N.u.l.l.e.

Nouvel Univers Lunatique et Lacunaire d'Erzébeth

jeudi 25 juin 2009

Guérir parfois - soulager souvent - écouter toujours

Nous devons ce merveilleux titre à Louis Pasteur, idéaliste.

La chambre d'Albert Camus
de William Réjault (2006)
J'ai lu, 2008

http://ecx.images-amazon.com/images/I/51V9nA7xZ%2BL._SL500_AA240_.jpg

Je ne sais pas vous, mais j'ai toujours su qu'il y avait des métiers que je serais incapable d'exercer. Ceux qui rejoignent le milieu médical, par exemple, me laissent pantoise d'étonnement et d'admiration. De crainte, aussi, sans doute.
Je ne comprends pas comment on peut côtoyer la maladie, la dégradation humaine, la mort, et continuer à vivre à côté. Ça me dépasse. Moi, je ne peux déjà pas me rendre dans une maternité sans avoir le ventre triplement noué, alors nettoyer les escarres de Madame Patachon et assister à l'opération d'un enfant gravement malade, ça relève à mes yeux de l'héroïsme.

William Réjault a d'abord publié son recueil de nouvelles sous son pseudonyme du net, à savoir Ron. Il tenait un blog sur son quotidien d'infirmier, et comme cela arrive parfois, il avait suffisamment de succès pour attirer le regard d'un éditeur.
C'est délicat de publier le contenu d'un blog, parce que le passage de l'écran au papier peut faire perdre beaucoup de force aux textes. On n'a pas les mêmes attentes, les mêmes exigences, quand on lit un blog amateur et un ouvrage qui a dû convaincre un comité de lecture. Par chance, je ne lisais pas Ron l'infirmier; j'en avais entendu parler, mais cela s'arrêtait là. Puis il y a eu comme un buzz autour de la sortie de son recueil, les lecteurs l'ont lu, et aimé.
Si j'ai acheté La chambre d'Albert Camus il y a quelques temps, c'était pour l'offrir à quelqu'un; puis je me suis dit que c'était l'occasion d'y jeter un œil. Mal m'en a pris : je n'ai plus du tout envie de l'offrir, mais plutôt de le garder.
Les nouvelles sont courtes, d'ailleurs, ce ne sont pas à proprement parler des nouvelles, mais plutôt des instants de vie. Des scènes d'hôpital, mais pas que, parce que Ron a été infirmier libéral, il a aussi travaillé en maison de repos, et dans de grosses entreprises. Un éventail assez large d'expériences, dont certaines des plus marquantes se retrouvent compilées ici.
Il y a plus ou moins deux éléments qui sont mis en valeur dans ce recueil (ou du moins, dans ma lecture du recueil, parce que d'autres peuvent s'attacher à d'autres détails) : l'humour et l'énergie de Ron, tout d'abord. Il est indéniable qu'il faut un sacré cran pour travailler dans le médical (qu'on soit chirurgien, infirmier, sage-femme ou aide-soignant, etc), mais il faut aussi faire preuve d'un grand recul, et ne pas trop s'impliquer auprès d'un patient. A ce niveau-là, je trouve que l'humour de Ron devient à la fois une barrière essentielle, mais aussi un moyen de dédramatiser la situation, à la fois pour lui et pour le patient (qui préfèrera toujours un trait d'humour, même un peu poussé, qu'un air catastrophé ou résigné).
L'autre grand point qui m'a choquée, c'est la manière dont sont traités les gens. Je parle des patients, encore que le personnel n'exerce pas toujours dans des conditions idylliques (c'est le moins qu'on puisse dire). Il y a certaines nouvelles où les patients sont traités comme de la merde, comme des objets sans ressentis, allons-y, on arrache un ongle (sans anesthésie ni rien) à celle qui a mal, un médecin tabasse une "folle" mais il est excusé, voyons, il est en plein divorce, on laisse les vieilles personnes dans leur pisse parce qu'il ne faudrait pas dépasser le quota de couches prévu, on ferme les yeux sur la misère, la détresse, on se concentre sur le mal sans soigner le reste. Les dilemmes sont quotidiens. Il faut jongler entre la loi, la douleur des patients, le code de déontologie, la sérénité de son propre esprit. Peut-on ignorer la patiente, victime d'une attaque cérébrale, qui ne peut plus bouger qu'un œil, et qui supplie chaque jour qu'on la tue ? Est-ce qu'on ignore le patient dépressif, qui ne se rend pas au rendez-vous prescrit, sous prétexte qu'il faudrait avertir le directeur et que ce dernier est trop occupé par les fêtes de Noël, et que le malade peut bien attendre deux jours, non ? (non)
Je sais que je ne suis pas drôle et que je ne me concentre que sur les anecdotes graves, mais c'est parce qu'elles ne sont malheureusement pas rares dans le milieu. Je connais une infirmière qui m'a raconté des horreurs sur ses conditions de travail, ou sur le comportement de certains médecins. Le genre d'histoires qui font frémir, qui font espérer, surtout, qu'on ne tombera jamais malade.
La chambre d'Albert Camus est un recueil qui se dévore; c'est parfois écrit comme un blog (attention, ceci n'est pas un compliment), mais on passe outre cette petite faiblesse, parce qu'il y a toujours une phrase un peu plus loin qui rattrape le reste, et parce que les histoires me semblent plus importantes, ici, que la manière dont elles sont racontées. Une lecture que je qualifierais presque d'indispensable. Ça fait du bien et ça fait très peur en même temps, drôle d'aventure, à ne pas manquer. Histoire d'ouvrir les yeux, pendant 240 pages.

