus me placer au-dessus d'eux, tant d'éléments m'ayant échappé à cause de ma lecture trop lacunaire. Un grand pan de ce récit aborde les transformations de la société moderne (le roman se passe en Angleterre au début des années 1920), que ce soit d'un point de vue industriel ou d'un point de vue plus humain. Pour ce qui concerne l'industrialisation du pays qui se fait en opposition à ses valeurs rurales, ne comptez surtout pas sur moi pour en dire plus - je ne lis pas avec mon esprit, mais avec mes sentiments, ce qui n'est pas une bonne chose en soi, mais je ne sais pas faire autrement. Et dès qu'on me parle de faits historiques, aussi simples soient-ils, je me sens démunie. Fort dommage, d'ailleurs, car cette lutte entre deux mondes antagonistes vient fatalement nourrir l'autre pan du récit, à savoir l'évolution des mentalités, et l'ouverture à d'autres pensées moins étroites. Il y a des pages entières où de jeunes aristocrates parlent de sexe, et ce en présence de Constance et de son impuissant de mari - sans que cela les perturbe particulièrement. D'ailleurs, Clifford (le mari paralysé) estime que le sexe n'est pas essentiel, indispensable : « Mais vous êtes bien d'accord, n'est-ce pas, que l'acte physique, accompli de temps à autre, n'est rien comparé à une longue vie vécue ensemble ? Ne croyez-vous pas qu'on peut subordonner la question sexuelles aux nécessités d'une longue vie ? [...] Après tous, ces frissons passagers comptent-ils vraiment ? »

Constance mettra du temps à se trouver, à oser penser clairement certaines de ses envies. Longtemps, elle croit qu'elle ne pourra pas être comblée physiquement, le fossé entre homme et femme étant trop profond pour être colmaté dans l'intimité. Les deux sexes n'ont pas la même vision de l'acte physique, ni la même attente. Mellors, le garde-chasse, n'est pas heureux non plus. Ces deux amants se perdent dans leur cheminement intérieur, parce que la première dissocie trop le sexe des sentiments (or, l'un sans l'autre, c'est triste) et parce que le second, lui, refuse de souffrir encore et réfrène autant que possible ses ardeurs charnelles. Tout vient, finalement, d'un manque de communication. Quand ils se seront assez apprivoisés pour exprimer réellement ce qu'ils éprouvent, l'adultère deviendra une histoire d'amour.

« - Voulez-vous que je vous dise, dit-elle, en le regardant, voulez-vous que je vous dise ce que vous avez, et que les autres hommes n'ont pas, et qui fera l'avenir ? Vous le dirai-je ?
- Dites-le donc, répondit-il.
- C'est le courage de votre propre tendresse; c'est ce qui vous fait poser la main sur ma croupe et dire que j'ai une jolie croupe. »

Ce qui va les lier est plus qu'une histoire de cul; je préfère écrire les choses clairement, parce que j'ai trouvé des propos, sur certains sites, qui me semblent en décalage complet avec le sens profond de l'œuvre.
Ah oui, ça, il y a des passages assez crus. Il y a des discussions d'une modernité remarquable. De quoi choquer les bien-pensants, ceux de l'époque et ceux d'aujourd'hui. Quel dommage, quand on y pense... parce qu'il n'y a rien de foncièrement mauvais dans ce roman, de foncièrement sale, de scabreux.
Ah oui, ça, madame n'est pas fidèle à monsieur. Mais que fallait-il faire ? Se taire, continuer une vie sans intérêt, étouffer ses envies et ses besoins, histoire de sauver les apparences, rester une lady convenable ? Clifford, lui, ne noue-t-il pas une relation ambiguë avec son infirmière ? C'est un homme à l'attitude presque malsaine, rejetant son statut de mâle (puisqu'il a perdu tout ce qui faisait sa virilité) pour jouer les enfants malades, les capricieux. L'aime-t-il réellement, sa Constance ? Ou se ment-il ?

Ce qui lie Constance à Mellors est tellement beau que je n'y ai pas décelé le moindre mal. A part pour eux : quand une bourgeoise s'éprend d'un garde-chasse, cela finit rarement bien. Leur amour, dès ses balbutiements, est voué à l'échec et au chagrin. Mellors ne cesse d'en avoir conscience :

« Il était pâle, le front sourcilleux.
- Et avez-vous regretté de me rencontrer ? demanda-t-elle.
- J'en ai du regret et de la joie.
- Et maintenant ?
- Maintenant, je redoute tout ce qui peut venir du dehors, les complications, les accusations, toutes les laideurs inévitables qui nous attendent. J'y pense dans mes moments de dépression. Mais quand mon sang se ranime, alors je suis heureux. Je suis même triomphant. J'étais en train de devenir amer. Je croyais qu'il n'y avait plus d'amour, qu'il n'y avait plus de femmes qui pussent tout naturellement suivre l'homme dans la sensation physique.
[...]
- Et maintenant, êtes-vous content de moi ?
- Oui ! quand je peux oublier le reste. Quand je ne puis pas l'oublier, j'ai envie de me cacher sous la table et de mourir. »

Ils se rendent rapidement compte, tous les deux, que ce qui les unit est plus qu'une simple liaison. Que leur amour les enivre tant qu'ils souhaiteraient en profiter ensemble, chaque jour, sans restriction aucune. Mais il y a leurs mariages (car Mellors aussi est marié, mais avec une folle qui a quitté le domicile il y a des années), le poids de la société, leur différence de classe.
Leurs états d'âme sont de toute beauté à lire; de toute tristesse aussi, évidemment. Les dialogues, parfois en décalage (Constance a un besoin permanent d'être rassurée, tandis que Mellors paraît beaucoup pragmatique), sont superbes. J'y ai retrouvé une atmosphère digne d'Hemingway, et surtout de L'adieu aux armes : dans ces deux romans, les femmes sont entières dans leur histoire d'amour, à tel point qu'elles n'imaginent pas que certains obstacles pourraient tout détruire. Il y a une candeur désespérée dans les propos de Constance, un amour si tendre qu'elle est prête à renoncer à tout son confort pour s'offrir une vie avec Mellors,
« une vie, rien de plus. »
Au plus les pages défilaient, au plus mon ventre se nouait. La tension grandissait. Ces deux-là vont droit dans le mur. Mais c'est tellement beau que je continuais à espérer malgré tout, même si ça paraissait vain.
Puis il y a cette fin. Qui m'a coupé l'herbe sous le pied. Alors que je m'étais préparée ! Mais non, ça ne suffisait pas, j'ai trébuché. C'était tellement fou, incroyable, que j'ai couru sur internet voir si mon livre était bien une édition complète. S'il ne manquait pas quelque chose, derrière.
Mais non. C'était bien ça : D.H. Lawrence a réussi son roman jusqu'à la dernière ligne, jusqu'au dernier mot. Superbe.

