dimanche 31 mai 2009
Appel à contribution
Au début, le titre de ce billet devait être bien plus séduisant, je voulais écrire quelque chose comme I need your helping like a sunshine mais je n'étais pas sûre de mon helping (puis bon, le sunshine, qu'est-ce que j'en ferais ?), alors j'ai laissé tomber et j'ai chanté toute seule de mon côté.
L'essentiel étant qu'au final, j'ai besoin de vous, ou plutôt de vos judicieux conseils de lecture. Vous me direz, avec 88 livres non lus en ma possession (je trouve ça faramineux) et avec tous vos billets quotidiens (ou presque), je devrais pouvoir m'en sortir toute seule... eh bien non !
Je voudrais me constituer une mini-PAL de secours.
Le genre de petite pile sur laquelle on peut compter en cas de coup dur, ou quand on est malade et qu'on a les yeux tout fiévreux. Non, je ne suis ni déprimée, ni malade. Mais mieux vaut prévenir que guérir, non ?
Voici comment j'envisage une PAL de secours : il faut qu'elle contienne de bons romans (plus facilement épais que minces, mais les petits sont acceptés aussi), avec une intrigue captivante, un style qui répond présent à l'appel (je précise pour ne pas que vous me proposiez Dan Brown), le tout ne devant pas être d'une noirceur absolue ou d'une glauquerie sans nom (ainsi, sont recalés Voyage au bout de la nuit et Les Bienveillantes, par exemple).
Il faut que cela divertisse intelligemment - prenez le verbe au premier degré : il faut que cela fasse diversion par rapport à la déprime ou à la maladie.
Quand vous êtes grippés, normalement, vous n'avez pas tellement envie de vous plonger dans Ulysse de Joyce ou dans La cloche de détresse de S. Plath, parce que le premier est incompréhensible et ferait fondre vos derniers neurones, et le second parce que c'est quand même diablement déprimant, un livre sur une jeune dépressive.
Vous commencez à saisir ce que j'essaie d'expliquer ?
(moi pas, c'est pour ça que je demande)
Pour l'instant, j'ai quelques pistes, comme : un roman de Daphné du Maurier, Jane Eyre (je n'aurais qu'à le tirer de ma PAL), Harry Potter (encore et toujours, et non, je ne m'en lasse pas), Le palais des mirages d'Hervé Jubert, La voleuse de livres de Markus Zusak, Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur d'Harper Lee (oui ? non ?), Les maîtres de Glenmarkie de Jean-Pierre Ohl (mais je persiste à vouloir lire Le maître de Ballantrae avant, mais j'hésite à autoriser ce Stevenson dans ma PAL de secours), peut-être aussi Le prince des marées ? Puis aussi Une prière pour Owen d'Irving, oui, bonne idée, puisque je voulais le lire pour le blog-o-trésors...
Ça en fait, déjà, des pages à lire... mais j'en oublie un nombre faramineux, et c'est bien pour ça que j'ai besoin de vous.
Qu'est-ce que vous me conseilleriez d'intégrer dans ma PAL de secours ? A mon avis, un Agatha Christie y est impératif, oui mais lequel ?
Le premier qui me propose de glisser aussi un roman de Jane Austen recevra des chatouilles sous ses deux pieds.
Soyez convaincants (si seulement vous avez compris ce que je raconte); mais même si vous l'êtes (convaincants), je me garde la possibilité d'ignorer totalement vos propositions parce que la femme est lunatique, et qu'elle est une des seules créatures sur terre à partir faire les boutiques en cherchant des hauts légers, et à rentrer chez elle en ayant acheté un gilet noir. Je parle en connaissance de cause, hélas.
Et ceux qui rétorqueront que ma conclusion est hors sujet connaîtront le même sort que les austeniens un peu trop téméraires. Au moins, vous êtes avertis.
vendredi 29 mai 2009
Vivre au pays de Cyrano
La relieuse du gué
d'Anne Delaflotte Mehdevi
Editions Gaïa, 2008

Je sais qu'aux yeux de certains, la pagination rose des éditions Gaïa est un atout séduisant; à mes yeux, ça devient presque un obstacle de lecture. Que voulez-vous, je n'aime pas que l'on bouscule mes petites habitudes - encre noire, page blanche.
Le rose est un petit défaut que j'ai vite oublié en lisant La relieuse du gué.
Cette fameuse relieuse (et le mot est riche de sens...) s'appelle Mathilde; elle menait une vie de diplomate à Paris quand elle a décidé de tout quitter pour exercer le même métier que son grand-père (relieur, donc) et dans la région de Cyrano (elle berce ses journées avec cette pièce d'E. Rostand). Dans son petit village, tout le monde se connaît : le boulanger lui apporte des chouquettes chaque matin à dix heures, l'atelier de Mathilde jouxte le local du cordonnier, Sébastien, un jeune fantasque capable de se promener en vêtements du XIXe siècle sans se sentir en décalage, il y a aussi les deux sœurs qui tiennent une petite épicerie, l'une est folle et les deux sont méchantes...
Un petit microcosme tranquille.
Puis, un lundi matin... un homme mystérieux entre dans l'atelier de Mathilde; il lui confie un livre sublime, à réparer pour le vendredi. C'est une commande urgente, étrange - mais devant ce qui lui semble une apparition, Mathilde accepte...
L'homme fait un malaise, et fuit dès qu'il peut se remettre debout. Il aurait dû prendre son temps : il se fait renverser quelques mètres plus loin, décède.
Mais Mathilde s'est attachée à cette rencontre éphémère, elle travaille sur le livre, cherche à savoir qui était son propriétaire, à savoir qui a dessiné les illustrations de l'ouvrage, elle cherche à comprendre, et par la même occasion, se cherche aussi...
Il est catastrophique de présenter ainsi ce roman, car on peut alors croire qu'il s'agit d'une intrigue presque policière, que cela capte l'attention du lecteur jusqu'à qu'il obtienne ce qu'il souhaite - des réponses... Or, c'est un roman plutôt contemplatif, d'une douceur folle et d'une tranquillité assourdissante. Bien sûr que Mathilde cherche (et on s'interroge réellement avec elle, et on a presque peur quand elle part en voiture dans la forêt...), bien sûr que la curiosité du lecteur est piquée, mais ce roman est bien plus qu'une enquête, c'est une quête (belle chute, non ?).