Laure, Tamara, Florinette, Cathulu, Amanda, Daniel Fattore l'ont lu et aimé sans réserve.
Cuné, as-tu encore une fois supprimé ton billet...? Coquine !

Posté par erzebeth à 09:15 - lecture - Commentaires [31] - Permalien [#]

Commentaires

    L'hôpital vraiment, ça n'est pas le moment. Outre l'expérience "L'hôpital et ses fantômes", l'épisode que je viens d'y vivre avec mon fils m'a rassasiée pour un bout de temps...

    Posté par Ys, jeudi 25 juin 2009 à 09:26
  • Je te comprends, Ys !

    Erzébeth : Oui, j'ai ENCORE supprimé mon billet sur ce livre, mais là c'est parce que je me suis mise à exécrer son auteur.

    Posté par Cuné, jeudi 25 juin 2009 à 10:44
  • Mais comment peux tu lire un livre avec un tel titre ?

    Posté par zaph, jeudi 25 juin 2009 à 13:20
  • Ah ?

    Cuné : exécrer carrément ? Mais il y a l'oeuvre et il y a le connard derrière, ce sont deux choses totalement différentes...en y réfléchissant un peu. Je ne pensais pas avoir tué quelqu'un pour mériter un "effacement" de critique. Et bé.

    Merci pour votre regard et votre lecture, "Nulle". On se retrouve sur le suivant, à la rentrée 2010.Un roman

    Posté par william, jeudi 25 juin 2009 à 13:32
  • D'ailleurs, pour vous citer, Cuné, à une époque où vous étiez plus enclin à la tolérance à mon égard : "Il est réédité, en plus, et bientôt en poche. Plus aucune raison de faire l'impasse, il faut parvenir à différencier le bloggeur (que personnellement je n'apprécie plus du tout, depuis qu'il oeuvre sur Le Post) de l'auteur, qui a une plume, c'est indéniable !
    Je savais que tu serais "bousculée" Amanda par ce recueil de nouvelles

    Ecrit par : Cuné | 19.05.2008 "

    Posté par william, jeudi 25 juin 2009 à 13:35
  • Sans doute, et puis à un moment on en a marre, et on vire tout. C'est comme ça

    Posté par Cuné, jeudi 25 juin 2009 à 14:23
  • Vous mettez sur le même plan mon livre et la merde quotidienne que j'écris pour le Post ? Etrange.

    Posté par william, jeudi 25 juin 2009 à 14:30
  • (euh pardon, c'est pas moi, c'est mon firefox)

    Posté par william, jeudi 25 juin 2009 à 14:59
  • Je m'immisce ... étrange d'écrire "la merde que j'écris quotidiennement" et de continuer d'écrire là-bas, justement.
    Trop entière pour le faire, sûrement ...

    Posté par Leiloona, jeudi 25 juin 2009 à 15:15
  • Chacun sa façon de gagner sa vie, moi je ne juge pas. On me paye pour écrire sur la Nouvelle Star, c'est pas une question d'être entier ou pas, c'est une question que cet argent me permet d'écrire un roman à côté...Je précise que quand je dis "j'écris de la merde", c'est dans le sens "ça n'a aucune valeur et je n'y mets rien de moi".

    Pour résumer, j'ai torché des fesses pendant des années, on me propose d'être payé pour écrire sur ce que je vois à la télé, franchement, je serai sacrément gonflé de refuser. Mais chacun fait comme il veut. Mon prochain roman sort en 2010 et c'est en n'étant plus infirmier que j'ai pu enfin l'écrire. Merci le Post

    Posté par william, jeudi 25 juin 2009 à 15:38
  • Pourquoi est-ce que Cuné est remontée contre l'auteur *mode commère* ? J'ai raté un truc ?

