N.u.l.l.e.

Nouvel Univers Lunatique et Lacunaire d'Erzébeth

samedi 09 août

Un goût de Cendrillon

« C'était le soir des régates annuelles. Selon une tradition vieille de trente ans, les Larrabee donnaient une réception. Il ne pleuvait jamais quand les Larrabee recevaient. Ils n'auraient pas toléré ça. »

Ainsi commence (ou presque) Sabrina de Billy Wilder (1954); la jeune femme du titre, jouée par Audrey Hepburn, est la fille du chauffeur des Larrabee. Elle ressemble à une enfant; une enfant follement amoureuse de David Larrabee (William Holden) qui n'a cure de la pauvre demoiselle. Lui aime les femmes élégantes, comme l'attestent ses trois premiers mariages. Parce que David et Sabrina ne sont pas du même monde, le père de cette dernière envoie sa fille à Paris, où elle doit apprendre la cuisine, et à oublier ce fils de riche.
Deux années passent; c'est le grand retour de Sabrina, qui apparaît totalement métamorphosée. A tel point que David ne la reconnaît pas; à tel point, d'ailleurs, que David en tombe amoureux...
Mais le jeune homme fougueux et volage est sensé se marier avec une belle héritière, pour faciliter les affaires de la famille; autant dire la présence de Sabrina est malvenue. C'est alors que Linus (Humphrey Bogart...), le grand frère de David, décide de jouer les séducteurs auprès de Sabrina pour l'éloigner du jeune promis...

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Je ne sais pas si ce film est majeur dans l'œuvre de Billy Wilder, mais c'est en tout cas un régal. Je l'ai vu une première fois il y a quelques années; c'était aussi la première fois que je voyais un film avec Audrey Hepburn. Rien que cette idée-là me ravissait.
Sabrina est une comédie romantique dans la pure tradition; on a dans un premier temps une candide demoiselle amoureuse d'un homme qui sait à peine son prénom. Et quand bien même il l'aimerait, il y aurait l'obstacle du milieu social : Cendrillon n'épouse pas le prince ! (ah, on me dit que si... je continue mon billet en écartant cette remarque). Ensuite, après les deux années d'absence, on retrouve une Sabrina devenue femme; ses tenues sont élégantes, son langage est assuré, elle sait casser des œufs (tout est dans le poignet). Désormais, même les plus aveugles (David, en l'occurrence) ne peuvent ignorer son charme et son sourire. Mais Linus, qui a consacré sa vie aux affaires familiales, refuse de perdre un marché à cause d'un coup de cœur de son frère. Il ne se rend pas compte des risques; il se croit immuniser à l'amour et puis, elle est si jeune, et lui si vieux !
Le trio d'acteurs (qui est plus essentiellement un duo) fonctionne à merveille; William Holden avait déjà tourné deux fois auparavant avec Billy Wilder, et sa prestation dans Stalag 17 lui avait d'ailleurs valu l'Oscar. On peut comprendre que le réalisateur avait plaisir à retrouver cet acteur... totalement délicieux : il profite, dans Sabrina, de son physique avantageux* et de son sourire ravageur pour faire la cour à toutes les demoiselles qui vivent dans son périmètre de chasse. Cela lui prend tellement de temps qu'il en oublie de travailler; heureusement que son frère est là pour sauver la mise.
Que dire d'Humphrey Bogart et d'Audrey Hepburn ? Le premier fait honneur à son flegme légendaire et détient encore une fois un certain nombre de répliques irrésistibles, qui prennent encore plus d'ampleur parce que c'est lui (et pas un autre) qui les joue. Jugement délicat; le rôle était initialement destiné à Cary Grant : il aurait été très bon aussi, mais dans un autre registre (il a d'ailleurs joué avec Audrey Hepburn dans Charade, de Stanley Donen - un autre merveilleux film !).
Le duo formé par Bogart et Hepburn est attendrissant; il charme sans pour autant être illustre. Cela n'a rien à voir avec les prestations de l'un et de l'autre, mais je crois qu'on a quand même connu des couples plus mythiques... Qu'importe; Audrey Hepburn incarne la grâce et l'enfance. Son personnage a beau avoir grandi à Paris, elle n'en perd pas moins ses rêves et cette lueur magique, au coin du regard. Avant, elle demandait la Lune; maintenant, elle sait qu'elle est elle-même cette Lune, et que c'est aux hommes de venir la décrocher.
Il y a deux éléments irrésistibles dans ce film : son humour et son français. Les seconds rôles sont soignés au point que tous ceux qui prennent la parole en viennent à dire quelque chose de drôle à un moment donné. L'humeur est légère, il semblerait que rien de grave ne peut arriver dans ce film. Pourtant, la mère de Sabrina est morte (il y a bien longtemps, certes), et la jeune femme est initialement désespérée au point de vouloir s'intoxiquer avec des gaz d'échappement... Non, cela ne ternit rien. La petite Sabrina est émouvante, mais on garde le sourire - du début à la fin. Et ce français, alors ! Ah ! Il fallait bien qu'Audrey Hepburn utilise quelques mots de français, pour crédibiliser son aventure parisienne... C'est exquis. L'accent est divin, il me fera toujours succomber.
Je ne sais qu'ajouter; Sabrina est une sucrerie qui ne peut pas provoquer de carie ni d'indigestion. Les gourmands y trouveront un avant-goût de paradis.

Je ne résiste pas à l'envie d'inclure une vidéo, où Audrey Hepburn chante... en français. Si vous ne succombez pas, vous n'avez pas de cœur.
(je suis désolée pour les sous-titres, ils nous auraient plus aidés s'ils avaient été en français, j'ai fait avec ce que je trouvais...)