On découvre la vie de ce petit village, avec les figures qu'on s'attend à y trouver (les petites vieilles qui distillent des ragots à longueur de temps et regardent bizarrement les nouveaux venus, mais aussi le boulanger fort sympathique qui aime plaisanter), et les différents portraits dressés sont clairement attachants. La vie y semble à la fois tranquille et mélancolique; la solitude de la relieuse (déjà ne serait-ce qu'à cause de son métier) l'incite à créer une bulle intime (elle a ses rites de travail, son rythme particulier avec ses pauses prises aux mêmes heures, chaque jour) sans pour autant l'étouffer totalement. Elle garde un œil sur le monde, et s'attriste de n'avoir que furtivement connu le défunt mystérieux - elle était certaine qu'il y avait une rencontre à vivre... Son quotidien, je l'ai dit plus haut, est bercé par Cyrano de Bergerac, qui compte énormément dans son existence. Le roman est ponctué d'extraits de la pièce, et bien que je craignais un peu une sorte de remplissage ou une facilité littéraire de la part de l'auteur, ces petites touches théâtrales servent le récit, l'illuminent, l'habillent. Je n'ai pas encore lu cette pièce (et j'en connais une qui pourrait s'en fâcher), mais cette approche originale me donne plutôt envie de m'y mettre.
La relieuse du gué exhale un parfum sensiblement désuet, probablement renforcé par le métier atypique de la narratrice (« Dans la ruelle, quand je m'étais installée, une bonne âme avait dit : « Diplomate, ça c'était un métier ! Relieuse ? Quelle idée, je pensais que ce métier n'existait même plus ! » ») , un métier dont on découvre certains aspects ici, et c'est délectable. Pensez donc : Mathilde utilise un matériel ancien (celui de son grand-père) et rénove de vieux livres, armée de colle et de patience... Ça m'a donné envie de me reconvertir (alors que je ne suis toujours pas convertie à quoi que ce soit, d'ailleurs), tant ce métier de passionné et de solitaire me séduit...
C'est un roman qui fait du bien, une histoire qu'on aime lire, des destins qu'on aime suivre quelques instants, le temps d'une semaine... ou un peu plus... L'histoire est toute simple, le style est à la fois limpide, délicat et poétique. J'ai oublié de vous parler du gué; de tout ce qui peut être relier dans ce roman; j'ai oublié de vous parler du bijoutier. Tant mieux; peut-être que ça vous donnera envie de découvrir tout cela par vous-même...
La relieuse du gué est un premier roman; je guetterai les prochaines parutions d'Anne Delaflotte Mehdevi. Si elles me comblent et me séduisent autant que ce roman-ci, de belles heures de lecture m'attendent avec cette écrivain.
« Je tressaillis quand le téléphone sonna. C'était ma mère. Ce fut difficile de lui parler de tout et de rien. Si je lui avais dit que j'étais en deuil d'un homme dont je ne connaissais pas le nom et dont j'étais pourtant pour l'instant la seule héritière, elle m'aurait dit : « Ma chère fille, tu es comme ton grand-père, tu attends toujours de la vie des choses extraordinaires. » »
Clarabel et Cuné l'ont lu aussi.
Je glisse aussi une petite interview de l'auteur, réalisée par Bibliosurf.
(Un bonheur n'arrivant jamais seul, parce que ce livre a été publié en août 2008, il entre dans mon Challenge du 1%...)
mercredi 27 mai 2009
« Le ciel devait pleurer quelque chose. »
La gueule du loup
de Nadia Gosselin (2008)
Guy Saint-Jean éditeur

C'est grâce à Cuné que j'ai pu lire ce roman - son billet m'avait fortement intriguée, parce que je me demandais (entre autres) comment on pouvait faire de la littérature avec un sujet aussi... trivial.
Il faut savoir qu'Internet est ce que je préfère au monde (avec la glace à la menthe, le rose et deux ou trois autres petites choses), mais je ne voyais pas comment on pouvait aborder une rencontre virtuelle et amoureuse dans un roman. Je trouve cela inesthétique d'un point de vue littéraire.
Mais en fait, dans La gueule du loup, c'est encore pire que ça.
La narratrice (dont je ne me souviens pas du prénom, uniquement le surnom : Loulou) est une jeune mère et épouse vivant au Canada. Vingt-huit ans, trois enfants (!), un mari dont on ne saura rien... et un amant virtuel, Edy, un homme qui la fait outrageusement fantasmer via une correspondance mailesque bouillante.
Il a trente ans de plus qu'elle, et vit en Belgique.
Je ne sais pas si vous avez déjà essayé de contenir un élan passionnel, mais sachez-le : c'est impossible. C'est pourquoi Loulou plonge vers l'inconnu (comprenez : elle prend l'avion) pour rejoindre son loup belge (il adore les loups, c'est comme ça; c'est expliqué dans le livre, mais ne croyez quand même pas que je vais vous faire une présentation exhaustive des faits !).
Seulement, l'idylle s'achève dès que la narratrice entraperçoit Edy. Elle voudrait même repartir de suite. Il est vieux, maigre, malade (elle le savait, mais enfin, il fait peine à voir), désagréable. Son appartement est dans un état nauséabond.
Lui, forcément, trouve que Loulou est charmante, et il aimerait concrétiser tous les mails amoureux qu'il lui a écrits.
Las.
Parce que Loulou est censée rester quinze jours sur place (sans pouvoir rien y changer : c'est quand même Edy qui a payé l'avion...), ils vont tenter de cohabiter, et ce malgré leurs humeurs incompatibles.
Et c'est là qu'à mes yeux, les choses se gâtent. J'ai eu une aversion terrible pour la narratrice, qui me semblait totalement incapable d'adopter une attitude cohérente. Il y a certes le malaise du début, la déception, l'envie de fuir dans la minute, mais elle tente parfois de s'approcher d'Edy et ses manœuvres sentimentales (plus proches de la pitié de l'affection réelle) m'ont agacée. C'est une femme qui ne sait pas ce qu'elle veut, une gourde qui n'ose pas s'exprimer, une capricieuse totalement égocentrique. J'ai eu beaucoup de mal à comprendre son comportement... Edy n'est pas merveilleux non plus; c'est un vieux célibataire étriqué qui passe son temps à se plaindre de différents maux, un homme qui mord dès qu'il prend la parole, une personne si éloignée de son visage virtuel...
