N.u.l.l.e.

Nouvel Univers Lunatique et Lacunaire d'Erzébeth

jeudi 4 juin 2009

« Interdit aux adultes non accompagnés d'enfants »

Aujourd'hui est un grand jour !
Ne me dites pas que vous n'avez pas remarqué...
Je sens les plus pragmatiques d'entre vous qui regardent leur calendrier - oui, on est jeudi, c'est un bon premier pas.
Maintenant, regardez la date. Nous sommes... le 35 mai !!!

Le 35 mai
d'Erick Kästner (1931)
traduction de Michèle Kahn
Edition Hachette, 1970

http://ecx.images-amazon.com/images/I/51BJ8QWS7FL._SL500_AA240_.jpg

C'est avec une grande émotion que j'écris le billet du jour car voyez-vous, Le 35 mai était de un de mes romans préférés quand j'étais enfant. Il m'a fallu des années avant de comprendre que le 35 mai était une date inventée (voyez comme j'étais large d'esprit, j'acceptais n'importe quel fait, aussi loufoque soit-il). Mais laissons là les désillusions des adultes, et plongeons-nous dans la magie de ce roman !

Une fois n'est pas coutume, j'aime tellement la quatrième de couverture que c'est elle qui va présenter l'histoire à ma place :
« Si votre oncle est formidable, si vous rencontrez un cheval au chômage qui vous demande poliment du sucre... entrez sans hésiter dans la vieille armoire : c'est la porte du bout du monde ! Là-bas, les arbres distribuent des tartes, les poules pondent des œufs au jambon. Au pays du Monde renversé, on élève sévèrement les parents insupportables...
Seulement, tout cela n'est possible que si le 35 mai tombe un jeudi ! »

Ça ne vous donne pas envie, honnêtement ?
Le petit Konrad passe tous les jeudis après-midi avec son oncle Ringelhuth, et cette fois, il est un petit peu tracassé : parce qu'il est très fort en calcul, le maître lui a demandé d'écrire une rédaction sur les mers du sud, afin de faire travailler un peu son imagination. Il vit cela comme une punition, mais le cheval Negro Caballo (qui a ce fascinant pouvoir de parole) veut l'aider à sa manière : si les trois aventuriers rentrent dans l'immense armoire qui se trouve dans le couloir de l'immeuble, ils traverseront quelques mondes... et parviendront jusqu'aux mers du sud, ce qui devrait aider considérablement le petit Konrad pour sa rédaction.
Le temps d'une après-midi, ils vont vivre des aventures extraordinaires, traversant des mondes tous plus burlesques les uns que les autres : le fameux Pays de Cocagne (si, il existe), le Château du lointain passé (où ils rencontreront aussi bien Napoléon que Jules César), le Monde renversé (où les parents retournent à l'école pour (ré)apprendre à éduquer correctement leurs enfants), ou encore Electropolis, la ville automatique (effrayante - tout n'est que buildings et machines automatiques; d'ailleurs, il y est question de tapis roulant et de téléphone portable, ce qui m'a considérablement étonnée), et d'autres contrées encore que je vous laisse découvrir par vous-mêmes. Car si, il faut lire ce roman, qui reste un petit joyau même pour les adultes.
Au début, une légère inquiétude m'a envahie : j'ai eu peur de ne pas reconnaître la lecture que j'avais faite enfant, mais finalement, tout a fonctionné à nouveau. Les différentes aventures ne permettent pas au lecteur de s'ennuyer et il y a des passages qui ont vraiment de quoi émerveiller un enfant. L'ensemble ne manque pas de piquant et d'humour, grâce aux trois personnages aux profils attachants : l'oncle est à classer parmi les adultes gentils; il est prêt à suivre son neveu où qu'il aille, sans lui faire de reproches inutiles. Il faut dire aussi que Konrad est un enfant facile à vivre, ébahi par les rencontres qu'il fait (car figurez-vous qu'il va croiser certaines personnes qu'il connaît dans la vie réelle, ce qui ne le perturbe pas tellement), c'est un enfant curieux et bien élevé (sans être niais. Je tiens à le préciser). Le troisième personnage principal est bien évidemment le cheval, qui acquiert très rapidement deux paires de patins à roulettes, ce qui lui facilite considérablement leurs déplacements dans les différents mondes qu'ils découvrent. Ce cheval, au chômage depuis qu'un cirque l'a congédié, a deux particularités : il parle (cela, je vous l'ai déjà dit) et il est d'une gourmandise insatiable. On peut dire qu'il aura goûté à tout ce qui était comestible sur son passage...
Le lecteur voyage littéralement avec le trio; et même là où la vie semble meilleure que dans notre monde actuel, des failles se dessinent jusqu'à exploser - ainsi, dans Electropolis :

