N.u.l.l.e.

Nouvel Univers Lunatique et Lacunaire d'Erzébeth

jeudi 17 avril

Le plus simple quand on n'a pas envie, c'est de ne pas se forcer

(du moins quand ça reste du domaine du possible)

« Penser est toujours difficile, c'est un entraînement, une conquête. » (p. 103)

« Pour Kant, le contenu est rare et il est grave, politique ou religieux, toujours étayé scientifiquement. Aujourd'hui, les bavardages les plus anodins, les informations non vérifiées, les affirmations à l'emporte-pièce et les réactions épidermiques peuplent nos sites, messageries et forums. Nous pourrions retirer de cette analyse peut-être un peu de circonspection : quand faut-il parler ? se taire ? quel est le poids du silence ? » (p. 114)

(Demain, le livre - sous la direction de Pascal Lardellier et Michel Melot, L'Harmattan, 2007)

Depuis deux semaines maintenant, je me pose des questions (notez que je m'en posais déjà avant - mais d'un autre ordre. Ou disons que je n'avais pas approfondi celles que je me pose aujourd'hui).
Je n'ai pas forcément envie de détailler; ça n'aurait que peu d'intérêt de toute façon. Le constat est que je n'ai plus envie, que je n'ai (plus) rien à dire. Que j'ai peur de mille choses et que ce blog ne me réconforte plus. Je me rends compte qu'il faudrait beaucoup de travail et d'investissement pour espérer atteindre un certain niveau (même le plus bas) et que je ne suis pas capable, pour l'instant, de me lancer dans un but comme celui-ci.
Je préfère me taire.

Je ne ferme pas la boutique, parce qu'on ne sait jamais. Parce que je n'ai pas envie qu'on me dise au revoir, ou quoi que ce soit du genre. Je ne suis pas loin, je vous lis - mais la plupart du temps, en silence. C'est ce qui me va le mieux pour le moment.
Et puis qui sait, je suis capable de revenir...

A bientôt ?

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jeudi 03 avril

Le plus simple quand on est fatigué, c'est d'aller se coucher


free music

Avouez que cette logique est effrayante de logique.
C'est pourquoi je vais déserter cet endroit un petit moment, combien de temps je ne saurais le dire, on ne sait jamais, ça peut durer trois jours comme trois semaines, tout dépend de ce qu'on a à dire et de ce qu'on a envie de dire (si, si, il y a une nuance), ce que je sais pour l'instant, c'est que j'ai d'autres choses à faire, à organiser, à vivre, et que je reviendrai plus tard. Je sais qu'il ne sert à rien d'expliquer, de justifier, que ce billet en lui-même ne sert à rien, mais vous connaissez mon goût de l'inutile, je n'aurais pas voulu me priver de ce petit plaisir, surtout qu'il ne fait pas grossir celui-là, donc c'est encore mieux, allez, je vous laisse en bonne compagnie et vous dis à bientôt.

Posté par erzebeth à 19:19 - inutile - Commentaires [18] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

La manie de la dernière page

Le libraire
de Régis de Sa Moreira (2004)
Livre de poche, 2006

* * *

« - C’est un scandale !... J’ai acheté ce livre il y a deux jours et il est déjà fini !
- Ce n’est pas de ma faute si vous ne savez pas lire…
- Quoi ?... Espèce de sale libraire !
- Espèce de sale client ! »

(deux enfants qui jouent au libraire et au client, dans la librairie)

