N.u.l.l.e.

Nouvel Univers Lunatique et Lacunaire d'Erzébeth

mercredi 11 novembre 2009

Un ruban autour d'une bombe

frida Parmi les artistes à la mode, on retrouve incontestablement Frida Kahlo. L'engouement s'est renforcé avec la sortie d'un biopic de Julie Taymor, en 2002, portant le nom sobre de Frida. Et puisque vous êtes perspicaces, vous avez compris qu'il va être question de ce film aujourd'hui.
J'avoue que je ne connaissais pas cette peintre avant de la rencontrer au cinéma; j'ignorais tout de sa vie, de ses tableaux. Et voilà qu'en moins de deux heures, elle m'était devenue importante.

Et même si cela peut paraître terriblement cliché, la nature de Frida se révèle rapidement : elle semble être née pour peindre, aimer, souffrir.
Elle tombe malade à l'âge de six ans, en gardant une malformation de la jambe droite. Attirée par le dessin, elle s'exerce avec son père, photographe, qui l'autorise à retoucher quelques photos avec de la peinture. Mais pour elle, ce n'est pas encore essentiel; elle veut devenir médecin, rejoint une école prestigieuse mais n'en profitera pas longtemps : en 1925, alors qu'elle n'a que dix-huit ans, un épouvantable accident de bus détruit son corps. Jambe pulvérisée, bassin brisé, vertèbres fracturées. C'est à se demander comment elle en survit... Mais elle tient, Frida, et c'est justement pendant cette période qu'elle découvre réellement la peinture. Immobilisée dans son lit, allongée, corsetée, elle puisera de la force dans l'art, elle s'exprimera inlassablement à travers de multiples autoportraits.

A ce stade, on a déjà la douleur et la peinture. Il est temps de parler de Diego Rivera, l'homme de sa vie, ce peintre de vingt et un ans de plus qu'elle, un homme talentueux, reconnu, mais aussi un homme laid, gros, grand, irrésistible aux yeux des femmes. C'est certain qu'il a été amoureux de Frida, oui, sans pour autant lui être fidèle. Même mariés, il continuera à la tromper. Frida, elle, ferme les yeux, par amour. Tant qu'il reste loyal... Puis le contexte aidant certainement, on ne peut pas dire non plus qu'elle ait été d'une fidélité exemplaire...

L'une des plus belles scènes du film est dû à leur rapprochement : Diego commence à déshabiller Frida pour la première fois, et...

scar_1
- I have a scar... 

scar_2
- Let me see it.

scar_3
- You're perfect.

Voilà donc les pierres angulaires de leur vie. L'amour. L'art. L'expression (du monde, de soi). La souffrance pour elle, la séduction pour lui, la politique pour eux deux (ils étaient des communistes engagés). Leur quotidien, fatalement hors-normes, est un mélange de tout cela.
Le film est bien plus qu'une petite adaptation d'une vie extraordinaire, c'est une mise en mouvements de tableaux plus torturés les uns que les autres, c'est pratiquement une déclaration d'amour à Frida Kahlo. Je ne vais pas m'étendre sur la perfection physique de Salma Hayek, mais il est clair qu'elle est tellement Frida à l'écran que je n'imagine aucune autre actrice pouvant interpréter un tel rôle. Petite, frêle d'apparence et pourtant tellement tenace, joyeuse, fière, la Frida du film est bouleversante de sincérité, de souffrance, de courage. Les traits de la véritable artiste se fondent dans ceux de l'actrice, au point que la réalisatrice a eu l'idée de reprendre certains tableaux de Frida Kahlo et d'y incorporer le propre visage de Salma Hayek. C'est l'une des grandes réussites de cette biographie, d'ailleurs : parce que Frida Kahlo ne parlait que d'elle dans ce qu'elle peignait, on peut facilement associer ses œuvres à différentes étapes de sa vie. Ainsi, dans le film, la réalité s'unit à l'art, les tableaux prennent vie en tant que témoignage d'épreuves à surmonter. Car dans l'essentiel de son œuvre, Frida Kahlo exorcise ses souffrances, physiques et morales, cette femme ne pouvant réagir qu'avec son cœur, et avec rien d'autre. Sensibilité exacerbée qu'elle extériorise avec un talent et une émotion rares. Ses tableaux ne peuvent pas laisser de marbre; qu'ils bouleversent ou mettent mal à l'aise, ils provoquent inévitablement une réaction de la part du spectateur.

