N.u.l.l.e.

Nouvel Univers Lunatique et Lacunaire d'Erzébeth

lundi 17 mars 2008

Le charme japonais

Lumière pâle sur les collines
de Kazuo Ishiguro (1982)
traduction de l’anglais par Sophie Mayoux (1984)

Ce n'est pas toujours facile d'écrire un compte-rendu de lecture, ça l'est encore moins quand la lecture remonte un peu - croyez-moi... Je pourrais renoncer (je me le permets avec quelques titres), mais s'agissant d'un beau et troublant premier roman, j'avais envie de faire un petit effort.

IshiguroKazuo0Tout commence en Angleterre, là où vit désormais Etsuko; sa première fille s'est suicidée. Niki, la cadette, vient rendre visite quelques jours à sa mère. Cette dernière, pendant ce court laps de temps, va laisser son esprit vagabonder, retournant ainsi au Japon où elle a vécu la majeure partie de sa vie.
Là-bas (dans les années 50), elle était mariée à Jiro et enceinte de Keiko (la défunte, pour ceux qui ont déjà du mal à me suivre). Là-bas, elle a fait la connaissance de Sachiko, une femme mystérieuse qui vit seule avec sa petite fille, Mariko. Le temps d'un été, ces quelques destins vont se croiser, s'emmêler, se confondre...

Lumière pâle sur les collines ressemble à son titre : mystérieux, envoûtant, poétique. Les rares lectures japonaises que j'ai pu faire contenaient toutes un charme indéniable, qui me paraît typique de l'île. Ce roman-ci avait tout pour séduire. Petit à petit, le lecteur reconstitue le passé d'Etusko et se rend compte à quel point cette femme est seule, sous son apparence sereine.
Sachiko est un des personnages intrigants de ce roman, puisqu'elle ne ressemble absolument pas à ce qu'on peut attendre d'une femme japonaise de l'époque et parce qu'elle entretient une relation assez trouble avec sa petite fille. Il y a quelque chose qui me fascinera toujours : le pouvoir d'angoisse des enfants - pire : des petites filles. C'est mal dit, donc j'explique : je trouve que les fillettes, dans les romans et films, peuvent très vite mettre mal à l'aise, dès que leur comportement sort un peu des sentiers battus, et que l'atmosphère s'y prête. Là, Mariko n'adresse la parole à personne, elle ne va pas à l'école. Elle aime se promener au bord de l'eau, la nuit, et d'ailleurs elle y rencontre une femme qui n'existe pas. Personnellement, ça suffit pour me sentir gênée.
Dans ce roman, j'avais la constante impression que quelque chose allait arriver, comme quand le ciel est lourd de pluie. L'eau tombera, ce n'est qu'une question de temps. L'équilibre est fragile, tellement instable...
Je le vends très mal, ce roman, mais j'essaie aussi de ne pas tout dévoiler. Si vous êtes réceptif à la sensibilité japonaise, si vous n'avez pas peur de perdre pied (car vous perdrez pied. Inévitablement), je vous le conseille vivement. C'est une petite œuvre délicate, sensible et troublante; il serait dommage de s'en priver...

Vous trouverez ici l'avis de Sibylline, plus clair que le mien et au final un peu plus mitigé.
(par contre, ne lisez pas la première critique ! non seulement on y trouve la fin du roman, mais en plus vous n'y comprendrez rien, hors contexte)

Un extrait ?

« Mme Fujiwara m’observa attentivement pendant un moment. Puis elle me dit : « Vous avez maintenant toutes les raisons d’espérer, Etsuko. Qu’est-ce qui vous rend si malheureuse ?
- Malheureuse ? Mais je ne suis absolument pas malheureuse. »
Elle me regardait toujours ; je ris nerveusement.
« Lorsque l’enfant sera là, dit-elle enfin, vous serez ravie, croyez-moi. Et vous allez être une mère admirable, Etsuko.
- Je l’espère.
- J’en suis sûre.
- Très bien. » Je levai les yeux en souriant.
Mme Fujiwara hocha la tête, puis elle se leva à nouveau. »

Posté par erzebeth à 15:47 - lecture - Commentaires [13] - Permalien [#]

Commentaires

    Erzebeth, il faut maintenant que tu arrêtes de te dénigrer en permanence, surtout dans une critique de livre ! Non, tu ne "le vends pas mal" ce roman, non ce n'est pas "mal dit" ce que tu exprimes, la preuve, tu m'as donné envie de l'acheter.
    Alors suffit, mmm, on est d'accord ?

