N.u.l.l.e.

Nouvel Univers Lunatique et Lacunaire d'Erzébeth

samedi 22 janvier 2011

...


Hi, hi, hi

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dimanche 1 août 2010

This is the end

The_End

Qui m'aime me suit

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mardi 27 juillet 2010

Erzébeth aime ça

Sur une découverte de cette chère Cuné,
et parce que je n'ai pas le temps de m'occuper de vous ces jours-ci,
un lien :

Dans le web, on ne dit pas...

(je reviens dès que possible)

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mercredi 21 juillet 2010

« Ce qu'elle a de plus ou de moins, je ne sais...

... Simple fleur poussant
Au-delà de l'enclos »
(haïku de Thierry Cazals, cité dans le roman)

On est tous plus ou moins engoncés dans des certitudes que l'on ferait bien de tempérer de temps en temps.
Par exemple, j'étais persuadée que j'aimerais Philippe Jaenada, le jour où j'ouvrirai enfin un de ses romans. Mais en attendant ce jour-là, je n'ai jamais pensé qu'il pourrait me décevoir, que je pourrais ne pas être convaincue, que je pourrais être agacée par ses légendaires parenthèses.
Bien qu'il faille généralement se méfier de cette horripilante assurance humaine, j'ai eu raison de m'y fier dans ce contexte précis.

Le Cosmonaute
de Philippe Jaenada (2002, Grasset)
Livre de poche, 319 pages

http://ecx.images-amazon.com/images/I/41D83QS1E6L._SL500_AA300_.jpg

Cette lecture, ça a été un peu comme si on m'enfonçait un poignard dans le cœur et que je disais, en riant "Allez-y, continuez, j'aime ça !". Autrement dit, ça a été n'importe quoi. Un mélange d'émotions comme j'en ai rarement ressenti en lisant un roman.
Dans le métro, j'étais prise de fous rires inextinguibles pour finalement me retrouver les larmes aux yeux et la gorge serrée de douleur, la page suivante.
Si ce n'était pas dû à l'héroïne, Pimprenelle, et à son amoureux d'Hector, je me serais crue totalement folle.
(ah, on me dit dans l'oreillette que... bref, passons)

Le Cosmonaute, ce serait l'histoire d'un amour fou - au sens premier du terme. Dans une obscure forêt allemande, lors d'un mariage totalement surréaliste où Hector a pour mission de découvrir l'adultère de l'une des invitées (mais pourquoi je vous raconte ça, on s'en fiche pour la suite de l'histoire, c'est tout moi, me perdre dans des détails inutiles...), Hector rencontre Pimprenelle. Le genre de femme qu'on ne peut pas laisser passer.
Hector la trouve délicieuse, charmante, différente - un grain de folie qui ne la rend que plus attachante. Jusqu'à ce qu'il se rende compte que finalement, le grain, là, est plus gros que prévu. Jusqu'à ce qu'il réalise qu'elle est en train de l'enfermer et que lui est déjà trop amoureux pour reculer. Jusqu'à ce qu'elle rentre chez eux, un soir, et :

« Elle a posé son sac US près du téléphone, et m'a tendu son butin avec un regard provocateur et froid :
- Je suis enceinte.
Je n'ai pas réagi. Je m'y attendais, bien sûr. Mais surtout, ça ne représentait pas grand-chose pour moi. Toutes les femmes de la planète sont enceintes, quasiment, tous les hommes entendent un jour ces trois mots - bon, elle est enceinte, la première chose qui me vient à l'esprit c'est que cela va m'attirer beaucoup d'ennuis. Cette fille que j'aime en veut à ma vie, hurle et cogne quand je résiste, me ficelle et m'aspire jour après jour, inéluctablement, puis soudain m'annonce qu'elle a un peu de moi en elle, et que ça va grandir. »