Tout est de toute beauté, dans ce film. Les couleurs festives du Mexique, la musique lancinante qui semble prendre chair, elle aussi (même sans que l'on comprenne ce qui est chanté), la mise en scène imaginative, les acteurs qui virevoltent autour de Frida et Diego (joué par Alfred Molina), ces plans qui, à chaque instant, semblent célébrer la vie... alors qu'elle a été pire que chienne avec Frida.
Toute cette souffrance tellement invivable, comment a-t-elle pu la supporter, pendant plus de quarante ans ? Comment a-t-elle trouvé la force de transcender cette destruction physique pour en faire jaillir la Beauté ? Ce destin d'une cruauté abyssale m'avait ébranlée au cinéma, et ça fait sept ans que je vis avec ce film... que j'y repense... que certaines scènes ressurgissent en moi, certains mots. Certaines douleurs. Et le revoir, récemment, n'a pas amenuisé son effet. Frida me bouleverse. Il y a mille raisons à cela, toutes plus intimes les unes que les autres. Je ne peux pas m'empêcher d'être fascinée par ces gens qui maintiennent leur tête hors de l'eau, qui pétrissent de la boue pour en faire de l'or*, qui parviennent à être heureux là où on serait démolis. Allez expliquer à une fille de dix-huit ans que son corps ne vaut plus rien, qu'elle devra s'habituer à ses cicatrices, à ses douleurs, revenez la voir quand, adulte, elle fera plusieurs fausses couches parce qu'elle a été tellement abîmée lors de l'accident que la maternité lui est impossible... Et regardez-la, encore, toujours, quand son mari demande le divorce, quand elle boit, quand elle devient dépressive et suicidaire ("Je buvais pour noyer mes peines mais les vilaines apprirent à nager"), et qu'elle continue, encore, toujours à peindre... Frida Kahlo aurait eu mille raisons d'être une femme invivable, destructrice pour son entourage, elle aurait pu se morfondre et ne se laisser aucune chance. Mais, je vous l'ai dit, elle était amoureuse, et avant tout : cruellement amoureuse de la vie. Même brisée, elle continuait d'espérer, comme dans ce tableau, où elle se peint après une énième intervention du dos (qui va finalement lui faire atteindre des sommets dans la souffrance) :

kahlo_tree_of_hope

Cet espoir d'aller mieux, de quitter ce corset en acier (à partir de cette opération, en 1946, elle portera 28 corsets différents, son dos ne tenant plus), de rester dans la lumière. Frida Kahlo a une force de vie exemplaire. Son art lui servant de catharsis, elle parviendra à vivre avec le plus d'entrain possible. Elle minimisera d'ailleurs sa souffrance en disant qu'elle a subi deux accidents dans sa vie : le bus et Diego Rivera, ce second étant bien pire que le premier...
Mais ces deux-là sont liés, malgré tout. Ils se marient à nouveau, Diego restant auprès de Frida jusqu'à la fin.

LARMES

Diego - Je viens te demander de m'épouser.
- Je n'ai pas besoin d'aide.
- Moi, si.

- J'ai perdu les orteils d'un pied, j'ai le dos foutu, les reins malades, je fume, je bois, je jure, je ne peux pas avoir d'enfant, je n'ai pas d'argent et plein de notes d'hôpital. Je continue ?
- Une vraie lettre de recommandation
...
- Frida... Je me languis de nous.
- On dit qu'il ne faut pas croire un chien qui boite ou les larmes d'une femme.
- On a tort.

(peut-être)

Au printemps 1953, enfin, une exposition mexicaine met Frida Kahlo à l'honneur; c'est la première fois qu'elle est exposée dans son pays... Mais n'ayant pas le droit de se lever, c'est dans son immense lit à baldaquin que Frida se rendra au vernissage, acclamée par les gens présents.
On pourrait croire, après ça, qu'elle aurait droit à une fin paisible... évidemment pas. Une dernière année de torture l'attend (avec l'amputation de son mollet droit, une pneumonie) et, alors que son dernier tableau crie Viva la vida, son journal intime, lui, se termine sur ses mots : "J'espère que la sortie sera heureuse et j’espère ne jamais revenir". Comme je la comprends.