Le séjour est une suite de scènes effarantes, à cause de leur comportement respectif. Et même s'ils parviennent parfois à tisser des instants émouvants, cela ne dure jamais longtemps...
La relation qui les lie est excessivement bizarre; on sent malgré tout qu'Edy est un homme blessé, qu'il faudrait tenter d'apprivoiser afin de (re)découvrir sa nature plus... humaine. Mais il ne fait rien pour donner envie de le connaître...
Au final, cela donne un roman très curieux, indéfinissable. N'allez pas croire que les reproches (un peu durs ?) que j'adresse aux personnages reflètent mon sentiment global - je peux très bien aimer un roman où les personnages sont abjects...
Pourtant, j'ai eu du mal à comprendre le sens de cette histoire (en supposant qu'il y en ait un, car après tout, rien ne l'exige), et l'écriture un peu trop contemporaine de l'auteur empêche le récit de prendre un peu plus d'ampleur. La gueule du loup reste un roman énigmatique, que j'ai pris plaisir à lire, et qui m'a trotté dans la tête pendant un long moment (d'ailleurs, en écrivant ces bafouilles, je continue de me questionner). Quelque part, Nadia Gosselin a refusé de donner toutes les clés au lecteur, pour qu'il s'approprie lui-même cette triste expérience, et en tire les réflexions qu'il souhaite. Cette lecture me laisse en tête un certain agacement et une curiosité en partie inassouvie; et ce genre de ressenti est fort intéressant...
Merci à Cuné !
Frisette, Venise, Lucie et Anick en ont parlé aussi, avec des angles d'approche parfois différents, et fort complémentaires. Car, mine de rien, il y a beaucoup à dire sur ce roman...
Et comme ce roman est sorti en août 2008, je m'autorise à le glisser dans le Challenge du 1% littéraire...
lundi 25 mai 2009
Hier, aujourd'hui, demain
La semaine dernière, alors que je regardais prudemment les deux côtés de l'avenue avant de traverser (je ne sais pas vous, mais où que je sois, je déteste traverser à pieds quand il y a plus de deux voies, et ce même si je suis sur le passage piéton), un bus est passé, rempli d'enfants en voyage scolaire. L'un des garçons, neuf ans peut-être, s'amusait à faire coucou aux passants. Je lui ai répondu en souriant; il a peut-être cru que j'étais une Parisienne. Le pauvre, s'il m'avait vu, vingt-cinq minutes plus tard, alors que je bombardais de photos un des monuments situés non loin de là...
La semaine dernière, j'ai croisé un Asiatique qui portait un masque médical. Soit c'était un chirurgien étourdi sorti de salle d'opération sans enlever complètement sa tenue, soit il craignait tout simplement les vapeurs polluantes de la capitale, soit il se protégeait contre la grippe A. Mais si c'est cela, pourquoi sa copine n'en portait pas un aussi ? Peut-être qu'il s'en fichait qu'elle soit malade.
La semaine dernière, des touristes avec un équipement photographique assez exemplaire immortalisaient un pauvre homme, sur le parvis de Notre-Dame, alors que les pigeons envahissaient ses épaules, ses bras, ses mains. Les touristes discutaient avec le marginal, et chacun semblait heureux de ce moment partagé. C'était pourtant étrange à regarder.
La semaine dernière, j'ai voulu élire domicile dans un lieu public de toute beauté. Je pense que les dizaines de surveillants n'auraient pas vu mon désir d'un bon œil. J'aurais aimé qu'il me dédommage en m'offrant deux toiles, honnêtement, que sont deux toiles dans un aussi grand musée ? Mais je crois qu'on ne m'aurait pas laissé faire non plus. L'égoïsme est un véritable fléau, si vous voulez mon avis. De quel musée s'agit-il ? Un indice (foireux, comme toujours avec moi) : Knut pourrait y rencontrer son homologue de pierre.
Musée d'Orsay, avec L'ours blanc de Pompon
La photo est superbe, je sais
La semaine dernière, j'ai plus ou moins abandonné le livre que j'avais en cours, l'intrigue est loin d'être mauvaise et le style est irréprochable, mais quelque chose (les descriptions ? les passages en latin ? l'histoire religieuse à laquelle je ne connais strictement rien ?) m'empêche de me plonger dedans. Ce livre a le miraculeux pouvoir de m'endormir, ce qui est quand même bien triste (je m'endors assez bien, même sans ça. C'est le réveil qui est toujours plus pénible).
Alors, la semaine dernière, j'ai commencé un roman de la grande liste de Blog-o-trésors, et le début est largement prometteur...
La semaine dernière, je suis tombée amoureuse de Groucho Marx. Dommage pour moi, hein.
La semaine dernière, je suis allée voir Un mariage de rêve, de Stephan Elliott, dont Fashion a dit le plus grand bien, et non pas uniquement parce que Colin est dedans, même s'il incarne à merveille son rôle. Je m'attendais au pire (la bande-annonce me faisait plutôt penser à une grosse comédie bien ratée, et puis bon, Jessica Biel, quoi !), mais Fashion m'ayant mise en confiance, j'y suis allée presque sereinement. J'avais drôlement raison; Un mariage de rêve est une belle réussite, teintée d'humour (le début est un feu d'artifice de répliques merveilleuses) mais aussi plus sérieuse qu'elle n'y paraît. La réalisation (un jeu constant avec les reflets et des cadrages impossibles) est excellente, les acteurs tous plus brillants les uns que les autres, n'ayons pas peur des mots, c'est un très bon film. Où Jessica Biel a réussi à me convaincre, de A à Z. Je dirai même qu'elle est superbe dans ce rôle, mais n'insistons pas, je suis déjà choquée de découvrir qu'elle a de vrais talents de comédienne. Je veux le même domestique et apprendre à conduire pour m'échapper en pleine nuit avec un homme terriblement sexy à mes côtés (le tango me paraît trop difficile pour moi). Si vous voulez comprendre de quoi je parle, il va falloir faire un petit tour en salles obscures...
