jeudi 17 juillet
« Here's looking at you, kid. »
J'ai eu envie de prolonger ma découverte de Casablanca, en vous proposant deux vidéos.
Aucune des deux n'a des sous-titres, ce qui peut poser problème et je m'en excuse platement (je n'ai jamais compris pourquoi les excuses étaient plus fortes si elles étaient plates, mais on ne va pas commencer aujourd'hui à décortiquer les secrets de la langue française, bien que ça pourrait être amusant). Voilà que je m'égare.
La première vidéo est un extrait de Casablanca, où Ingrid Bergman n'apparaît pas. C'est fâcheux, mais il fallait choisir un passage qui n'en dévoile pas trop... C'est une scène du début du film, et elle contient une belle dose d'humour (le "I was misinformed" d'Humphrey Bogart est juste parfait) :
La seconde vidéo est un épisode des Looney Tunes qui parodie/rend hommage au film de Michael Curtiz. Petit avertissement de rigueur : ceux qui n'ont pas vu Casablanca sont priés de ne pas regarder ce qui suit, au risque de découvrir toute l'intrigue du film (et pour ceux qui prennent le risque de regarder : la fin est différente, et toc !).
Ca s'appelle Carrotblanca, et c'est drôle :
mardi 15 juillet
« We'll always have Paris »
Le titre vous suffit-il pour deviner de quel film je veux parler aujourd'hui ?
Non ?
Et si j'ajoute que six de ses répliques sont dans le classement des cent meilleurs répliques du cinéma ? Que ce film est le troisième meilleur film de tous les temps ? (selon les sources de l'American Film Institute, classement 2007)
Alors, ça vous parle ?
...
Mon responsable, à la bibliothèque, est gentil, timide et cinéphile. Un jour, alors qu'il me voit embarquer une revue pendant ma pause repas (il s'agissait d'un très vieux Magazine littéraire consacré aux polars), il regarde la couverture et dit : "Ah ! Bogart !" (à ce stade, vous comprenez normalement que c'est Humphrey qui est sur la couverture, sans que j'aie besoin de vous l'expliquer)
"Il a joué dans le meilleur film de tous les temps !" (le troisième meilleur film, en réalité, mais je ne le savais pas encore à ce moment-là, et il ne faut jamais contrarier son employeur, règle number one)
Et il commence à me parler de Casablanca, des scènes qu'il préfère, et du grand final. Il me parle du remake de Woody Allen, et je souris gentiment.
Je n'ai encore jamais vu Casablanca et il vient de me ruiner la fin du film.
Ici, je ne vous ruinerai rien (même si les cinéphiles ont forcément déjà vu ce film, ou en connaissent l'issue).
Rick, Américain en exil à Casablanca, est le propriétaire d'un night-club très réputé, où se côtoient (non sans accrocs) Allemands, Américains, Français... nous sommes en 1942, et Casablanca est sur le trajet de ceux qui veulent trouver refuge en Amérique. On paie des sommes exorbitantes pour obtenir un sauf-conduit, on offre aux autorités en place tout ce qu'elles désirent, pourvu qu'on parvienne à fuir la guerre.
C'est ainsi que Victor Laszlo, rescapé des camps de concentration et dissident politique, débarque au Maroc avec sa douce épouse Ilsa; tous les deux veulent rejoindre les Etats-Unis, et se retrouvent, dès leur arrivée, dans le café américain de Rick (où Laszlo se fait rapidement repérer, d'ailleurs...).
Ce qui est gênant dans cette situation, c'est qu'avant de quitter Paris, Rick a vécu une intense histoire d'amour avec Ilsa et qu'il est toujours douloureux de se retrouver en face d'une personne qu'on a éperdument aimé...
(de Michael Curtiz, sorti aux Etats-Unis en 1942)
On pourrait maladroitement réduire Casablanca à une "histoire d'amour sur fond de guerre", les deux pans de l'intrigue se nourrissant entre eux, et se renforçant mutuellement. Les histoires d'amour ne manquent pas et le contexte dans lequel elles sont placées peut aider à faire la différence. Ici, on apprend que Rick et Ilsa devaient quitter la capitale française ensemble, mais Ilsa cache quelque chose et ne se présentera pas à la gare (magnifique scène où la pluie brouille la lettre que lit Rick). Le contexte de la Seconde Guerre Mondiale apporte une certaine ampleur tragique : est-on vraiment libre de faire ce qu'on veut pendant une période aussi troublée ? Faut-il se sacrifier à la cause politique, ou ne penser qu'à son propre bonheur ?
Le climat à Casablanca est tendu entre les différentes nationalités présentes. Allemands et Français cohabitent difficilement, même si les chefs essaient de trouver des terrains d'entente qui satisfont les deux partis. Bref, la ville est un lieu de magouilles en tout genre, où rien n'est plus simple que de tuer une personne qui dérange.
Toutes les différentes nationalités se retrouvent le soir chez Rick, un night-club/casino où l'on essaie de contenter tout le monde. Rick est un homme désabusé, brisé par l'amour. Il semble intouchable, comme détaché des réalités du monde. Ayant la sagesse de ne pas prendre parti d'un point de vue politique, il plaît autant aux Français qu'aux Allemands. Ainsi, Rick surplombe tout ce petit monde, mais n'en est pas plus heureux pour autant. Les souvenirs de Paris le hantent. Sam, son pianiste, a pour ordre absolu de ne plus jamais jouer le morceau qui lui rappelle la femme aimé : As time goes by...
... Il tombe de haut, Rick, quand il entend les premières notes de cette chanson, un soir alors que le café est rempli : revoilà Ilsa qui, ayant reconnu Sam, le supplie de jouer et de chanter, pour rêver tristement quelques minutes.