Le film est une adaptation d'une biographie écrite par une historienne de l'art, Hayden Herrera, elle aussi sobrement intitulée Frida. Le titre de ce billet vient d'André Breton, qui définissait Frida Kahlo par ces mots.
Et pour terminer en beauté, voici un chemin jusqu'à
son site officiel.

* mots empruntés à Baudelaire, il ne m'en voudra pas

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lundi 9 novembre 2009

"L'automne est une demeure d'or et de pluie"

(dixit Jacques Chessex)

Il paraît que c'est bon signe, que ça veut dire que les gens m'aiment bien (si, d'abord, c'est Levraoueg qui me qualifie de chouchoute, je n'invente rien). Mais j'aimerais bien que les gens me prouvent leur attachement autrement qu'en me coltinant le moindre tag qui passe dans mon périmètre de survie.
Seulement voilà, on essaie de m'apitoyer;
on me dit que je suis merveilleuse. Je le crois. Et une fille merveilleuse, qu'est-ce que ça fait, à votre avis ? Ça se plie à ce qu'on lui demande. Las, un jour, je suivrai des cours où l'on m'apprendra à dire Non. En attendant, faut de moyens (je suis sûre que ces cours sont hors de prix), j'acquiesce, telle une pauvre victime de la société virtuelle. Vous brûliez de savoir ce qui remplit actuellement mes journées, vous allez être comblés.

~ Seven things shaping my fall ~

~ les vitamines; c'est excessivement et totalement essentiel, surtout quand on sait ma propension à ressembler plus souvent à une serpillère qu'à un être humain en bonne et due forme. L'extrait de pamplemousse ne m'ayant strictement rien fait, j'acquiers tonus et vitalité grâce à l'acérola. Oui, maintenant, j'arrive à tenir jusqu'à 22h le soir. Quel exploit sensationnel (j'ai envie de pleurer). Ça a au moins l'avantage d'avoir bon goût, un côté acidulé-bonbon qui ne peut que m'exalter. Et si en plus ça éloigne la grippe de mon petit organisme fragile, je ne peux qu'adhérer.

~ les bonnes résolutions que je ne tiens absolument pas. Tenir mon armoire bien rangée, faire la vaisselle dès que le repas est terminé, rester plus d'une demi-heure à la piscine, tenter de me cultiver. Si l'on sait que, cette semaine, j'ai passé 20 minutes à chercher un satané sous-pull dans mon avalanche de fringues (ça m'apprendra à n'acheter que du monochrome, rien ne ressemble plus à un haut noir qu'un autre haut noir), que j'ai finalement accepté de faire la vaisselle parce qu'il ne me restait plus un seul couteau de propre (et que je voulais goûter ce fromage, là, tout de suite), que les gens m'ont tellement énervée à la piscine que j'en suis sortie au bout de 25 minutes, en rage, et qu'une de mes collègues essaie à tout prix de me faire lire Dewey, l'histoire du mignon petit chat, vous comprendrez alors que toutes mes résolutions tombent à l'eau. Ne parlons même pas de mon envie de mincir, s'il vous plaît.

edward
Cette photo n'est pas à prendre au 1er degré, merci.

~ la Saga du désir interdit. Ou comment un vampire et un loup-garou tombent éperdument amoureux d'une petite humaine sans charme. 2465 pages (j'ai compté). A l'heure où j'écris ces lignes (dimanche, 15h26, temps sec et glacial), il ne me reste plus que 306 pages. Je n'en puis plus - et pourtant, je persiste, encore et toujours. On en reparlera quand j'aurai tout lu. Le week-end, je ne lis que ça. Le soir, je renonce à mettre un DVD pour connaître la suite des aventures (qui commencent légèrement à toucher le fond, je dis ça, je ne dis rien). Ce n'était peut-être pas l'idée du siècle d'enchaîner les quatre romans à la suite. N'empêche que, malgré tous mes grognements et mes fous rire, ça m'occupe drôlement bien les dimanche après-midi, sous ma couette, avec un thé fumant à proximité.