Aujourd'hui, je reprends le travail à l'heure à laquelle je me suis levée tous les jours pendant mes vacances. Dommage pour moi, hein.
Cette semaine, il faudrait quand même que je vous gratifie d'un ou deux billets de lecture, mais c'est fou comme on prend le goût à ne pas écrire... à ne plus écrire... Paresseuse est mon deuxième prénom, le saviez-vous ? Mais je vais gentiment sortir de ma torpeur, et arranger tout ça. En attendant, je commande des DVD et sirote du thé, je regarde de belles photos et compte les jours qui me séparent de quelques belles journées de juin, je vais ressortir les trois derniers Harry Potter pour les relire et me préparer à la prochaine sortie cinématographique du Prince de Sang-Mêlé (en juillet, pas trop tôt !), j'irais bien chez le coiffeur sans trop savoir quoi faire, je fais des projets qui ne verront jamais le jour et d'autres si, parce que je le vaux bien. La vie est presque belle, dites donc !
vendredi 15 mai 2009
Closed !
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Parfois, on est disponible, parfois moins. Je suis sûre que cette première phrase vous donne envie de lire les autres qui constituent ce billet - que voulez-vous, on est parfois inspiré... Parfois moins.
Hum.
Je n'ai pas eu le temps d'écrire quoi que ce soit pour nourrir ce blog en billet(s) de lecture; si vous vous ennuyez tant que ça, vous pouvez aller fureter dans l'index des auteurs (c'est ce que j'ai fait tout à l'heure) (je ne m'ennuyais pas, mais je voulais me promener un peu, j'ai bien le droit !). Pour une fille qui ne lit pas tant que ça (si vous saviez comme mon rythme a pris un sale coup, ces dernières semaines...) et qui passe son temps ailleurs (parce que je suis en vacances - parce que je suis fatiguée - parce qu'on m'a coupé la ligne, ahah), je trouve que l'index en jette quand même. Je lis, mine de rien.
Ce n'est pas de ça dont je voulais vous parler, mais de tas de petites choses passionnantes, dont :
* Grâce à Ys la merveilleuse, j'ai pu voir The Lost room. Son billet est par là. Je n'en écrirai pas moi-même, parce que je n'ai tout simplement rien compris; mais c'était bien quand même (et je ne dis pas ça uniquement pour le physique de Peter Krause, ça ne me ressemble pas). Les acteurs sont excellents (je veux la même petite fille; j'ai d'ailleurs fouiné et remarqué qu'elle jouait la petite Daisy dans L'étrange histoire de Benjamin Button, ça confirme, kidnappez-moi cette enfant ! J'en prendrai soin), la mise en scène est réellement soignée, et on est obligé de regarder les six épisodes de manière rapprochée. Mais même comme ça, c'est resté incompréhensible pour moi, ce qui n'est pas forcément un défaut (Mulholland Drive est un de mes films préférés; j'ai d'ailleurs furieusement envie de le revoir depuis que j'ai vu cette série). Je crains malgré tout qu'il n'y ait quelques facilités, quelques points un peu simplifiés, mais qu'importe.
* Depuis que j'ai entendu parler de cette histoire de Magazine des Livres (Ys, tu me le dis si tu en as marre que je te cite autant dans un même billet...), j'ai été contactée par trois personnes qui veulent m'envoyer des livres gratuitement. Ca fait plutôt plaisir, rien que pour ça, tiens, je ne regrette pas d'avoir acheté le Magazine en question (et l'interview de Djian est vraiment bonne, mais je l'aime beaucoup, cet homme). Ca me fait penser que je n'ai plus reçu de nouvelles de Chez-les-filles depuis un bail, serait-ce parce que je n'ai jamais écrit la moindre ligne sur Valse avec Bachir ? Je n'y peux rien, je ne l'ai vu que cette semaine. Un grand documentaire, dur et sublime. (j'apprends à devenir succincte)
* Je pourrais vous raconter bien d'autres choses, mais je n'ai pas le temps, il faut que je prépare mon sac. Car, sachez-le : je vous quitte pour une semaine. Je m'en vais savourer mes premières vacances de l'année, même si ça ne sera pas facile (je m'en vais chez des gens qui ont le chat le plus laid du monde, et ses poils longs sont difficilement compatibles avec mes vêtements noirs, le métro sent mauvais et avec un peu de malchance, on va m'obliger à cuisiner au moins une fois), je suis sûre que je parviendrai à trouver des côtés positifs (je pourrais en lister quelques-uns, mais j'ai peur que mon énumération devienne mièvre).
Voilà donc, il faudra que vous vous passiez de moi la semaine prochaine. Je vous reviens la semaine du 25 mai...
(et pour ceux qui s'interrogent, oui, la photo a encore un lien avec le lieu où je pars. Mais elle parle d'un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaîîîtreuh...)
mercredi 13 mai 2009
« La vie est trop courte, et Proust est trop long. » [Anatole France]
Je ne sais pas vous, mais personnellement, j'aime lire aux toilettes.
Et j'aime la méchanceté.
Alors, lire des méchancetés aux toilettes, vous pensez bien que ça ne pouvait que me combler.
j'ai honte de mon intro
Ceci n'est pas de la littérature
de Sylvie Yvert
Éditions du Rocher, 2008

Le concept du livre peut être résumé en une phrase (du moins, je vais essayer) : Sylvie Yvert recense ici des piques écrites par des journalistes (écrivains, humoristes et autres) sur des auteurs, et plus particulièrement sur des auteurs classiques. Parce que casser du Levy ou du Zeller, mes amis, c'est bien trop facile; tandis que faire mille reproches à Chateaubriand, Lamartine, Aragon et Flaubert, c'est bien plus tordant.