« Mais, tant pis, tant pis, nous n'allons pas nous tourmenter. Nous croyons à la petite flamme et au Dieu sans nom qui l'empêche de s'éteindre. Il y a, au fond, tant de vous ici, avec moi, qu'il est dommage que vous n'y soyez pas tout entière. »

Nous sommes normalement trois à vous présenter ce roman aujourd'hui (agréable concept que celui de lecture commune, je suis curieuse de connaître l'avis des deux autres lectrices) : Ys et Lounima l'ont lu, tout en l'appréciant moins que moi (hélas, trois fois hélas).
Evidemment, d'autres lecteurs ne nous ont pas attendues; parmi eux, on retrouve
Alwenn (mitigée tout en argumentant, passionnant), Yue Yin (billet remarquable aussi; elle me rappelle d'ailleurs que j'ai aussi trouvé le style répétitif, presque maladroit, mais je suis sûre que ça vient du traducteur (le pauvre) et non pas de l'auteur), Zaphod (moi, je suis quand même triste pour les baleines).

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lundi 26 octobre 2009

Meine Ehre heisst Treue

traduction : Mon honneur, c'est la fidélité

La mort est mon métier
Robert Merle
Gallimard, 1952; (Folio, 1972)
370 pages

http://www.looneo.fr/images/Produits/Livres%20-%20Romans%20et%20litterature/La%20Mort%20est%20mon%20metier/La_Mort_est_mon_metier_217065_Principale_ML.jpg

Quand on commence à réfléchir sur les camps de concentration, on en vient à se demander qui étaient ces hommes qui ont mis en place ces machines meurtrières, on se demande comment ils ont pu consciemment participer à un tel massacre. En un sens, La mort est mon métier répond à ces interrogations, et à bien d'autres, en dressant le portrait du commandant du camp d'Auschwitz. En réalité, il s'appelait Rudolf Hoess. A lui seul, il est responsable de la mort de près d'un million d'hommes.
Ici, Robert Merle modifie son nom : le narrateur s'appelle Rudolf Lang. La première partie du roman est plus ou moins une réécriture de la véritable enfance de Hoess. On découvre la vie sinistre du petit Rudolf (13 ans au début du roman), qui doit se plier aux exigences de son père, un homme d'une dureté sans nom. Ce dernier veut que son unique fils soit prêtre; mais Rudolf, lui, rêve déjà d'armée. A tel point qu'il s'engage avant d'avoir l'âge autorisé. Il a à peine 15 ans et il fait déjà preuve d'une inhumanité absolue lors de certains combats.
Après la Première Guerre Mondiale, devenu rebut de la famille (on le serait à moins), il adhère au parti nazi, est obligé de se marier (il faut perpétuer la race allemande, la vraie, la pure) et accepte des tâches qu'il exécute sans plaisir, et sans déplaisir, se contentant simplement d'obéir.
On sait comment cela continue : Hitler arrive au pouvoir. Il faut se débarrasser de tous ceux qui gênent, encombrent :

« Le Parti est en train de mettre au point, dans différentes parties de l'Allemagne, des camps de concentration qui ont pour but de régénérer les criminels par le travail. Dans les camps, nous serons également contraints d'enfermer les ennemis de l'État national-socialiste, afin de les protéger contre l'indignation de leurs concitoyens. Là aussi, le but sera, avant tout, éducatif. Il s'agit, par la vertu d'une vie simple, active, disciplinée, d'éduquer et de redresser des esprits. »

Bien sûr.
Voilà le discours plus ou moins officiel. En réalité, on sait comment ça se passait... Rudolf Lang a très vite été chargé de mettre au point un système d'extermination à grande échelle. Jusque-là, dans les petits camps disséminés sur le territoire, on tuait les Juifs avec une inhalation de gaz d'échappement... mais c'est trop long, trop compliqué, pas assez rentable. Là encore, on connaît désormais la vérité : les douches factices, le Zyklon B... Tout cela, on le doit à Rudolf Hoess. Pendant des mois, il a réfléchi à cette stratégie sans jamais ressentir le moindre problème de conscience : il a un ordre, il l'exécute. Ce n'est qu'un employé, qui n'a pas à se demander si ses actions sont bonnes ou mauvaises. S'il refuse, de toute façon, il mourra. Et quelqu'un d'autre prendra son relai.
Tout cela prend des proportions phénoménales dans ce récit, à en devenir insoutenable par la simple lecture. Tout est si froid, si lointain, si vomitif. Quand il part visiter d'autres camps pour se familiariser avec leur système d'extermination, Rudolf regarde l'agonie des Juifs sans même sourciller. C'est un esprit calculateur dénué d'âme.
Sa femme, évidemment, ignore tout de ce qui se passe à Auschwitz. Personne ne doit savoir où les prisonniers disparaissent. Personne ne doit comprendre les rouages de cette folie meurtrière. Il y a bien l'odeur, mais... mais officiellement, c'est une tannerie qui est à l'origine de cet air asphyxié.
Le seul officier à avoir un problème de conscience se suicidera le soir de Noël, incapable d'en supporter plus. Le poids de la culpabilité et de la folie pesait trop.