~ je dirais bien que les doutes rythment ce bel automne, mais ce serait tricher : je doute à toutes les saisons, c'est un de mes grands talents. Et comme je n'ai pas envie de vous raconter pourquoi je me triture les méninges, tout ceci reste fort nébuleux. Je pourrais les associer aux projets, car j'en ai autant que des doutes (les deux vont ensemble, finalement, ils se tiennent symboliquement la main pour parcourir le doux chemin de la vie) mais ça ira, oui, tout ira bien.

~ l'automne, pour moi, c'est la récompense après avoir difficilement survécu à l'été. Je suis pire qu'enthousiaste d'avoir ressorti mon gros manteau, mes mitaines roses, mes écharpes toutes douces et les chaussettes rigolotes, j'aime les feuilles mortes et les couleurs sur les arbres, le potiron, les raclettes, la buée qui sort de ma bouche quand je pars travailler le matin, j'aime le thé, je sais que la saison des chocolats chauds et des clémentines n'est plus qu'à deux pas, et ça me réjouit. Il faudrait juste qu'on invente des mini-bouillottes à mettre dans les chaussures, mais à part ce petit détail, l'automne est un régal.

~ les soirées, les sorties, les restos, les tisanes anti-stress et les sourires enjoués qui sont parfois surjoués. Les choses à régler d'urgence, les lieux que je décide de ne pas aller revoir, les gens qui me manquent et ceux qui me manqueront. Les bouteilles de vin blanc, la gentillesse de certains et la connerie des autres, le goût des dernières fois, l'impatience, la déception et quelques disparitions, les fous rire. Les abri-bus où il n'y aucune indication, aucun nom d'arrêt, le taxi comme dernier recours, l'odeur de cigarette dans mes cheveux, le bas des pantalons mouillé par la pluie, le bonheur de le lire, le soleil froid du matin, les habits chauds, la chance que j'ai.

~ les tags. Parce qu'il semblerait bien que le monde entier se soit ligué contre moi pour me refiler tous les tags possibles et imaginables. Selon mon humeur, ils sont classés dans égocentrisme, ou dans inutile... Selon mon humeur, j'y réponds plus ou moins bien (là, on sent clairement mon manque d'inspiration, ne le niez pas). Même si je ne rate jamais une occasion de parler de moi, je vais quand même tâcher de varier les plaisirs...

Je ne sais plus qui a été désigné(e) par ce tag, qui a réussi à y échapper. Chiffonnette, ça te dirait de nous parler de ton automne ? Des sept recettes que tu préfères cuisiner en ce moment, ou n'importe quoi d'autre ?

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vendredi 6 novembre 2009

Qu'elle est courte hélas, cette vie dégueulasse

BIOLAY
"...Non, ne dis rien mon amour
Reviens juste au matin
T'immiscer et félin
Sous les draps chauds de mon corps
Qui cherchera ta main..."

Une fois n'est pas coutume, il sera question de musique aujourd'hui, d'un coup de foudre inattendu entre un artiste et mon cœur cristallisé (vous me direz que le coup de foudre est inattendu par essence, mais vous connaissez mon goût pour les pléonasmes. Et si vous ne le connaissiez pas, maintenant, c'est fait). Cette rencontre, je la dois à Mo, à un billet furtif où je m'engageais à écouter un certain album. Je pensais n'y poser rien de plus qu'une oreille distraite, et puis, cette voix langoureuse a su me piéger. J'ai écouté l'album un samedi. Puis je l'ai réécouté le lendemain. Le lundi, je me suis dit qu'il était temps d'aller m'offrir La Superbe de Benjamin Biolay.