Évidemment, ce recueil ne pouvait être qu'un feu d'artifice; on pourrait même dire que ça balance sévère. Et comme c'est plutôt difficile d'élaborer un semblant d'avis global, je préfère vous citer quelques-unes de mes méchancetés préférées :
« Balzac est en train de finir comme il a commencé, par cent volumes que personne ne lira. » Sainte-Beuve (à propos de Balzac, donc)
« C'était un géant qui abattait une forêt pour faire une boîte. » Alexandre Dumas, à propos de Flaubert
« Il vécut ivre de sons et de couleurs, et il en soûla tout le monde. » Anatole France, à propos de Victor Hugo
« Cet homme-là n'a jamais pu entendre parler d'un sujet quelque peu pathétique sans se répandre en eau. On aurait dû l'endiguer. » Mark Twain, à propos de Lamartine
Puis il y a des remarques très faciles, mais qui me font hurler de rire quand même, comme celle-ci :
« [L'œuvre de Colette] sent le dessous de bras. » (Mauriac)
Puis il y a des critiques qui reviennent de manière semblable, même si elles concernent différents auteurs :
« Quel homme eût été Balzac, s'il eût écrire ! » (Flaubert)
« Vous pouvez renoncer à la langue française qui ne s'en plaindra pas, car depuis longtemps, vous l'avez assez éreintée. Écrivez votre prochain livre en allemand ! » Barbey d'Aurevilly, à propos de Victor Hugo
« Quel grand poète il eût été, s'il avait eu quelque chose à dire ! » Mallarmé, à propos de Victor Hugo (le pauvre !)
Le fameux « Intraduisible, même en français. » de Jules Renard, à propos de Mallarmé
« C'est dommage que Molière ne sache pas écrire. » (Fénelon)
« Ronsard ! Pfft ! Encore un qui a traduit le français en moldo-valaque ! » Paul Verlaine (clin d'œil spécial à Fashion qui aime tant le moldave !)
« Vit-il encore ? Non. C'est malheureux, parce que je vous aurais prié de lui dire que j'attendrai pour le lire qu'il écrive en français. » Victor Hugo, à propos de Stendhal
Puis il y a des propos qui font sourire, parce que les années les contredisent :
« Si on compare Balzac à MM. Cousin, Guizot, Vignet, Vitet, Mignet, Villemain, Mérimée, il est impossible de l'appeler un grand écrivain. » Albert Thibaudet (les Cousin, Vitet, Mignet, sont tellement de grands écrivains qu'ils fleurissent dans nos librairies, n'est-ce pas !)
« Qu'est-ce qu'un Céline ? Dans vingt ans on n'en parlera plus alors qu'on lira éternellement Duhamel ! » André Bilieux (que celui qui a du Duhamel dans sa bibliothèque se dénonce !)
L'ensemble se lit vraiment avec parcimonie; enchaîner les pages trop rapidement aurait tendance à dégoûter, ou à lasser. Et on ne peut s'empêcher de grimacer quand on lit certaines phrases qui éreintent un des livres qu'on aime particulièrement, un des auteurs que l'on chérit aveuglément... tout d'un coup, la critique nous semble trop facile, on grommelle, on se dit que Gustave - Marcel - Marguerite - Victor - Emile ne méritaient pas ça...
Mais quand même, Ceci n'est pas de la littérature est un recueil divertissant, qui n'épargne personne. Et quelque part : tant mieux.
lundi 11 mai 2009
D'un sourire, d'un soupir ou d'une larme
J'avais envie de faire confiance à Virginie qui en avait dit le plus grand bien lorsqu'elle a (enfin !) ouvert son blog, et c'était aussi un moyen d'approcher cette chaîne des livres à laquelle je ne participe pas... Alors, déjà enivrée par la couverture, j'ai lu :
La Marche de Mina
de Yoko Ogawa (2006)
Actes Sud, 2008 - traduction de Rose-Marie Makino-Fayolle

Mais mon grand défaut est de ne pas écrire les billets à chaud, ou du moins de ne pas noter quelques repères, pour le billet à venir. C'est pourquoi, encore une fois, cela risque d'être laborieux.
Tomoko a douze ans, lorsqu'elle est envoyée chez son oncle et sa tante, pour la durée d'une année scolaire. Son père est mort... et sa mère, voulant suivre une formation professionnelle assez difficile, ne peut pas s'occuper de son enfant tout en travaillant. Cela aurait pu être une déchirure terrible pour Tomoko, et pourtant, c'est une année extraordinaire qu'elle va vivre à Kobe. Entre son oncle qui disparaît pendant des semaines sans que personne ne s'en plaigne, sa tante qui égrène chaque texte écrit pour y déceler la moindre coquille (j'en ai trouvé une dans le livre, cela m'a fait sourire), la grand-mère Rosa qui a quitté l'Allemagne en y laissant sa sœur jumelle, la cuisinière, le jardinier, Mina la petite cousine si fragile et bien sûr Pochiko, l'hippopotame nain qui conduit Mina à l'école... Tomoko ne cesse de s'émerveiller, et de profiter de chaque seconde de cette vie si incongrue, où les boissons sucrées ont des pouvoirs médicinales, où les enfants s'enferment dans une « salle de bains de lumière » pour améliorer leur santé, bref, une vie loin de celle qu'elle a connue, un tournant dans son adolescence, une parenthèse presque féerique...
La Marche de Mina a un côté contemplatif indéniable, une certaine délicatesse transparaît dans l'écriture, on a l'impression d'avancer dans un univers de coton où les mirages tiennent lieu de réalité. En ce sens, ça correspond totalement au cliché japonais que je me suis façonnée, cette espèce de langueur où l'on savoure chaque instant qui passe... Mais n'allez pas croire non plus que l'on tombe dans la niaiserie la plus fade, ou dans l'ennui le plus exorbitant; tout doucement, Yoko Ogawa effleure certains sujets plus graves (la sœur jumelle de la grand-mère est morte dans les camps, par exemple) mais nous les montre à travers le regard d'une petite fille de douze ans, pas très futée, un peu naïve. Elle ne pense pas avoir déjà lu un livre en entier, elle se laisse bercer par le quotidien sans trop se questionner (à part quand son oncle disparaît). Être confrontée à une autre enfant (même si Mina est un peu plus jeune) et à des adultes surprenants va aider Tomoko à grandir, à ouvrir les yeux sur ce mode de vie si différent du sien.