Ce n'est que le début du roman, on sait, comme le narrateur, que le pire reste à venir. Car on ne décide pas impunément de vivre avec une femme malade. Derrière, il faut assumer, supporter, fermer sa gueule (et la poubelle). Car l'une des névroses de Pimprenelle concerne le ménage, la propreté, le rangement. Des TOC qui la bouffent, qui la font veiller jusqu'à 3h du matin parce qu'il faut vérifier que la porte restée ouverte est à dix centimètres de distance du mur, qu'aucun grain de poussière ne s'est installé sur le plan de travail de la cuisine. Hector ne peut plus rien faire; ne peut plus rien toucher. Il ne sait pas remplir correctement le lave-vaisselle, il n'aère pas convenablement les draps. Pimprenelle, enfermée dans ses souffrances, esclave de ses gestes frénétiques qu'elle ne peut pas maîtriser, enferme à son tour Hector dans ce monde de folies, parce qu'elle ne peut pas y survivre seule, parce qu'elle a peur, tellement peur, qu'il la quitte.
Petit à petit, insidieusement, elle lui reproche d'aller boire dans un café sans elle (est-elle si nulle qu'elle n'a pas le droit de l'accompagner ?), de discuter avec ses amis (est-ce qu'elle ne lui suffit pas, elle ? pourquoi chercher un contact extérieur ? s'il l'aimait vraiment, il n'aurait besoin de personne d'autre) - oui, petit à petit, elle lui reproche de vivre. Et lui fait comprendre que, puisqu'ils sont amoureux, rien d'autre ne devrait attirer son attention. Elle lui interdit de téléphoner (il complote derrière son dos, elle en est sûre), même sa famille n'a plus le droit de prendre de ses nouvelles. Pimprenelle, enfermée, malheureuse, détruite, veut faire subir à Hector le poids de ses propres failles. Inconsciemment, peut-être; c'est la maladie qui la domine, on ne peut pas imaginer la raisonner.
Hector, dans tout ça, vous le trouvez peut-être un peu con. Des jolies filles, gourmandes, simples, joyeuses, normales, il y en a des tas; alors pourquoi s'infliger cet enfer quotidien avec Pimprenelle ? Pourquoi ne pas mettre fin à cette relation destructrice, pourrie, irrespirable ?
Parce que décidément, l'homme est surprenant et imprévisible. Parce qu'il est amoureux. Parce qu'il pourrait renoncer à tout, mais pas à Pimprenelle. Parce qu'elle a besoin de lui - et lui besoin d'elle.
Je cause, je cause, mais retenez l'essentiel : Le Cosmonaute est une histoire d'amour qui déchire, qui blesse le lecteur (consentant, lui aussi; finalement, pendant 319 pages, on est un mini-Hector, on a mal mais on reste). C'est un mélange de douleurs et d'espoirs (on se dit, connement, que là où il y a de l'amour, on peut faire des miracles. Oui, mais non), c'est une écriture excessivement géniale (n'ayons pas peur des mots), un point de vue qui semble exprimé avec énormément de recul et de distanciation, ce qui, finalement, fait encore plus mal au cœur. Parce que le lecteur n'ignore pas la grande part autobiographique de ce roman, sa lecture n'en est que plus forte. Il y a comme une envie, je ne sais pas, de se dire que les choses s'arrangeront (même si l'on n'y croit pas vraiment), une envie de demander à Hector s'il est vraiment heureux, là, est-ce qu'il n'aurait pas plutôt intérêt à partir, à partir vraiment...? Mais non, on le sait, on pose une question conne. Toute histoire d'amour demande des sacrifices, pas vrai. C'est peut-être même à ça qu'on reconnaît une véritable histoire d'amour, à la souffrance qu'elle laisse derrière elle quand on envisage d'y mettre fin.

J'ai terminé la lecture de ce roman au travail, entre deux tâches inutiles, après ça j'ai filé jusqu'à la sortie en espérant ne croiser personne, parce que je savais que je serais totalement incapable de dire ne serait-ce qu'un "Bonne soirée, à demain". Dans le métro, je me suis assise en face d'une femme, une jeune maman, je me sentais bouleversée, je me demandais où était Pimprenelle et comment les gens pouvaient continuer de vivre sans avoir lu ce roman. La femme portait son bébé en écharpe; il dormait à poings fermés (réellement), petite main recroquevillée sur la poitrine de sa mère, le visage entièrement paisible, confiant. On le sentait heureux, en sécurité. Moi, je me retenais pour ne pas exploser en sanglots.

« De manière aberrante (pour des spécialistes, j'entends), ils ont tous estimé qu'elle n'avait pas de souci à se faire - même les psychanalystes, qui ne crachent pourtant pas sur le client. Ils lui ont tous dit à peu près la même phrase (avant de me la renvoyer) : « Allez, vous n'avez pas besoin de moi, vous vous en sortirez très bien toute seule, vous êtes lucide, vous êtes forte. » C'est vrai, et c'est sans doute ce qui me désespère, au sens profond du mot : elle est lucide, elle est forte. (Mais elle ne s'en sortira pas « très bien toute seule ». Ni avec moi. Elle ne s'en sortira pas.) »


Cuné en a déjà parlé.