Les retrouvailles sont douloureuses car on sait pertinemment qu'aucun des deux n'a pu oublier l'autre. Mais il y a un choix à faire : Ilsa est mariée à un homme qui tient à elle, alors peut-elle envisager de le quitter, lui qui a besoin d'être soutenu dans son engagement politique ? Doit-elle tout abandonner pour Rick, cet homme qui ne respire que pour elle ? Avouez qu'il y a de quoi être perturbée.
On voit les différents personnages souffrir à l'écran, déchirés par leur conscience, leurs souvenirs, leurs envies. Le dilemme est d'autant plus cruel que Rick a les moyens d'aider Ilsa et son époux : il possède les papiers qui leur permettraient de quitter le Maroc.
Les acteurs sont excellents; le contraire aurait été étonnant dans un film qui a remporté trois Oscars en 1944 (meilleur film, meilleur scénario, meilleur réalisateur - quand on gagne ces trois statuettes, c'est toute l'équipe du film qui est récompensée).
Je suis incapable d'être subjective devant Humphrey Bogart, parce que j'apprécie tout chez lui : sa simple présence à l'écran, sa voix, sa gestuelle, ses répliques qui paraissent tellement naturelles qu'on n'ose pas croire qu'un scénariste est derrière tout ça. Il me séduit dans chacun de ses films; pourquoi est-ce que ça aurait été différent ici ? Son personnage fait preuve de cet humour particulier (quand on lui demande sa nationalité, Rick répond "I'm a drunkard"), d'un faux détachement derrière lequel il se protège tant bien que mal... puis on découvre un Humphrey Bogart romantique, rongé par l'amour (l'alcool) et le chagrin, un homme qui, finalement, est loin d'être indifférent à ce qui l'entoure...
« Of all the gin joints in all the towns in all the world, she walks into mine. »
Ingrid Bergman est irréprochable elle aussi; elle ressemble à une bête fragile, traquée, incapable de décider quel chemin prendre. Son émotion est constamment palpable, et son regard suffit à exprimer tout ce qu'elle ressent. Mais, regardez-la :
Elle est superbe; perdue aussi, certes. Son souhait serait de ne faire du mal à personne, mais ce n'est malheureusement pas possible. A la fois extrêmement touchante et forte, sa prestation est exemplaire d'émotion. Elle possède cette beauté particulière, presque enfantine, qui désarme. Elle donne envie de croire à l'amour.
Le couple qu'elle forme avec Bogart est en symbiose totale; ils incarnent tellement bien leurs personnages qu'ils ne paraissent plus jouer, mais ressentir sincèrement et profondément ce qu'ils jouent. Etrange sensation qui embarque le spectateur.
Casablanca est bien entendu soutenu par d'autres acteurs tout aussi bons les uns que les autres, offrant ainsi tour à tour de belles scènes d'humour (ah, le capitaine Renault, "scandalisé" par les pratiques du casino et qui accepte la seconde suivante la somme qu'il a soi-disant gagnée en jouant lui-même !), et des scènes franchement émouvantes (le duel de chansons patriotiques n'a pas perdu de sa force). A noter, d'ailleurs, la présence de Peter Lorre qui joue dans un de mes films préférés. Saurez-vous deviner lequel ? (ce film n'est même pas dans les 100 meilleurs de tous les temps, ce qui est une honte absolue)
Il serait difficile de continuer à parler de Casablanca sans trop en dire; je m'en voudrais de dévoiler le moindre renseignement sur la fin du film, même si c'est bien grâce à elle que le succès de Casablanca a pu perdurer au fil des décennies...

dimanche 13 juillet
The world is yours
Il y a quelque chose de bon à voir de vieux films au cinéma; le grand écran est peut-être encore plus intransigeant que le petit : les défauts, la désuétude, la (mauvaise) qualité de la copie sautent plus facilement aux yeux. Et quand on arrive à être subjugué par un film qui a plus de soixante-dix ans, il n'y a pas de doute : on est devant un grand film.
Tony "Scarface" Camonte est prêt à tout pour régner sur Chicago; petit malfrat ambitieux, il n'hésite pas à liquider plus puissant que lui pour grimper dans l'échelle sociale de la pègre... D'un caractère totalement possessif, il fait peur à sa mère et refuse que sa sœur Cesca ne fréquente des hommes - tandis que lui ne se gêne pas pour tomber amoureux de la petite amie de son chef, une blonde mordante répondant au merveilleux surnom de Poppy.

Scarface (d'Howard Hawks) est donc le récit de cette ascension au pouvoir. Les faits et gestes de Tony Camonte sont directement inspirés de la vie d'Al Capone, le célébrissime gangster spécialisé dans le crime, l'alcool et la prostitution; le genre d'homme qu'il valait mieux éviter de chatouiller. Le film, donc, reprend minutieusement certains méfaits du terrible gangster, comme le Massacre de la Saint-Valentin (séquence admirable dans le film, où tout se fait par jeux d'ombre, jusqu'à ce que la caméra s'arrête sur la charpente en bois, stimulant l'imagination du spectateur qui entend mais ne voit rien). N'étant pas vraiment une spécialiste de Capone, ni des films de gangsters, je ne vais pas tenter de me le lancer dans une fausse étude intelligente et argumentée, mais plutôt expliquer à ma manière à quel point ce film est bon.