SUPERBE

Ça y est, vous ricanez.
Benjamin Biolay, pour vous, c'est de la mauvaise chanson française, c'est ce gars qui écrit sérieusement des chansons qu'on ne peut raisonnablement pas écouter au premier degré (permettez-moi de vous offrir deux infimes extraits des Cerfs-volants : "A mesure que le temps passe, je mesure le temps qui passe" et "L'eau s'étend jusqu'à l'autre bout de l'étang" - ça me fait rire à chaque fois) ou pire, c'est juste le mari de cette actrice, là, mais si, tu sais, la fille à Machin, rah, son nom m'échappe ! Je ne peux pas vous jeter la pierre, j'ai longtemps pensé comme vous (sauf que personnellement, je sais me souvenir du nom de Chiara Mastroianni (et en plus, ils ne sont plus ensemble)). Je pensais, bêtement, que Benjamin Biolay n'était pas pour moi.
Puis, La Superbe.
Double album qui raconte les amours perdues, le manque physique, le romantisme des âmes esseulées, l'alcool qui tient compagnie même quand l'autre est parti. Ça parle d'évasions, de remords et de colère, de promenades et de fugitifs espoirs, de promesses impossibles à tenir.


"Nous sommes amants ou n'en sommes pas
Et face au vent on se soutiendra
Dans quarante ans, on s'en souviendra"

Il est indéniable que La Superbe est un album déprimant. Il s'écoute tranquillement, chez soi, quand on sait que la mélancolie peut être de bonne compagnie. J'ai testé pour vous l'écoute sur le lieu de travail, écouteurs plantés dans les oreilles, le résultat a été pitoyable : quand, quelques minutes plus tard, D. m'a demandé si je voulais un café, j'ai failli exploser en larmes - avouez que ça aurait été déplacé.
La Superbe pue le chagrin. Le chagrin d'un homme (et je ne dis pas que cet homme est Biolay) qui, dans la plupart des chansons, apparaît fragilisé par ses erreurs et la perte de son amour. Chaque texte semble demander pardon, certaines paroles ressemblent à des bouées lancées dans des moments de désespoir où il ne devait pas rester grand-chose à quoi se raccrocher.


"...Tout ça me tourmente,
Tout ça me tourmente un peu
La douleur m'éventre,
Mais je ris dès que je peux..."

Comme une mise à nu, quand il ne reste plus rien à faire, plus rien à espérer, sinon que d'attendre de vraiment toucher le fond pour rebondir, enfin.
La voix de Benjamin Biolay se fait à la fois touchante, sexy, entraînante, vulnérable. Moi qui n'y connais rien (sérieusement), j'ai aperçu les fantômes de Gainsbourg (Jaloux de tout), de Bashung (Night shop), de Miossec (à chaque fois que démarre 15 septembre, j'ai l'impression que c'est le Breton qui va commencer à chanter); il y en a évidemment mille autres qui ont influencé ce travail d'artiste, mais c'est là justement qu'on voit mes propres limites...
Benjamin Biolay parle, chante, propose des rythmes presque joyeux et d'autres tristes à pleurer, Benjamin Biolay apparaît à la fois blessé et serein, permettant de souffler à l'écoute de certaines chansons, même si c'est pour finalement retomber plus bas à la suivante, certes.
Benjamin Biolay se moque aussi de la chanson française - et ça, je ne l'invente pas, je l'ai lu
dans une interview : Brandt Rhapsodie, description d'une relation amoureuse, de la première nuit sauvage à la séparation un peu amère, a cette forme géniale d'être écrite comme une succession de post-its déposés sur le frigo. En 4'44 minutes, Benjamin Biolay et Jeanne Cherhal disent tout, avec une telle sincérité que c'est l'une des premières chansons à m'avoir vraiment accrochée. Or, c'est une énorme moquerie à l'encontre de l'actuelle chanson française, une ironie musicale que je n'avais pas saisie - c'est dire à quel point mon écoute de l'album doit être foireuse. Peu importe; après tout, quand un artiste s'exprime, il prend le risque d'être mal compris et je ne me sens pas particulièrement conne de m'être trompée.

Je ne sais pas parler de musique, mais ce que je sais, c'est que cet album m'accompagne depuis maintenant deux semaines, me bousculant et me réconfortant en même temps, ce que je sais, c'est que j'ai fait la connaissance d'un artiste qui me touche beaucoup, qui ne fait pas de compromis entre l'amour et le sexe (il parle des deux, et c'est bien), qui parle de désespoir et de drogue, et ce qui résulte de tous ces sentiments, de toute cette souffrance, compose un album d'une beauté saisissante, précieuse, douloureuse.
Au moins, quand vous écoutez Benjamin Biolay, vous savez pourquoi vous avez mal.