* Humphrey Bogart aurait dit lors du tournage : « Regardez William Holden. Si j'étais aussi beau que lui, je ne me demanderais pas pourquoi Bacall m'a épousé. »

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mercredi 23 juillet

Pourquoi je ne serai jamais cinéphile

Scarface - Edition Collector 2 DVD 

Il me paraissait logique, après avoir vu Scarface d'Hawks, de regarder ensuite le remake de de Palma, sorti quelques cinquante années après le grand film d'Hawks. Bien entendu, 50 ans d'écart, ça suppose quelques modifications. On modernise la situation; il n'est plus question d'alcool et de prohibition, mais de drogue et d'argent sale.
Al_PacinoTony Montana (Al Pacino), après un parcours un peu mouvementé (on lui commande un meurtre), obtient l'autorisation de rester sur le territoire américain. Il échappe ainsi à Cuba, à Fidel Castro, et peut enfin croire à l'American dream.
Les premiers temps sont difficiles, puis on lui propose une grande mission : 5000 $ pour ramener de la cocaïne à un grand caïd dénommé Frank. Ça tourne mal; on n'en était qu'au début du film et voilà que son copain se fait tronçonner dans une baignoire. J'en étais beaucoup plus affectée que Tony, c'est vous dire si le gars est sensible. Mais son sang froid lui accorde le respect de ses supérieurs, et commence alors une merveilleuse ascension dans le monde de la drogue, où il vaut mieux être droit si on ne veut pas finir malencontreusement transpercé par un fusil d'assaut.
Je sens que ma manière de parler de ce film vous donne une irrésistible envie de regarder autre chose. Vous n'auriez pas tort. Mon résumé n'est pas passionnant, parce que le film ne m'a absolument pas passionnée.
Déjà, il est trop long. Je n'ai rien contre les longs films, à condition que leur longueur serve à quelque chose; ici, 2h45, c'est trop. Il n'y aurait pas eu de dommages si la durée avait été plus courte. Là, on avait le temps de les voir passer, les meurtres, les jambes de Michelle Pfeiffer, les gros mots d'Al Pacino et l'horrible look des années 80. On a sans doute là le plus grand défaut du film : sa longueur et sa lenteur.
Ensuite, j'ai eu du mal à comprendre le pourquoi de ce remake. C'est vrai : le film d'Hawks était parfait. Alors, pourquoi essayer de le refaire ? La trame de fond est respectée, on retrouve certains rebondissements, et la même fin. Sauf qu'ici, il n'y a pas la finesse d'Howard Hawks, au contraire, j'ai trouvé ce film gratuitement grossier (j'ai l'air d'une rabat-joie, mais enfin, si les acteurs ont été payés au nombre de fuck qu'ils ont réussi à glisser dans chacune de leurs répliques, ils ont dû être millionnaires après le tournage) et son esthétique n'arrive pas à la cheville de l'originale. On dirait un film sans âme.
Puis il y a les acteurs. Michelle Pfeiffer avait visiblement interdiction de sourire (mais en échange, elle pouvait se poudrer le nez autant qu'elle voulait; avouez que c'est tentant); son personnage m'a agacée (elle joue celle qui devient la femme de Tony Montana) mais on la voit peu finalement, alors je ne vais pas trop m'acharner sur elle. Par contre, j'aimerais bien évoquer la sœur de Tony et la comparer à l'actrice qui tenait le même rôle dans le film de 1932. Voyez :

Ann_Dvorak

Mary_Elizabeth_Mastrantonio

Il y en a une qui est délicieuse et l'autre qui paraît ridicule. Je vous laisse deviner qui est qui ?
Mes yeux saignaient à chacune de ses apparitions (heureusement là encore, elles sont rares); l'actrice (Mary Elizabeth Mastrantonio) est peut-être charmante, mais elle est épouvantable dans ce rôle. Et lors de la scène finale, mon dieu... on dirait que Brian de Palma ne connaît pas le mot subtilité.
Bien sûr, dans tout ça, il y a Al Pacino. Je vais être décevante : je n'ai rien à dire de méchant sur sa prestation. Il incarne très bien son horrible personnage, insensible, prétentieux, violent, mégalomane. Son expression est haineuse, il se bat jusqu'à obtenir tout ce qu'il veut (The World is yours lui dit une publicité; il s'en souviendra). Al Pacino joue merveilleusement l'arrogance, il est irréprochable dans ce rôle.
Mais un excellent acteur ne peut pas sauver un film, ou du moins pas celui-ci. C'est terrible, parce que Scarface est considéré aujourd'hui comme un chef-d'œuvre (ce qui n'était pas le cas lors de sa sortie en salles) et je ne partage absolument pas ce point de vue. Je ne doute pas que le Scarface de de Palma soit un bon film, mais il ne vaut pas l'œuvre d'Hawks.

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jeudi 17 juillet

« Here's looking at you, kid. »

J'ai eu envie de prolonger ma découverte de Casablanca, en vous proposant deux vidéos.
Aucune des deux n'a des sous-titres, ce qui peut poser problème et je m'en excuse platement (je n'ai jamais compris pourquoi les excuses étaient plus fortes si elles étaient plates, mais on ne va pas commencer aujourd'hui à décortiquer les secrets de la langue française, bien que ça pourrait être amusant). Voilà que je m'égare.

La première vidéo est un extrait de Casablanca, où Ingrid Bergman n'apparaît pas. C'est fâcheux, mais il fallait choisir un passage qui n'en dévoile pas trop... C'est une scène du début du film, et elle contient une belle dose d'humour (le "I was misinformed" d'Humphrey Bogart est juste parfait) :

La seconde vidéo est un épisode des Looney Tunes qui parodie/rend hommage au film de Michael Curtiz. Petit avertissement de rigueur : ceux qui n'ont pas vu Casablanca sont priés de ne pas regarder ce qui suit, au risque de découvrir toute l'intrigue du film (et pour ceux qui prennent le risque de regarder : la fin est différente, et toc !).
Ca s'appelle Carrotblanca, et c'est drôle :

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mardi 15 juillet

« We'll always have Paris »

Le titre vous suffit-il pour deviner de quel film je veux parler aujourd'hui ?
Non ?
Et si j'ajoute que six de ses répliques sont dans le classement des cent meilleurs répliques du cinéma ? Que ce film est le troisième meilleur film de tous les temps ? (selon les sources de l'American Film Institute, classement 2007)
Alors, ça vous parle ?

...