Posté par erzebeth à 10:00 - lecture - Commentaires [15] - Permalien [#]

lundi 19 juillet 2010

« Grands dieux, vous ne pouvez donc jamais agir comme tout le monde ? »

Tante Mame
de Patrick Dennis (Auntie Mame : an Irreverent Escapade - 1955)
Flammarion, 2010 (1ère édition française, Salvy Editeur, 1994)
traduction d'Alain Defossé, 382 pages

mame

Quelle plaie, la famille. Il n'y a vraiment qu'Oliver Twist pour prétendre qu'il y a des désavantages à être orphelin. C'est un peu ce que doit penser Patrick, le narrateur de ce roman, quand il se retrouve envoyé chez sa mystérieuse tante Mame, après la mort de son père. L'étrange femme, légèrement fantasque, vit à New York dans une demeure luxueuse, entourée de domestiques aussi atypiques qu'elle.

« - Ton père a-t-il dit quoi que ce soit - à toi, je veux dire - à mon sujet, avant de mourir ? »
Norah m'ayant prévenu que les menteurs allaient tout droit en enfer, j'avalai ma salive et avouai : « Il a simplement dit que vous étiez une femme très spéciale et qu'être entre vos mains était un sort qu'il n'aurait pas souhaité à un chien, mais que l'on ne choisit pas à qui l'on emprunte et que vous étiez ma seule parente vivante. »
Il y eut un silence. « Quel salaud », dit-elle enfin, d'une voix égale. »

C'est ainsi que tout démarre, entre Patrick et sa tante Mame; il serait rébarbatif et peu constructif d'énumérer toutes les aventures qui les attendent (par contre, je peux préciser que tout cela démarre dans les années 20, un repère temporel n'est jamais superflu, n'est-ce pas). Sachez simplement que la vie avec cette tante farfelue, soucieuse de son apparence et de ses robes en soie, ne va cesser d'étonner le jeune garçon, et de lui apprendre que, décidément, sa tante, elle, n'apprend rien. Mêlée à des histoires extraordinaires (quand on prétend être une championne hippique alors qu'on a une peur bleue des chevaux, cela peut amener à subir quelques situations légèrement compliquées), Mame a cette faculté extraordinaire de ne jamais s'avouer vaincue - et de ne jamais tirer la moindre leçon de ses échecs. Quoi qu'il se passe, elle fonce, tête baissée - et ne réfléchit éventuellement que plus tard, s'il lui reste assez de temps pour ça.
Le roman, d'abord centré sur cette figure charismatique et étrange, se tourne au fur et à mesure vers Patrick, qui grandit et tente de se faire une place dans la société, mais aussi dans son étrange famille (constituée d'une seule personne, soit, mais c'est une famille quand même, non ? Non ?). Des années fastes à la crise de 29, de la haute bourgeoisie New yorkaise à l'empreinte coloniale laissée dans une demeure du Connecticut, de la tendre enfance de Patrick jusqu'à sa vie d'adulte, Tante Mame nous plonge dans une Amérique à la fois enthousiaste et fragile, où faire preuve de mordant et d'optimisme peut largement contribuer à mener une existence meilleure.
Mame amuse autant qu'elle énerve, se comportant inlassablement comme une adolescente dans la fleur de l'âge; mais derrière ces apparences exubérantes, si l'on creuse un peu, on découvre une femme sensible et concernée par le bien-être de ceux qui l'entourent.
Le roman peut se lire comme un tas d'aventures indépendantes, chaque chapitre formant une unité, et dont les éléments sont peu rappelés dans les pages qui suivent; pour cela, il est sans doute bon de prendre son temps en découvrant Tante Mame, une lecture intensive pouvant probablement ennuyer.
Qu'ajouter ? C'est frais, et à l'image de sa couverture: pétillant et chic. Un divertissement qui fait autant de bien qu'une après-midi passée au soleil (c'est de saison, il paraît).

« Est-ce toi, mon petit amour ?
- Oui, Tante Mame », répondis-je, passant la tête par la porte. « Vous ne dormez pas ?
- Si, bien sûr, chéri, je dors toujours assise, avec une carte déployée sur les genoux et toutes les lumières allumées. C'est tellement napoléonien. »

Cuné m'a offert ce roman lors du swap NY, qu'elle en soit remerciée autant qu'elle le mérite ! :-)

Emeraude vous en parle aussi.

Posté par erzebeth à 10:00 - lecture - Commentaires [17] - Permalien [#]


Fin »