"Je savais bien Bébé que c'était pas simple..."

Et l'album de (presque) s'ouvrir avec 15 août et de (presque) s'achever sur 15 septembre, deux chansons magnifiques où la voix de Jeanne Cherhal (la femme qui quitte) trouve une réponse dans celle de Benjamin Biolay (l'homme quitté), la boucle se referme doucement, même le simple souvenir d'une couleur les oppose désormais, mais heureusement, oui, On reste, Dieu merci, à la merci d'une simple partie de jambes en l'air, quelle aventure, quelle aventure...
La Superbe porte si bien son nom.

Pour finir en beauté, en émotion, l'une des plus belles déclarations de l'album, Ton héritage, chanson écrite pour sa fille - parce que cet amour-là, toujours, reste intact.


"...Si tu pries quand la nuit tombe
Mon enfant, mon enfant,
Si tu ne fleuris pas les tombes
Mais chéris les absents..."

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mercredi 4 novembre 2009

Avec des si, on mettrait Paris en bouteille

Vous vous souvenez aussi bien que moi de César, et de la trahison de son propre fils. Moi aussi, j'ai été trahie. Comme on n'a décidément aucun ami sur terre, cette fois la trahison vient de Caro[line]. Oui, tu quoque, filiae. Décidant de me relever de cette attaque frontale, j'ai serré les dents, et répondu au énième tag qui circule actuellement, et qui a été mis en route par Emma (ce qui est bien, c'est qu'on connaît donc la fautive : ça permet de centraliser les désirs de vengeance).

1. Si on vous proposait d’écrire votre biographie, vous prendriez qui pour nègre ? (eh oui, tout le monde n’a pas un don pour la littérature)
Je trouve la parenthèse très vexante. Qui ose croire que je n'ai aucun don littéraire ? Et pire, comment pouvez-vous croire que je serai capable de raconter les moindres détails de ma vie à un inconnu, pour qu'il se les approprie, les déforme encore plus que moi (car évidemment, mes propres souvenirs sont faussés avec le temps et ma subjectivité personnelle, alors ajoutez dessus la subjectivité d'un autre, et je ne me reconnaitrai plus), pour qu'il livre un texte larmoyant et soporifique ? Non, non. J'exige d'être seule responsable de ce flop littéraire.

2. Vous êtes en train de lire le tout dernier chapitre d’un livre, celui qui vous a fait passer une nuit blanche, la fin qui vous fait saliver (notez le jeu de mots siouplé) depuis une centaine de pages… Lorsque survient un homme, torse nu. On va dire qu’il s’appelle… Daniel Craig. Il a l’air chagrin. Il a une petite douleur à l’épaule, et est persuadé qu’un petit massage lui ferait le plus grand bien. Que faites-vous ? (PS pour les garçons : à la place de Daniel Craig, merci de comprendre… Allez, soyons fous, Scarlett Johansson, mais en bikini, pas torse nu !)
Daniel Craig, vous voulez dire l'acteur bodybuildé qui ressemble à Poutine et à un nazi (oui, les deux à la fois, ça ne doit pas être facile tous les jours) ? Vraiment, vous ne cessez de me décevoir. Je ne suis pas attirée par ce genre de créature. N'importe quel livre vaut mieux que la compagnie de cet homme froid et sans charme (je serais même prête à feindre de l'intérêt pour un roman de Jane Austen).
Donnez-moi Johnny Depp ou Hugh Grant (liste non exhaustive), et là, je pourrais même en oublier que je sais lire.

depp

3. C’est la fin du monde. Quel livre mettriez-vous dans la capsule qui sauvegardera une trace de l’humanité ? (voudriez-vous vraiment que ce soit Orgueil et Préjugés ?)
Eh bien, mon autobiographie. What else ?

4. Quelle est pour vous la pause lecture idéale ?
La pause lecture idéale, c'est celle qui inonde mon cœur de bien-être et de sérénité, celle qui me donne envie de gambader de joie dans une clairière ensoleillée. Celle qui fait briller mon esprit et mes rêves de mille feux. La pause lecture idéale, c'est un instant d'amour.
Je suis désolée, je n'ai pas pu m'empêcher.