Mon responsable, à la bibliothèque, est gentil, timide et cinéphile. Un jour, alors qu'il me voit embarquer une revue pendant ma pause repas (il s'agissait d'un très vieux Magazine littéraire consacré aux polars), il regarde la couverture et dit : "Ah ! Bogart !" (à ce stade, vous comprenez normalement que c'est Humphrey qui est sur la couverture, sans que j'aie besoin de vous l'expliquer)
"Il a joué dans le meilleur film de tous les temps !" (le troisième meilleur film, en réalité, mais je ne le savais pas encore à ce moment-là, et il ne faut jamais contrarier son employeur, règle number one)
Et il commence à me parler de Casablanca, des scènes qu'il préfère, et du grand final. Il me parle du remake de Woody Allen, et je souris gentiment.

Je n'ai encore jamais vu Casablanca et il vient de me ruiner la fin du film.
Ici, je ne vous ruinerai rien (même si les cinéphiles ont forcément déjà vu ce film, ou en connaissent l'issue).

Rick, Américain en exil à Casablanca, est le propriétaire d'un night-club très réputé, où se côtoient (non sans accrocs) Allemands, Américains, Français... nous sommes en 1942, et Casablanca est sur le trajet de ceux qui veulent trouver refuge en Amérique. On paie des sommes exorbitantes pour obtenir un sauf-conduit, on offre aux autorités en place tout ce qu'elles désirent, pourvu qu'on parvienne à fuir la guerre.
C'est ainsi que Victor Laszlo, rescapé des camps de concentration et dissident politique, débarque au Maroc avec sa douce épouse Ilsa; tous les deux veulent rejoindre les Etats-Unis, et se retrouvent, dès leur arrivée, dans le café américain de Rick (où Laszlo se fait rapidement repérer, d'ailleurs...).
Ce qui est gênant dans cette situation, c'est qu'avant de quitter Paris, Rick a vécu une intense histoire d'amour avec Ilsa et qu'il est toujours douloureux de se retrouver en face d'une personne qu'on a éperdument aimé...

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(de Michael Curtiz, sorti aux Etats-Unis en 1942)

On pourrait maladroitement réduire Casablanca à une "histoire d'amour sur fond de guerre", les deux pans de l'intrigue se nourrissant entre eux, et se renforçant mutuellement. Les histoires d'amour ne manquent pas et le contexte dans lequel elles sont placées peut aider à faire la différence. Ici, on apprend que Rick et Ilsa devaient quitter la capitale française ensemble, mais Ilsa cache quelque chose et ne se présentera pas à la gare (magnifique scène où la pluie brouille la lettre que lit Rick). Le contexte de la Seconde Guerre Mondiale apporte une certaine ampleur tragique : est-on vraiment libre de faire ce qu'on veut pendant une période aussi troublée ? Faut-il se sacrifier à la cause politique, ou ne penser qu'à son propre bonheur ?
Le climat à Casablanca est tendu entre les différentes nationalités présentes. Allemands et Français cohabitent difficilement, même si les chefs essaient de trouver des terrains d'entente qui satisfont les deux partis. Bref, la ville est un lieu de magouilles en tout genre, où rien n'est plus simple que de tuer une personne qui dérange.
Toutes les différentes nationalités se retrouvent le soir chez Rick, un night-club/casino où l'on essaie de contenter tout le monde. Rick est un homme désabusé, brisé par l'amour. Il semble intouchable, comme détaché des réalités du monde. Ayant la sagesse de ne pas prendre parti d'un point de vue politique, il plaît autant aux Français qu'aux Allemands. Ainsi, Rick surplombe tout ce petit monde, mais n'en est pas plus heureux pour autant. Les souvenirs de Paris le hantent. Sam, son pianiste, a pour ordre absolu de ne plus jamais jouer le morceau qui lui rappelle la femme aimé : As time goes by...
... Il tombe de haut, Rick, quand il entend les premières notes de cette chanson, un soir alors que le café est rempli : revoilà Ilsa qui, ayant reconnu Sam, le supplie de jouer et de chanter, pour rêver tristement quelques minutes.
Les retrouvailles sont douloureuses car on sait pertinemment qu'aucun des deux n'a pu oublier l'autre. Mais il y a un choix à faire : Ilsa est mariée à un homme qui tient à elle, alors peut-elle envisager de le quitter, lui qui a besoin d'être soutenu dans son engagement politique ? Doit-elle tout abandonner pour Rick, cet homme qui ne respire que pour elle ? Avouez qu'il y a de quoi être perturbée.
On voit les différents personnages souffrir à l'écran, déchirés par leur conscience, leurs souvenirs, leurs envies. Le dilemme est d'autant plus cruel que Rick a les moyens d'aider Ilsa et son époux : il possède les papiers qui leur permettraient de quitter le Maroc.

Les acteurs sont excellents; le contraire aurait été étonnant dans un film qui a remporté trois Oscars en 1944 (meilleur film, meilleur scénario, meilleur réalisateur - quand on gagne ces trois statuettes, c'est toute l'équipe du film qui est récompensée).
BogeyJe suis incapable d'être subjective devant Humphrey Bogart, parce que j'apprécie tout chez lui : sa simple présence à l'écran, sa voix, sa gestuelle, ses répliques qui paraissent tellement naturelles qu'on n'ose pas croire qu'un scénariste est derrière tout ça. Il me séduit dans chacun de ses films; pourquoi est-ce que ça aurait été différent ici ? Son personnage fait preuve de cet humour particulier (quand on lui demande sa nationalité, Rick répond "I'm a drunkard"), d'un faux détachement derrière lequel il se protège tant bien que mal... puis on découvre un Humphrey Bogart romantique, rongé par l'amour (l'alcool) et le chagrin, un homme qui, finalement, est loin d'être indifférent à ce qui l'entoure...