« Se retournant, ils aperçurent les ascenseurs qui crevaient les toits des maisons. Les gratte-ciel d'aluminium produisaient, en oscillant, un bruit semblable à celui de la guerre.
L'oncle Ringelhuth tapota le cou du cheval et s'épongea le front en constatant d'un air triste :
- Le paradis s'est évanoui.
Konrad passa affectueusement son bras autour de celui de son oncle.
- Ne t'en fais pas, lui dit-il. Nous en construirons un autre quand je serai grand. »

Adorable.
Parce que c'est vous, je vous livre un petit secret : le livre se termine sur la rédaction que Konrad écrit finalement. C'est si drôle, si bien vu (il passe du coq à l'âne sans aucune transition, comme le ferait effectivement un enfant qui aurait mille choses à dire en même temps) que ces quelques délicieuses pages méritent à elles seules l'achat de ce roman. Quand on sait en plus que toutes les pages qui précèdent cette fameuse rédaction sont tout aussi charmantes, il n'y a plus aucune raison de bouder son plaisir.
Le 35 mai fait du bien; et je suis contente d'avoir lu ce roman en étant enfant... parce que s'il y a bien une "leçon" qui en découle, c'est qu'on peut s'offrir les plus merveilleux voyages avec un zeste d'imagination.

Erich Kästner (1899-1974) est paraît-il plus connu pour son roman jeunesse Emile et les détectives; il a aussi écrit pour les adultes, mais il me semble qu'il a été peu traduit en français, ce qui est sans doute dommage.

Posté par erzebeth à 12:15 - lecture - Commentaires [20] - Permalien [#]

Commentaires

    Erich Kästner est surtout l'auteur d'un roman qui a enchanté ma jeunesse : "Deux pour une", une histoire de jumelles séparées à la naissance (une avec papa, une avec maman) et qui se retrouvent par hasard (dans un camp de vacances si ma mémoire est bonne). J'adore ce roman, lu une bonne vingtaine de fois. Je note celui-ci, donc. )

    Posté par fashion, jeudi 4 juin 2009 à 13:02
  • Ah ouiiiiii, "Deux pour une"!!! On avait du le lire en 6e, c'était tout mignon!
    Kästner est hyper connu en Allemagne, mais je n'ai encore jamais tenté... A rapporter la prochaine fois, je pense!

    Posté par Mo, jeudi 4 juin 2009 à 15:32
  • Un bon souvenir d'enfance...
    Ps: je viens d'entendre à la radio que pour éviter la censure les jeunes chinois sur internet parlaient du 35 mai et non du 4 juin pour parler des 20 ans de la répression...

    Posté par cathulu, jeudi 4 juin 2009 à 16:12
  • * Fashion, mais oui, tu as raison ! Je crois avoir vu l'adaptation cinématographique de "Deux pour une", ohhh, j'adorais ça quand j'étais gamine ! (et je rêvais d'avoir une sœur jumelle quelque part...) Il faudrait que je le lise !
    Celui-ci devrait te plaire, et pourrait même faire rire ta petite demoiselle

    * Mo, ça me fait plaisir que Kästner soit connu en Allemagne, ils ont bon goût, tiens !

    * Cathulu, tu m'apprends ce "code" chinois, il fait presque froid dans le dos... mais toutes les idées sont bonnes pour contourner la censure...

    Posté par erzébeth, jeudi 4 juin 2009 à 20:10
  • J'ai lu et adoré ce roman quand j'étais gamine, j'avais 8 ans je crois. Mon coup de foudre de "Deux pour une" (génialissime roman jeunesse) a poussé ma mère a m'acheter "Le 35 mai"
    Merci Erzébeth, pour ce voyage down memory lane

    Posté par Ofelia, jeudi 4 juin 2009 à 20:51
  • Erich Kästner est l'auteur de mon enfance !!! Tu n'imagine pas l'émotion et les souvenirs qui me submergent.

    Posté par Océane, jeudi 4 juin 2009 à 21:02
  • Oui, il fait vraiment partie des classiques, un peu comme Gripari chez nous!

    Posté par Mo, vendredi 5 juin 2009 à 00:37
  • Comme d'habitude, ne connaissant rien à la littérature jeunesse, je découvre ce titre. En revanche je me souviens bien d'avoir assisté à un exposé sur "Deux pour une" ! Moi j'avais fait un exposé sur une histoire de sorcière (dans mon souvenir c'est devenu "Ma sorcière bien aimée", mais il y a sûrement confusion avec la série). Dans le roman, la sorcière emmenait l'héroïne voler dans les airs sur son lit (ça devait être la couverture, car c'est tout ce dont je me souviens). Si ça dit quelque chose à quelqu'un... J'avais tellement aimé que je racontais ce roman à tout le monde, et pourtant je l'ai complètement oublié ! Sinon, je trouve que tu étais bien conseillée dans tes lectures, quand tu étais petite !