L'acteur principal, Paul Muni, est un inconnu à l'époque (début des années 30); pendant les premières minutes, j'ai osé le trouver presque ridicule, avec ses cheveux plaqués et son étrange dégaine. Mais finalement, il crève l'écran dans ce rôle, où il n'a peur de rien. Il provoque la police, refusant toute autorité officielle, mais aussi officieuse : Tony Camonte a peu de respect envers son chef, qu'il considère comme un peureux sans envergure. Le truand est à la fois beau parleur (quand il est en présence de Poppy, de la police), menaçant (même avec sa famille - quand il félicite sa mère pour un repas bien préparé, on se dit qu'il était à deux doigts de la frapper si ça n'avait pas été à son goût), et totalement inhumain. Il a la gâchette facile, le Tony. Vous me direz que ce n'est pas surprenant pour un film de ce genre, mais je ne m'attendais pas à ce que ce soit aussi violent. C'est en partie pour cela que c'est une grande œuvre : les scènes de tuerie fonctionnent encore à merveille aujourd'hui, elles ne me semblent pas avoir perdu de leur force. Violent et moderne, donc. La réalisation n'est pas étrangère à cela : les plans sont tellement soignés, certains crimes sont tellement bien mis en scène que, là où on aurait pu avoir un simple film de truands, Hawks insuffle à son œuvre une esthétique précise et recherchée.
Paul Muni est donc exceptionnel, incarnant une bestialité terrifiante; mais il n'est pas seul et les acteurs qui l'entourent offrent tous des compositions très justes. Il y a notamment Angelo (interprété par Vince Barnett), un de ses complices totalement stupide - il apporte une touche d'humour loufoque, permettant à l'atmosphère générale de ne pas s'alourdir. Une scène est marquante : Tony et ses copains gangsters sont au théâtre, mais le devoir les appelle (comprenez : la personne qu'ils veulent absolument tuer est localisée, il ne faut pas perdre de temps). Le pauvre Angelo est sommé de rester jusqu'à la fin de la représentation pour raconter le dénouement à son patron, ce qui crée un décalage absolu quand il rejoint les hommes prêts à tirer, et qu'il explique la conclusion de la pièce à Tony, enchanté de connaître le mot de la fin.
Deux femmes sont remarquables aussi : d'un côté, la blonde Poppy (Karen Morley) et de l'autre, la brune Cesca (Ann Dvorak). La première n'est pas du genre à craindre les truands; au contraire, puisqu'ils peuvent lui rapporter de l'argent, elle les côtoie sans aucun problème de conscience. Le charisme de Tony Camonte l'aidera à succomber, et à vite oublier l'ancien chef, fort ennuyeux. Cesca (la sœur de Tony) est excessivement intéressante; sa beauté rappelle un peu l'esthétique des films muets (ce que je trouve totalement charmant). Elle est en quelque sorte captive de son frère, qui lui interdit de sortir et de fréquenter des hommes; mais justement, parce qu'elle est aussi effrontée que Tony, elle n'hésite pas à transgresser ces interdits. Elle en paiera le prix. La relation des frère et soeur est volontairement ambiguë, Hawks ayant voulu raconter une histoire incestueuse mais la censure étant passée par là, le film est plus léger que ne l'aurait souhaité le réalisateur...
On comprend à la fin du film combien le frère et la sœur étaient attachés l'un à l'autre; ne vous inquiétez pas, je ne raconterai rien, si ce n'est que les dernières minutes sont une réussite totale (comme toutes les minutes précédentes, d'ailleurs).
Scarface est un film puissant, et remarquable en de nombreux points; je suis presque étonnée qu'il ait pu sortir en salles alors que Capone sévissait toujours, il aurait pu mal prendre cette petite provocation, mais d'après ce que j'ai pu lire, il aimait beaucoup ce film, au point de s'en être procuré une copie !
[Titre du billet : The world is yours est une enseigne publicitaire que Tony voit depuis son appartement...]
vendredi 11 juillet
Happy Friday ?
Ayant de la suite dans les idées, je vous propose aujourd'hui un billet consacré à La Dame du vendredi, un film signé Howard Hawks (dont je reparlerai dimanche, quel suspense !) et sorti en 1940.
Histoire d'évoquer l'intrigue, je veux bien vous dire qu'Hildy (Rosalind Russell) était, encore récemment, mariée à Walter Burns (Cary Grant), pour qui elle travaillait aussi comme journaliste. Mais la roue tourne, et la jeune femme est prête désormais à se remarier avec un agent d'assurance, Bruce (Ralph Bellamy). Elle décide d'annoncer cette nouvelle à son ex-mari et ex-patron, sauf que celui-ci n'a aucune envie de voir cette femme lui échapper. Parce qu'il la sait incapable de résister à un grand article, il lui parle de ce meurtrier qui doit être exécuté le lendemain, et qui pourrait être sauvé...
Si mon métier était d'écrire des jaquettes de DVD, je parlerais d'une comédie décapante, où les dialogues fusent pour le grand plaisir du spectateur. Le pire, c'est que c'est vrai. Il est impossible de s'ennuyer un seul instant, grâce à une intrigue sans cesse rebondissante et grâce à la surprenante vitalité des acteurs.
Cary Grant est prêt à tout pour récupérer son ancienne femme, et fait fi de tout scrupule... ainsi, par sa faute, le futur époux qu'est Ralph Bellamy se retrouve plusieurs fois en prison (et ce dans une seule et même journée !) pour des méfaits qu'il n'a pas commis...