« Of all the gin joints in all the towns in all the world, she walks into mine. »

Ingrid Bergman est irréprochable elle aussi; elle ressemble à une bête fragile, traquée, incapable de décider quel chemin prendre. Son émotion est constamment palpable, et son regard suffit à exprimer tout ce qu'elle ressent. Mais, regardez-la :

Bergman_Casablanca

Elle est superbe; perdue aussi, certes. Son souhait serait de ne faire du mal à personne, mais ce n'est malheureusement pas possible. A la fois extrêmement touchante et forte, sa prestation est exemplaire d'émotion. Elle possède cette beauté particulière, presque enfantine, qui désarme. Elle donne envie de croire à l'amour.
Le couple qu'elle forme avec Bogart est en symbiose totale; ils incarnent tellement bien leurs personnages qu'ils ne paraissent plus jouer, mais ressentir sincèrement et profondément ce qu'ils jouent. Etrange sensation qui embarque le spectateur.

Casablanca est bien entendu soutenu par d'autres acteurs tout aussi bons les uns que les autres, offrant ainsi tour à tour de belles scènes d'humour (ah, le capitaine Renault, "scandalisé" par les pratiques du casino et qui accepte la seconde suivante la somme qu'il a soi-disant gagnée en jouant lui-même !), et des scènes franchement émouvantes (le duel de chansons patriotiques n'a pas perdu de sa force). A noter, d'ailleurs, la présence de Peter Lorre qui joue dans un de mes films préférés. Saurez-vous deviner lequel ? (ce film n'est même pas dans les 100 meilleurs de tous les temps, ce qui est une honte absolue)
Il serait difficile de continuer à parler de Casablanca sans trop en dire; je m'en voudrais de dévoiler le moindre renseignement sur la fin du film, même si c'est bien grâce à elle que le succès de Casablanca a pu perdurer au fil des décennies...

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dimanche 13 juillet

The world is yours

Il y a quelque chose de bon à voir de vieux films au cinéma; le grand écran est peut-être encore plus intransigeant que le petit : les défauts, la désuétude, la (mauvaise) qualité de la copie sautent plus facilement aux yeux. Et quand on arrive à être subjugué par un film qui a plus de soixante-dix ans, il n'y a pas de doute : on est devant un grand film.

Tony "Scarface" Camonte est prêt à tout pour régner sur Chicago; petit malfrat ambitieux, il n'hésite pas à liquider plus puissant que lui pour grimper dans l'échelle sociale de la pègre... D'un caractère totalement possessif, il fait peur à sa mère et refuse que sa sœur Cesca ne fréquente des hommes - tandis que lui ne se gêne pas pour tomber amoureux de la petite amie de son chef, une blonde mordante répondant au merveilleux surnom de Poppy.

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Scarface (d'Howard Hawks) est donc le récit de cette ascension au pouvoir. Les faits et gestes de Tony Camonte sont directement inspirés de la vie d'Al Capone, le célébrissime gangster spécialisé dans le crime, l'alcool et la prostitution; le genre d'homme qu'il valait mieux éviter de chatouiller. Le film, donc, reprend minutieusement certains méfaits du terrible gangster, comme le Massacre de la Saint-Valentin (séquence admirable dans le film, où tout se fait par jeux d'ombre, jusqu'à ce que la caméra s'arrête sur la charpente en bois, stimulant l'imagination du spectateur qui entend mais ne voit rien). N'étant pas vraiment une spécialiste de Capone, ni des films de gangsters, je ne vais pas tenter de me le lancer dans une fausse étude intelligente et argumentée, mais plutôt expliquer à ma manière à quel point ce film est bon.
ScarfaceL'acteur principal, Paul Muni, est un inconnu à l'époque (début des années 30); pendant les premières minutes, j'ai osé le trouver presque ridicule, avec ses cheveux plaqués et son étrange dégaine. Mais finalement, il crève l'écran dans ce rôle, où il n'a peur de rien. Il provoque la police, refusant toute autorité officielle, mais aussi officieuse : Tony Camonte a peu de respect envers son chef, qu'il considère comme un peureux sans envergure. Le truand est à la fois beau parleur (quand il est en présence de Poppy, de la police), menaçant (même avec sa famille - quand il félicite sa mère pour un repas bien préparé, on se dit qu'il était à deux doigts de la frapper si ça n'avait pas été à son goût), et totalement inhumain. Il a la gâchette facile, le Tony. Vous me direz que ce n'est pas surprenant pour un film de ce genre, mais je ne m'attendais pas à ce que ce soit aussi violent. C'est en partie pour cela que c'est une grande œuvre : les scènes de tuerie fonctionnent encore à merveille aujourd'hui, elles ne me semblent pas avoir perdu de leur force. Violent et moderne, donc. La réalisation n'est pas étrangère à cela : les plans sont tellement soignés, certains crimes sont tellement bien mis en scène que, là où on aurait pu avoir un simple film de truands, Hawks insuffle à son œuvre une esthétique précise et recherchée.
Paul Muni est donc exceptionnel, incarnant une bestialité terrifiante; mais il n'est pas seul et les acteurs qui l'entourent offrent tous des compositions très justes. Il y a notamment Angelo (interprété par Vince Barnett), un de ses complices totalement stupide - il apporte une touche d'humour loufoque, permettant à l'atmosphère générale de ne pas s'alourdir. Une scène est marquante : Tony et ses copains gangsters sont au théâtre, mais le devoir les appelle (comprenez : la personne qu'ils veulent absolument tuer est localisée, il ne faut pas perdre de temps). Le pauvre Angelo est sommé de rester jusqu'à la fin de la représentation pour raconter le dénouement à son patron, ce qui crée un décalage absolu quand il rejoint les hommes prêts à tirer, et qu'il explique la conclusion de la pièce à Tony, enchanté de connaître le mot de la fin.
Dvorak__Ann__Scarface__01Deux femmes sont remarquables aussi : d'un côté, la blonde Poppy (Karen Morley) et de l'autre, la brune Cesca (Ann Dvorak). La première n'est pas du genre à craindre les truands; au contraire, puisqu'ils peuvent lui rapporter de l'argent, elle les côtoie sans aucun problème de conscience. Le charisme de Tony Camonte l'aidera à succomber, et à vite oublier l'ancien chef, fort ennuyeux. Cesca (la sœur de Tony) est excessivement intéressante; sa beauté rappelle un peu l'esthétique des films muets (ce que je trouve totalement charmant). Elle est en quelque sorte captive de son frère, qui lui interdit de sortir et de fréquenter des hommes; mais justement, parce qu'elle est aussi effrontée que Tony, elle n'hésite pas à transgresser ces interdits. Elle en paiera le prix. La relation des frère et soeur est volontairement ambiguë, Hawks ayant voulu raconter une histoire incestueuse mais la censure étant passée par là, le film est plus léger que ne l'aurait souhaité le réalisateur...
On comprend à la fin du film combien le frère et la sœur étaient attachés l'un à l'autre; ne vous inquiétez pas, je ne raconterai rien, si ce n'est que les dernières minutes sont une réussite totale (comme toutes les minutes précédentes, d'ailleurs).
Scarface est un film puissant, et remarquable en de nombreux points; je suis presque étonnée qu'il ait pu sortir en salles alors que Capone sévissait toujours, il aurait pu mal prendre cette petite provocation, mais d'après ce que j'ai pu lire, il aimait beaucoup ce film, au point de s'en être procuré une copie !