Sa_Moreira Il y a des livres dont on entend tellement parler qu'on ne sait plus si on a vraiment envie de les lire, s'ils ont vraiment quelque chose à nous apporter. Il y a des livres qu'on voit partout, qui donnent envie, mais qu'on n'ose pas approcher. Est-ce que je vais aimer ? C'est pas un peu nul, ça ? Et ce succès, c'est pas un peu douteux...
Puis on finit un jour ou l'autre par les ouvrir; plein d'appréhension - en l'occurrence, c'est un petit livre alors, si je n'aime pas, la lecture se fera rapidement.
Mais j'ai aimé.
J'ai pourtant lutté ! J'étais méfiante, dubitative. Ça n'allait pas marcher avec moi. Je me trompais. Le libraire est un petit recueil d'instants de vie. Il n'y a pas de sensationnel, pas d'intrigue à proprement parler. On suit ce libraire mélancolique dans son quotidien; sa librairie n'est jamais fermée. Il boit une tisane après chaque visite d'un client. Il lit, relit; il ne vend que des livres qu'il a aimés. Il est triste. Il déchire des pages quand elles lui plaisent, et il les envoie à sa famille.
Ce libraire ne peut pas exister; d'abord, aucun libraire ni aucun bibliothécaire n'a le temps de lire sérieusement sur son lieu de travail (ce n'est une surprise pour personne, mais j'avais quand même envie de l'écrire). Ce libraire n'existe pas, et tant mieux. Qui aurait envie de rendre visite à cet homme taciturne, incapable du moindre sourire ? Ce libraire n'existe pas, mais il a quand même réussi à me charmer tout le long de ma lecture. J'ai aimé les descriptions de clients, son agacement envers les couples, le choix de la tisane en fonction de la personne qu'il a en face de lui; j'ai aimé tout ce qu'il cache, car il faut être bien malheureux pour vivre aussi reclus; j'ai aimé qu'il refuse de vendre le premier livre qui a rejoint les étagères de sa librairie. J'ai aimé cette écriture toute simple, à la fois tendre et teintée d'humour.

« Le libraire était assez mélancolique, c’est vrai, mais il s’en accommodait.
Il ne voyait pas très bien comment garder un moral d’acier au milieu de tous ces livres, de toutes ces histoires, de toutes ces pensées, de toutes ces vies. Il enviait, dans ses pires moments, les vendeurs de voitures.
Sans trop y croire. »

Mais je comprends aussi très bien les avis négatifs ou dubitatifs; c'est typiquement le genre de recueil poétique qu'on peut adorer autant que détester. Ce fut un vrai baume au cœur pour moi, une lecture faite au bon moment.

Merci - beaucoup ! - à Fashion de me l'avoir prêté...
D'ailleurs, je vous renvoie chez elle pour voir sa critique, et la liste de toutes les personnes qui ont lu ce petit texte (c'est bon, la fainéantise).

Posté par erzebeth à 13:48 - lecture - Commentaires [12] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

mardi 01 avril

Kafkaïen

Epépé
de Ferenc Karinthy (1970)
traduction du hongrois par Judith et Pierre Karinthy
(Denoël, 2005)

* * *

"C'était supposé illustrer l'angoisse de l'homme moderne, la déshumanisation des cités, et lors du débat qui suivait il y avait toujours quelqu'un pour prononcer gravement l'adjectif kafkaïen."

C'est dire si mon titre de billet est original; cette phrase est issue de la préface (d'Emmanuel Carrère).
Alors, même si c'est enfoncer une porte ouverte que de définir ce roman comme kafkaïen, ça a aussi le mérite de poser directement une ambiance, une thématique.
Budaï est un linguiste émérite; d'ailleurs, il prend l'avion pour se rendre à un congrès linguistique. Mais il a la mauvaise idée de s'endormir pendant le vol (rester éveillé aurait-il changé quoi que ce soit ?) et quand son avion atterrit, il a du mal à reconnaître Helsinki. Encore comateux, il se laisser emporter par le flot des passagers; il monte dans un bus. Il arrive dans un grand hôtel.
Il ne comprend pas un mot de ce qu'on lui dit.