    Posté par Lilly, jeudi 25 juin 2009 à 19:12
  • Je suis sortie sur la pointe des pieds tout à l'heure... Je reviens, tout semble calme... Mais je vais essayer de pas écrire trop fort, on ne sait jamais ! Bon j'avais déjà pas envie de lire, mais alors après cet échange de commentaires auquel je n'ai pas tout compris... Et puis l'hôpital me fait peur. Mais tu viens de me rappeler que moi aussi je voulais lire un livre adapté d'un blog, mais ce n'est pas celui-là ! Va falloir que je le cherche ce week-end....

    Posté par levraoueg, jeudi 25 juin 2009 à 21:56
  • Dites donc, crêpage de chignons en direct live sur mon blog ! Sensationnel ! Ça n'était plus arrivé depuis que j'avais parlé des secrétaires (M. Sauvage, bien le bonjour !).

    Je ne tiens absolument pas à prendre parti dans la petite polémique. Je ne connais pas William (bienvenue par ici, malgré tout !), ni les griefs qu'on lui reproche, c'est peut-être juste dommage que cela devienne aussi extrême, et aussi rapidement...
    C'est cruel, un blog, on s'octroie la possibilité de dire tout ce qu'on veut, même le pire. Même si l'auteur est encore vivant et qu'il peut un jour tomber sur nos billets. On a le droit de les supprimer (les billets, pas les auteurs, que les choses soient claires) si on les trouve mauvais, si on a changé d'avis, si on est en colère.
    Je comprends que cela puisse blesser l'auteur, mais cela fait malheureusement du terrible revers de la médaille.

    William, je ne savais pas que vous n'étiez plus infirmier.

    Je crois que je n'ai pas grand-chose à ajouter. Ça me ferait assez plaisir que tout cela se termine gentiment. Par contre, je crois que les commentaires refroidiront tous ceux qui passeront par ici.
    Le revers de la colère, en somme.

    Posté par erzébeth, jeudi 25 juin 2009 à 23:42
  • Sinon :

    * Ys, je te comprends, c'est un lieu que l'on fréquente rarement avec plaisir...

    * Zaph, mais quoi, qu'est-ce qui te gêne ? Je trouve ça bien vu, on se demande qui est cet Albert Camus, et pourquoi il est dans sa chambre, non ?
    Moi ça m'intriguait. Bon, au final, c'est un des textes que j'ai le moins aimés, mais passons.

    * Leilooona, euh, tu permets que je ne réponde pas à ton commentaire ?

    * Lilly, oui, tu as raté un truc. Mais moi aussi, donc c'est cool, nous ne sommes pas seules !

    * Levraoueg, je te comprends, ça ne donne pas tellement envie d'aller acheter le livre dès la première heure. Dommage, fromage.
    Que veux-tu acheter ? Leslie Plée, la mère indigne ? Dis-moi touuuut, tu sais que je suis curieuse !!

    (William, by the way, je me suis permise d'effacer les commentaires-doublons. Mais vous me pardonnerez, j'en suis certaine).

    Posté par erzébeth, jeudi 25 juin 2009 à 23:46
  • > "on se demande qui est cet Albert Camus, et pourquoi il est dans sa chambre, non ?"

    Non !

    Posté par zaph, jeudi 25 juin 2009 à 23:55
  • *Zaph, ton manque de curiosité te perdra !

    Posté par erzébeth, vendredi 26 juin 2009 à 00:06
  • Euh... en fait je ne comptais pas l'acheter (donc ça va me prendre des mois avant de le trouver) et comme c'est un blog que je lis pas, je ne suis pas du tout au courant de cette histoire de mère indigne. Mais sinon j'aime bien les histoires de gens malheureux au travail, ça rassure, ça permet de trouver le sien pas si mal...

    Posté par levraoueg, vendredi 26 juin 2009 à 07:47
  • * Levraoueg, au temps pour moi, ce n'est pas Leslie qui est une mère indigne, hein ! "Mère indigne" est le pseudo d'une québécoise qui tient un blog très drôle sur son quotidien de mère, et sur les perles rapportées par ses filles...
    Mais donc, j'ai eu bon en citant Leslie Plée ? Tu vois comme je suis *réellement* la future Agatha Christie !!
    Et ta dernière phrase, oh, je la comprends entièrement !

    Posté par erzébeth, vendredi 26 juin 2009 à 08:21
  • J'ai fait comme Lavroueg, je suis sortie sur la pointe des pieds en attendant que çà se calme .. je ne connais pas du tout l'auteur, ni le blog en question, donc je lis ton billet avec un oeil neutre. Malgré la terreur que l'hôpital m'inspire (le mot n'est pas trop fort) c'est toujours intéressant de lire des témoignages de l'intérieur.