[Titre du billet : The world is yours est une enseigne publicitaire que Tony voit depuis son appartement...]

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vendredi 11 juillet

Happy Friday ?

Ayant de la suite dans les idées, je vous propose aujourd'hui un billet consacré à La Dame du vendredi, un film signé Howard Hawks (dont je reparlerai dimanche, quel suspense !) et sorti en 1940.

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Histoire d'évoquer l'intrigue, je veux bien vous dire qu'Hildy (Rosalind Russell) était, encore récemment, mariée à Walter Burns (Cary Grant), pour qui elle travaillait aussi comme journaliste. Mais la roue tourne, et la jeune femme est prête désormais à se remarier avec un agent d'assurance, Bruce (Ralph Bellamy). Elle décide d'annoncer cette nouvelle à son ex-mari et ex-patron, sauf que celui-ci n'a aucune envie de voir cette femme lui échapper. Parce qu'il la sait incapable de résister à un grand article, il lui parle de ce meurtrier qui doit être exécuté le lendemain, et qui pourrait être sauvé...

Si mon métier était d'écrire des jaquettes de DVD, je parlerais d'une comédie décapante, où les dialogues fusent pour le grand plaisir du spectateur. Le pire, c'est que c'est vrai. Il est impossible de s'ennuyer un seul instant, grâce à une intrigue sans cesse rebondissante et grâce à la surprenante vitalité des acteurs.
Cary Grant est prêt à tout pour récupérer son ancienne femme, et fait fi de tout scrupule... ainsi, par sa faute, le futur époux qu'est Ralph Bellamy se retrouve plusieurs fois en prison (et ce dans une seule et même journée !) pour des méfaits qu'il n'a pas commis...
Grant___RussellLa scène d'ouverture donne le ton : cela se passe dans le bureau de Cary Grant (je préfère dire Cary au lieu de Walter Burns, ça n'offusque personne ? si ? tant pis), et Rosalind (tant qu'à faire, j'applique ça à tous les acteurs) essaie d'expliquer qu'elle va se marier et quitter définitivement le journalisme. Je dis bien "essaie" car il est impossible de raconter quoi que ce soit devant Cary Grant, qui parle sans arrêt, coupe la parole, et tente de faire oublier à son interlocutrice les raisons de sa visite. Les répliques sont délectables, débordantes d'humour (ils ne devaient pas s'ennuyer, quand ils vivaient ensemble...), les deux personnages ayant le sens de la répartie. L'un provoque, et l'autre surenchérit sans cesse; et les acteurs semblent particulièrement à l'aise dans cet exercice (qu'il s'agisse des trois acteurs principaux ou des seconds rôles comme celui, tordant, du pauvre homme totalement naïf, qui veut simplement transmettre une lettre alors que le shérif et le gouverneur lui expliquent que, s'il égare cette lettre, il sera payé très cher).
Il serait difficile de décrire le jeu de Cary Grant et de Rosalind Russell tant ils sont... parfaits. Ils font preuve d'une énergie et d'un humour exemplaires (et je crois d'ailleurs que Cary Grant ne m'avait jamais autant séduite que dans ce film-ci... mais il faut préciser que je n'ai vu qu'un petit nombre de ses prestations).
La dame du vendredi s'en donne à coeur joie dans la critique de la presse à scandale (il faut voir les journalistes courir (littéralement) après les scoops !) et égratigne au passage les systèmes politique et judiciaire... Le film est ainsi très drôle, et cet humour sert justement à dénoncer quelques travers de la société (je n'ose pas trop préciser "américaine" parce qu'on retrouve les mêmes fonctionnements partout ailleurs).
C'est un film qui mérite réellement d'être revu, parce que les dialogues sont tellement foisonnants qu'on ne peut pas saisir leur entière portée en une seule fois... D'ailleurs, j'avais beau être concentrée sur mon petit écran, j'ai réussi à rater la fameuse réplique où il est question d'un certain
Archie Leach - ce n'est pas grave, ça me donne une bonne raison pour revoir très rapidement ce film brillant, que je recommande à tous !
(ce film attendait depuis des mois que je le visionne, heureusement que
 Fashion est intervenue pour me signaler à quel point il était remarquable !)

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dimanche 29 juin

Le cœur a ses raisons, etc

Pour introduire ce billet et résumer une situation somme toute assez simple, je dirai ceci : les livres romantiques ont beau m'ennuyer très vite, les mêmes histoires racontées au cinéma m'enchantent. Les actrices font rêver, les acteurs soupirer, bref, j'ai tendance à succomber - quand le casting en vaut le coup.

Imaginez un film qui réunirait Kate Winslet (une de mes actrices préférées, et tant pis si ça fait admiratrice adolescente), Emma Thompson (irrésistible; sa présence est toujours gage de qualité, que ce soit dit), Alan Rickman (mais cette voix !...), Hugh Grant (je l'épouserai un jour), et le désormais célèbre Hugh Laurie...
Oui, imaginez ce casting au service d'une comédie romantique (ne pleurez pas, ce n'est pas une insulte); et maintenant, tirez-en des conclusions : comment aurais-je pu ne pas aimer ?