La mort est mon métier est un amalgame de fiction (encore que les grands faits sont respectés) et de biographie, basée à la fois sur des entretiens (menés par un psychologue américain) que Hoess a suivis lors de son incarcération après la guerre, et sur la confession toute personnelle que Hoess a écrite, pendant cette même incarcération, lors du procès de Nuremberg.
Je ne sais pas qui peut avoir le courage de lire cette autobiographie, mais personnellement le roman m'a largement suffit. Bien que le récit soit pris en charge à la première personne, il y a une distance terrible entre le narrateur et le lecteur, notamment parce que ses choix, ses pensées, nous sont incompréhensibles (et quelque part : heureusement). Robert Merle nous montre Rudolf comme un être totalement déshumanisé, et quand on voit les faits réellement attribués à Hoess, on voit que l'auteur n'a strictement rien exagéré. On nous présente le portrait d'un bourreau; de fait, le récit est à la fois effrayant et incroyable. J'ai eu du mal à concevoir que de tels hommes ont pu exister et je ne parviens toujours pas à comprendre comment on a pu en arriver à une telle extrémité de barbarie.
Mais La mort est mon métier reste un document très intéressant, une lumière de plus sur un sujet difficile et ô combien délicat à traiter. Robert Merle a très bien su rendre l'indifférence et l'austérité de son personnage, qui, jusqu'à son procès, ne ressentira pas la moindre culpabilité : il n'a fait qu'exécuter des ordres.
Rudolf Hoess a été pendu le 7 avril 1947, à Auschwitz, près du crématorium qu'il avait lui-même conçu.

Je termine avec quelques mots de Robert Merle : « Tout ce que Rudolf fit, il le fit non par méchanceté, mais au nom de l'impératif catégorique, par fidélité au chef, par soumission à l'ordre, par respect pour l'État. Bref, en homme de devoir : et c'est en cela justement qu'il est monstrueux. »

...

coffre_tr_C3_A9sors3Figurez-vous que ce roman fait partie des trésors de TVless, et que c'est donc grâce à elle que j'ai enfin exhumé ce roman de ma bibliothèque. Merci d'avoir contribué à cette terrible découverte !
D'autres l'ont lu : Daniel Fattore nous présente sa lecture
via trois billets (et son rapprochement avec Les bienveillantes a su piquer ma curiosité), Reno arrive presque à comprendre Lang...   

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jeudi 22 octobre 2009

« Jane Eyre, c'est intemporel »

Un jour, sans trop savoir comment, vous vous retrouvez à un pique-nique où vous rencontrez trois incroyables énergumènes qui crient d'enthousiasme dès que le nom Fforde est prononcé. Vous vous dites qu'il y a anguille sous roche (vous aimez les expressions ringardes), qu'il faut aller vérifier par vous-même. Vous commencez par lire Jane Eyre, histoire de faire les choses dans l'ordre. Puis, un soir, alors que vous pensiez simplement vous rendre dans un restaurant indien pour y dîner, on vous tend un paquet bleu, qui contient L'affaire Jane Eyre (vous remerciez les coupables avec un grand sourire). Vous vous dites alors qu'il est temps de rencontrer le grand Jasper.

L'affaire Jane Eyre
de Jasper Fforde (2001, The Eyre Affair)
traduction de Roxane Azimi (Fleuve noir, 2004)
10-18, 408 pages qui font du bien

http://ec1.images-amazon.com/images/P/2264042079.01._AA240_SCLZZZZZZZ_.jpg
- oui, c'est hideux -

« Peu de gens se souviennent aujourd'hui de Mr. Quaverley. Si vous avez lu Martin Chuzzlewit avant 1985, vous avez dû tomber sur un personnage secondaire qui habitait la pension de Mrs. Todger. Il discourait longuement avec les Pecksniff sur les papillons, sujet dont il ne savait presque rien. Malheureusement, il n'est plus. Son chapeau est toujours suspendu à la patère page 235, mais c'est tout ce qui en reste... »

Chez J. Fforde, on rencontre un monde qui ressemble étrangement au nôtre, bien qu'il accuse quelques décalages :
- nous sommes en 1985 et la guerre de Crimée est toujours d'actualité
- les dodos n'ont pas disparu et on peut même en adopter un comme animal de compagnie (mon rêve absolu) (encore que, la bestiole me ferait peur)
- dans certains quartiers, vous pouvez trouver un Shakesparleur -
« officiellement connu comme distributeur automatique de monologues de Shakespeare »
- la fin de Jane Eyre ? Rochester ne retrouve pas Jane, qui épouse son cousin et part vivre en Inde.
- être plongé dans un livre ? Oui, oui, ils connaissent aussi. Mais au sens propre.

Thursday Next (...) travaille au Service des Opérations Spéciales, et plus précisément dans la Brigade littéraire. Un métier difficile, où il faut sans cesse veiller à maintenir le respect des oeuvres littéraires et de leurs auteurs (et donc à se méfier entre autres des Baconiens qui font du porte-à-porte : « Les Baconiens étaient complètement cinglés, mais, pour la plupart d'entre eux, inoffensifs. Le but de leur existence était de prouver que c'était Francis Bacon et non William Shakespeare qui avait écrit les plus grandes pièces du théâtre anglais. »). Tout se corse le jour où Achéron Adès* vole le manuscrit de Martin Chuzzlewit (de Dickens) et kidnappe l'oncle de Thursday, afin de mettre en place un plan diabolique, qui détruirait les plus grands textes en les modifiant cruellement.

Bon, dit comme ça, ça ne donne pas envie, je le sais. Mais allez tenter de présenter un roman que même les bibliothécaires ne savent pas où ranger (SF ? Polar ? Littérature blanche ?), un roman purement et totalement décalé qui ne rentre pas dans les petites cases habituelles (ouf, diront les plus désordonnés). L'affaire Jane Eyre est d'une originalité délicieuse, déjà par sa forme. Chaque chapitre débute par un en-tête tiré soit d'une autobiographie (celle de Thursday), soit d'articles de journaux, de témoignages, de documentaires écrits - mais quoi qu'il en soit, ces références introductives s'associent au texte puisqu'elles révèlent des informations qui expliquent ce qui va suivre. Cette idée apparemment toute simple me paraissait déjà géniale en soi; mais vous vous doutez bien que ce n'est pas le seul point fort de ce roman : il brille aussi par son énergie. La protagoniste, Thursday Next m'a vaguement rappelé la miss Plum (l'héroïne de J. Evanovich), par sa gouaille, ses amours foireuses (Thursday est amoureuse du même homme depuis des années, Landen, blessé lors de la guerre de Crimée), sa famille excentrique et ses plans de boulot parfois un petit peu foireux. On ne s'ennuie pas une seconde en suivant ses aventures et croyez-moi, l'intrigue ne manque pas de rebondissements, d'idées ingénieuses (comptez sur moi pour ne rien dire).
Evidemment, l'un des grands bonheurs de L'affaire Jane Eyre vient de son thème : la littérature. Tout tourne autour des livres, ceux que Thursday aime par-dessus tout (et tiens, on y trouve Jane Eyre, curieux, non ?), ceux qui sont estropiés par des esprits malveillants, etc... Et ce bal incessant de références, de clins d'oeil est un bonheur absolu - à condition d'avoir lu Jane Eyre avant, ou je n'ose imaginer comme cette lecture doit être pénible, et un petit peu incompréhensible. Thursday participe littéralement à la réécriture de la fin du roman (je ne vous dis pas comment, mais je poussais intérieurement des "Ah !" de joie en lisant certains chapitres, certaines... rencontres), et l'on parle tant de Rochester et Jane qu'il est mille fois mieux d'avoir déjà fait leur connaissance via Charlotte Brontë...
Pour faire simple, L'affaire Jane Eyre est à mes yeux un hommage génialissime à la littérature classique anglaise (Shakespeare, Dickens, Wordsworth, Brontë...), un voyage délirant dans un monde parallèle fascinant (imaginez qu'on puisse arrêter le temps, qu'un vampire rôde dans un vieux collège, que des Japonais ont trouvé le filon pour voyager dans les meilleurs romans...), un roman qui fait du bien, bref, c'est la preuve qu'il ne faut pas se moquer des Britanniques qui ont des noms ridicules parce que, mon vieux, ils nous régalent par leur inventivité.