Le roman ressemble à une succession d'événements sans grande valeur si on les juge objectivement, et pourtant, chacun de ces petits chapitres recèlent un trésor, une émotion, une clé vers d'autres horizons (vous m'arrêtez quand je me noie dans le grand n'importe quoi, surtout).
Chacun des personnages est gardien d'un secret (ou plus), et même si l'ensemble devient limpide au fur et à mesure, on sent que tout ne nous est pas dit; et tant mieux... Mina est une petite fille fascinante, d'une beauté rare, mais malade (elle est asthmatique). Son bonheur est de collectionner les boîtes d'allumettes et d'écrire une histoire pour chaque dessin représenté. Et si vous saviez d'où lui vient cette passion, ah...
On pourrait croire que, dans cette famille, c'est l'hippopotame le plus farfelu, mais je ne le crois pas personnellement. Pochiko est certes un animal de compagnie étonnant (sa présence dans le jardin est clairement expliquée), mais chacune des personnes de la maison détient son lot de bizarreries et d'incompréhension. Certaines réponses atteindront le coeur de Tomoko quand elle sera suffisamment mûre pour cela...
Moi qui craignais un univers glauque ou une écriture tordue, j'ai été enchantée par cette rencontre avec Yoko Ogawa (je l'ai déjà lue dans une ancienne vie, mais ça ne compte pas, je ne me souviens de rien). La Marche de Mina est un roman tout doux qui nous plonge aussi dans l'actualité de 1972 (tiens, j'ai oublié de préciser que le livre se passait en 1972. On va dire que cette parenthèse rattrape mon étourderie) - la mort d'un grand auteur japonais, les JO de Munich, la pluie d'étoiles filantes qui avait été annoncée et qui n'est jamais venue jusqu'à eux...
Et cette fin, qui donne tendrement des nouvelles des personnages, permet de clore le roman avec un petit sourire aux lèvres. Et je garde en moi cet instant de poésie, et de mélancolie aussi, comme si les deux étaient indissociables.
Le billet à l'origine de tout cela est chez Virginie - merci à elle pour cette découverte !
Beaucoup en ont parlé (je vais en oublier, c'est certain), parmi eux Lau(rence), Lune de pluie, Chiffonnette ou encore Papillon ont été sensibles à cette mélodie particulière.
Puis il y a Ys et Karine qui ont moins (voire pas) aimé, faute de résonnances en elles...
vendredi 8 mai 2009
Mot d'excuse
Un sac de voyage, une décision prise un peu n'importe comment, de quoi lire dans le train, un appareil photo pour se créer des souvenirs, un furieux besoin de se ressourcer, ailleurs, quand bien même ce ne sera pas reposant, une grande impatience électrique.
Une brève absence, quatre jours, pour me préparer aux vacances prochaines; une petite parenthèse, un changement d'air, l'envie d'oublier les mauvaises nouvelles, et de me shooter au meilleur médicament qui soit - le bonheur.
Je devrais le trouver là-bas.
Alors ne m'en veuillez pas d'appuyer sur pause, d'aller sourire ailleurs, de prendre soin de moi, un peu. Un baume magique.
Je vous souhaite de pouvoir en faire autant.
mercredi 6 mai 2009
Le flux secret de la sèvre brute...
« Il y a un proverbe Pelé qui dit : Ce que l'on sème dans une plaie avant qu'elle ne se ferme donne une fleur captive qui ne meurt jamais. »
Il va mettre difficile de vous parler correctement de Tobie Lolness mais j'en prends malgré tout le risque car ce serait dommage de passer cette œuvre sous silence.
Son auteur, Timothée de Fombelle (mon ordinateur précédent s'appelait Timothée, c'est vous dire comme l'auteur m'était sympathique d'emblée), signe là son premier roman. Il avait écrit une pièce de théâtre avant de se plonger dans la littérature jeunesse. Car oui, Tobie Lolness est un roman jeunesse, mais il y aurait déjà beaucoup à dire là-dessus. Le propos de l'histoire me paraît convenir aux enfants de tout âge. Onze ou trente-sept ans, peu importe; je ne vois pas pourquoi le charme n'opèrerait pas non plus sur des adultes. En écrivant cela, j'enfonce des portes ouvertes, puisque ce roman a été encensé à maintes reprises chez les blogo-lectrices...
Tobie est un petit bonhomme de huit ans qui mesure un millimètre et demi; il est un peu petit pour son âge, mais cela ne l'empêche pas d'être heureux avec ses parents, Maïa Lolness dont la famille « possédait presque un tiers des Cimes, et qui avait des plantations de lichen sur le tronc principal. » et le professeur Lolness, Sim, un scientifique qui s'interroge sur la sève, la vie de l'arbre, et l'éventuelle existence d'un monde qui jouxterait le leur... Car oui, les Lolness vivent dans un grand chêne, entourés de leurs semblables. Jusqu'à ce que le professeur Lolness franchisse les limites de la science, et de la convenance.
Ce jour-là, on les bannit. Tous les trois. On les envoie sur des terres humides, glacées, où l'hiver et le froid ne disparaissent jamais totalement : dans les Basses Branches.
Ils y vivront cinq ans, y feront des rencontres bonnes et mauvaises, comme en chaque endroit... Puis tout s'accélère à nouveau. Tobie Lolness est séparé de ses parents, et doit, à treize ans, survivre comment il peut à la traque dont il est la victime. N'ayant plus d'alliés dans l'arbre, il ne peut compter que sur lui-même pour survivre, et pour tenter de sauver ses parents.
Évidemment, la taille des personnages et leur lieu de vie est une source intarissable d'imaginaire pour l'auteur, qui a su créer un monde à la fois terrible et merveilleux, un univers cohérent où la vie semble si agréable jusqu'à ce que tout dégénère... un monde microscopique qui ressemble étrangement au nôtre. Les recherches savantes du professeur Lolness sont loin d'être anodines, et en cela Timothée de Fombelle réussit un tour de main impressionnant : le livre enchantera les enfants, emportés qu'ils seront par ces aventures qui peuvent paraître totalement exotiques (pour Tobie, une punaise a la taille d'un éléphant), mais les grands y trouveront aussi une profondeur incroyable, et ne pourront qu'admirer la délicatesse avec laquelle l'auteur aborde des sujets préoccupants (l'auto-destruction de l'humanité qui n'écoute plus la nature, le racisme, le totalitarisme sont évoqués). Cela ne vire jamais à la leçon de morale, car l'intrigue reste fondamentale, mais le lecteur (même jeune) se pose forcément des questions... et cela ne peut qu'enrichir la lecture.