5. Si vous aviez le pouvoir de trucider/effacer un personnage de roman, ce serait qui  ?
Si vous saviez avec quelle intensité j'ai cherché un personnage à détruire... Je voudrais bien sauver Gavroche en éliminant le tireur responsable de sa mort, mais ça ferait de moi un nouvel Achéron Adès (vous savez, enfin, celui qui kidnappe les personnages de roman, ce qui en modifie fatalement l'intrigue); et j'ai déjà tellement mal au cœur de savoir qu'un personnage de Martin Chuzzlewit a disparu à cause de lui, que je n'ai pas envie que mes actes aient la moindre incidence sur le moindre livre.

6. Sauveriez-vous Voldemort, juste pour avoir un huitième tome ?
Permettez-moi de raconter ma vie (ça vous donnera un avant-goût de mon autobiographie, bande de chanceux) : une nuit, j'ai rêvé que Voldemort en avait après ma vie. Je peux vous dire que c'est particulièrement angoissant de savoir qu'à chaque instant de notre existence, quelqu'un cherche à nous exterminer, en espérant nous faire souffrir le plus possible (sinon, c'est moins amusant).
Rien que pour ça, non, je suis contente qu'il soit mort. Je dors mieux.

7. Jusqu’où êtes-vous allé pour un livre ?
Vous voyez le petit logo Alapage, à gauche ?
Ces rigolos ont cru qu'un partenariat avec mon humble personne pourrait avoir un impact sur leur vente (personnellement, j'en ris encore). J'ai accepté de leur vendre mon âme, pour recevoir en contre-partie le livre de mon choix - en l'occurrence, une anthologie de Bukowski qui fait 1525 pages. J'en bave rien que de l'écrire.
Le pacte m'oblige à écrire un billet sur le livre, et y intégrer un magnifique lien vers Alapage. J'espère évidemment que vous ne cliquerez pas dessus.

8. Si vous pouviez retourner dans le passé rencontrer un auteur. Ce serait qui ? Quelles seraient vos toutes premières paroles ? (A part “bonjour”)
Eh bien justement, je passerais bien un moment avec Bukowski. Je voudrais qu'il me parle de son épitaphe :

bukowski

Puis j'ajouterai qu'il pourrait quand même m'offrir une bière, tant qu'on y était.

9. Décrivez la bibliothèque (personnelle ou pas) de vos rêves.
Dans ma grande magnanimité, je vais tenter de répondre sérieusement. La bibliothèque de mes rêves, déjà, contiendrait tous mes livres (et pas une partie chez Untel, une autre chez Bidule, comme en ce moment). La pièce serait baignée de lumière (je me fiche des conditions de conservation, je ne possède rien de précieux), et en levant les yeux, je verrais au choix l'océan se déchaîner, ou la lande anglaise, ou Notre-Dame-de-Paris. Je ne suis pas encore bien fixée, comme vous pouvez le remarquer. Mon fauteuil-canapé serait tellement confortable que son accès serait réservé aux happy few (qui comprendraient : mon chat, mon amoureux et moi. Personne d'autre). Et la plus belle théière du monde exhalerait une douce odeur de thé rouge à la vanille (mon obsession actuelle), que je dégusterais à petites gorgées. Peut-être même que Chopin s'échapperait des enceintes placées en haut de mes étagères.
Le téléphone serait banni de cet havre de paix, dont la description est hautement ridicule, j'en conviens. Vous vouliez du cliché, vous en avez eu.

10. Vous retournez dans le passé (décidément, bande de veinards !), en pleine 2ème guerre mondiale. Quel livre donneriez-vous à Hitler pour qu’il arrête de cramer des bouquins ?
Euh, brûler des bouquins, c'est pratiquement anecdotique comparé à ce qu'il a brûlé d'autre, non ?
...
Il y a quelqu'un qui avait proposé Suicide, mode d'emploi. Je ne peux qu'acquiescer - à condition que cette saleté de dictateur mette immédiatement en pratique les précieux conseils distillés. Attendre d'être vaincu pour se suicider, c'est vraiment une idée de loser.

Et s'il refuse, je demanderai à Achéron Adès de le retirer des manuels d'Histoire.

