N.u.l.l.e.

Nouvel Univers Lunatique et Lacunaire d'Erzébeth

dimanche 1 avril 2007

Une caresse sulfureuse

Du bout des doigts
de Sarah Waters (2002)
traduction d'Erika Abrams

"J'espère que vous recueillez ses larmes, intervient M. Huss. Je me dis souvent que ce serait bien d'avoir une encre faite avec des larmes de jeune fille."

Et, avec ces larmes versées, Sarah Waters a écrit. Et, Erzébeth, avec une envie de lire un grand roman, emprunta ce livre et s'en délecta. Je ne vais pas en faire une critique (manque de temps et d'inspiration) mais je m'en voudrais de ne pas dire deux mots à l'égard de ce roman qui m'a beaucoup, beaucoup plu.
Cela démarre comme une sombre histoire de voleurs, quelques-uns de ces derniers s'unissant pour déshériter une pure demoiselle à la grande fortune, et à la vie de recluse. Manigances, manipulations, émotions et colère, tout y est. Le lecteur est emmené dans une sombre bâtisse, nous sommes au XIXe siècle. Les murs sont moisis et le froid pénètre jusque dans les cœurs. Dans ce manoir dénué de vie, un oncle élève sa nièce, une beauté maladroite, naïve, une perle qui rêve de Londres, de visites de courtoisie, de romanesque. Un faux gentleman et une servante créée de toutes pièces vont venir bouleverser sa vie.
S'il n'y avait que ça, le roman serait déjà dense et digne d'intérêt, mais les rebondissements sont incessants. Il en faut, pour maintenir en haleine un lecteur, pendant 750 pages ! A la page 456, j'ai étouffé un "Ah !" et me suis mise à rire, tant l'histoire prenait encore un nouveau tournant. Sarah Waters est habile - car l'art du rebondissement est difficile à maîtriser, on peut tomber dans la surenchère, dans l'incroyable, dans l'ennuyeux. Oui, ici aussi, c'est incroyable, mais qu'importe ! C'est un roman, et il m'a fait voyager. Les personnages ont tous une force propre, ils existent réellement. Maud Lilly et Susan Trinder ont leurs noms gravés quelque part en moi, elles m'habitent désormais. Deux jeunes filles qu'on manipule, qu'on détruit. Par amour, ou par appât du gain.
Excusez-moi, j'en parle mal. Il ne faut pas trop approcher l'histoire, je ne veux rien révéler. C'est juste superbe. Les héroïnes s'enfoncent dans un sable mouvant dont le lecteur aimerait les sortir. Ce roman a une écriture forte, elle vous saisit à la gorge et ne vous lâche plus. Je ne me suis pas ennuyée une seconde, avide de savoir continuellement ce qui se trouvait sur la page suivante. On pourrait penser que la fin est trop sentimentale, mais je ne le crois pas. Je n'ai pas parlé de la structure du roman, des deux narratrices qui se succèdent; je n'ai pas non plus parlé de tous ces personnages "secondaires" qui marquent l'histoire autant que les autres. Je n'ai parlé de rien, je me sens trop médiocre pour ça, aujourd'hui.
Ce roman est d'une grande qualité; une superbe découverte, qui me laissera un souvenir cuisant.

"Le sentiment qui m'étreint est douloureux, brutal, il me prend au dépourvu, il me fait peur. J'ai peur soudain de ce que mon avenir risque de me coûter. Peur de l'avenir lui-même et des passions inconnues, immaîtrisables, que j'y connaîtrai peut-être."

Posté par erzebeth à 11:59 - lecture - Commentaires [2] - Permalien [#]

Commentaires

    Un roman que j'adore.
    D'une manière générale, j'ai beaucoup d'admiration pour Sarah Waters. On peut même dire que je l'envie.
    Tu en parles très bien.

    Posté par Holly G., lundi 2 avril 2007 à 16:00
  • Encore une fois, tu es bien trop indulgente. J'en ai mal parlé, faute de temps. Les souvenirs que ce roman a laissé en moi me plaisent beaucoup.

    Posté par erzébeth, vendredi 13 avril 2007 à 16:25

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