* « Dans la liste de ses passe-temps favoris, il cite l'assassinat à petit feu, la torture et l'art floral. »

Rendons hommage aux quatre Fforde-addict qui ont poussé la blogoboule à le découvrir; j'ai nommé Fashion, SBM, Yue Yin et Karine. Elles ont ensuite été suivies (dans le désordre le plus complet) par Chiffonnette (addict aussi, cette fille a BON GOUT. Ecoutez-la quand elle dit du bien de Bauchau, tiens), Isil (mitigée, qu'on lui pardonne), Lilly (nous aussi, on rencontrera Edward, va), Caro[line] (moyennement convaincue, zut), Emeraude (dubitative aussi, zut de zut). Des millions d'autres personnes ont lu ce roman, mais je n'ai pas le temps de toutes les lister, vous le comprenez bien.

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vendredi 16 octobre 2009

Pour ceux qui veulent savoir

7238865 On peut identifier un autiste à sa démarche, contrairement à ce que disent les légendes urbaines les cheveux ne continuent pas de pousser après la mort, le turquoise me va très bien, il est plus difficile qu'on ne le croit d'être végétarien, certains profs ne comprennent pas d'eux-mêmes que "texte imprimé" est synonyme de "livre", les sarkozystes portent des Ray-ban et lisent Le Figaro confortablement installés dans un fauteuil en cuir, des chaussures bio-éthiques ne coûtent pas forcément plus chères que des modèles plus courants, on trouve désormais des accordéonistes dans le métro de Toulouse, il faut s'armer de patience quand on essaie de joindre le centre des impôts, les enfants de cinq mois ne font pas tous leurs nuits, le orange est annonciateur de mauvaises nouvelles, un même restaurant peut être bio, indien, végétarien et bon, grâce aux températures hivernales le chocolat chaud est de nouveau à la mode, la version cinématographique de Jane Eyre où apparaît Charlotte Gainsbourg est finalement assez touchante et fidèle (bien que tronquée) mais je ne trouve pas les mots pour en parler (merci, Kalistina !), en revanche j'ai été assez malheureuse en revoyant Niagara où Marilyn m'a semblé emprisonnée dans un rôle qui ne lui correspond pas, c'est fou comme il devient difficile de trouver de jolies cartes postales, tout augmente même le prix des laveries et ça m'énerve, je ne prends plus de Doliprane depuis au moins quinze jours, les pyjamas les plus chauds sont toujours les plus moches, parfois je me surprends à regretter les études, les leprechauns n'apparaissent que devant les gens très intelligents - ce qui expliquerait pourquoi je n'en ai jamais rencontrés, j'aimerais que mes cheveux ondulent naturellement, n'achetons plus chez Amazon, les gaufres liégeoises sont meilleures que les bruxelloises, il se peut que je boive du champagne ce week-end, vous vous rendez compte que dans deux gros mois c'est Noël - quelle angoisse, les Converse ont envahi le monde, je vais bientôt devoir me balader en moufles chez moi (ou tout simplement allumer le chauffage), le téléphone est une invention particulièrement désagréable, oh mon dieu j'ai un sac à préparer, le temps et l'envie sont toujours aux abonnés absents concernant ce blog, j'aimerais connaître un poème de Baudelaire par coeur, je pourrais donner des cours de procrastination, ma consommation de thé a augmenté ces derniers temps, il est temps d'arrêter, même rengaine que d'habitude, je ne sais pas quand je reviens mais l'essentiel est que je finis toujours pas revenir, n'est-ce pas ?

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mercredi 14 octobre 2009

L'activité criminelle entraîne le besoin d'écrire

Le Voyage d'hiver
d'Amélie Nothomb
Albin Michel, août 2009

http://a7.idata.over-blog.com/300x300/1/01/91/67/photo/le-voyage-d-hiver.jpg

« Tant pis : il y a des femmes qu'il faut aimer malgré elles et des actes qu'il faut accomplir malgré soi. »

Je suis étonnée par les différents avis (journalistiques ou non) que j'ai pu lire vis-à-vis de ce roman, tant ils sont acerbes et intransigeants; alors que, de mon point de vue de simple lectrice, ce Voyage d'hiver, sans être un chef-d'œuvre, n'en offre pas moins une lecture agréable.
Dans ce rendez-vous annuel nothombien, on rencontre Zoïle, dont le prénom est longtemps sa seule originalité. Employé à EDF, il prospecte chez les nouveaux propriétaires, afin de vérifier qu'ils ne sont pas en train d'agoniser de froid à cause d'un chauffage défaillant. C'est ainsi qu'il fait la connaissance d'Astrolabe et d'Aliénor (pour ceux qui se poseraient des questions sur le premier prénom : oui, c'est féminin). Elles vivent dans un appartement sans chauffage, emmitouflées dans plusieurs épaisseurs de vêtements. L'une d'entre elles est superbe (Zoïle en tombe fou). L'autre ? Une demeurée. Clairement. Une autiste qu'il voit comme un obstacle sur son chemin amoureux (car il est amoureux, Zoïle).
Seulement voilà, la demeurée est une grande écrivain; et Astrolabe, par fidélité aveugle, lui consacre sa vie entière. Zoïle patientera, s'obstinera. Jusqu'au jour où, bon, il décide de détourner un avion et de commettre un attentat-suicide. Pourquoi pas, hein.