... Forcément, à ce stade, la majorité de mes lectrices sait de quoi je vais parler : de Raison et sentiments, version d'Ang Lee sortie en 1996.
Eh oui, Jane Austen et moi ne sommes pas très amies en littérature, mais ça passe tout de suite mieux au cinéma. Ne cherchons pas à comprendre...

sensibility

Marianne (Kate Winslet) et Elinor (Emma Thompson) sont deux sœurs devenues subitement pauvres à la mort de leur père (une histoire de non-héritage, en fait). Accompagnées de leur mère et de leur petite sœur, elles doivent quitter leur demeure de Norland pour emménager dans un cottage prêté par un cousin légèrement fantasque (pour ne pas dire terriblement lourd). Seulement voilà, avant de partir dans ce coin reculé de l'Angleterre, Elinor fait la connaissance d'Edward Ferrars et en tombe amoureuse (normal, c'est Hugh Grant). Les sentiments semblent réciproques, mais un mystère plane au-dessus de Ferrars... Une fois arrivée au cottage, Marianne succombe devant un certain Willoughby (dont le sourire cache bien des secrets) et demeure insensible aux sentiments (à peine voilés) du dévoué colonel Brandon (Alan Rickman).

Vous admirerez mon talent à résumer une intrigue. En réalité, comme le laissait supposer le titre, c'est une histoire de raison, et de sentiments (...). Elinor est une femme prête à sacrifier ce qu'elle ressent pour ne pas ternir la bienséance; elle s'interdit de rêver ou du moins, de croire en ses rêves. Edward est riche, elle ne l'est pas. Voilà un premier obstacle à leur amour...

« Tentante idée, que notre bonheur dépend d'une seule personne - mais ce n'est pas toujours possible. Il faut l'accepter. [...] Je crois qu'il trouvera le bonheur en sachant qu'il a fait son devoir. » [Elinor]

Marianne, elle, est le romantisme incarné. A ses yeux, mourir d'amour est ce qui peut arriver de plus beau. Elle ne se fie qu'à ses sentiments, brûle de vivre et d'aimer, et tant pis pour les convenances (si strictes) de l'époque.
N'ayant guère l'envie de dévoiler toute l'intrigue sentimentale, je n'évoquerai pas plus les choix et les situations auxquels sont confrontées les demoiselles Dashwood.

Les acteurs incarnent à merveille les personnages, et c'est un pur plaisir que de les voir se donner la réplique... Le film n'est pas dénué d'humour, notamment grâce à la gaucherie d'Hugh Grant (il a toujours l'air tellement mal à l'aise !) et - évidemment - aux répliques d'Hugh Laurie, qu'on voit assez peu, mais qui fait mouche à chaque fois, exaspéré qu'il est par la bêtise de sa femme et les codes de la bonne société. (mais bien entendu, nous sommes chez Jane Austen, donc l'homme fortuné n'est pas que cynique, il montrera aussi qu'il est sensible aux malheurs d'autrui, allant jusqu'à proposer ses services pour soulager quelques peines...)

5621Le duo des sœurs est l'un des points forts du film; ces deux femmes aux caractères différents ont finalement le même espoir : trouver l'amour. Marianne affiche ouvertement son humeur (qu'elle soit joyeuse ou sombre - elle se fiche de montrer un sourire courtois ou de se pondérer) tandis que les émotions d'Elinor, parfois violentes, sont cachées, tues. Il est curieusement plus facile de souffrir en silence : parler rend vulnérable.
Ces deux tempéraments, finalement complémentaires, rendent le spectateur compatissant aux déboires qui surviennent constamment. Il est indéniable qu'il faut aimer le romantisme pour regarder ce film; inutile de torturer pendant 2h15 un amateur d'action...
L'interprétation, si juste, m'a totalement séduite; Kate Winslet est touchante de candeur et de jeunesse, Emma Thompson est irréprochable, Alan Rickman est à la fois digne et sentimental... Un pur bonheur, pour les filles à l'eau de rose.
(un point m'interpelle quand même : comment se fait-il que des jeunes filles endeuillées ne portent pas de sombres tenues ? seule la mère semble porter le deuil, ça m'a étonnée).

Cuné a écrit  un excellent billet sur ce film, en se basant sur les commentaires d'Emma Thompson.

Posté par erzebeth à 14:24 - pellicule - Commentaires [23] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

jeudi 05 juin

Vous reprendrez bien un peu de cadavre ?

Un jour, il n'y a pas si longtemps, j'avais envie de rire. Je sais que c'est un désir fort incongru, mais les femmes sont comme ça, à toujours demander l'impossible. Elles ont raison, parce qu'elles l'obtiennent parfois.
Je ne sais absolument plus comment j'ai entendu parler de ce film - Un cadavre au dessert. En vagabondant sur internet, certainement, ou... en tapant directement Truman Capote dans le catalogue internet de la bibliothèque ? Peu importe; l'essentiel est que j'ai découvert le seul film où ce grand auteur avait joué et que ce film mérite bien quelques mots.

murder_by_death

Prenez les cinq plus grands détectives du monde : Milo Perrier, Sam Diamond, Jessica Marbles, Dick Charleston et Sidney Wang. Quoi, certains de ces noms vous en rappellent d'autres ? Ce serait intentionnel que ça ne m'étonnerait pas et d'ailleurs, pour tout vous avouer : Milo Perrier est un clin d'œil à Hercule Poirot, Sam Diamond à Sam Spade (Le Faucon maltais, mon adoré Bogart, le roman, vous situez ?), Jessica Marbles renvoie à Miss Marple, Dick Charleston à Nick Charles et Sidney Wang à Charlie Chan.
Ça va, vous suivez ? J'espère, parce que ça va se corser.