La scène d'ouverture donne le ton : cela se passe dans le bureau de Cary Grant (je préfère dire Cary au lieu de Walter Burns, ça n'offusque personne ? si ? tant pis), et Rosalind (tant qu'à faire, j'applique ça à tous les acteurs) essaie d'expliquer qu'elle va se marier et quitter définitivement le journalisme. Je dis bien "essaie" car il est impossible de raconter quoi que ce soit devant Cary Grant, qui parle sans arrêt, coupe la parole, et tente de faire oublier à son interlocutrice les raisons de sa visite. Les répliques sont délectables, débordantes d'humour (ils ne devaient pas s'ennuyer, quand ils vivaient ensemble...), les deux personnages ayant le sens de la répartie. L'un provoque, et l'autre surenchérit sans cesse; et les acteurs semblent particulièrement à l'aise dans cet exercice (qu'il s'agisse des trois acteurs principaux ou des seconds rôles comme celui, tordant, du pauvre homme totalement naïf, qui veut simplement transmettre une lettre alors que le shérif et le gouverneur lui expliquent que, s'il égare cette lettre, il sera payé très cher).
Il serait difficile de décrire le jeu de Cary Grant et de Rosalind Russell tant ils sont... parfaits. Ils font preuve d'une énergie et d'un humour exemplaires (et je crois d'ailleurs que Cary Grant ne m'avait jamais autant séduite que dans ce film-ci... mais il faut préciser que je n'ai vu qu'un petit nombre de ses prestations).
La dame du vendredi s'en donne à coeur joie dans la critique de la presse à scandale (il faut voir les journalistes courir (littéralement) après les scoops !) et égratigne au passage les systèmes politique et judiciaire... Le film est ainsi très drôle, et cet humour sert justement à dénoncer quelques travers de la société (je n'ose pas trop préciser "américaine" parce qu'on retrouve les mêmes fonctionnements partout ailleurs).
C'est un film qui mérite réellement d'être revu, parce que les dialogues sont tellement foisonnants qu'on ne peut pas saisir leur entière portée en une seule fois... D'ailleurs, j'avais beau être concentrée sur mon petit écran, j'ai réussi à rater la fameuse réplique où il est question d'un certain Archie Leach - ce n'est pas grave, ça me donne une bonne raison pour revoir très rapidement ce film brillant, que je recommande à tous !
(ce film attendait depuis des mois que je le visionne, heureusement que Fashion est intervenue pour me signaler à quel point il était remarquable !)
dimanche 29 juin
Le cœur a ses raisons, etc
Pour introduire ce billet et résumer une situation somme toute assez simple, je dirai ceci : les livres romantiques ont beau m'ennuyer très vite, les mêmes histoires racontées au cinéma m'enchantent. Les actrices font rêver, les acteurs soupirer, bref, j'ai tendance à succomber - quand le casting en vaut le coup.
Imaginez un film qui réunirait Kate Winslet (une de mes actrices préférées, et tant pis si ça fait admiratrice adolescente), Emma Thompson (irrésistible; sa présence est toujours gage de qualité, que ce soit dit), Alan Rickman (mais cette voix !...), Hugh Grant (je l'épouserai un jour), et le désormais célèbre Hugh Laurie...
Oui, imaginez ce casting au service d'une comédie romantique (ne pleurez pas, ce n'est pas une insulte); et maintenant, tirez-en des conclusions : comment aurais-je pu ne pas aimer ?
... Forcément, à ce stade, la majorité de mes lectrices sait de quoi je vais parler : de Raison et sentiments, version d'Ang Lee sortie en 1996.
Eh oui, Jane Austen et moi ne sommes pas très amies en littérature, mais ça passe tout de suite mieux au cinéma. Ne cherchons pas à comprendre...
Marianne (Kate Winslet) et Elinor (Emma Thompson) sont deux sœurs devenues subitement pauvres à la mort de leur père (une histoire de non-héritage, en fait). Accompagnées de leur mère et de leur petite sœur, elles doivent quitter leur demeure de Norland pour emménager dans un cottage prêté par un cousin légèrement fantasque (pour ne pas dire terriblement lourd). Seulement voilà, avant de partir dans ce coin reculé de l'Angleterre, Elinor fait la connaissance d'Edward Ferrars et en tombe amoureuse (normal, c'est Hugh Grant). Les sentiments semblent réciproques, mais un mystère plane au-dessus de Ferrars... Une fois arrivée au cottage, Marianne succombe devant un certain Willoughby (dont le sourire cache bien des secrets) et demeure insensible aux sentiments (à peine voilés) du dévoué colonel Brandon (Alan Rickman).
Vous admirerez mon talent à résumer une intrigue. En réalité, comme le laissait supposer le titre, c'est une histoire de raison, et de sentiments (...). Elinor est une femme prête à sacrifier ce qu'elle ressent pour ne pas ternir la bienséance; elle s'interdit de rêver ou du moins, de croire en ses rêves. Edward est riche, elle ne l'est pas. Voilà un premier obstacle à leur amour...
« Tentante idée, que notre bonheur dépend d'une seule personne - mais ce n'est pas toujours possible. Il faut l'accepter. [...] Je crois qu'il trouvera le bonheur en sachant qu'il a fait son devoir. » [Elinor]
Marianne, elle, est le romantisme incarné. A ses yeux, mourir d'amour est ce qui peut arriver de plus beau. Elle ne se fie qu'à ses sentiments, brûle de vivre et d'aimer, et tant pis pour les convenances (si strictes) de l'époque.
N'ayant guère l'envie de dévoiler toute l'intrigue sentimentale, je n'évoquerai pas plus les choix et les situations auxquels sont confrontées les demoiselles Dashwood.
Les acteurs incarnent à merveille les personnages, et c'est un pur plaisir que de les voir se donner la réplique... Le film n'est pas dénué d'humour, notamment grâce à la gaucherie d'Hugh Grant (il a toujours l'air tellement mal à l'aise !) et - évidemment - aux répliques d'Hugh Laurie, qu'on voit assez peu, mais qui fait mouche à chaque fois, exaspéré qu'il est par la bêtise de sa femme et les codes de la bonne société. (mais bien entendu, nous sommes chez Jane Austen, donc l'homme fortuné n'est pas que cynique, il montrera aussi qu'il est sensible aux malheurs d'autrui, allant jusqu'à proposer ses services pour soulager quelques peines...)