L'une des grandes réussites de ce roman tient aussi dans son style. On peut facilement craindre qu'il soit bâclé dans une œuvre destinée à la jeunesse, mais ici, on sent clairement un travail d'écriture, une recherche presque litanique, l'auteur aimant délicatement répéter certaines idées qu'il veut mettre en lumière. Ainsi cet extrait où Tobie est captif d'une grotte (l'issue est bouchée pour l'hiver) :
« Mais quand il fêta le troisième jour, avec un petit pain dur, et une assiette de moisi et qu'il compta qu'il lui en restait cent dix-sept à venir, il comprit qu'on ne vit pas seulement d'air, d'eau, de chaleur, de lumière, de nourriture et de conscience du temps.
Alors, de quoi se plaignait-il encore ? De quoi vit-on en plus de tout cela ?
On vit des autres.
C'était sa conclusion.
On vit des autres. »
Cet exemple n'est pas totalement représentatif du style général, mais comprenez que dans l'ensemble, c'est un roman extrêmement poétique, doux, qui chatouille le cœur avec intelligence et délicatesse.
C'est aussi parce que Tobie a reçu une excellente éducation de sa mère; celle-ci lui a expliqué que les mots étaient des « combattants de l'ombre » qui peuvent nous aider toute notre vie dès lors qu'ils deviennent nos amis. Les mots, alors, ne trahiront jamais Tobie pendant ses discussions avec Elisha; première fois que j'évoque cette petite fille, et pourtant son importance dans le roman est indéniable (elle donnera même son nom à la suite de ce roman, mais j'en reparlerai). Elle vit dans les Basses Branches, et a cette étrange lumière bleue, sous les pieds, lorsqu'elle marche dans la nuit... Elisha devient l'amie de Tobie, celle qui l'aide à supporter (et à aimer) les années d'exil. Elle sera là, d'ailleurs, quand Tobie aura besoin de secours... mais je ne peux pas tout vous raconter.
Timothée de Fombelle a l'art de présenter ses personnages; en quelques phrases, en quelques gestes, un portrait se dessine et insuffle une véritable énergie à ces êtres de fiction qui paraissent si réels, coincés sur une branche d'arbre... A ce sujet, le choix de l'arbre est en lui seul judicieux et terriblement poétique. Ça n'a l'air de rien, un arbre, et pourtant, c'est si vivant, c'est un monde en soi... L'auteur nous invite gentiment à prendre conscience de la nature qui nous entoure, l'homme ayant trop tendance à se croire seul maître sur Terre, alors que la seule chose dont il semble capable, c'est détruire pour mieux régner. Mais combien de temps cela fonctionnera-t-il ?
Je ne peux évoquer toute la richesse de ce roman et toutes ses qualités; j'ai même oublié de préciser qu'il était illustré par François Place, et que ces illustrations, sans freiner l'imaginaire du lecteur, apportent une nouvelle touche de poésie à l'ensemble de l'œuvre.
Cette première histoire s'appelle en réalité La vie suspendue; Tobie Lolness étant le nom de la dilogie. Je n'ai pas encore lu le second tome, Les yeux d'Elisha. Ces deux romans ne sont toujours pas publiés en poche, mais ils ont été réunis dans un seul volume, certes volumineux mais plus économique que l'achat séparé des deux tomes. Et à mes yeux, c'est un achat qui vaut le coup. Je suis sûre que Yue Yin, Clarabel, Florinette, SBM et Bellesahi seront de mon avis !
En bonus, un extrait de la première rencontre entre Maïa et Sim (les parents Lolness, donc) :
« Elle finit par demander :
- Je ne vous dérange pas ?
- Si... Vous... Vous mettez... toute ma vie en l'air, si je peux me permettre, avec respect, mademoiselle.
- Oh ! Pardon...
Elle se dirigeait vers la porte. Sim se précipita pour lui barrer le passage. »
Irrésistible.
Et en super bonus, pour Lilly :
« Un enfant... C'était sale et plein de maladies. »
Si avec ça, vous ne succombez pas, je rends mon tablier.
lundi 4 mai 2009
De bibliotheca
(épisode 1 ?)

Aujourd'hui, mon abonnement à la bibliothèque expire, et je ne le renouvellerai pas. Vous me rétorquerez qu'il n'y a pas de quoi en faire un billet... alors que s'il y a bien un endroit où on peut raconter tout et n'importe quoi (surtout n'importe quoi), c'est bien Internet. Dont acte.
Petite, j'étais inscrite à la bibliothèque municipale de ma petite ville; j'adorais cet endroit, où le secteur jeunesse était mis en valeur avec des couleurs, des gros poufs, des coussins où on s'asseyait pour lire tranquillement le dernier Tom-Tom et Nana. A force, les bibliothécaires me connaissaient; m'autorisaient à dépasser la limite habituelle d'emprunt (il faut gâter les enfants qui aiment lire).
Je ne sais plus ce qui m'a poussé à ne plus y aller, un jour. Qu'importe. J'ai fréquenté d'autres bibliothèques, dans d'autres lieux. Celle de C*** m'impressionnait par ces portiques antivol (la première fois que je devais en voir dans un tel lieu, sans doute). J'ai emprunté L'amant de Marguerite Duras à la bibliothèque de M***. Je ne m'en suis jamais remise.
Puis l'année dernière, je me suis dit qu'une demoiselle qui voulait travailler dans le milieu ferait quand même bien de s'inscrire à la bibliothèque de sa ville. Ca pourrait être pas mal, comme premier pas.