Figurez-vous que chacun de ces détectives est invité à un dîner... et à un meurtre. Au moins, ça ne manque pas de piquant. Fort alléchés, les invités se rendent un soir d'orage dans le manoir isolé de leur hôte, Lionel Twain (joué par Truman Capote !) et vont être à l'affût toute la soirée du moindre événement inquiétant (et il y en aura, faites-moi confiance).
Leur arrivée annonce déjà la couleur quand, en sonnant à la porte d'entrée, retentit un hurlement de femme... ce n'est rien, c'est juste l'humour douteux de leur hôte qui choisit après tout la sonnerie qu'il veut. Et voilà le spectateur entraîné dans une merveilleuse parodie des policiers...

Car oui, j'ai mis du temps à lâcher le mot, mais nous sommes bel et bien devant une parodie, et une parodie des plus réussies ! L'une des explications trouve sa source dans le casting : parmi les détectives, nous trouvons Peter Falk (parfait), Peter Sellers (méconnaissable), James Coco et Elsa Lanchester (je ne m'étends pas, je ne les connais pas (ce qui est peut-être un sacrilège) et j'avoue que James Coco, qui interprète le faux Hercule Poirot est celui qui m'a le moins amusée), David Niven qui forme un duo exquis avec sa femme, Maggie Smith. Il ne faut pas non plus oublier Alec Guinness, admirable majordome qui a la particularité d'être aveugle : le ridicule de cette situation est évidemment un prétexte à bon nombre de scènes comiques.

Tous les acteurs s'en donnent à cœur joie (quelle drôle d'expression...), et le scénario devient de plus en plus loufoque; il serait malaisé d'expliquer l'humour ou de rapporter un exemple pour le justifier, parce que ça ne marcherait pas. Lionel "Capote" Twain est un homme machiavélique qui manigance une soirée époustouflante pour ses invités, dans un unique but : prouver qu'il est meilleur qu'eux, et qu'aucun des cinq détectives ne parviendra à découvrir qui est le meurtrier (car il y aura bien meurtre, le carton d'invitation ne mentait pas).

Tout roman policier se termine par une grande révélation : l'assassin est découvert, et son identité est en général tellement surprenante que le lecteur ne pouvait rien deviner tout seul. Le film se moque allègrement de cette manie, à tel point que j'ai été désarçonnée pendant quelques minutes - pour finalement rire devant tant d'absurdité et d'humour.
Un cadavre au dessert est un délice, et il n'est pas besoin d'être incollable sur le genre policier pour apprécier (je ne suis pas très familière des détectives parodiés, mais ça ne m'a pas empêchée de savourer le film); ce dernier a plus de trente ans et le seul plan où il est légèrement daté est celui des effets spéciaux. Mais ça ne demande même pas de faire un effort d'indulgence; le reste est tellement bon et drôle qu'on en oublie vite cet aspect désuet.
Dire que je n'ai même pas parlé de la cuisinière sourde et muette, et du chat qui aboie... vous devrez découvrir ça vous-mêmes.

Un cadavre au dessert (Murder by death), de Robert Moore - 1976; scénario de Neil Simon

Posté par erzebeth à 09:54 - pellicule - Commentaires [10] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

mardi 18 mars

Fi des livres !

Aujourd'hui, on va parler films, parce que les Français qui n'ont pas de carte illimitée (non, je ne suis pas jalouse !)pouvaient fêter dans la joie et l'allégresse le Printemps du Cinéma, profitant du prix modique des places pour s'enfermer trois jours dans des salles obscures. En général, j'aime bien ça, je me débrouille pour voir plusieurs films, mais cette année un grand manque de motivation s'est emparé de moi (il faut dire aussi que les programmations ne m'attiraient pas vraiment), alors je me suis contentée de deux films, histoire de dire que j'ai quand même participé.

Commençons par Les femmes de l'ombre (de Jean-Paul Salomé), qui développe un sujet légèrement consensuel au cinéma, à savoir : le courage extraordinaire des femmes engagées dans la Résistance. Tout commence ici avec une première mission, sauver un agent britannique arrêté par les Allemands, ce qui peut être très gênant parce que l'homme préparait le débarquement en Normandie, et qu'il ne doit surtout pas parler. Cette première mission, donc, est orchestrée par Louise (Sophie Marceau) et quelques autres filles recrutées pour leurs talents divers. Seulement, un colonel allemand (Moritz Bleibtreu) nourrit quelques soupçons sur le projet de débarquement, et la mission se complique : cet homme doit mourir...
FemmesLa résistance est traitée avec beaucoup d'académisme, cela reste conventionnel tant par le traitement de l'image que par les thèmes évoqués - trahisons, sacrifice, culpabilité certaine à commettre quelques actes peu catholiques, etc... Et pourtant, tout a très bien fonctionné avec moi. Je me suis laissée prendre au jeu, en m'identifiant à ces cinq femmes et à leurs destins tragiques. L'une s'engage entièrement après la mort de son mari, l'autre a fui la France parce qu'elle était tombée amoureuse d'un Allemand... Une troisième, emprisonnée pour meurtre, trouve dans cette mission un espoir de s'en sortir (bien que la mort n'est pas impossible sur le terrain), une quatrième ne supportera pas le premier geste de torture... J'ai compati, me demandant comment j'aurais agi à leur place, tout en sachant qu'elles ont toutes perdu beaucoup dans cette guerre, et qu'elles s'acharnent pourtant encore à sauver ce qui peut l'être.
Quant aux actrices, on se délecte de la beauté de Sophie Marceau (bien qu'elle semble moyennement habitée par son rôle), du jeu énergique et efficace de Julie Depardieu, de l'émotion provoquée par Marie Gillain (que je n'aime vraiment pas - mais là, on dirait presque qu'elle joue bien !)... Deborah François incarne son personnage avec maladresse, mais cela reste touchant. Je pourrais aussi parler de la cinquième femme (Maya Sansa) mais on la voit très peu et le spectateur la connaît mal, donc je passe. En somme, ce n'est pas un chef-d'œuvre, mais j'ai personnellement bien aimé.

Choupynette n'a pas été convaincue.