« J'ai besoin d'écrire ceci à ma propre intention : je ne suis pas un terroriste. Un terroriste agit au nom d'une revendication. Je n'en ai aucune. »

On pourrait prétendre qu'il y a d'autres moyens de vivre une déception amoureuse, mais la normalité n'a jamais tellement fait partie de l'œuvre d'Amélie Nothomb. Ma présentation est caduque parce qu'un peu trop linéaire; en réalité, le roman (dont la narration est prise en charge par Zoïle) démarre dans l'aéroport où le brave homme décide de mettre en œuvre ses idées malveillantes. C'est donc avec lui qu'on remonte le fil de sa rencontre avec la beauté et la demeurée, c'est à travers son regard qu'on découvre son existence (finalement assez neutre), son goût pour les champignons hallucinogènes et Schubert.

« Je ne pense pas que la médiocrité m'ait eu. J'ai toujours réussi à maintenir une vigilance de ce côté-là, grâce à quelques signaux d'alarme. Le plus efficace d'entre eux est le suivant : aussi longtemps qu'on ne se réjouit pas de la chute de quelqu'un, c'est qu'on peut encore se regarder dans la glace. Se délecter de la médiocrité d'autrui reste le comble de la médiocrité. »

Maintenant, qu'en dire ?
Je me demande parfois pourquoi je continue à lire A. Nothomb, sempiternellement, à chaque rentrée. Je reconnais que c'est de la lecture facile, que le fond est rarement exploité. Que cela ne ressemble pas tellement à de la littérature. Mais Amélie Nothomb, pour moi, ce sont aussi (surtout) des souvenirs. Un des rares auteurs que je partage avec ma sœur. C'est elle, d'ailleurs, qui m'a fait découvrir la romancière, avec Mercure.
Puis l'Amélie, je l'ai rencontrée trois fois. Toujours avec le même grand plaisir. Pour tout ça (et bien plus), je lui reste fidèle. Le Voyage d'hiver a de quoi faire grincer des dents : le détournement d'avion est un sujet douteux, d'autant plus quand il est entrepris pour détruire un monument symbolique d'un pays (en l'occurrence, la Tour Eiffel). Mais A. Nothomb avait déjà romancé les camps de concentration (dans Acide sulfurique), comme si chaque sujet grave pouvait tout aussi bien être remanié sous un aspect beaucoup moins grave que celui d'origine. Je comprends que ça en gêne certains.
Pour moi, c'est de la littérature sans grande conséquence. Pas de quoi crier au scandale.
Le Voyage d'hiver est inspiré de deux événements arrivés à son auteur.
Le premier : fin des années 90, le succès aidant, Amélie a pu s'offrir un appartement parisien, qu'elle partageait à l'époque avec une colocataire "normale" (c'est le mot qu'elle emploie
dans cette interview). Elles n'avaient aucun chauffage. Un employé d'EDF était venu pour proposer une solution; attiré par la beauté de la colocataire, il ne parvenait pas à croire que l'écrivain, c'était l'autre. Celle qui paraissait étrange.
Second événement : Amélie a, visiblement, une fâcheuse tendance à sonner aux portiques des aéroports. Après une fouille corsée sur le territoire russe, à la fois énervée et dégoûtée, elle s'est mise à penser "Un jour, je vais en avoir tellement marre que je ferai vraiment sauter un avion". Et la case "écriture" de son cerveau s'allume tout à coup.
Ces deux faits me rendent le roman encore plus sympathique. Le voyage d'hiver ne fait certes pas partie de ses meilleurs livres, mais ce n'est pas un ratage non plus. J'ai passé une après-midi agréable en sa compagnie. Il ne faut pas en demander plus.

« Tomber amoureux l'hiver n'est pas une bonne idée. Les symptômes sont plus sublimes et plus douloureux. La lumière parfaite du froid encourage la délectation morose de l'attente. Le frisson exalte la fébrilité. Qui s'éprend à la Sainte-Luce encourt trois mois de tremblements pathologiques.
Les autres saisons ont leurs minauderies, bourgeons, grappes et feuillages où engouffrer ses états d'âme. La nudité hivernale n'offre aucun refuge. Il y a plus traître que le mirage du désert, c'est le fameux mirage du froid, l'oasis du cercle polaire, scandale de beauté rendu possible grâce à la température négative. »

090728010436501075 (j'avouerai que ces derniers temps, parmi ce qui me pèse dans ce blog, c'est le recensement final des différents billets; la manoeuvre risque donc de s'alléger par moments, parce que ce n'est plus intéressant quand ça devient une corvée).
De fait, cette fois-ci, je vous renvoie chez
B-o-B pour accéder aux différents billets écrits sur ce roman. J'en cite malgré tout ici, deux billets aux avis différents : celui de Cuné qui reste amatrice (je ne suis pas d'accord pour la fin, que j'avais trouvée assez logique, finalement...), et celui de Cryssilda qui exprime la part méchante de son être. Il ne faut pas refouler, de toute façon.

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lundi 12 octobre 2009

Chaque couple possède son Genève

Parfois, si vous offrez deux fois de suite le cinéma à une personne, il se peut qu'elle vous remercie en vous offrant un livre. Ce qui est plutôt cool.