Le duo des sœurs est l'un des points forts du film; ces deux femmes aux caractères différents ont finalement le même espoir : trouver l'amour. Marianne affiche ouvertement son humeur (qu'elle soit joyeuse ou sombre - elle se fiche de montrer un sourire courtois ou de se pondérer) tandis que les émotions d'Elinor, parfois violentes, sont cachées, tues. Il est curieusement plus facile de souffrir en silence : parler rend vulnérable.
Ces deux tempéraments, finalement complémentaires, rendent le spectateur compatissant aux déboires qui surviennent constamment. Il est indéniable qu'il faut aimer le romantisme pour regarder ce film; inutile de torturer pendant 2h15 un amateur d'action...
L'interprétation, si juste, m'a totalement séduite; Kate Winslet est touchante de candeur et de jeunesse, Emma Thompson est irréprochable, Alan Rickman est à la fois digne et sentimental... Un pur bonheur, pour les filles à l'eau de rose.
(un point m'interpelle quand même : comment se fait-il que des jeunes filles endeuillées ne portent pas de sombres tenues ? seule la mère semble porter le deuil, ça m'a étonnée).
Cuné a écrit un excellent billet sur ce film, en se basant sur les commentaires d'Emma Thompson.
jeudi 05 juin
Vous reprendrez bien un peu de cadavre ?
Un jour, il n'y a pas si longtemps, j'avais envie de rire. Je sais que c'est un désir fort incongru, mais les femmes sont comme ça, à toujours demander l'impossible. Elles ont raison, parce qu'elles l'obtiennent parfois.
Je ne sais absolument plus comment j'ai entendu parler de ce film - Un cadavre au dessert. En vagabondant sur internet, certainement, ou... en tapant directement Truman Capote dans le catalogue internet de la bibliothèque ? Peu importe; l'essentiel est que j'ai découvert le seul film où ce grand auteur avait joué et que ce film mérite bien quelques mots.
Prenez les cinq plus grands détectives du monde : Milo Perrier, Sam Diamond, Jessica Marbles, Dick Charleston et Sidney Wang. Quoi, certains de ces noms vous en rappellent d'autres ? Ce serait intentionnel que ça ne m'étonnerait pas et d'ailleurs, pour tout vous avouer : Milo Perrier est un clin d'œil à Hercule Poirot, Sam Diamond à Sam Spade (Le Faucon maltais, mon adoré Bogart, le roman, vous situez ?), Jessica Marbles renvoie à Miss Marple, Dick Charleston à Nick Charles et Sidney Wang à Charlie Chan.
Ça va, vous suivez ? J'espère, parce que ça va se corser.
Figurez-vous que chacun de ces détectives est invité à un dîner... et à un meurtre. Au moins, ça ne manque pas de piquant. Fort alléchés, les invités se rendent un soir d'orage dans le manoir isolé de leur hôte, Lionel Twain (joué par Truman Capote !) et vont être à l'affût toute la soirée du moindre événement inquiétant (et il y en aura, faites-moi confiance).
Leur arrivée annonce déjà la couleur quand, en sonnant à la porte d'entrée, retentit un hurlement de femme... ce n'est rien, c'est juste l'humour douteux de leur hôte qui choisit après tout la sonnerie qu'il veut. Et voilà le spectateur entraîné dans une merveilleuse parodie des policiers...
Car oui, j'ai mis du temps à lâcher le mot, mais nous sommes bel et bien devant une parodie, et une parodie des plus réussies ! L'une des explications trouve sa source dans le casting : parmi les détectives, nous trouvons Peter Falk (parfait), Peter Sellers (méconnaissable), James Coco et Elsa Lanchester (je ne m'étends pas, je ne les connais pas (ce qui est peut-être un sacrilège) et j'avoue que James Coco, qui interprète le faux Hercule Poirot est celui qui m'a le moins amusée), David Niven qui forme un duo exquis avec sa femme, Maggie Smith. Il ne faut pas non plus oublier Alec Guinness, admirable majordome qui a la particularité d'être aveugle : le ridicule de cette situation est évidemment un prétexte à bon nombre de scènes comiques.
Tous les acteurs s'en donnent à cœur joie (quelle drôle d'expression...), et le scénario devient de plus en plus loufoque; il serait malaisé d'expliquer l'humour ou de rapporter un exemple pour le justifier, parce que ça ne marcherait pas. Lionel "Capote" Twain est un homme machiavélique qui manigance une soirée époustouflante pour ses invités, dans un unique but : prouver qu'il est meilleur qu'eux, et qu'aucun des cinq détectives ne parviendra à découvrir qui est le meurtrier (car il y aura bien meurtre, le carton d'invitation ne mentait pas).
Tout roman policier se termine par une grande révélation : l'assassin est découvert, et son identité est en général tellement surprenante que le lecteur ne pouvait rien deviner tout seul. Le film se moque allègrement de cette manie, à tel point que j'ai été désarçonnée pendant quelques minutes - pour finalement rire devant tant d'absurdité et d'humour.
Un cadavre au dessert est un délice, et il n'est pas besoin d'être incollable sur le genre policier pour apprécier (je ne suis pas très familière des détectives parodiés, mais ça ne m'a pas empêchée de savourer le film); ce dernier a plus de trente ans et le seul plan où il est légèrement daté est celui des effets spéciaux. Mais ça ne demande même pas de faire un effort d'indulgence; le reste est tellement bon et drôle qu'on en oublie vite cet aspect désuet.
Dire que je n'ai même pas parlé de la cuisinière sourde et muette, et du chat qui aboie... vous devrez découvrir ça vous-mêmes.