MR73Le second film que j'ai vu est encore plus drôle que le premier : il s'agit d'MR73, d'Olivier Marchal. On y trouve un Daniel Auteuil sale, puant, alcoolique et un chouïa dépressif mais il a une bonne excuse pour ça : il a perdu sa petite fille dans un accident de voiture et sa femme, bien qu'elle s'en soit sortie vivante, est un légume. Ça fait beaucoup pour un seul homme, surtout qu'il fait déjà un métier très difficile : il est flic au SRPJ, et il se trouve accaparé par deux affaires, celle d'un tueur en série qui agit actuellement dans la jolie ville de Marseille et qui ne s'en prend qu'à des femmes (je vous laisse imaginer ce qu'elles subissent), la seconde (affaire) l'emmenant 25 ans en arrière, époque où un grand malade mental torturait affreusement ses victimes (parce qu'il aimait "les regarder mourir"). Seulement voilà, cet homme condamné à perpétuité fait preuve d'une conduite exemplaire en prison, et il va être relâché sous peu. Comment Justine (Olivia Bonamy...), dont les parents ont été massacrés par ce fou, appréhende-t-elle cette bonne nouvelle ?
Je suis très fière d'avoir réussi à résumer ce film, alors que le scénario est d'un confus absolu et que tout s'emmêle sans jamais être captivant... Autant être claire, c'est loin d'être une réussite. On sent pourtant que le réalisateur était plein de bonnes intentions, filmant dans des lieux glauques, sombres, sales, créant des personnages torturés... mais ça ne fonctionne pas. Toute cette noirceur n'est pas expliquée, tout est dramatisé à outrance alors qu'au final, ça ne met même pas mal à l'aise. Ca manque de profondeur, rien n'est justifié, on attend pendant 1h40 que l'autre sorte de prison, créant ainsi un faux suspense - moi qui croyais avoir peur pendant ce film, je suis ressortie aussi tranquille que si j'avais vu un Walt Disney.
Cela n'enlève rien au talent de Daniel Auteuil, bien qu'on l'ait connu plus convaincant... il reste quand même le grand point fort du film (dont la scène d'ouverture, dans le bus, m'a beaucoup plu, je dois l'avouer), même si sa déchéance ne touche pas. Olivia Bonamy est égale à elle-même, c'est-à-dire qu'elle ne réussit toujours pas à être charismatique, c'est peine perdue désormais. Je me rends compte que je suis bien plus méchante que je n'aurais cru l'être, ça doit tenir à ma déception... un scénario plus travaillé et un peu plus de tact dans le traitement du noir auraient pu donner quelque chose de bon, dommage.

Chiffonnette a encore plus aimé que moi...

Posté par erzebeth à 17:42 - pellicule - Commentaires [8] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

mardi 11 décembre

Once upon a time

Il y a certaines choses qui donnent le sourire, comme recevoir un colis qu'on n'a pas le droit d'ouvrir, manger du bon fromage, ou voir certaines belles décorations lumineuses dans les rues (et je dis bien certaines) alors qu'on rentre d'une séance de cinéma qui donne le sourire.
Mon statut de fille m'interdisait de passer à côté du dernier Disney, Il était une fois. La première fois que j'ai vu la bande-annonce, je suis restée de marbre. La seconde fois, je me suis dit qu'il serait dommage de passer à côté d'une occasion de se moquer.
Seulement, j'ai failli à ma mission, puisque je n'ai même pas eu le cœur à me moquer, tellement c'était agréable de voir ce film décalé qui m'a rappelé ces beaux souvenirs d'enfance où je rêvais d'avoir la superbe chevelure de la Belle au bois dormant (entre nous : j'en rêve toujours).

Il était une fois

Tout démarre dans le monde féérique d'Andalasia; le Prince trouve la femme de ses rêves, mais sa belle-mère refuse cette union car ça lui ferait perdre le trône. Alors, par pure maladresse, elle envoie la jeune fille (Giselle !) dans un monde où elle sera perdue pour le prince. Et voilà Giselle (!) qui perd sa belle frimousse de dessin animé pour rejoindre la jungle terrible qu'est New York City. Elle y rencontrera Robert (!), qui s'occupera d'elle en attendant l'arrivée du prince Edouard. Parce qu'il viendra. Les princes viennent toujours.
L'ingéniosité du film est donc de mêler l'aspect mielleux des contes de fées (et leur bonne humeur permanente) avec la réalité, faite de séparations et de colère. Et oui, sur terre, on ne vit jamais heureux et amoureux jusqu'à la fin des temps (apprendre ça m'a totalement minée).
J'ai déjà écrit plus haut le mot-clé du film : décalage. C'est de là qu'il puise tout son humour. Dans les contes de fées, les personnages aiment bien se lancer dans la chanson, entourés d'animaux dociles et gentils, mais cela prend une toute autre couleur quand on est une fille perdue, candide, et qu'on pousse de la voix dans le salon d'un appartement new-yorkais. Je ne vais pas m'amuser à recenser toutes les scènes qui valent le détour, ce serait fastidieux et pas drôle du tout pour le coup. Il suffit de se prendre au jeu, et la magie opère (par contre, si vous y emmenez un homme lors de votre premier rendez-vous, attendez-vous à ce qu'il ne vous recontacte plus jamais).
Quant à la fin... ah, la fin ! Allez, je range ma légère grimace et mes éventuelles petites réserves (oh qu'il m'a énervée, l'homme à la botte de la belle-mère ! en plus, il a déjà joué Peter Pettigrow dans les HP alors je m'attendais à voir Harry Potter surgir d'une bouche d'égout).
C'est rafraîchissant, et ça m'a donné envie d'avoir des cheveux longs. Ça tombe bien - je les ai déjà.

ps : vous avez vu, je me suis abstenue de tout commentaire sur les prénoms. Mais quand même, Robert et Giselle...
pps : écrit hors connexion, ce billet mérite quand même un peu plus d'informations officielles : Il était une fois est un film de Kevin Lima, joué par Amy Adams et Patrick "Dr Mamour" Dempsey, l'homme qui ressemble à Sean Penn, mais en moins bien quand même, ce qui est déjà pas mal.

Posté par erzebeth à 08:30 - pellicule - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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