En cas de bonheur
de David Foenkinos (2005, Flammarion)
J'ai lu, 2007, 191 pages
(et une dédicace mystérieuse, "
à Claire C.", soit c'est le nom de jeune fille de sa propre femme, soit c'est Claire Castillon, Caroline, please, enquête)

[FOENKINOS_En-cas-de-bonheur.jpg]

« Il avait voulu tout bien faire; il avait préparé son costume depuis plusieurs jours, le froissant ainsi dans sa bonne intention. Il ressemblait à une valise, ce qui l'aurait rendu discret sur un quai de gare.
Son cœur battait, il était mignon, il était rabougri. »

S'il y en a encore parmi vous qui n'ont pas cédé à la pression exercée par Caro[line] concernant son auteur chouchou, je me dois de vous présenter ce roman, ce qui n'est pas chose aisée. Ça part d'un postulat tellement simple qu'il est difficile de le présenter de manière accrocheuse : Jean-Jacques et Claire sont mariés depuis huit ans; leur petite Louise, elle, en a six. Ils sont englués dans une routine qui ne leur convient plus (tout en restant assez inactifs pour améliorer tout ça). Jean-Jacques continue de rentrer chez lui trois minutes avant 20h. Le dimanche, ils déjeunent toujours d'un gigot chez les parents de Claire, déjeuner qui se termine inlassablement par une petite prune. Leur vie est chiante. Édouard, ami et collègue de Jean-Jacques, lui conseille de prendre une maîtresse. C'est ainsi que Jean-Jacques va découvrir que certaines femmes ont un « rapport aux portes des plus érotiques »; et c'est ainsi que Claire va engager un détective russe, pour suivre son mari.
Mais là, encore, je ne dis rien; puisque, dès la page 55, Claire quitte Jean-Jacques. Par gentillesse, je n'en dis pas plus.
L'intérêt de ce roman tient plus dans la présentation originale des faits, que dans les faits eux-mêmes. L'histoire est certes charmante, loufoque, un tantinet décalée, mais ce qui la porte encore plus, c'est la touche Foenkinos. J'étais déjà quasi-convaincue, d'après ce que j'avais pu lire sur la toile (et surtout chez Caro[line]) que son art de la formule avait de quoi me séduire - et je n'avais pas tort. Au début, je trouvais malgré tout que ça faisait très français, qu'il y avait une distanciation personnage/lecteur qui empêchait de vraiment entrer dans l'histoire, mais petit à petit, je me suis détendue et j'ai dû cocher un nombre incroyable de passages, parce qu'ils contenaient un je-ne-sais-quoi qui faisait mouche.

« Peut-être que l'on devient séduisant au moment précis où l'idée même de séduire paraît aussi improbable que celle d'aller vivre à Toulon. »

Ce qui fait du bien, aussi, c'est que ça reste immanquablement gentil. Avant de le lire, je le rapprochais mentalement de Beigbeder (on l'aime ou on ne l'aime pas, mais ses romans sont toujours riches de petites phrases qui sortent du lot), mais leurs univers sont complètement différents (j'entends d'ici chacun des deux romanciers soupirer "Encore heureux"); Beigbeder est cynique, obsédé, drogué, là où Foenkinos est attendrissant, romantique (non, ce n'est pas un défaut), drôle mais respectueux.

« Face au corps nu de Sonia (elle s'était déshabillée très vite), il fut pris d'un bonheur aussi naïf que pendant ses premiers émois. Dans son cerveau, ce fut un ramassis syntaxique. Sujet, verbe et complément. Sonia était blonde. Sonia était belle. Sonia avait des oreilles. Tout paraissait simple. Cela faisait huit ans qu'il ne s'était pas retrouvé face au corps nu d'une nouvelle femme, huit ans qu'il n'avait pas découvert les épaules et le ventre d'une femme, les genoux et les hanches d'une femme. Il était Christophe Colomb. Le corps de Sonia, après des années de monogamie et d'appauvrissement sensuel, son Amérique. »

L'autre petit plus, dans ce roman, ce sont les notes de bas de page, écrites par l'auteur himself. C'est bien simple, au pire elles font sourire, au mieux elles font rire. L'auteur en sait aussi plus que nous sur les personnages (n'hésitant pas, de temps en temps, à évoquer un futur qu'on ne connaît pas encore : « C'était fini, mais nous reverrons Sonia encore trois fois. Et, pour tout dire, la troisième fois, ce sera dans plus de trente ans. »); on sent que Foenkinos joue avec son lecteur, l'inclut même dans son histoire.
En cas de bonheur est un roman sympathique et souriant, qui donne envie de fuir les restaurants italiens et qui nous apprend que les olives vertes participent à une ambiance non-dépressive. Essentiel, donc.

En premier, je ne peux que vous guider vers l'inévitable billet de Caro[line]. Si vous voulez continuer sur le chemin des louanges, allez chez Laure, Stéphanie, Tamara, Fashion...

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samedi 10 octobre 2009

Depuis, j'ai aussi acheté des chaussures

monroe12 Si je tenais un blog digne de ce nom, je devrais vous gratifier d'un billet de lecture, mais ne cherchez pas, la machine est toujours rouillée.
Je suis sûre que c'est à cause des tags qu'on m'a infligés en pagaille ces derniers temps; c'est mauvais pour la santé, je l'ai toujours dit. Ou du moins pensé.
Je ne baisse pas les bras pour autant. J'ai juste environ 34 problèmes urgents à régler pour essayer d'alléger mon esprit (et mon inconscient, parce que les rêves tordus, merci bien), et une fois que je serai un peu plus détendue et disponible, j'espère que ce blog va de nouveau ressembler à quelque chose.
(non, je plaisante)
(il n'a jamais ressemblé à rien, le pauvre)
(mais je l'aime comme ça)

A part ça, si vous voulez savoir, ma copine Sophie est partie vivre au Canada, et autant lundi soir j'avais trop bu pour être réellement triste (au restaurant, on a quand même réussi à partir dans un fou rire avec une simple phrase comme : "Alors ça, c'est une tomate séchée ou je ne m'y connais pas". Surtout que c'était du poivron rouge), autant mardi soir, j'étais à jeun, et assez triste. C'était peut-être mercredi, remarquez. Mais qu'importe.
Je fumais ma seconde cigarette de l'année (je fais ça quand je suis très triste et quand je sais où j'ai caché mon paquet, les deux éléments se rencontrant finalement assez peu, tant mieux pour mes poumons), accoudée à la fenêtre, en regardant mon quartier. La nuit était en train de tomber, et en scrutant un immeuble un peu plus loin ou encore les maisons avoisinantes, je captais certains gestes. La femme qui rentre chez elle, allume le séjour. Sort fermer les volets quelques minutes plus tard. Les jeunes sur leur balcon (ils boivent ? ils fument ?) qui décident finalement de rentrer (il fait froid ? ils ont faim ?). Je regarde ces petites vies se mouvoir sous mes yeux, et cela me plait. J'aime ces instants fugaces, j'aime imaginer la vie des autres. Leurs habitudes. J'ai besoin de sentir que d'autres vivent près de moi.