Un cadavre au dessert (Murder by death), de Robert Moore - 1976; scénario de Neil Simon
mardi 18 mars
Fi des livres !
Aujourd'hui, on va parler films, parce que les Français qui n'ont pas de carte illimitée (non, je ne suis pas jalouse !)pouvaient fêter dans la joie et l'allégresse le Printemps du Cinéma, profitant du prix modique des places pour s'enfermer trois jours dans des salles obscures. En général, j'aime bien ça, je me débrouille pour voir plusieurs films, mais cette année un grand manque de motivation s'est emparé de moi (il faut dire aussi que les programmations ne m'attiraient pas vraiment), alors je me suis contentée de deux films, histoire de dire que j'ai quand même participé.
Commençons par Les femmes de l'ombre (de Jean-Paul Salomé), qui développe un sujet légèrement consensuel au cinéma, à savoir : le courage extraordinaire des femmes engagées dans la Résistance. Tout commence ici avec une première mission, sauver un agent britannique arrêté par les Allemands, ce qui peut être très gênant parce que l'homme préparait le débarquement en Normandie, et qu'il ne doit surtout pas parler. Cette première mission, donc, est orchestrée par Louise (Sophie Marceau) et quelques autres filles recrutées pour leurs talents divers. Seulement, un colonel allemand (Moritz Bleibtreu) nourrit quelques soupçons sur le projet de débarquement, et la mission se complique : cet homme doit mourir...
La résistance est traitée avec beaucoup d'académisme, cela reste conventionnel tant par le traitement de l'image que par les thèmes évoqués - trahisons, sacrifice, culpabilité certaine à commettre quelques actes peu catholiques, etc... Et pourtant, tout a très bien fonctionné avec moi. Je me suis laissée prendre au jeu, en m'identifiant à ces cinq femmes et à leurs destins tragiques. L'une s'engage entièrement après la mort de son mari, l'autre a fui la France parce qu'elle était tombée amoureuse d'un Allemand... Une troisième, emprisonnée pour meurtre, trouve dans cette mission un espoir de s'en sortir (bien que la mort n'est pas impossible sur le terrain), une quatrième ne supportera pas le premier geste de torture... J'ai compati, me demandant comment j'aurais agi à leur place, tout en sachant qu'elles ont toutes perdu beaucoup dans cette guerre, et qu'elles s'acharnent pourtant encore à sauver ce qui peut l'être.
Quant aux actrices, on se délecte de la beauté de Sophie Marceau (bien qu'elle semble moyennement habitée par son rôle), du jeu énergique et efficace de Julie Depardieu, de l'émotion provoquée par Marie Gillain (que je n'aime vraiment pas - mais là, on dirait presque qu'elle joue bien !)... Deborah François incarne son personnage avec maladresse, mais cela reste touchant. Je pourrais aussi parler de la cinquième femme (Maya Sansa) mais on la voit très peu et le spectateur la connaît mal, donc je passe. En somme, ce n'est pas un chef-d'œuvre, mais j'ai personnellement bien aimé.
Choupynette n'a pas été convaincue.
Le second film que j'ai vu est encore plus drôle que le premier : il s'agit d'MR73, d'Olivier Marchal. On y trouve un Daniel Auteuil sale, puant, alcoolique et un chouïa dépressif mais il a une bonne excuse pour ça : il a perdu sa petite fille dans un accident de voiture et sa femme, bien qu'elle s'en soit sortie vivante, est un légume. Ça fait beaucoup pour un seul homme, surtout qu'il fait déjà un métier très difficile : il est flic au SRPJ, et il se trouve accaparé par deux affaires, celle d'un tueur en série qui agit actuellement dans la jolie ville de Marseille et qui ne s'en prend qu'à des femmes (je vous laisse imaginer ce qu'elles subissent), la seconde (affaire) l'emmenant 25 ans en arrière, époque où un grand malade mental torturait affreusement ses victimes (parce qu'il aimait "les regarder mourir"). Seulement voilà, cet homme condamné à perpétuité fait preuve d'une conduite exemplaire en prison, et il va être relâché sous peu. Comment Justine (Olivia Bonamy...), dont les parents ont été massacrés par ce fou, appréhende-t-elle cette bonne nouvelle ?
Je suis très fière d'avoir réussi à résumer ce film, alors que le scénario est d'un confus absolu et que tout s'emmêle sans jamais être captivant... Autant être claire, c'est loin d'être une réussite. On sent pourtant que le réalisateur était plein de bonnes intentions, filmant dans des lieux glauques, sombres, sales, créant des personnages torturés... mais ça ne fonctionne pas. Toute cette noirceur n'est pas expliquée, tout est dramatisé à outrance alors qu'au final, ça ne met même pas mal à l'aise. Ca manque de profondeur, rien n'est justifié, on attend pendant 1h40 que l'autre sorte de prison, créant ainsi un faux suspense - moi qui croyais avoir peur pendant ce film, je suis ressortie aussi tranquille que si j'avais vu un Walt Disney.
Cela n'enlève rien au talent de Daniel Auteuil, bien qu'on l'ait connu plus convaincant... il reste quand même le grand point fort du film (dont la scène d'ouverture, dans le bus, m'a beaucoup plu, je dois l'avouer), même si sa déchéance ne touche pas. Olivia Bonamy est égale à elle-même, c'est-à-dire qu'elle ne réussit toujours pas à être charismatique, c'est peine perdue désormais. Je me rends compte que je suis bien plus méchante que je n'aurais cru l'être, ça doit tenir à ma déception... un scénario plus travaillé et un peu plus de tact dans le traitement du noir auraient pu donner quelque chose de bon, dommage.