***

Et maintenant, je suis censée refiler la punition à quelqu'un (en général, celui que je désigne ne fait jamais le tag, à croire que c'est une tradition). De fait, Lilly, ça t'intéressait de ne pas y répondre ?

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lundi 2 novembre 2009

Chasse aux trésors

coffre_tr_C3_A9sors3 Souvenez-vous, en décembre dernier, je m'inscrivais comme des milliers d'autres personnes (en réalité, il paraît qu'on était 115. Je trouve ça équivalent à plusieurs milliers) au merveilleux challenge adapté par Grominou, c'est-à-dire le défi Blog-o-trésors. Pour ceux qui ne feraient pas partie des milliers de personnes à avoir suivi Grominou dans ce formidable jeu (ah, les pauvres, plaignons-les), le principe consistait à dresser sa propre liste de dix trésors littéraires (la mienne par là, il serait temps que vous la consultiez, bande de voyous), de la joindre ensuite à celle des 114 autres inscrits pour former une méga liste, dans laquelle il suffisait de piocher quatre romans à lire au cours de l'année. Avouez qu'on a connu plus contraignant...

Personnellement, j'ai voulu détailler les listes des différents participants, choisir précautionneusement les livres à découvrir, et je me suis retrouvée alors avec ces quatre titres :

- Le maître des illusions de Donna Tartt (trésor d'Alwenn, de Karine:) et de Restling)
-
Anna Karénine de Léon Tolstoï (trésor de Praline, de Virginie et de Romanza)
-
La mort est mon métier (trésor de TVless)
- Une prière pour Owen de John Irving (trésor de
Grominou, de Karine:) et de deux autres personnes mais je-ne-sais-plus-qui)

Il n'y a pas de lien vers mon billet pour le quatrième titre, tout simplement parce qu'il n'y aura pas de billet - découlant du fait qu'il n'y a pas eu lecture non plus. Ça tient à trois fois rien : c'est un livre disponible là où je travaille. Quand je suis arrivée là-bas en janvier et que j'ai vu qu'il était emprunté jusqu'en décembre, j'ai eu comme un doute : un prêt, c'est trois semaines, pas onze mois. Mon mouchard m'a appris que c'était un membre du personnel qui s'était octroyé ce prêt à rallonge. En réalité, c'était même pire que ça : ça fait deux ans que cette personne retient Une prière pour Owen chez elle.
Ça m'énerve. Je n'ai évidemment jamais osé lui en parler (vous ai-je déjà dit que j'étais stupide ?). J'ai juste attendu naïvement qu'elle le ramène. Ce n'est pas la seule à se permettre ce genre de prêts douteux; seulement, je m'en vais bientôt, et je sais que d'ici là, Owen ne reviendra pas en rayon.
Etant très entêtée pour des choses généralement très stupides, j'ai refusé de m'acheter le livre. Je découvrirai donc Irving plus tard.
Ca me chagrinait de ne pas lire un trésor de Grominou, alors j'ai été contente de pouvoir rattraper le sort, un peu, en regardant
Cyrano de Bergerac
...

N'allez pas croire que c'est de la triche. Je parle là des titres officiels que j'avais décidé de lire pour le challenge, et même si vous n'en voyez que trois, en réalité, j'en ai lu bien plus sans y prêter attention - à commencer par le livre le plus cité par les participants, j'ai nommé Jane Eyre de Charlotte Brontë, mais aussi Le bruit et la fureur de William Faulkner, ou encore Le treizième conte de Diane Setterfield (etc).

L'essentiel, pour moi, est d'avoir découvert de nouveaux livres, d'avoir commencé à dénicher les trésors des autres (en réalité, je compte bien continuer sur cette lancée, et certainement que Theoma va m'y aider grandement) (mais officieusement; car vous l'avez remarqué grâce au beau logo à gauche, vous êtes désormais dans une zone de non-challenge) (excepté le tien, Levraoueg, évidemment, j'y étais inscrite avant).
J'ai aimé chacun des trois livres lus pour Blog-o-trésors mais ça ne me surprend pas, puisque j'avais consciencieusement choisi les titres...

Ce qui me permet de conclure avec dignité : Vive Grominou et sus aux bibliothécaires égoïstes !

(non mais)

Posté par erzebeth à 09:00 - challenges - Commentaires [17] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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