Karinthy Il a beau essayer toutes les langues qu'il connaît, hongrois, anglais, allemand, français, russe (etc), tous les dialectes, personne ne le comprend et lui ne saisit pas non plus un traître mot de ce qui est prononcé. Où est-il ? Où sont ses affaires, qu'est-ce qu'il fait dans cette ville qui n'est visiblement pas celle où il comptait atterrir ?
On vous avait bien dit que c'était kafkaïen; on est donc en présence d'un personnage propulsé dans un univers dont il ne comprend pas le fonctionnement, où il n'est qu'un pion invisible; d'une ville gigantesque dont les issues paraissent introuvables. Il y a de quoi devenir fou, et vite. Dans cette ville étrange, la masse humaine est compacte, omniprésente, étouffante; il faut faire la queue pendant deux heures pour obtenir à manger (à condition de savoir dire ce qu'on veut manger; sinon, c'est bête : on a attendu pour rien). On dirait que les gens ne dorment pas. Quelle que soit l'heure, du jour ou de la nuit, il faut batailler pour marcher sur le trottoir; pour monter dans une rame de métro; pour déposer ses clés à l'accueil de l'hôtel.
Budaï se retrouve prisonnier; personne de son entourage ne peut deviner où il est; lui, quand il essaie de téléphoner, tombe toujours sur des voix inconnues qui lui répondent dans une langue dont il ne comprend pas les origines, ni le moindre phonème. A partir de là, comment s'en sortir ? Il cherche en vain, il se débat contre cette situation absurde, cauchemardesque. Plongé dans un monde inhumain, où les immeubles atteignent des hauteurs indécentes, où les gens n'ont pas le temps d'essayer de le comprendre, Budaï va devoir se battre pour se survivre. S'il a atterri ici, c'est bien qu'il y a un aéroport, non ?

Tout le roman est donc basé sur cette volonté de partir, et de rencontrer une personne capable de le comprendre. Le personnage, à l'inverse de ceux de Kafka, essaie vraiment de s'en sortir; parce qu'il est justement spécialisé dans l'étude des langues, il s'évertue à comprendre quelques mots, en s'appuyant sur une logique basique (le panneau au-dessus de la bouche de métro doit sans doute vouloir dire "métro", etc...) mais c'est peu concluant; l'alphabet ne ressemble à aucune de sa connaissance. Seuls les chiffres sont compréhensibles : ce sont les chiffres arabes.
Ferenc Karinthy exploite toutes les solutions possibles, et c'est un des points qui fait la richesse de ce roman : même si la situation est improbable, elle est racontée avec beaucoup de vraisemblance. L'auteur soigne les moindres détails, créant un personnage qui ne se résigne jamais. Budaï finira par rencontrer une femme qui l'ignore moins que les milliers de personnes qu'il croise; elle s'appelle Epépé (ou Diédié ? Tchétché ? Bébé ? Etiétié ? impossible de comprendre exactement) et bien que la compréhension soit quasiment nulle entre eux, le fait qu'elle l'écoute est déjà un soulagement pour Budaï, qui se sent un peu moins isolé.
Je ne saurais transcrire justement l'atmosphère de ce roman; c'est gris, gigantesque, monstrueux; Ferenc Karinthy décrit la condition de l'homme moderne dans un monde qui le dépasse. L'incommunicabilité est au centre de ce désordre, le renoncement est quotidien (Budaï se demande plusieurs fois pourquoi les gens ne partent pas, pourquoi ils s'obstinent à former cette masse compacte et tragique).
Epépé est un roman très intéressant, assurément; peut-être parce que je l'ai traîné trop longtemps, il m'a paru avoir quelques longueurs - mais rien qui ne me fasse regretter cette lecture. La dernière partie est étonnante, presque incongrue... mais elle nous met en réalité en face de nous-mêmes, et tant pis si ça nous dérange.

"A d'autres moments, dans son désespoir, il est prêt à faire des concessions: il s'engage à rester dans la ville encore une année ou deux, voire même cinq ou dix, à condition d'avoir la certitude de pouvoir rentrer chez lui ensuite. A condition d'avoir la possibilité de compter à rebours les jours, les semaines, les mois qui restent.
Ou alors, n'y aura-t-il pas de retour ?"

(lu grâce à mon défi de l'année)

Posté par erzebeth à 14:10 - lecture - Commentaires [7] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

dimanche 30 mars

Qu'est-ce que tu lis ?