Chiffonnette a encore plus aimé que moi...
mardi 11 décembre
Once upon a time
Il y a certaines choses qui donnent le sourire, comme recevoir un colis qu'on n'a pas le droit d'ouvrir, manger du bon fromage, ou voir certaines belles décorations lumineuses dans les rues (et je dis bien certaines) alors qu'on rentre d'une séance de cinéma qui donne le sourire.
Mon statut de fille m'interdisait de passer à côté du dernier Disney, Il était une fois. La première fois que j'ai vu la bande-annonce, je suis restée de marbre. La seconde fois, je me suis dit qu'il serait dommage de passer à côté d'une occasion de se moquer.
Seulement, j'ai failli à ma mission, puisque je n'ai même pas eu le cœur à me moquer, tellement c'était agréable de voir ce film décalé qui m'a rappelé ces beaux souvenirs d'enfance où je rêvais d'avoir la superbe chevelure de la Belle au bois dormant (entre nous : j'en rêve toujours).
Tout démarre dans le monde féérique d'Andalasia; le Prince trouve la femme de ses rêves, mais sa belle-mère refuse cette union car ça lui ferait perdre le trône. Alors, par pure maladresse, elle envoie la jeune fille (Giselle !) dans un monde où elle sera perdue pour le prince. Et voilà Giselle (!) qui perd sa belle frimousse de dessin animé pour rejoindre la jungle terrible qu'est New York City. Elle y rencontrera Robert (!), qui s'occupera d'elle en attendant l'arrivée du prince Edouard. Parce qu'il viendra. Les princes viennent toujours.
L'ingéniosité du film est donc de mêler l'aspect mielleux des contes de fées (et leur bonne humeur permanente) avec la réalité, faite de séparations et de colère. Et oui, sur terre, on ne vit jamais heureux et amoureux jusqu'à la fin des temps (apprendre ça m'a totalement minée).
J'ai déjà écrit plus haut le mot-clé du film : décalage. C'est de là qu'il puise tout son humour. Dans les contes de fées, les personnages aiment bien se lancer dans la chanson, entourés d'animaux dociles et gentils, mais cela prend une toute autre couleur quand on est une fille perdue, candide, et qu'on pousse de la voix dans le salon d'un appartement new-yorkais. Je ne vais pas m'amuser à recenser toutes les scènes qui valent le détour, ce serait fastidieux et pas drôle du tout pour le coup. Il suffit de se prendre au jeu, et la magie opère (par contre, si vous y emmenez un homme lors de votre premier rendez-vous, attendez-vous à ce qu'il ne vous recontacte plus jamais).
Quant à la fin... ah, la fin ! Allez, je range ma légère grimace et mes éventuelles petites réserves (oh qu'il m'a énervée, l'homme à la botte de la belle-mère ! en plus, il a déjà joué Peter Pettigrow dans les HP alors je m'attendais à voir Harry Potter surgir d'une bouche d'égout).
C'est rafraîchissant, et ça m'a donné envie d'avoir des cheveux longs. Ça tombe bien - je les ai déjà.
ps : vous avez vu, je me suis abstenue de tout commentaire sur les prénoms. Mais quand même, Robert et Giselle...
pps : écrit hors connexion, ce billet mérite quand même un peu plus d'informations officielles : Il était une fois est un film de Kevin Lima, joué par Amy Adams et Patrick "Dr Mamour" Dempsey, l'homme qui ressemble à Sean Penn, mais en moins bien quand même, ce qui est déjà pas mal.
vendredi 07 décembre
I believe I can fly
Il était une fois un aviateur totalement fou, passionné, qui investit tout son argent (et il est très millionnaire) dans l'accomplissement de ses rêves. Evidemment, le nom d'Howard Hughes ne m'évoquait rien avant que Martin Scorcese ne réalise un film autour de ce personnage fantasque et atypique. Aviator est sorti en 2005, et l'on y trouve Leonardo di Caprio dans le rôle-titre. Pour avoir été collégienne au moment de la sortie de Titanic, il a fallu, comme toutes mes copines, que je tombe amoureuse de Leonardo (sinon : lynchage) - j'avoue (honteusement) qu'il n'a pas fallu beaucoup me forcer pour que je succombe. Dieu soit loué, on se lasse vite à cet âge, donc je n'ai pas été atteinte trop longtemps par ce fléau. Quoiqu'il en soit, je n'ai pas vraiment suivi la carrière du jeune acteur par la suite, ce qui est peut-être une erreur.
Aviator se veut donc film biographique; Howard Hughes est suivi sur près d'une vingtaine d'années, ce qui permet au spectateur d'être témoin de son évolution (professionnelle, amoureuse, etc...). L'homme était aviateur (vous vous en doutiez, non ?), producteur de cinéma, homme d'affaire, mais aussi terriblement riche, misanthrope, séducteur, reclus. Qu'une seule personne concilie autant de qualités est presque douteux, mais les miracles existent parfois.
Le film souligne bien le caractère démesuré du personnage, son excentricité, son jusqu'au-boutisme. Il perdra par exemple un nombre inconsidérable de millions lors de la réalisation des Anges de l'enfer, qui sera un vrai gouffre financier pendant plusieurs années.
Je ne vais pas reprendre point par point les différents événements relatés dans le film, ce serait assez fastidieux, l'essentiel étant de dire que l'ensemble est à la fois homogène et passionnant. Aviator met l'accent sur le soin extrême que Howard Hughes portait à l'hygiène, soin qui virera à l'obsession (gentille manière de dire qu'il était victime de T.O.C. absolument terribles) - les dernières années évoquées dans le film sont d'ailleurs très dures; voir la déchéance de cet homme, qui refuse tout contact avec l'extérieur, est pathétique.