La médiathèque de la Ville Rose (on sait tous dans quel coin j'habite, je n'ai pas besoin de vous le réécrire clairement) est une énorme machine. Pour expliquer un petit peu (et je ne parle que de la médiathèque, pas des bibliothèques de quartier), ils ont décidé de séparer les prêts et les retours d'ouvrages. Sans doute pour des questions de gestion, de pratique, d'efficacité. Ce qui était étonnant dans le concept, c'est que les endroits où on enregistrait les prêts avaient été clairement conçus sur le modèle des caisses de supermarché. Le gentil bibliothécaire (oui ! il y a des hommes là-bas ! pas autant que des femmes, mais ils sont là malgré tout !) est assis derrière son petit écran d'ordinateur et son bip, il passe l'article, pardon, le livre (ou le disque, ou le film, ou la revue, ou...), cela s'enregistre et, devinez ce qui sort de tout ça ? Un ticket de caisse. Où sont répertoriés tous les documents qu'on a empruntés (ce jour-là et les jours précédents s'il y a lieu; c'est un vrai récapitulatif de tout ce qui est enregistré sur notre carte d'emprunt). C'est sûr, c'est efficace; pas besoin de tamponner chaque livre ou de dire à haute voix les dates de retour, tout est marqué sur le ticket.
Je n'aimais pas trop passer à la caisse à chaque fois que j'allais là-bas. Mais dire bonjour au bibliothécaire présent, l'entendre me conseiller tel bouquin en relation avec celui que j'ai en main, ça, j'aimais bien.
En janvier, cela a changé. Ils sont passés à la RFID. Alors, brièvement (et grossièrement) : la Radio Frequency IDentification est un système électronique vachement pratique pour la gestion des fonds d'une bibliothèque, notamment au moment de l'inventaire (avant, et je parle d'il y a quinze, vingt, trente ans, il fallait sortir chaque livre des rayons, vérifier son numéro de référence, cocher sur notre petit cahier afin de confirmer sa présence dans la bibliothèque, et passer au suivant - il fallait bien voir ce qui avait été mal rangé, volé... Maintenant, avec la RFID, tu passes ta machine devant le rayon, elle lit tous les livres présents sans que tu les sortes, et tu gagnes un temps fou). Le lecteur se fiche un peu de tout ça, la nouveauté pour lui, avec la RFID, ce sont les automates. C'est-à-dire que le lecteur est une grande personne (si, si), alors il prend ses petits livres et les enregistre lui-même sur sa carte, et les rend de la même manière, face à un écran d'ordinateur et un rayon laser. Drôlement astucieux, n'est-ce pas ?
A la médiathèque dont je parle, ils n'ont installé des automates que pour le prêt (ceci dit, avant la RFID, il y avait déjà des automates, mais, aux heures où je fréquentais les lieux, je n'ai jamais vu personne s'en servir). Pour le retour des livres, ils ont laissé des vraies personnes : c'est qu'il faut vérifier l'état des documents, quand même...
Un conservateur de cette bibliothèque a expliqué que le système de prêt avait été mal conçu à l'origine (je ne lui fais pas dire), et que le genre "caisse de supermarché" avait des répercussions physiques sur les employés. Soit. Il suffisait de mettre les mêmes bureaux qu'à l'endroit des retours, où, curieusement, l'agencement était différent (et donc beaucoup plus agréable et malléable). Mais ce même conservateur a jugé que le contact humain, au moment du prêt des documents, était inutile. Que ça ne valait rien.
Entendre une bêtise pareille ne m'a pas fait plaisir. Pour travailler en bibliothèque, je peux vous dire que les usagers discutent plus facilement quand ils viennent emprunter des bouquins, que quand ils les rendent (là, ils sont pressés, ils laissent tout et filent. Ok, bonne journée à vous aussi, hein !). C'est aussi l'occasion de poser des questions, de demander un conseil, d'avouer qu'on n'a pas trouvé tel livre, vous savez quand est-ce qu'il est censé revenir en rayon ?
Ce système d'automates, en plus d'être froid et inhospitalier, va clairement supprimer des postes à la longue. Certes, l'investissement initial (équiper tous les ouvrages d'un système électronique, acheter le matériel adéquat, etc) est colossal quand on opte pour la RFID, mais cela doit rapidement devenir rentable pour la bibliothèque. Ça fait moins de personnel à recruter, à former, à payer. Chic.
Personnellement, en tant que lectrice, ce n'est pas ce que j'attends d'une bibliothèque; pourtant, Dieu sait comme je suis misanthrope et timide, mais je préfère mille fois tendre mes livres à une personne réelle qu'à une machine qui ne me sourit pas une seule fois.
Ensuite, en tant que futur personnel titulaire de bibliothèque (tout le monde a le droit de rêver, oh ! Ce n'est pas parce que j'ai tout raté cette année que ça n'ira pas mieux l'année prochaine, non mais), je me dis que ce genre d'outil (la RFID, donc) n'est qu'un pas supplémentaire vers la chute des bibliothèques (vous savez, de moins en moins de personnel alors qu'on veut augmenter les horaires d'ouverture, recrutement de contractuels et de vacataires au lieu d'ouvrir plus de postes aux concours, manque d'investissement de la part des communes (ou des universités), etc...). Et parfois, ça me fait un peu peur.
C'est une des raisons qui font que je ne me réinscrirai pas (du moins, pas tout de suite - on peut parier que dans quelques mois, j'y retournerai la bouche en cœur), l'autre étant que, sapristi, je passe déjà ma semaine en bibliothèque (universitaire), alors si c'est pour me farcir la municipale pendant mes heures de repos, ah non merci... Je sature, là. Des livres, des rayonnages, des code-barres et du filmolux, j'en vois assez du lundi au vendredi (rarement le samedi, oui, mais c'est parce que je suis une sale privilégiée).
Je voulais aussi parler du catalogue informatisé de la bibliothèque municipale, mais je crains de pousser mes rares lecteurs au suicide, alors je garde ça pour un prochain billet.
Papillon a évoqué la RFID dans un billet ô combien intéressant, qui a généré d'ailleurs des commentaires passionnants - d'une manière générale, les lectrices de bibliothèque semblent s'offusquer de ce système informatique, et quelque part, ça me rassure.
Je ne suis pas sûre que mon déballage apporte la moindre goutte d'eau au moulin, d'autant plus que ça ne donne pas tellement envie d'aller à la bibliothèque, pas vrai ? Alors que c'est bien, pourtant. Je vous le prouverai une autre fois.