Le problème est que j'étais bien embêtée.
Je ne sais pas écrire sur un livre s'il n'est pas à côté de moi (et je suis partie en week-end sans l'un de ceux qui attendent mon petit avis).
Et je ne sais pas quoi raconter.
Mais comme il fallait un billet aujourd'hui (je teste le rythme d'un tous les deux jours, c'est qui me va le mieux) et que je n'en avais aucun en réserve, j'ai pensé à réunir quelques citations sur la lecture (tirées de livres que j'ai lus, sinon ce serait bien trop facile).
C'est vite préparé, ce n'est pas contraignant, ce qui fait que je peux rapidement retourner au soleil pour manger des bonbons. Ce billet est donc la meilleure idée que j'ai eue cette semaine.

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« Vollard n’avait jamais conçu la littérature comme un apaisement, ni la lecture comme une consolation. Au contraire. Lire follement, comme il avait toujours lu, consistait plutôt à découvrir la blessure d’un autre. Blessure d’un type seul, désarroi d’une femme seule. Lire consistait à descendre en cette blessure, à la parcourir. Derrière les phrases, même les plus belles, les mieux maîtrisées, toujours entendre des cris. »
(La Petite Chartreuse, de Pierre Péju - livre d'un pessimisme inouï)

« Je n’aime pas écrire. Il faudrait que je trouve autre chose. Peut-être que j’aime trop lire. Les livres, ceux que j’aime vraiment, la première fois que je les lis, j’ai l’impression que c’est comme si je les relisais, comme si je les avais déjà lus. Un peu comme certains êtres que vous rencontrez avec la certitude qu’en fait vous les retrouvez. Aujourd’hui, je suis tombée sur cette phrase de Kafka : « Le capitalisme n’est pas seulement un état de la société, c’est un état de l’âme. » Les livres, je ne les termine pas. Je n’aime pas les dernières pages. Les derniers mots. Les dernières prises. Les dernières séances. »
(Marilyn, dernières séances, de Michel Schneider; ici, extrait d'un bloc-notes de Marilyn)

« J’allais partir lorsque Gabriel me rattrapa.
- Fais attention, dit-il, si on a lu la première phrase d’un livre, il paraît qu’on peut être capté, on lit la deuxième, et après, c’est foutu. »

(Longtemps je me suis couché de bonne heure, de Jean-Pierre Gattégno - livre peu charismatique)

« Je n’avais qu’une passion, les livres, mes seuls alliés dans ma lutte contre le temps. Je préfère les livres aux humains : ils sont déjà écrits, on les ouvre, on les ferme à volonté. Un être humain, on ne sait jamais comment le prendre, on ne peut le ranger ou le déranger à loisir. »
(Les voleurs de beauté, de Pascal Bruckner - peu de souvenirs, mais c'était bien. Vraiment.)

« Une fois au moins dans sa carrière, tout pompier ressent une démangeaison. Qu’est-ce que racontent les livres, se demande-t-il. Ah, cette envie de se gratter, hein ? Eh bien, Montag, croyez-moi sur parole, il m’a fallu en lire quelques-uns dans le temps, pour savoir de quoi il retournait : ils ne racontent rien ! Rien que l’on puisse enseigner ou croire. Ils parlent d’êtres qui n’existent pas, de produits de l’imagination, si ce sont des romans. Et dans le cas contraire, c’est pire, chaque professeur traite l’autre d’imbécile, chaque philosophe essaie de faire ravaler ses paroles à l’autre en braillant plus fort que lui. Ils courent dans tous les sens, mouchant les étoiles et éteignant le soleil. On en sort complètement déboussolé. »
(Fahrenheit 451, de Ray Bradbury - intéressant).

« Une chose que l’on peut admettre, c’est que fréquenter des grandes œuvres, se servir de son esprit, lire les ouvrages de génies, si cela ne rend pas intelligent à coup sûr, cela rend le risque plus probable. »
(Comment je suis devenu stupide, de Martin Page - une déception)

Posté par erzebeth à 15:09 - les jolis mots des autres - Commentaires [11] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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