A part ça, la semaine a été longue, et inintéressante. Mais dans le cadre de mon défi "Un cadeau par semaine" (instauré le 23 septembre, suite à une bonne nouvelle que je fête donc de manière élargie dans le temps), je me suis retrouvée dans un magasin de vêtements. En réalité, j'avais surtout besoin de m'acheter des chaussures, mais la logique féminine reste nébuleuse même pour ses propres représentantes. J'ai acheté un haut noir (ce qui est très, très original de ma part - pour tout vous dire, alors que je passais mes dernières vacances chez ma sœur, au moment d'accrocher une lessive, elle a rétorqué : "Mais c'est pas possible, là, j'ai l'impression de loger une gothique !"). Au moment de passer en caisse, la vendeuse a jugé bon de me cirer les pompes (j'ai horreur de ça) : "Quel excellent choix, il est vraiment très beau".
Oui, bah, si tu le dis.
"Si je peux me permettre, comme c'est un haut très original, je vous conseille de le porter avec un pantalon assez classique, une coupe droite ou une coupe [mot incompréhensible de moi-même], et ajoutez aussi un petit gilet de garçon de café, ça fera un look très sympa. Hihi."
J'ai dû me retenir de vomir.
Elle a cru que j'étais une fashion victim. La drôle. Alors que je ne comprenais même pas le langage qu'elle employait, alors que je veux tout, sauf un look très sympa. Intérieurement, je me suis dit : Penser à ne plus retourner dans ce magasin.
Mais j'y retournerai quand même, je le sais. Et je porterai mon haut avec ce que je veux, bordel.

Avant d'achever ce billet inutile, une anecdote de travail.
Pour ceux qui ne le sauraient pas, je travaille en bibliothèque. Donc, fatalement, il y a des moments où je me retrouve à enregistrer les prêts des mignons petits étudiants qui veulent réfléchir et potasser depuis chez eux avec les beaux ouvrages qu'on met à leur disposition. Evidemment, parmi ces étudiants, il y a des étrangers.
Vendredi, une gentille petite Espagnole (ou Italienne, hein, ne soyez pas pointilleux), s'approche de moi avec une pile de livres et, maîtrisant mal les pronoms français (comme je la comprends), me demande :
"Je peux vous emprunter ?"
Il m'a fallu tout mon sang-froid pour ne pas partir dans un fou rire, et pour ne pas lui répondre que, bien qu'elle me paraissait adorable, je n'étais pas empruntable (je suis une exclue du prêt, moi, madame), et que je pouvais encore être utile professionnellement à mes collègues.
Mais, à elle seule, elle venait de sauver cette semaine ô combien pénible.

Maintenant, sachez que ce billet n'est mis en ligne que pour me faire honte (= "ohmondieu, comment puis-je afficher de telles conneries aux yeux de gens qui me connaissent"), ce qui devrait avoir pour effet kiss-cool de m'inciter à écrire rapidement un billet de lecture.
Avouez que c'est habile.
A fort bientôt, donc !

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mercredi 7 octobre 2009

Le genre de truc qui vous fait lever la nuit...

La mort dans l'âme (vous me le dites si j'en fais trop), j'ai encore été victime d'un tag. Cette fois, l'attaque ne venait pas de Fashion (étonnant, n'est-ce pas !) mais de l'Ofelia de mon coeur. Je ne peux même pas râler, pour des raisons de date : on n'embête pas quelqu'un le jour de son anniversaire. Joyeux anniversaire, copine !!!!!!

(ah, et accessoirement, je réponds donc au tag)

bukowski

1. A quel livre dois-tu ton premier souvenir de lecture ? J'ai appris à lire en compagnie de Ratus. Apparemment, ça a plutôt bien fonctionné.

2. Quel est le chef-d'œuvre "officiel" qui te gonfle ? Mais je ne sais pas, voilà qui est très compliqué. Est-ce que Les liaisons dangereuses de Laclos est considéré comme un chef-d'oeuvre ? Parce que celui-là me gonfle (encore que, je changerais peut-être d'avis en le relisant aujourd'hui). Sinon, vous ne me ferez pas lire Chrétien de Troyes (par exemple) pour mon unique plaisir. Les romans de chevalerie, les chansons de geste, et d'une manière générale, la littérature médiévale, me passent complètement au-dessus de la tête. Chefs-d'oeuvre ou pas.

3. Quel classique absolu n'as-tu jamais lu ? Des milliards environ, Céline en tête. J'ai trop honte (ça fait exactement plus de six ans que j'ai acheté Voyage au bout de la nuit. Irrécupérable, la fille).

4. Quel est le livre, unanimement jugé mauvais, que tu as "honte" d'aimer ? Le cadeau d'une mère, de Britney Spears.
(excusez-moi, je fais une petite pause, je suis hilare)
En réalité, je ne l'ai pas lu. Je le promets. Mais je ne sais pas trop quoi répondre. J'ai des films de la honte, mais des livres... moins. Si j'aime et les autres non, je n'ai pas pour réflexe de me cacher dans la savane le temps que tout le monde oublie mes mauvais goûts littéraires. De toute façon, j'ai mauvais goût de manière générale, et je le vis (assez) bien.

5. Quel est le livre que tu as le sentiment d'être la seule à aimer ? Aucune idée. Peut-être Mes mauvaises pensées de ma chère Nina Bouraoui, que certains lecteurs jugent exécrable (vous savez, le genre d'autofiction égocentrique à la française, donc inintéressante et mal écrite), alors que sa lecture m'a personnellement remuée.

6. Quel livre aimerais-tu faire découvrir au monde entier ? Le problème est que je n'aime pas partager (pourquoi tiens-je un blog dans ce cas, c'est une contradiction qui me perturbe moi-même, n'insistons pas). Quand j'aime énormément quelque chose, je n'ai pas envie de le dire à tout le monde, parce qu'il y en a toujours un pour me rétorquer que c'est nul, et ça me brise le cœur.
Mais je crois que le monde entier devrait lire De grandes espérances de Dickens. Ou l'humanité mourra dans d'atroces souffrances.