    Posté par Aifelle, vendredi 26 juin 2009 à 08:22
  • * Aifelle, tu as bien fait, j'ai le même réflexe en cas de conflit, je fuis
    Je comprends et partage ta terreur de l'hôpital; mais dans ce cas, la lecture de ce livre n'est pas merveilleusement conseillée, moi ça m'a fait mal au ventre plusieurs fois, et j'étais soulagée à 1000% de ne pas travailler dans ce genre de lieux. Brrr.

    Posté par erzébeth, vendredi 26 juin 2009 à 19:45
  • Il n'y a pas de conflit, j'ai simplement pointé du doigt une certaine incohérence...et j'ai eu ma réponse. On a tous le droit de ne pas aimer et de ne pas avoir à se justifier. Et puis, très franchement, qu'on parle du livre en bien ou en mal, du moment qu'on en parle. Je sais ce que j'ai encore sous le coude mais je sais aussi ce que vaut ce premier : il n'a pas eu les ventes qu'il méritait. Je pense que je ne ferais rien d'aussi sincère dans ma vie : le défendre une dernière fois c'est le faire exister encore un peu. Merci.

    Posté par william, vendredi 26 juin 2009 à 20:53
  • William, j'avais cru comprendre au contraire que vous attendiez des justifications de la part de Cuné. Mais comme vous dites, elle n'en doit à personne.
    Je suis assez étonnée aussi, je pensais au contraire que votre livre avait rencontré un bon public. Pour une première publication, ça me paraissait bien plus qu'honorable. Être repéré dans l'avalanche de livres qui paraissent en permanence, c'est déjà colossal, il me semble. Je vous souhaite bonne chance pour la suite !

    Posté par erzébeth, samedi 27 juin 2009 à 11:29
  • (Disons qu'il a bien vendu et qu'il a trouvé une place en poche mais en dessous de 10 000, c'est un échec pour moi. J'aime bien placer la barre assez haut) (merci)

    Posté par william, samedi 27 juin 2009 à 14:20
  • C'est plutôt bien ton blog, Erzebeth ... On ne s'ennuie pas une seconde en lisant (inopinément !) certains commentaires !! Je savais que sur ton blog il y avait toujours de l'animation ...

    Posté par Nanne, samedi 27 juin 2009 à 18:21
  • * Nanne, oh, je suis flattée, mais finalement, je ne représente que le lieu des amusements, ce sont les autres qui font tout le boulot !
    Il faudrait que j'écrive plus souvent sur des auteurs vivants, je crois.

    Posté par erzébeth, samedi 27 juin 2009 à 22:43
  • Euh...non pas celui là : lol !!!

    Posté par Hambre, mardi 7 juillet 2009 à 19:31
  • Cela fait longtemps que je ne suis pas repassé par là... j'avais personnellement bien aimé ce livre, paru sous le nom de Ron l'Infirmier. J'en parlais ici:

    http://fattorius.over-blog.com/article-24321124.html

    Depuis, un autre a paru. Et j'ai hâte de voir ce qu'il en sera du roman promis pour 2010...

    Posté par Daniel Fattore, vendredi 10 juillet 2009 à 18:55
  • * Hambre, tu me déçois beaucoup ! Les commentaires jouent contre le livre, forcément...

    * Daniel Fattore, merci de me rendre visite... Je vais ajouter votre avis dans les liens, vous exprimez très bien ce que j'ai pu moi-même ressentir avec cette lecture.
    Je suis curieuse aussi de voir ce que l'auteur "vaudra" en fiction, à suivre...!

    Posté par erzébeth, samedi 11 juillet 2009 à 11:51
  • J'ai franchement bien aimé lire ce "blook". Comme toi, j'ai toujours su que je ne pourrais jamais exercer ce genre de métier...Quelle énergie il a du déployer cet auteur pour exercer un métier si difficile et tenir un blog avec tant d'assiduité... une sacré aventure qui me rend admirative même si je sais que je ne lirai sans doute pas les titres parus ensuite.

    Posté par sylvie, dimanche 6 décembre 2009 à 18:08
  • * Sylvie, j'aime beaucoup le néologisme "blook", il est fort bien trouvé ! J'ai effectivement lu ton billet dernièrement, je crois malgré tout que tu es plus positive que moi (il aurait pu davantage retravailler ses textes, parce que stylistiquement...), mais nous en arrivons finalement toutes les deux à la même conclusion sur l'auteur...
    Il y a toujours Martin Winckler, qui lui, en plus, écrit bien (ouh que je suis méchante !).

    Posté par erzébeth, dimanche 6 décembre 2009 à 23:01
  • Décidément, ça devient perso, on dirait que ça vous obsède de répéter que j'écris mal.

    Posté par william, mercredi 23 décembre 2009 à 22:18

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