    Posté par levraoueg, vendredi 5 juin 2009 à 08:02
  • Comme Fashion j'ai dévoré Deux pour une enfant un nombre incalculable de fois et Emile et les d&tectives aussi... Qu'est-ce que c'était bien... Je vois encore ces deux jumelles sur la couverture qui tiennent chacune une tresse de l'autre... je ne connais pas le 35 mai, mais je vais y remédier !

    Posté par freude, vendredi 5 juin 2009 à 10:26
  • * Ofelia, mais tu as une mère merveilleuse !! Et avoir aussi bon goût en étant une petite fille, c'est la classe

    * Océane, oh, ça me fait plaisir !! Il va falloir que je découvre un peu plus cet Erich Kästner, même si ça fait quelques années que je ne suis plus une enfant...

    * Mo, je n'ai jamais lu Gripari... est-ce mal ?

    * Levraoueg, je crains de ne pouvoir t'aider... en plus la couverture a peut-être changé avec une réédition... C'est dommage !
    (et ce livre-ci, je l'avais emprunté à mon frère, parce que c'était mon idole et que donc, ses anciennes lectures d'enfant m'intéressaient aussi...)

    * Freude, on a donc le chemin inverse - il me reste à découvrir "Deux pour une" et "Emile"...
    J'espère que "Le 35 mai" te plaira !

    Posté par erzébeth, vendredi 5 juin 2009 à 17:24
  • L'adaptation de "Deux pour une" dont tu parles c'est "A nous quatre" (avec Lindsay Lohan quand elle était petite) ou il en existe une autre ?
    Dans mon souvenir, il me semble que "Deux pour une" était assez triste...Mais peut être que c'est dans ma tête
    Et oui Erzébeth, il faut absolument que tu lises Gripari

    Posté par Co, vendredi 5 juin 2009 à 18:25
  • ah chouette j'adore, je vais l'acheter à mon loulou, les filles ont adoré à nous quatre qui semble être l'adaptation de deux pour une, je vais essayer de leur trouver le roman chouette chouette chouette !

    Posté par yueyin, vendredi 5 juin 2009 à 21:38
  • "je n'ai jamais lu Gripari... est-ce mal ?"
    Oh que oui.
    Tu n'as même pas idée à quel point.
    Tsss, ces jeunes alors...

    Posté par fashion, samedi 6 juin 2009 à 07:14
  • * Co, m'annoncer de but en blanc que, quand j'étais jeune et innocente, j'ai vu, plusieurs fois et volontairement, un film avec Lindsay Lohan, ça me fait sacrément mal au cœur. En fait, mes souvenirs sont très flous, je croyais que les petites étaient blondes et vivaient en Allemagne, mais c'est sans doute une déformation de ma mémoire...
    Ou alors, tu sais quoi ? Peut-être que je n'ai pas vu les films, mais que j'ai lu le livre. Avec moi, on ne sait jamais...

    * Yue, tu verras, on trouve très facilement "Deux pour une" dans le commerce, mais j'ai dû commander celui-ci sur amazon, je ne le trouvais ja-mais en librairie... Tes enfants aimeront, sûr !

    * Fashion, je rougis de honte. Tu veux que je l'intègre dans ma PAL de secours, pour me faire pardonner ?

    Posté par erzébeth, dimanche 7 juin 2009 à 10:09
  • Oh oui, oh oui, oh oui!!!
    ))

    Posté par fashion, dimanche 7 juin 2009 à 14:06
  • * Fashion, je crois que je vais prendre ça comme un vif acquiescement

    Posté par erzébeth, dimanche 7 juin 2009 à 19:49
  • Celui-ci je le note et vais l'acheter le weekend prochain

    Posté par Hambre, dimanche 7 juin 2009 à 20:06
  • Bonjour,
    Je note le titre de suite sur ma LAL, je ne connaissais pas et ça me tente beaucoup.

    Posté par Lilibook, lundi 8 juin 2009 à 17:46
  • * Hambre, ça me fait très plaisir, j'espère que ça te plaira !

    * Lilibook, c'est une lecture rafraîchissante et pas du tout abêtissante, tu fais bien de noter ça sur ta LAL !

    Posté par erzébeth, lundi 8 juin 2009 à 21:14
  • Super, les romans d'Erich Kästner en effet. Concernant Deux pour une, Louise vivait à Vienne avec son père et Lotte avec sa mère à Munich.
    Levraoueg, je me demande si on n'a pas lu le même livre : 3 enfants qui passent leurs vacances chez une vieille tante se lient d'amitié avec Eglantine Price, une dame du voisinage qui en fait a des pouvoirs magiques et leur apprend que l'un des lits où ils dorment est magique, et ils font des voyages dans l'espace et dans le temps. J'adorais ce roman au collège, je viens de retrouver son titre sur internet : "l'étrange voyage de l'apprentie sorcière"

    Posté par Schlabaya, mardi 6 mars 2012 à 09:16

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