7. Quel livre ferais-tu lire à ton pire ennemi pour le torturer ? Tintin au Congo, ou Critique de la raison pure de Kant.
Les deux sont à se cogner la tête contre un mur, mais pour des raisons différentes, certes.

8. Quel livre pourrais-tu lire et relire ? Lolita (Nabokov), Les fleurs du mal (Baudelaire), Bukowski en général (même si je ne l'ai pas encore réellement lu, je sais qu'il fait partie des auteurs à relire) et bien d'autres...

9. Quel livre faut-il lire pour y découvrir un aspect essentiel de ta personnalité ? La cloche de détresse (S. Plath), sans doute. Mais je n'ai pas non plus envie qu'on découvre un aspect essentiel de ma personnalité, en fait, donc ne vous sentez pas obligé de le lire.

10. Quel livre t'a fait verser tes plus grosses larmes ? Je pleure rarement en lisant (ou alors, c'est parce que c'est de la projection de basse catégorie, sans aucun intérêt), mais il y a effectivement deux livres qui m'ont transformée en loque lacrymale. Le premier, justement, était La cloche de détresse. Le second ne vous regarde pas (c'est bon de cultiver le mystère).

11. Quel livre t'a procuré ta plus forte émotion érotique ? Je trouve ça vraiment compliqué de répondre; heureusement que Cuné est passée par là, je vais faire comme elle, répondre Philippe Djian, même si je le connais fort peu.

12. Quel livre emporterais-tu sur une île déserte ? Qu'est-ce que tu veux que j'aille faire sur une île déserte, je n'aime pas le sable ni les étendues maritimes, envoie-moi plutôt dans une montagne déserte, ou une lande déserte, et là, je réfléchirai à éventuellement répondre quelque chose.

13. De quel livre attends-tu la parution avec la plus grande impatience ? Le seul auteur dont je guette les parutions, c'est Henry Bauchau. On ne se refait pas.

14. Quel est selon toi le film adapté d'un livre le plus réussi ? Alors, depuis que j'ai essayé de voir une adaptation d'Anna Karénine, j'ai décidé que j'en avais royalement marre des adaptations cinématographiques, c'est insupportable de raccourcis.
Mais je concède que Le seigneur des anneaux a été admirablement adapté.

Qui a envie de jouer à son tour ? Levraoueg, histoire de te remettre le pied à l'étrier ? Je n'aime pas dénoncer les copains, alors les volontaires n'ont qu'à sortir eux-mêmes des rangs.

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lundi 5 octobre 2009

« Opsimath »

définition : « qui apprend sur le tard, à la fin de sa vie »

Mise en garde : ce qui suit risque d'être légèrement désagréable.

La reine des lectrices
d'Alan Bennett (2007)
roman traduit par Pierre Ménard
Denoël, 2009

http://a9.idata.over-blog.com/191x269/1/48/32/61//reine-lectrices.png

Il n'est pas facile de calomnier un ouvrage qui a fait l'unanimité sur les blogs, mais pour les jeunes timides qui n'oseraient pas se lancer, je me permets d'ouvrir le bal.
Tout le monde (ou presque, comme nous le verrons finalement lors du recensement des différents billets de lecture) a trouvé du charme à ce roman, voire même de l'humour, voire même pire : un quelconque intérêt.
(j'exagère, je sais. Mais ce n'est que le début)
A mes yeux, si vous cherchez un florilège de lieux communs sur la lecture (sa découverte, les plaisirs qu'elle procure et les mondes imaginaires qu'elle ouvre à tous les adorables petits aventuriers lettrés), sur les auteurs (il vaut mieux les lire que les fréquenter, car ils sont égocentriques), sur la dure vie d'un monarque (qui doit se plier en permanence aux mille exigences qu'on attend de lui), eh bien, si vous cherchez donc tout ça (et plus encore), je vous conseille La reine des lectrices.
Tout le monde sait que c'est une fable sur la reine d'Angleterre qui, un beau mercredi, découvre un bibliobus dans une des cours de Buckingham. Alors elle commence à lire, à se lier d'amitié avec un grand lecteur gay, à se coucher plus tard et se lever plus tôt, à négliger les convenances royales, à faire tourner en bourrique ses conseillers. Tout ça à cause de Balzac, Mitford, et même Henry James.
Le portrait est normalement suffisamment universel pour que chaque lecteur puisse se reconnaître dans certaines manies de la reine (elle se constitue des listes d'auteurs à lire, elle se met à crayonner les passages qui lui plaisent le plus, elle interroge son entourage sur leurs lectures, etc) mais, comme vous avez dû commencer à le remarquer, ça n'a pas marché sur moi. Je ne me suis de toute façon jamais sentie LCA (Lectrice compulsive anonyme) (oui, je précise, parce qu'en ce moment, au travail, tout le monde parle par sigles et quand je demande une traduction compréhensible, personne ne sait me répondre. Ça me frustre, donc si un pauvre internaute perdu se retrouve par ici, il aura la chance de comprendre cet acronyme) (ne me remercie pas, pauvre égaré) (et repars sur la grande route du web, le chemin est long).
Le portrait m'a paru bien trop superficiel pour être intéressant; je crois aussi que ce roman doit être moins mauvais en langue originale; car là, tout est plat, et vu les références anglaises disséminées un peu partout, j'ose espérer que ça a un peu plus d'étoffe en version originale. Voyez, finalement, même en étant méchante, je reste optimiste.
Rien n'a titillé ma curiosité, rien ne m'a fait sourire (ou presque : allez, j'avoue, j'ai ri en lisant ça :
« Les hommes (et cela incluait Mme Thatcher) »), cela ne m'a pas donné envie de lire ni de découvrir les auteurs cités, bref, ça n'a vraiment pas marché sur moi. Même pas déçue. Je crois tout simplement ne pas convenir à ce roman; son ton consensuel ne me correspond pas.
Pas grave, depuis, j'ai lu mieux.

Attention, festival de liens : Cachou, Pimpi, Lou, Cathulu, Clarabel, Ys, Cuné, Virginie, Chiffonnette, Keisha ont (vraiment) bien aimé. J'ai décidé de me raccrocher désespérément à Levraoueg, Amanda, Leiloona, Emeraude et Laure qui sont un peu moins enthousiastes que les autres (et ça me fait plaisir). 

Posté par erzebeth à 09:00 - lecture - Commentaires [32] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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