Bien sûr, avant d'en arriver là, il en aura bien profité, le petit Howard. Entouré des plus belles femmes de l'époque, il n'a pas dû connaître de grandes périodes de célibat : Bette Davis, Ava Gardner, Jean Harlow, Rita Hayworth, Katharine Hepburn, Janet Leigh notamment sont tombées dans ses bras; trois d'entre elles sont incarnées à l'écran, mais je ne souhaite pas m'étendre sur Ava Gardner (jouée par Kate Beckinsale) et Jean Harlow (Gwen Stefani), car les actrices n'ont pas le quart du charme des femmes qu'elles incarnent. Quant à Katharine Hepburn, elle est interprétée par Cate Blanchett
Au premier abord, le lien entre Hepburn et Blanchett me paraissait totalement obscur; mais j'ai fini par accepter le personnage, d'autant plus que je ne le connaissais finalement pas. Katharine Hepburn apparaît comme une femme merveilleusement fantasque, décidée, étonnante. Elle m'a d'ailleurs tellement intriguée que je me suis offert par la suite son autobiographie (mais je ne l'ai pas encore lue, évidemment). A vrai dire, le film est réellement porté par Leonardo di Caprio, et Cate Blanchett. Tous les deux sont irréprochables, et bien que j'étais déjà convaincue du talent de la demoiselle, j'ai aussi eu la preuve que Leonardo a grandi (et plutôt bien) depuis la fois où je l'ai vu monter clandestinement dans le plus grand paquebot du monde.
Le destin d'Howard Hughes est à la fois tragique et merveilleux, ses passions l'auront brûlé (au propre et au figuré), et je regarde désormais les avions d'un oeil différent. Je compte bien me renseigner sur cette figure mythique, Aviator ayant piqué ma curiosité.
C'est une oeuvre vraiment passionnante à mes yeux, du grand spectacle admirablement maîtrisé, un film qui m'a fait passer un excellent moment. Je le recommande aux retardataires !
vendredi 23 novembre
Aucun chien n'a été maltraité pendant le tournage
(surtout qu'il n'y en a pas dans le film; mine de rien, ça aide)
Il était une fois un génie du cinéma qui s'appelle Quentin Tarantino. Un jour, il décide de réaliser un film (ce qui concorde plutôt avec l'idée de génie du cinéma, on peut dire que ce billet a de la suite dans les idées), un film comme il sait si bien les faire, avec : des dialogues mythiques, une certaine dose d'hémoglobine, des acteurs cyniques et charismatiques, une réalisation et une BO soignées.
Le film dont je veux vous parler, Reservoir dogs, ne déroge évidemment pas à la règle, et fait même mieux : il pose le décor, puisque c'est le premier film du petit Quentin.
Pour son premier film donc, l'intrigue est assez tendue. Messieurs White, Blonde, Orange, Pink, Brown et Blue sont des cambrioleurs de la grande école. Ils poussent même la classe à s'habiller en costard-cravate lors d'un hold-up. A ce sujet, leur dernier en date a mal tourné. La police est arrivée tellement tôt sur les lieux qu'il n'y a plus de doute : un traître se cache parmi eux. Mais qui, et pourquoi ?
Toute l'action (passées les dix premières minutes) se passe dans un immense hangar, où sont censés se retrouver les hommes après s'être remplis les poches dans une grande bijouterie. Le lieu est austère, Mr. Orange (Tim Roth) pisse le sang tandis que Mr. White (Harvey Keitel) tente de le réconforter, en lui assurant que les autres vont bientôt arriver, et qu'il sera bientôt soigné. Tu parles, Charles !
Le huis-clos se fait de plus en plus oppressant, à mesure que la mare de sang s'aggrandit, et que les doutes se posent sur diverses personnes du clan. Tour à tour, les hommes apparaîtront dans le hangar (sauf Mr Brown, joué par Tarantino himself, qui a une bonne excuse : il est mort pendant le braquage), se questionneront, hausseront le ton, et basculeront doucement vers la paranoïa.
Le résultat est étonnant; hormis son dernier, je dois avoir vu tous les films de Tarantino, et il aura à chaque fois réussi à m'embarquer dans ses histoires (horribles) pour me faire passer un excellent moment de cinéma (mon dieu, la fin de cette phrase ressemble à une mauvaise pub. Pardon). Il est toujours intéressant de voir quelques humains (dé)battre dans un lieu clos qui paraît sans issue (sortir équivaut à la prison) et où tout se joue pour eux, pour leur avenir. Les acteurs oublient d'être mauvais; faut dire qu'entre Harvey Keitel, Michael Madsen (que l'on retrouvera dans Kill Bill 2), Steve Buscemi, Chris Penn (le frère de Vous-savez-qui), Tim Roth (entre autres), il y avait de quoi faire, et ils le font bien (ça aussi, ça sent la mauvaise pub, mais c'est volontaire). J'aurais du mal à cacher un petit penchant pour Madsen et Roth, que j'aime beaucoup dans l'absolu, et qui ne m'ont pas déçue dans ce film-là, où l'inquiétude monte plan après plan.
Les âmes sensibles sont dispensées de voir Reservoir dogs, parce qu'il y a quelques scènes où le spectateur ne peut s'empêcher de compatir au sort des malheureux, et ça fait mal - mais cela ne refroidira pas les amateurs de Tarantino, j'en suis sûre (en réalité, je pense surtout que les fans ont déjà vu ce film depuis des lustres, mais que voulez-vous, je suis toujours en retard).
Efficace, percutant, parfois drôle et parfois douloureux, Reservoir Dogs est un film qui vous laissera la gorge sèche jusqu'à la toute dernière image... Puissant !