    Posté par cuné, mardi 18 mars 2008 à 06:28
  • Je viens juste de m'acheter en poche son dernier roman... et je pense comme Cuné que ta critique pas si maladroite donne envie de découvrir l'univers subtil d'Ishiguro !

    Posté par rose, mardi 18 mars 2008 à 10:31
  • * Cuné, devant des ordres aussi convaincants, je ne peux que m'incliner !!
    C'était juste périlleux de parler de ce livre, quelques semaines après l'avoir lu. Mais je vais surveiller mon langage, promis !

    * Rose, il s'agit d' "Auprès de moi toujours", c'est ça ? Il a l'air tentant, effectivement...

    Merci à toutes les deux !

    Posté par erzébeth, mardi 18 mars 2008 à 12:47
  • Je n'aime pas vraiment Ishiguro mais je plussoie grandement à ce que dit Cuné : stop l'auto-dénigrement, avoir confiance en ses propres capacités est indispensable et ce n'est pas maaaaal, je te le jure! )))

    Posté par fashion victim, mardi 18 mars 2008 à 13:44
  • * Fashion, tu es pardonnée pour Ishiguro, d'autant plus que tu as déjà du boulot en littérature japonaise, car tu d.o.i.s. lire "Kafka sur le rivage" (et en plus, ça fera baisser ta PAL d'un livre ).
    Quant au reste, oui oui, bon... je vais faire attention !

    Posté par erzébeth, mardi 18 mars 2008 à 16:25
  • Bonjour
    Ayant lu "Auprès de moi toujours" ta critique me donne très envie de découvrir celui-ci !

    Posté par kathel, mardi 18 mars 2008 à 21:58
  • Kathel, bienvenue par ici, et merci pour ton commentaire ! Je pourrais t'écrire la même chose, d'ailleurs : ta critique (qu'on peut trouver ici :
    http://lettres-expres.over-blog.com/article-16733164.html ) me laisse croire que c'est un roman qui pourrait vraiment, vraiment me plaire.

    Posté par erzébeth, mercredi 19 mars 2008 à 19:56
  • J'ai toujours éprouvé une certaine fascination pour le Japon.
    Exotique (oui, enfin, à sa manière), si différent culturellement alors que la globalisation le rapproche de nos modes de vie ; peut-être aussi que les mangas m'en ont donné cette impression...
    Je ne sais pas, il y a un "mystère moderne" qui se dégage de ce pays... Le livre me semble d'une infinie beauté, revêtu de ce même mystère si propre au Japon... Ta chronique le traduit bien, et également le pouvoir envoûtant et inquiétant des enfants. Mais ne jamais oublier que les enfants ont un monde fantasmatique très riche...

    Posté par Esis, mercredi 19 mars 2008 à 21:18
  • J'avoue une inculture totale en matière de mangas...
    Quant au reste de ton commentaire, chère Esis, je suis entièrement en phase avec ce que tu écris. Es-tu inscrite dans une bibliothèque ? Je connais peu cet univers japonais, mais je te conseille aussi Haruki Murakami, qui a un charme... fou !
    Je n'oublie pas, pour les enfants. Ils peuvent être fascinants, eux aussi.

    Posté par erzébeth, jeudi 20 mars 2008 à 20:41
  • J'adore Ishiguro. Je n'ai lu que des romans très anglais de lui pour l'instant, mais celui-ci est sur ma PAL. Comme Cuné, je trouve que tu vends très bien ce livre, j'ai vraiment envie de l'ouvrir maintenant !

    Posté par Lilly, vendredi 21 mars 2008 à 15:44
  • Ah mais si tu as déjà ce livre en réserve, tu es une chanceuse ! J'espère qu'il te plaira, mais en même temps que je l'écris, je me dis que le contraire est difficilement concevable...!

    Posté par erzébeth, vendredi 21 mars 2008 à 19:04
  • Chère Erzébeth, j'attendais impatiemment de relire ta critique car entretemps j'ai lu "Auprès de moi toujours" et je suis tombée complètement sous le charme d'Ishiguro! Roman merveilleux, et je note donc celui-ci !

    Posté par rose, mercredi 26 mars 2008 à 12:15
  • Rose, je suis enchantée de te revoir !
    Et je pense qu'en plus, tu vas me tenter avec "Auprès de moi toujours"... je serai attentive à ta critique !

    Posté par erzébeth, mercredi 26 mars 2008 à 12:33

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